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COMMENT PARLER DE DIEUX aux PHILOSOPHES ?
Serviam, catholiques en ligne, remercie vivement l'hebdomadaire France catholique pour son aimable accord de reproduction decette conférence que le père de Vorges a donné en l a Cathédrale Notre-Dame de Senlis, le 10 novembre 2003
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Comment parler de Dieu avec les philosophes ?
Ce propos peut paraître ambitieux. Et, de fait, je ne me sens pas de taille à disputer avec tant de grands esprits qui se parent de ce nom. Mais si nous mettons sous ce vocable tous ceux qui en appellent à la seule raison, contre toute révélation et contre tout argument dautorité (voir le premier cours), alors ce dialogue est beaucoup plus fréquent quon ne le croit. Pour comprendre comment nous en sommes arrivés à cette opposition, il nous faut parcourir le chemin qui a uni puis
I Ancien Testament
La notion de Dieu est omniprésente dans le milieu culturel de la Bible, son existence nest pas mise en doute. Le verset 1 du psaume 13 (qui reprend 10,4). « Linsensé dit dans son cur, il nest pas de Dieu » ne met pas en scène un athée mais un blasphémateur. Celui qui agit mal, en particulier celui qui opprime et spolie le pauvre, fait comme si Dieu nexistait pas.
Lidée dune voie purement rationnelle vers Dieu napparaît que très tardivement. Le texte de la Sagesse cité dans le cours précédent introduit un mot dont nous ferons grand usage, le mot d analogie.
II Nouveau Testament
Jésus envoie ses apôtres faire des disciples de toutes la nations. Il leur donne donc carte blanche pour leur faire connaître Dieu son Père. Le dialogue des premiers chrétiens avec les juifs retiendra notre attention dans le prochain cours. Intéressons-nous à celui qui a voulu franchir le pas de louverture à la culture non juive.
Saint Paul saffronte avec la pensée grecque. Il évangélise des non-juifs, de culture grecque, à tel point quil les nomme « grecs » en opposition aux juifs (Galates 3,28). Il vit une rencontre emblématique, sorte de programme du dialogue avec la pensée ambiante, lorsquil va prêcher à Athènes (Actes 17,22-34) avec linsuccès que lon sait. Dans ce discours, Paul affronte la culture grecque, qui ne lui est pas étrangère, pour lui présenter le Dieu de Jésus-Christ. Après avoir caressé ses auditeurs « dans le sens du poil » (« Vous êtes à ce que je vois les plus religieux des hommes » ), Paul va marquer quatre différences entre la conception de Dieu des auditeurs grecs et celle quil vient leur annoncer :
- Dieu nhabite pas dans un temple fait de main dhomme, il est le créateur de tout ce qui se voit et nest pas enfermé dans un lieu. Si on objecte le Temple de Jérusalem « où Dieu a fait habiter son nom », il faut relire les vitupérations de Jérémie sur ce sujet (ch. 7). Il y a aussi lattitude à la fois respectueuse et distante de Jésus. De plus un auteur grec avait déjà fait progresser cette pensée : Zénon.
- Pas besoin de culte. Là aussi, Paul retrouve les accents anti-cultuels des prophètes (Osée 6,6 ou Amos 5,21) mais pas dans le même sens : ceux-ci sélevaient contre un culte qui évitait aux croyants de lAncienne Alliance dagir conformément à la volonté de Dieu. Paul rejoint plutôt les penseurs grecs, les stoïciens, Epicure et Platon qui pensent que Dieu na pas besoin de notre culte, quil se suffit à lui-même, quil est au-delà de ça. « Trop magnifique pour avoir besoin de mon culte » dit lun deux.
- Pas loin de lhomme. Le Deutéronome insiste sur cette proximité de Dieu, surtout par sa Parole : « Cette parole est toute proche de toi, tu las dans ta bouche, mets-la dans ton cur et mets-la en pratique » (30,14). La pensée grecque avait frôlé cette aspect de proximité, Sénèque disait : « près de toi, en toi ».
- Pas dans une statue, ni dans une quelconque image faite par les hommes. Il cite alors un penseur grec, Aratus de Cilicie : « Car nous sommes aussi de sa race ». Les stoïciens parlaient dune parenté de lhomme avec lesprit universel. Paul refuse alors toute idolâtrie.
Nous avons là un exemple de « chemin commun » parcouru par un penseur chrétien pour trouver une base commune dun discours sur Dieu. Mais quand il a fallu aborder un thème spécifiquement chrétien, avec des mots inconnus de ses auditeurs, repentance, résurrection, le contact a été rompu.
Nous avons fait état, dans le premier cours de cet autre aspect de la pensée de Paul sur Dieu, la possibilité pour tous - il pense au païens - de connaître quelque chose de Dieu (Romains 1,20-21). Il laisse donc le champ libre à ce que la tradition ultérieure appellera la connaissance naturelle de Dieu.
III Période patristique et médiévale
A linstar de Paul, les premiers théologiens vont chercher dans la pensée grecque les éléments qui peuvent être communs avec la foi chrétienne, et plus encore, ce qui permettra de parler de Dieu dans le langage de cette civilisation qui est la leur.
Les philosophes quils fréquentent sont Platon, les stoïciens, et plus tard, Plotin et le néo-platonisme. Aristote est absent de la liste car les Pères le connaissent peu, et ce quils en connaissent leur laisse une impression de matérialisme et dabsence de Dieu.
De Platon, ils garderont lidée dun Dieu source de beau et de vrai, des stoïciens, un Dieu logos, mais un peu trop âme du monde (voir cours précédent), de Plotin, qui a fortement influencé saint Augustin, un Dieu qui est lUn.
Une autre approche sera lusage abondant de la théologie négative (voir le paragraphe de synthèse).
La période médiévale va voir surgir deux modes de pensée . :
* Un discours rationnel à partir des données de la Révélation. Cest leffort dAnselme de Cantorbéry dans le Monologion et le Proslogion. Sa pensée aura une postérité dans ce quon appellera largument ontologique.
Dans le premier de ces ouvrages, il part de cette idée : quel est ce quil y a de meilleur, ce dont on ne peut rien penser de plus grand ? Ce « summus », suréminent, est à chercher non dans la série de nos réalités, mais dans un ordre dexistence qui fonde tout le reste. Par exemple, dans lordre du bien, il doit exister un bien suprême auquel participent toutes ces choses bonnes mais qui ne peut être que dun ordre transcendant. Ce bien par soi, sorte dêtre suprême, à la fin du chapitre, Anselme se décide à lui donner le nom de Dieu. Deux remarques. Dabord, son raisonnement implique quon ne peut régresser à linfini dans la recherche du bien suprême. Ce point sera refusé par la pensée scolastique, mais remise en honneur par la pensée scientifique moderne plus apte à penser linfini. Ensuite, il nest pas question de causalité, alors que la pensée thomiste lutilisera abondamment.
* Saint Thomas dAquin introduit dans la "Somme contre les gentils" une distinction qui va marquer toute la pensée scolastique (même si lui-même latténue dans la Somme théologique) : il existe des vérités accessibles à la seule raison, en particulier lexistence de Dieu. Au chapitre 14 du premier livre, il développe cette idée que lexistence de Dieu, si elle nest pas évidente, nest pas pourtant une vérité de foi, elle est accessible par la seule raison. Il part du changement qui est la loi de notre monde qui se transforme sans cesse. Celui-ci doit avoir une cause, un moteur. Il remonte alors la série des sources de changement, des moteurs, dit-il, pour dire que cette remontée ne peut être infinie, quil faut sarrêter à un premier moteur non mu, à un moteur immobile, qui est Dieu. Il reprend donc le « ????????????? », il faut sarrêter, dAristote. Cest ce point qui sera invalidé dans la pensée ultérieure. A propos dAristote, dussent tous les thomistes en frémir, il faut quand même souligner le tour de force de saint Thomas davoir réussi à montrer quAristote croyait en Dieu. Alors quen regardant bien les textes de près, il apparaît quAristote nous parle de lêtre en tant quêtre, lêtre qui subsiste par lui-même, pensée qui se pense, cause première qui nagit pas et qui ne peut être que désirée. Dans la suite de la Somme contre les gentils, saint Thomas va alors déduire toutes les qualités divines : éternité, perfection, incorporéité, unité
La théologie médiévale va être marquée par le IV° concile de Latran de 1215. Nous aurons à nous servir dun des textes de ce concile.
IV La montée de lathéisme.
Le 16° siècle va voir réapparaître lathéisme, à cause de lengouement pour lantiquité. De plus, la pensée va vouloir se passer du soubassement chrétien de la société et de la pensée. Le courant libertin des 17° et 18° siècles va être la partie émergée dun courant qui ne cesse de grossir.
Philosophiquement, ce courant est celui dune métaphysique qui traite la question de Dieu de manière de plus en plus abstraite. On peut en faire remonter lorigine à Descartes, bien que celui ci veuille continuer à croire en Dieu.
Ceci va éclater au grand jour avec la philosophies des Lumières. Dans le domaine de la connaissance de Dieu, ce courant de pensée est caractérisé par lacceptation dun principe suprême, mais indépendant de tout dogme et de toute révélation, acceptant la relativité de toutes les religions, avec un fort relent de matérialisme. Si Voltaire sen distingue par lacceptation dun Dieu grand horloger et Rousseau par celle dun Dieu sensible au cur et vaguement providence (Profession de foi du vicaire savoyard), ils en populariseront quand même le fondement. Ces idées ne vont atteindre quune élite pensante, mais elles vont éclater au grand jour avec la Révolution française. De plus, ce déisme va conduire à lathéisme ou à lagnosticisme.
Le fossé va se montrer béant avec les philosophies du 19° siècle, ceux que lon nomme les maîtres du soupçon. Sans prendre la peine de démontrer linexistence de Dieu, ils montrent les effets néfastes de lidée de Dieu : Marx dans la société, Freud dans la psychologie, Nietzsche plus radicalement dans la conception de lhomme.
Pendant ce temps, la philosophie chrétienne va camper sur ses positions. Fidèle à la distinction des vérités accessibles à la raison et de celles qui ne sont accessibles que par la foi, elle va développer une théologie naturelle, Dieu, son existence, sa nature, qui va séloigner de plus en plus de la Révélation tout en voulant y conduire.
Au 19° siècle, lÉglise devra se battre sur deux fronts : contre ceux qui veulent ne faire appel quà la foi (fidéisme), elle maintient laccès à Dieu par la raison ; contre ceux qui veulent déduire rationnellement toute la foi (rationalisme), elle maintient quil y a des vérités qui ne sont connues que par la Révélation. Ce seront les deux objectifs du 1° concile du Vatican, dans sa constitution sur la foi.
Dans notre monde actuel, le problème se pose à plusieurs niveaux : - indifférence au problème de Dieu, dans la mesure où il na plus de fonction sociale, - disparition de la place de Dieu dans un système de pensée, on na pas besoin de lui comme clé de voûte dun système qui rend compte du monde et de lhomme, refus dun au delà de la pensée conceptuelle, même au prix dune vision absurde du monde (Sartre : lhomme est un passion inutile), ou dun absolu qui semblerait apporter une limite à lactivité de lesprit humain. Face à cela des philosophes chrétiens, de M.Blondel à J.L. Marion, en passant par Gabriel Marcel, maintiennent une volonté de dialogue avec les philosophies contemporaines en proposant un discours sur Dieu, inspiré par la foi chrétienne, mais rigoureux dans ses déductions.
La constitution Gaudium et spes de Vatican II garde dans ce domaine toute son actualité. Elle analyse lathéisme et de lattitude de lÉglise à son égard. Ce texte reconnaît même la part de responsabilité des chrétiens dans cette irruption de lathéisme (§ 19 à 21).
V Essai de synthèse
A Importance de la théologie négative
Notre mode actuel de pensée aime partir dune définition. Or il est impossible de définir Dieu, cest à dire de le délimiter pour le cerner avec précision. Nous ne pouvons quavoir une approche de lui.
Les auteurs anciens disaient : de Dieu, il est plus facile de dire ce quil nest pas que ce quil est. Cest le rôle de la théologie négative : barrer des routes qui nous donneraient de fausses idées de Dieu. Cela commence par « Dieu na pas de corps » ou « nest pas un corps », ceci semble être dit positivement par « Dieu est esprit » mais il faut se rendre compte que laffirmation « esprit » est la négation dune réalité corporelle. On continuera par « Dieu nest pas dans un lieu » ou « Dieu est invisible »qui se déduisent de la proposition précédente. On dira aussi : « Dieu na pas de commencement, ni de fin », proposition équivalente à : « Dieu nest pas dans le temps », ce qu nous traduisons positivement par « éternel ». On abordera ensuite la longue litanie des qualificatifs en « in- » : « ineffable », cest-à-dire dont on peut pas parler, tout au moins quavec beaucoup de précautions ; « inconnaissable », en prenant le verbe connaître dans un sens plénier, nous ne pouvons connaître Dieu que partiellement, et non le comprendre, au sens philosophique du terme, cest-à-dire en avoir une connaissance exhaustive.
Cette approche a pour but de nous faire mesurer que Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos concepts, même les plus élaborés, il est toujours au-delà, il est transcendant.
Si nous voulons dire des choses positives sur Dieu, il ne faudra pas oublier que chacune de nos affirmations doit être tempérée par laffirmation du contraire : si nous disons que Dieu est grand, nous sommes obligé de dire quil nest pas grand au sens spatial, donc quil est non-grand.
Notre foi (Genèse 1,27) nous dit que lhomme est créé à limage et comme la ressemblance de Dieu. Nous pourrons alors affirmer que Dieu, comme nous est capable de penser, daimer, dagir. Mais, là encore, une négation doit être introduite. Cest ce que dit le texte du IV° concile de Latran de 1215 qui veut contrer les doctrines déviantes de labbé Joachim de Flore. Il affirme : « Si grande que soit la ressemblance entre le Créateur et la créature, on doit noter une plus grande dissemblance entre eux ».
Même les mots qui nous semblent les plus aptes à désigner Dieu, amour, pardon ., doivent être corrigés par un contraire qui nous fait mieux approcher le réalité de Dieu.
Dans ce même ordre des négations indispensables pour ne pas affaiblir notre notion de Dieu, linterdiction de la représentation de Dieu doit garder toute sa force. Pour nous chrétiens, cela prendra la forme dun refus de représenter le Père. Non pas le refus de représenter le Fils, qui a un visage humain, et donc représentable, depuis son incarnation, mais le Père invisible et incorporel. Certains auteurs contemporains pensent quune des sources de lathéisme moderne a été ces représentations, malgré les interdictions répétées de la hiérarchie. Pour souligner léternité de Dieu et sa bonté on a, de manière naïve mais fâcheuse, montré le Père comme un vieillard barbu. On a payé ce souci dune familiarité avec Dieu de la perte du sens de la transcendance de Dieu.
B Lanalogie
Pour sortir de cette difficulté, la philosophie chrétienne a forgé un instrument, lanalogie. Nous avons rencontré ce mot dans la Bible, dans le livre de la Sagesse : « Car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, découvrir leur auteur » (13, 1 5)
Oubliant son origine mathématique (la proportion), ce procédé tient le milieu entre la dissemblance et la ressemblance. Il consiste à prendre un mot de notre expérience et à dire quil sapplique à Dieu, mais pas totalement. Si je dis que Dieu est grand, je dois dire que ce nest pas une grandeur corporelle ou géométrique, ni même une grandeur morale, mais que japplique cette qualité à Dieu en en enlevant tout ce qui ne convient pas à sa réalité suprême. Si japplique à Dieu le qualificatif de bon, je dois immédiatement ajuster ma pensée pour que sa bonté ne soit pas conçue comme celle des hommes, toujours un peu entachée de faiblesse. Si je dis que Dieu est vivant, je dois corriger le sens de ce mot en lui enlevant, par exemple, la notion de mobilité que nous lui attribuons dans notre existence humaine, pour valoriser les autres aspects de la vie spécialement les fonctions spirituelles de connaissance et damour
Un grand débat a animé la communauté théologique à propos du mot « être ». Est-il applicable à Dieu dans le même sens que nous lemployons pour nous ? La tradition aristotélicienne le prétend, affirmant que Dieu est lêtre par excellence, et que les autres réalités ne le sont que dans un sens amoindri, soit par participation, soit par création. Un autre courant souhaite mettre Dieu complètement hors de la série des êtres pour nen faire ni une cause au début des causes, ni un être homogène à la série des êtres que nous côtoyons.
Lanalogie permet de garder la transcendance absolue de Dieu, ineffable et inconnaissable, et de maintenir que nous pouvons quand même dire quelque chose de Dieu qui fasse honneur à lintelligence que celui-ci nous a donnée et à laquelle il sadresse par la Révélation.
Lapplication principale sera dans lusage du mot père, que nous analyserons plus finement dans le dialogue avec lIslam.
Violemment refusée par Karl Barth, qui dans sa fidélité au protestantisme nadmet aucune connaissance de Dieu en dehors de la Révélation, lanalogie est intégrée dans la pensée de Przywara (1889-1972) qui prétend au contraire que cest le pivot dune pensée qui peut résoudre les contradiction des athéismes modernes, H.U Von Balthasar (1905-1988) précise que lanalogie est le propre de lêtre créé.
Conclusion
Nous sommes conduits à ne pas mettre entre parenthèses lusage de la raison dans notre recherche de Dieu. Le point le plus important reste de soutenir que malgré la difficulté du chemin, le dialogue doit continuer au plus haut niveau. Cest justement parce que Dieu est mystère quil nous faut mettre en jeu toutes nos capacités pour dire quelque chose de lui.
LOrient non chrétien a choisi la voie du silence, de Dieu on ne peux rien dire, si ce nest le silence de la contemplation, à la suite de la Bible, mystiques et philosophes de lOccident ont choisi de dire, avec la conscience de laudace que cela représente de dire lineffable.O toi, l'au-delà de tout,
n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi?
Quelle hymne te dira, quel langage?
Aucun mot ne t'exprime.
A quoi l'esprit s'attachera-t-il?
Tu dépasses toute intelligence.
Seul, tu es indicible,
car tout ce qui se dit est sorti de toi.
Seul, tu es inconnaissable,
car tout ce qui se pense est sorti de toi.
Tous les êtres,
ceux qui parlent et ceux qui sont muets,
te proclament.
Tous les êtres,
ceux qui parlent et ceux qui sont muets
te proclament.
Tous les êtresceux qui pensent
et ceux qui n'ont point de pensée,
te rendent hommage.
Le désir universel,
l'universel gémissement tend vers toi.
Tout ce qui est te prie,
et vers toi tout être qui pense ton univers
fait monter une hymne de silence.
Tout ce qui demeure demeure par toi;
par toi subsiste l'universel mouvement.
De tous les êtres tu es la fin ;
tu es tout être, et tu n'en es aucun.
Tu n'es pas un seul être,
tu n'es pas leur ensemble.
Tu as tous les noms et comment te nommerai-je,
toi le seul qu'on ne peut nommer?
Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées
qui couvrent le ciel même?
Prends pitié,
O toi, l'au-delà de tout,
n'est-ce pas tout ce qu'on peut chanter de toi ?