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Si l'agenouillement date du XII° siècle, c'est qu'il est contemporain de l'élévation.
Par ailleurs, le rite de Paul VI stipule: " Ils s'agenouilleront, à moins que l'exéguïté des lieux ou le grand nombre d'assistants ou d'autres circonstances ne s'y opposent, pour la consécration" (Présentation générale du missel romain, chapitre II, 1° partie, n° 21).
Au cours du Moyen-Age, les fidèles voulurent voir, à défaut de la Sainte Hostie, le vase sacré qui la contenait ; à cet effet, on construisit des armoires eucharistiques, sortes de tabernacles aux portes ajourées ou aux ouvertures ménagées dans les parois pour que l'on pût apercevoir ce vase sacré ; pour que les fidèles pussent mieux voir ce vase sacré, on le monta sur un pied et il devint le ciboire que nous connaissons. On perça parfois des oculis eucharistiques jusque dans les murs des églises pour que l'on pût, la nuit, distinguer du dehors, sinon le ciboire ou le tabernacle, du moins la lumière qui témoigne de la présence réelle du Seigneur.
La première ostension eucharistique, dans le sens de notre propos d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'élévation de la consécration, aurait été instituée pour répondre à l'hérésie symboliste de Bérenger (mort en 1088) qui niait la transsubstantiation et peut-être même, plus tard, la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Comme toute autre erreur dogmatique, l'hérésie de Bérenger qui succédait à celle des manichéens d'Orléans (1022) et d'Arras (1035), provoqua une double réaction : d'une part, la réaction savante des théologiens (Lanfranc, Guitmond d'Aversa, Alger de Liège, Hugues de Saint-Victor) qui approfondirent la doctrine pour réfuter les objections ; d'autre part, la réaction pieuse et pragmatique du peuple qui témoigna de sa foi par des pratiques de dévotion appropriées. Lanfranc (mort en 1089) qui était archevêque de Cantorbéry, institua, pour le dimanche des Rameaux, une procession du Saint-Sacrement devant qui tous devaient s'agenouiller . En revanche, les erreurs de Bérenger ne semblent pas être à la source de l'institution du rite de l'élévation après la consécration ; toutefois, indirectement, elles ont puissamment contribué à attirer l'attention, et par conséquent l'intérêt des fidèles sur l'Hostie consacrée. L'Acren Riwle prescrivait aux recluses de se lever en portant leurs pensées vers la sainte Eucharistie conservée au maître-autel et, tournée vers elle, de l'adorer à genoux en disant : " Salut ! Principe de notre création ! Salut, rançon de notre rachat ! Salut, viatique de notre pèlerinage ! Salut, récompense attendue et désirée ! "
Ce courant d'adoration où s'épanouissait la piété médiévale poussa les fidèles qui ne pouvaient recevoir la communion sacramentelle, à demander la vision de la Sainte Hostie. Dans les Sentences d'Anselme de Laon, écrites au début du douzième siècle, on lit que cette communion est bien réelle bien qu'elle ne soit que spirituelle. A la fin du douzième siècle, cette requête fut assez forte pour que naquît, au cours de la messe, le rite de l'élévation. C'est pour faire droit à cette demande presque générale que parut le décret d'Eudes de Sully, évêque de Paris de 1196 à 1208, qui, après les paroles consécratoires, prescrivit que le prêtre élevât l'hostie " de manière qu'elle puisse être vue de tous. " Eudes de Sully était d'avis que la contemplation de la Sainte Hostie constitue " un bel hommage de foi et d'adoration, des plus salutaires pour les fidèles. "
Guillaume d'Auxerre (1150-1232), professeur à l'Université de Paris, déclarait que " le prêtre élève le Corps du Christ pour que tous les fidèles le regardent et demandent ce qui est utile à leur salut. " Les évêques qui, à la suite d'Eudes de Sully, ont prescrit la même pratique, témoignaient du même souci de piété ; ainsi, le concile d'Exeter (1287) énonce : " Que l'hostie soit élevée, pour qu'elle puisse être contemplée par tous ceux qui se trouvent autour de l'autel : la piété des fidèles est avivée et les mérites de leur foi en sont accrus. " Dès le début du treizième siècle, l'élévation est assez répandue, pour que le pape Honorius III (1216-1227) en sanctionne la coutume en demandant que le peuple s'y incline respectueusement (1219).
A l'Élévation de la Messe, les fidèles prirent l'habitude de saluer le Christ du Sacrifice par des acclamations ou par de courtes formules de dévotion dont on trouve un exemple dans la Queste du Saint-Graal (composé vers 1220) où le Roi Mordrain s'écrie : "Ave salus mundi Verbum Patris, Hostia vera !".
Au quatorzième siècle, cette prière sera encore proposée pour l'élévation, dans un missel de Chartres.
Serviam, cpC.