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La question était : comment expliquer à un jeune de 8 ans à qui on a appris que le premier homme fut Adam, la première femme Eve alors que dans son collège on lui a enseigné que l'homme descend du singe ? Merci de nous aider.

En guise de réponse, Serviam met en ligne:
- Un extrait de l'Introduction à la Bible des Peuples, PP. Bernard & Louis Hurault, Ed. Le Sarment , que nous remercions de leur aimable accord de reproduction partielle;
- La note du Père COLLAS que nous remercions très vivement de la peine qu'il a prise en préparant ce texte.
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La vision d'un monde en évolution s'accorde très bien avec la conception chrétienne du temps et des " âges " de l'histoire. Si nous étudions les lettres de Paul, nous verrons que pour lui toute l'histoire humaine est une pédagogie de Dieu de laquelle émerge le vrai Adam.
Contrairement à l'image si répandue (par nos catéchisme) d'un Adam-Tarzan qui, au début des temps, était aussi beau et fort qu'on le voit sur la fresque de Michel-Ange, mais ensuite tombé de son piédestal, saint Irénée de Lyon, après Paul, voyait toute l'histoire dirigée par la pédagogie de Dieu vers l'accomplissement de la race ou de la communauté humaine.

Le " Big-bang ", quelle extraordinaire approche d'un départ du temps créé, un temps qui part de l'éternité et qui retourne à l'éternité ! Vingt milliards d'années pour l'expansion des millions de galaxies, chacune avec leurs milliers ou millions de soleils. Et quelque part, des planètes. Combien ? Mystère. Combien habitées ? Plus mystérieux encore. Mais là aussi, la foi a ses intuitions. Toute la Bible met en relief la liberté, la gratuité des gestes de Dieu. Un Dieu qui aime tous les hommes et les conduits tous vers lui, qu'ils le connaissent ou non, mais qui sait aussi choisir qui il veut pour lui donner ce qu'il ne donnera pas aux autres. Et le fait que Dieu ait créé des millions de galaxies ne l'empêchera pas, s'il le veut, de ne choisir qu'une d'entre elles pour y mettre, quelque part dans un petit coin, cette race des " homo habilis " que la Parole de Dieu a choisi comme son point d'atterrissage dans la création.
L'homme n'est donc pas arrivé par hasard. Ce n'est pas un singe qui, par suite de quelques mutations chromosomiques tout à fait imprévisibles, s'est réveillé un jour capable de comprendre. [Il y aurait pas mal à dire sur ces fameux hasard qui, au dire de certains, auraient fait qu'un jour une race de singes et de guenons aurait laissé la place à quelques grands musiciens et pas mal de jolies filles.]. Il a fallu bien des générations, et bien des maillons, et beaucoup d'humbles ancêtres que peut-être Dieu déjà connaissait et aimait comme il nous aime, mais le modèle et le but était déjà là avant eux, et c'était le Christ.

Quand et comment est apparu l'homme ? On pourra toujours discuter sur les termes : de quel homme parlons-nous ? De celui qui cassait des cailloux, ou de celui qui a dompté le feu, ou de celui qui enterre ses morts ? Nous parlons de l'homme vrai, celui dont l'esprit est à l'image de Dieu, celui que Dieu connaît et qui peut connaître Dieu.
Personne ne peut répondre à cette question précise ? Pendant de longs siècles l'homme n'a guère changé la face de la terre. Son genre de vie et les créations de son esprit le distinguaient à peine des primates anthropomorphes dont il était issu. Des familles et des groupes humains habitaient des cavernes, chassaient dans les forêts.
Lentement, l'homme s'est fait des armes et des outils, il s'est inventé une langue. Il ne s'intéressait pas seulement à ce qui se voit : dans les grottes souterraines où nos ancêtres célébraient leurs rites magiques loin de la lumière du jour, ils exprimaient leur vision du monde en peignant des images d'animaux sur la pierre.
L'homme était un être religieux, il enterrait ses morts. Créé à l'image de Dieu, son intelligence lui suggérait qu'il continuerait de vivre après la mort ­ croyance dont il a laissé de nombreux signes derrière lui. Quoique primitif, cet homme avait une conscience, il était capable d'aimer et découvrait quelque chose de Dieu à la mesure de sa capacité.

[ Un tournant historique important de l'histoire humaine s'est produit il y a environ 10 000 ans, à l'époque appelée néolithique. Le développement démographique, dû en particulier à une meilleure alimentation, faisait hâter le pas à la civilisation : plus nombreux, les groupes humains devaient s'organiser. Et en quelques dizaines de siècles, ils ont découvert comment cultiver la terre, élever du bétail, modeler et cuire l'argile. Des villages se sont formés et se sont unis pour se défendre et mieux profiter des ressources de la terre.
Ensuite, tout s'est passé très rapidement.]

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Le texte qui suit n'est pas destiné directement à l'enfant qui a posé la question, mais à ses parents, pour soutenir leur dialogue avec lui.
La question porte sur les modalités de l'apparition de l'homme.

1. La Bible et la théorie de l'évolution. Aujourd'hui, il ne fait plus de doute que l'homme n'est apparu qu'au terme d'une évolution. La Bible elle-même, admet déjà la "progressivité" de l'acte créateur, puisqu'elle parle, en fonction des connaissances de l'époque, de "six jours" au cours desquels peu à peu la "nature" s'est faite pour pouvoir "en fin" accueillir l'homme. Le texte de la Genèse ne pouvait dire plus, lorsqu'il a pris la "forme" sous laquelle nous le lisons aujourd'hui, mais il parle bien d'une durée nécessaire.
De nos jours, la science elle aussi, plus précisément l'anthropogénèse, indique que l'homme est en effet apparu au terme d'une lente progression.

2. Progression, d'abord, des conditions "extérieures" à lui. Ainsi, le livre de la Genèse dit-il que pour rendre possible la vie humaine, les conditions environnementales (climat, structure de la planète et du cosmos), végétale d'abord, puis animale, ont dû évoluer. Les conditions (climatiques, biologiques ...) exigées pour que l'homme puisse apparaître et vivre, se sont lentement mises en place. La science, parle, non pas de six jours, mais de milliards d'années.

3. Progression aussi de la " branche humaine " elle-même. La science nous dit que l'homme lui non plus n'est pas apparu brusquement. Et c'est là que nous rejoignons sans doute, la question posée par ce jeune de 8 ans (que je félicite au passage d'aborder avec vous ce problème.) Il faut bien réaliser que les conditions externes indispensables pour que l'homme puisse vivre, n'ont pas été les seules à devoir évoluer. Les scientifiques disent que le support même de l'homme, la branche sur laquelle il est apparu comme un bourgeon, a dû croître, elle aussi. Or cette branche n'était pas de l'ordre végétal, ni minéral, mais de l'ordre animal. C'est au cur de l'évolution de cette " branche " et donc du perfectionnement de ses capacités de vie, que l'homme est apparu. Lorsque le cerveau de ce vivant est devenu tellement complexe qu'il s'est trouvé capable de penser, il était dès lors conscient d'exister. Ceux que la Bible nomme Adam (le terreux) et Eve (la vivante) se situent historiquement dans cette période. On peut, comme la Bible, nommer les premiers humains de ces noms qui sont en fait des termes génériques employés comme noms propres. Ils n'apparaissent, notons-le, qu'après la narration du " péché originel ".

4. Le " singe " et la théorie de l'évolution. Dire qu'ils "descendent du singe" n'est probablement pas la meilleure manière de parler. Laissons tomber l'idée du "singe" qui est pour nous trop négativement marquée. Pensons plutôt à "l'animal" au sens radical du terme, d'un être animé, capable de vie autonome, devant évoluer, bien sûr, mais changeant peu à peu en liberté, l'autonomie dont il s'était peu à peu doté.
Disons tout de suite que la théorie de l'évolution n'est pas un système inventé par les chercheurs, mais le résultat et la mise en ordre des découvertes qu'ils ont faites, à quelque siècle qu'ils aient appartenu, mais notamment à partir de la fin du XIXè siècle.
Ce qui fait problème, mais moins qu'au début du siècle dernier, tout de même, c'est que cette "théorie de l'évolution" a été présentée, lors de sa "naissance", comme la démonstration de la non-existence de Dieu. D'où les réticences dont nous portons encore les marques.
L'Eglise vient de reconnaître, après une très longue réflexion, que prise, dans sa totalité, la notion d'évolution est compatible avec la notion de création. Des théologiens disent qu'elle l'enrichit.

5. L'évolution et la notion classique de l'acte créateur
. En effet, dans un système évolutif, la notion d'acte créateur prend une dimension tout autre. Dieu crée l'homme, mais il ne le "fabrique" pas. Il ne fait pas de l'homme un objet, ce qu'il serait s'il était tout fait par Dieu. Il en fait un sujet en l'associant à sa propre création. Et l'association commence dès le premier instant de la création, c'est-à-dire avant même l'apparition de l'homme. Dieu lance la vie "en dehors" de sa divinité, là où il n'y avait rien. "Que la lumière soit !" Mais passer du rien à l'intelligence, ne peut pas consister, pour l'acte créateur, en un acte magique. Dieu respecte la nature des choses. Il associe à son propre acte ce qui est en train d'apparaître, si brut et sommaire que ce soit encore. Il respecte son rythme, hésitant au début (songez donc, on sort du néant ...ce qui suppose qu'on doit être terriblement peu dé-gourdi ! ) Il l'aide à se mettre peu à peu en état de faire venir l'homme, que lui, Dieu, veut et dont il garantit la venue. Cela, l'évolution ne pouvait le faire que soutenue et, disons, orientée par Dieu.

6. La force du Père. Ce type de création est finalement beaucoup plus à la gloire de la force de Dieu, que le type " fabrication " habituellement utilisé, jadis. En effet, il est plus difficile de "faire faire" que de faire soi-même. Il fallait être Dieu pour se faire obéir du "néant" et parvenir, à partir de cette "obéissance", et apparemment aux antipodes, à un vivant "capable de Dieu".

7. L'amour du Père. Ce type de création est aussi beaucoup plus conforme à ce que nous savons de l'amour du Père. Associer à son oeuvre celui qu'on aime est plus respectueux et plus confiant envers l' "associé", que de lui donner toute faite la situation qu'on envisageait pour lui. C'est aussi moins facile, surtout quand le "collaborateur" est lui-même inachevé, et cela suppose la possibilité de dérapages et d'échecs. Mais c'était la condition pour que la création soit totalement une oeuvre d'amour. Dans quel cas l'amour des parents est-il le plus fort : chez ceux qui résolvent à la place de leur enfant le problème posé par le professeur, ou chez ceux qui l'aident, par leur tendresse, par exemple, à le résoudre lui-même ? C'est cette dernière solution que Dieu semble bien avoir choisie.

8. Science et théologie. Les chrétiens qui adoptent cette façon de voir ne sont pas à la " remorque " des scientifiques, comme certains le leur reprochent. Mais ils savent qu'ils ne sont pas seuls, dans le monde, à se poser des questions aussi existentielles. Ils écoutent donc ce que disent les frères qui cherchent, avec d'autres méthodes que les leurs. Puis ils appliquent, sur ce point précis, l'enseignement de l'encyclique de Jean-Paul II sur "La foi et la raison": ils font confiance à la raison parce qu'ils savent que, soutenue par le Père, elle peut progresser " vers la vérité tout entière " (Jn. 16,13). Ils savent que la question de la Création est d'actualité plus que jamais, et que tous les moyens de recherche dont nous disposons, doivent être mobilisés pour fournir à notre intelligence de quoi ne pas désespérer. C'est pourquoi, la théologie et la science se rencontrent pour creuser, chacune à sa place et avec ses moyens, l'inconnu de la vie.

9. La logique de l'amour. Pour vivre sans désespérer, il faut savoir si la vie a un sens, Mais il faut aussi savoir si le sens qu'on lui trouve ne contredit pas l'amour.
Or, entre autres certitudes absolues, les croyants savent que l'amour de Dieu respecte l'intelligence de l'homme. C'est pourquoi, disent-ils désormais, les hypothèses auxquelles ils parviennent, qu'elles soient scientifiques ou théologiques, sont considérées inopérantes, si un illogisme vicie leur processus. Or, pour un croyant, le point absolu d'où on doit partir pour mesurer la logique de la position à laquelle on aboutit, c'est l'amour. L'amour de Dieu. Tout ce qui irait, si peu que ce soit, contre la logique de cet amour, devrait être estimé faux. C'est à partir de cette certitude qu'il faut juger la position qui vient d'être exposée à propos de l'acte créateur. Et d'autres, éventuellement.

Je sais que la présentation que je viens de faire est terriblement résumée. Je sais aussi qu'elle n'est pas admise par tous les chrétiens, même si elle est théologiquement établie. Et donc, je serais tout à fait prêt à répondre aux questions qui pourraient se poser. Ce problème est trop essentiel pour qu'on ne l'aborde pas aussi à fond que possible.

Père R Collas.

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