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PREMIÈRE PARTIE : L'ART ET LE SACRE
Une causerie de Bertrand du Boullay

 

FAUT-Il rappeler que nous ne chantons pas à la Messe, contrairement à ce que d'aucun se plaisent à dire, car c'est la Messe elle-même qui est chantée ! Elle est même intégralement chantée. Même si cette tradition s'est en partie perdue dans les liturgies Romaines, elle demeure d'actualité dans les cérémonies Byzantines Orthodoxes, Grecques ou Melchites. Dans celles-ci le principe de la Messe basse n'existe pas !

AINSI, puisque la Messe est chantée, n'était-il pas naturel que les plus hautes autorités de l'Eglise s'en préoccupassent ? Je ne citerai que St Pie X dans son motu - proprio, Pie XII ­ qui y consacra rien moins qu'une encyclique ! ­ et... le concile Vatican II. Loin d'être un détail, ces attentions sont très significatives de l'importance qu'elles y accordèrent.

A cette question, à la question de la raison pour laquelle l'Eglise s'en préoccupe, puisque aussi bien cette musique est dite sacrée, mon propos vise à montrer que l'on peut ­ que l'on doit ­ répondre par l'impératif du Sacré ! L'impératif du sacré dans les arts au travers des quels il s'est exprimé. Je m'appuie en ce texte sur les propos de B.Neiss dans une conférence qu'il fit au Centre Charlier.

C'EST donc au Sacré, puis à la musique sacrée, et enfin dans une seconde intervention à ce qu'en dit l'Eglise que nous nous intéresserons. " Rappelons à quel point le sacré est nécessaire à notre 'inconscient collectif' " nous dit B.Neiss, " à notre 'psyché' ; (mais auparavant) encore est-il souhaitable de le définir. Le définir par l'illustration de deux des trois arts dans lequel il peut le plus se rencontrer (1). "

"CES deux arts fondamentaux sont l'architecture et la musique. Et si, à première vue, l'architecture, est plus aisément déchiffrable et perceptible dans son existence comme dans son évolution, depuis la crypte, les premiers temples massifs et comme bâtis pour 'l'éternité terrestre', jusques aux grandes cathédrales Romanes, aux élévations du Gothique et à l'ornementation du Baroque, la musique a subi, elle aussi, une élévation selon une courbe non parallèle et non contemporaine, mais connexe à celle de l'architecture : depuis le récitatif recto-tono, les premières cantilations sur deux ou trois notes, jusques au grand élan Grégorien, puis aux pièces Palestriniennes, aux grandes envolées ­ plus récentes ­ des orgues de Notre-Dame (1) " ; pour nous offrir maintenant Maessien et d'autres compositeurs contemporains.

AU juste qu'est-ce que le Sacré ? Comme le dit B.Neiss (1): " Dans le domaine de l'architecture, il ne consiste pas en une fonction utilitaire, mais dans le caractère d'organiser l'espace selon la topographie rituelle ; pour que les forces d'en - haut puissent y pénétrer, nous mettant ainsi comme en relation avec le Divin. L'architecture prépare et pourvoie un cadre digne du culte. "

"LA musique, plus proche du culte divin, occupe une place principale dans le déroulement des cérémonies. Elle n'a pas pour fonction de remplir les vides des célébrations ou de distraire pieusement les esprits ; sa première fonction est de permettre aux esprits de passer dans un temps autre, dans une dimension sacrée du temps, ...comme d'élever les êtres à ce plan où l'humain peut entrer en relation avec le divin. Elle nous enlève au monde profane, nous fait sortir du temps et de la durée humaine, pour nous faire accéder au plan où nous rencontrons les forces supérieures (1). "

"NOUS dirons donc, par définition, que le sacré est ce qui est séparé du profane, distinct et consacré au divin (1). "

"DANS l'espace, c'est un secteur délimité, soustrait aux actes de la vie quotidienne, consacré aux gestes qui s'adressent aux puissances du Ciel (je cite toujours B.Neiss). Le templum désignait le secteur du ciel que l'on observait, puis le lieu d'où l'on observait. Le lucus désignait une clairière, un endroit Saint que le pied profane ne pouvait fouler sans mourir. Selon la bible ceux qui touchaient l'arche d'alliance devaient mourir foudroyés. Romulus dut mourir pour avoir franchi l'enceinte sacrée tracée par Remus..., etc., etc. L'on voit donc le Sacré se révélant comme une réalité redoutable, séparée du profane, et perçue par tous les hommes (à toutes les époques) (1). "

"IL évoque aussi un changement d'étage, vers un ordre supérieur ; un lieu où se révèle ce qui est autre qu'humain : comme une forme révélée - le temple de Jérusalem, ou bien un texte inspiré, dicté d'en - haut. Il peut s'agir aussi d'une musique ; et l'on pense à la représentation à Rome de saint Grégoire-le-Grand, écrivant le répertoire grégorien sous l'inspiration d'une colombe qui désigne l'Esprit-Saint... (1) "

SI l'on veut bien considérer un instant qu'après avoir été connu, lu durant des siècles ­ je veux parler de l'ancien testament, il a fallu pas moins de 40 ans à saint Jérôme ­ retiré dans une caverne ­ pour parvenir à la mise forme authentique de la Vulgate, puisant dans tel texte, rejetant tel autre... ; manuscrits dont on veut bien se remémorer qu'ils ont Dieu pour inspirateur..., nous sommes frappés par l'analogie avec le travail de Saint Grégoire qui, non auteur du répertoire dans son ensemble, patiemment les mit en forme, puisant dans la tradition et la mémoire des clercs, ...c'est à dire sous l'inspiration et comme sous la dictée de l'Esprit-Saint. ...Voilà qui nous fait fuire la tentation de douter de ces révélations en général, et en particulier de considérer ces musiques comme optionnelles.

ENFIN, je cite à nouveau B.Neiss, rappelons que " tout Sacré authentique, dépasse les caractères particuliers de la culture. Il dépasse les limites de l'être individuel ; Universel, il se traduit sous une forme hiératique, qui cristallise l'âme. L'architecture sacrée cristallise ainsi les cycles célestes. Elle fait entrer le fidèle en état de prière. La musique sacrée opère de même : elle mesure les cycles du temps, ouvre l'âme de l'auditeur et de l'auteur (1). "

NOUS disions tout à l'heure le développement dans le Sacré des deux arts fondamentaux : l'architecture et la musique, citant la complémentarité de l'une par rapport à l'autre ; " l'une emplissant l'espace, l'autre le temps ; comme une étendue est la figure immobile du temps. L'architecture fixe la durée, ...musique sans mouvement figée dans la pierre. Le temps est ainsi matérialisé dans l'espace, soustrait au mouvement. Mais le temps est aussi la traduction mobile et rythmée de l'étendue. La musique met en mouvement la permanence ordonnée du cosmos. Représentant la mobilité de l'univers, elle est comme un temple animé dans le temps (1). "

DEVELOPPEMENT dans le sacré des deux arts, disais-je...

MAIS la musique, affirmons-le avec B.Neiss, est première dans l'histoire, est première dans la hiérarchie des arts : " L'on imagine bien, qu'en dépit de leur caractère nomade, les premières peuplades pouvaient se livrer au culte chanté sans que l'enceinte ne soit bâtie (1) ! " Errant de lieu en lieu, au gré des saisons, l'on pressent bien que les premiers peuples ayant conçu qu'un Dieu existait, savaient s'adresser à lui, tant bien même n'auraient-ils pas encore bâti le temple de pierre, une uvre humaine, un lieu fixe. La tradition du chant existe incontestablement chez les peuples du désert. " C'est donc le sacré déjà développé dans la façon de s'adresser au Dieu, qui s'ancra par la suite dans une architecture (1). "

CELLE-CI ayant pour but de servir celle-là. Et non l'inverse. "L'architecture est comme l'écho dans la pierre de la vibration qui la précède et qui retentît aux oreilles des bâtisseurs (1). " La musique est première, nous l'illustrerons tout à l'heure. Elle est première, et peut-être supérieure. Elle est, en tous cas, d'une pérennité plus élevée et plus aisée. Nous savons par exemple que certaines mélodies, relevées par saint Grégoire le Grand, encore chantées de nos jours, dataient du deuxième ou troisième siècle. A notre époque, la technique nous offre des moyens de conservation dont on peut penser qu'ils favoriseront encore davantage cette pérennité ; si tant est que nous ayons le soin d'enseigner à notre tour l'attention qu'il convient d'avoir lorsqu'il s'agit de sacré et les bienfaits qu'il procure en nourrissant la part spirituelle de notre être. Car...

"BIEN loin des idées de ce temps, du Sacré, la mentalité contemporaine ne veut pas accepter les frontières face à son pouvoir d'investiguer et d'agir. Selon la philosophie actuelle , il n'existerait pas de territoire où la raison n'aurait plus mot à dire. Le Prométhée du vingtième siècle rejette l'idée qu'il existe un lieu dont nous ne serions pas les auteurs, les inventeurs ou les investigataires... (1) " Le sacré d'aujourd'hui demeure dans des mythes - que l'on voudrait fondateurs, qui de la République, qui de telle ou telle thèse historique offerte sans discussion à l'homo-socialicus. ...L'on panthéonise Malraux, durant que ­ le même jour ­ le Pape canonise Catherine Jarrige. Des heures télévisées dans un cas, l'omission absolue dans l'autre !

AYANT ainsi conclu la partie de cet exposé sur le sacré, et avant d'en venir à la musique proprement dite, il me semble nécessaire d'évoquer d'un mot : l'art l'art dans sa finalité.

J'APPUIE mon propos sur l'encyclique " Musicae sacrae disciplina " de S.S.Pie XII, cherchons quel objet l'art a-t-il pour finalité ? ...Ne devons-nous pas affirmer que celui-ci est de magnifier la beauté de la création, ...la beauté de la création divine. Ainsi l'art a pour objet d'exprimer au moyen d'uvres humaines l'infinie beauté du Créateur ! Ceux qui avancent imprudemment la (vraie - fausse) finalité de l'art pour l'art, de l'art en soi..., ceux qui en refusent toute limite toute norme, font abstraction du principe selon lequel chaque homme, chaque action humaine, doit être orientée vers sa fin dernière qui repose en Dieu. Par cette loi éternelle, il est établi que l'homme et ses actions doivent, à la louange et à la gloire du Créateur, manifester l'infinie perfection de Dieu. L'art en soi est la finalité de l'animal humain créateur qui se cherche lui-même. Force est de constater combien cet anthropocentrisme ­ aujourd'hui ­ en fait régresser son expression artistique, ...jusqu'aux " arts premiers " !

FOIN donc ! de ces musiques " entièrement contraires aux règles de l'art " comme le dit Pie XII. Et revenons-en à la musique sacrée telle qu'elle est ­ car elle ne saurait être autre, et telle que l'Eglise en édicte les lois.

L'ON doit tout de suite préciser qu'il existe plusieurs formes de musique sacrée : la musique liturgique ­ en premier ­ entre dans cette catégorie, mais aussi la musique dite religieuse ­ et qui peut à juste titre se prévaloir de ce titre, car elle apporte par son contenu et ses finalités (élever l'âme) de grands avantages à la religion. Aussi revenons à ce qu'en dit B.Neiss :

"QUAND on parle de musique sacrée, il n'en est pourtant qu'une qui reflète le plus exactement la vérité éternelle (ou du moins nous aide à en méditer, voire à en comprendre les mystères). Une, qui se soit élevée au plus haut dans la contemplation des plus hauts mystères. Une, qui contient en germe tout ce qui vînt ou viendra par la suite et qui fut développé sur les fondations de celle-ci : le chant grégorien, montrant par là combien les fondations de ce dernier étaient solides ­ retenons l'utilisation du grégorien par le lointain Japon pour son hymne national ! Cette musique est mal comprise, mal jugée, mal entendue même ! ...Très loin de représenter la production d'une époque. Songez que la seule Messe des morts regroupe un ensemble de pièces élaborées dans une durée qui va de Guillaume de Machaut à Stravinski ! Ce serait là la musique d'un temps ? ...De Guillaume de Machaut à Stravinski ! Elle n'est pas un balbutiement, ...une sorte de prélude à la musique aboutie, que l'on dirait être la musique classique ou moderne ! Le grégorien est un sommet plus atteint depuis lors Mozart disait qu'il donnerait toute son uvre pour avoir composé la seule préface de la Messe, l'une des préfaces. Le Grégorien serait dépassé ? réservé à certains ? bon pour les moines ? ...En fait, il fut le remède qui maintes fois nourrit la musique postérieure, quand celle-ci commençait à se dessécher (1) " jusqu'aux époques les plus récentes ; on en trouve des exemples à travers Maessien, Pendérecki ou Arvo Pärt.

APRÈS avoir réfléchi sur la notion de Sacré, les deux arts sacrés fondamentaux et rappelé la place que tient le Grégorien parmi eux, ... examinons maintenant les trois maux dont souffre ce dernier (je reprends toujours l'analyse de B.Neiss ) :

- "LE premier est l'oubli. " Ce mal majeur qui 'désenseigne' notre civilisation. L'oubli, qui nous éloigne de la spiritualité de ceux qui l'ont longuement charpenté, ...spiritualité dont on voudra bien se souvenir qu'elle resta valide des millénaires durant, puisque aussi bien l'on continue ­ en de trop rares moment ­ à composer en Grégorien ; témoin le propre des Messes des saints nouvellement créées ; témoin encore le nouvel hymne pontifical, toutes créations qui démontrent à l'envie que cette musique est bien la musique de l'Eglise par excellence. " L'oubli qui a pour remède : la contemplation de tout édifice architectural ou musical, éclairé par la connaissance (1) " ; revenant ainsi aux origines.

- " LE deuxième mal dont souffre cet art, est la déformation (1) " L'infidélité artistique et spirituelle..., car l'interprétation actuelle est tombée bien bas. " En en ayant dédaigné la valeur, le fait musical, elle est tombée d'abord en déshérence (puis maintenant en déchéance). Tant chez ceux là même qui en avaient la garde, que chez les clercs chargés de rendre cette tradition vivante... A l'inverse, dans l'Orient Chrétien, la splendeur sonore (byzantine ou slave) nourrit l'âme. Elle nous envahit, nous enveloppe..., et laisse la certitude qu'elle procède d'une pensée liturgique supérieure. L'on sait par exemple qu'en ces rites le prêtre doit savoir chanter ! C'est une obligation... Serait-il le plus pieux, cela ne suffit pas ! Voilà bien la vraie place d'une musique sacrée ! "

- " LE troisième mal, qu'il faut dénoncer avec vigueur, est la démolition frénétique par les autorités qui le devaient conserver, et qui s'en sont détournées (1). " Ils le bannissent à l'heure même où l'on vient de le restaurer par un travail musicologique notable. On le rejette par dessus bord, alors qu'il était encore chanté et connu (cf. Mesnil St loup - H &A Charlier). " Au moment surtout où sa vertu nous serait le plus nécessaire. Son absence, son remplacement par des musiques syncopées, celles-là même qui emplissent nos baladeurs, cause des maladies psychiques dont ne se préoccupent guère nos sociologues (1). " Qu'une âme soit vide, et c'est le génie qui s'y soustrait ! Quand en plus elle se nourrit de rythmes primitifs et violents, c'est une société de barbares qui se prépare et qui a déjà débutée son règne...

FACE à ces maux c'est dans une contemplation qu'il nous faut entrer maintenant : " Laissons-nous regarder par une belle architecture..., laissons-nous écouter par les forces du Ciel qui descendent en ces temples lorsqu'il s'y joue les plus belles pièces. Pensons aux bienfaits que procure à notre âme la fréquentation renouvelée des plus beaux édifices de pierre... Le chant sacré prépare une architecture invisible qui pend forme dans la pierre au moyen des schéma mentaux dont elle aura pourvu les maîtres d'uvre. Non contente d'habiller la pierre ­ construction visible, et d'y tenir le rôle de l'esprit ­ en vivifiant la construction d'un revêtement invisible, il en est (pour partie) la cause ; car il aura formé les esprits durant des siècles. Les siècles d'audition régulière du chant grégorien auront été la matrice de ceux qui, par la suite et dans les mêmes schémas mentaux scolastiques, bâtirent les grandes cathédrales et les grandes Sommes Théologiques (1). " Ecoutons Pie XII citant saint Augustin: " Lorsque ces saintes paroles sont chantées, la flamme de la piété est plus vive, les émotions plus religieuses et plus brûlantes. Car tous les sentiments ont un mode d'expression dans la voix et dans le chant (2). "

OBSERVONS, si vous le voulez bien, de quelle façon la musique a trouvé à des siècles de distance sa solidification immuable dans la pierre...

AUX premiers siècles, nous sommes dans des psalmodies monotones et peu ornées ; dans les litanies comme celles de l'offertoire de la Messe des Gaules, ou celles de l'admirable " Chant pour les derniers jours " composé à l'approche de l'an 1000...

D'OÙ naît l'art Roman !

PUIS le mode s'élève, aussi les arcs en plein cintre.

MAIS quand l'esprit développa les formes grégoriennes plus ornées, surgirent à des siècles de distance les merveilles de l'art gothique : art dans le quel les voûtes se sont élevées comme les mélodies, par la découverte de l'arc brisé et de l'ogive gothique ; art dans lequel ­ comme dans le grégorien, chaque détail d'ornementation se fond dans un ensemble perçu de prime abord dans sa globalité, puis, à l'occasion de tel ou tel office, nous en détaillons telle ciselure, telle statue, comme nous pouvons le faire dans la partition ciselée par ses neumes avec la même finesse, la même unité de ton & de mode.

A l'époque même de ces constructions, à l'époque des constructions des grandes cathédrales gothiques, la musique de 'l'âge d'or du moyen - âge' ­ je veux parler des 11ème 12ème et 13ème siècles ­ la musique, et le chant tout particulièrement, s'enrichissaient des ravissements, de la légèreté et de la liberté de l'âme qui rencontre son Seigneur... Je vous renvoie par exemple à sainte Hildegarde Von Bingen... Ravissements sonores et liberté musicale qui donnèrent la spiritualité des sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, ...un peu plus tard, ...un peu plus tard !

SPIRITUALITES qui trouvèrent, à leur tour, forme dans la pierre

...UN peu plus tard ! C'est à dire durant qu'on bâtissait les splendeurs Baroques ! La musique sacrée du moyen - âge a inspiré ­ à des siècles de distance ­ à la fois la spiritualité des sainte Thérèse d'Avila, des saint Jean de La Croix, et les premiers édifices Baroques.

QUAND à la musique ainsi appelée, car à la période du Baroque composée, baignée de lumières instrumentales et toute de nuances vocales, comme jamais jusqu'à lors, emplissant l'espace plus que jamais auparavant, ...cette musique trouva sa matérialité architecturale dans l'art ornemental du vitrai et, surtout, dans le choix et la variété des formes et des matériaux retenus pour parer les édifices. Le vitrail, c'est une musique polyphonique par ses couleurs et par ses formes découpées de dentelles de pierres. Aussi les colonnes de marbres ou de stuc, les autels de pierre précieuse et les chapiteaux qui sont les instruments... Aussi les couleurs de ces marbres et de ces pierres qui sont les timbres des voix elles-mêmes, avec toutes leurs variétés...

POUR terminer cette partie, je voudrais tenter de vous inviter à la pratique du chant.


L'ART de chanter consiste pour soi-même à sortir notre pensée du chaos quotidien et de la dispersion, pour lui donner une configuration architecturale sacrée. En revanche, se laisser pénétrer par les bruits de notre époque, nous fait régresser musicalement aux temps barbares, et donne à notre âme l'architecture déstructurée et le chaos du Rap...

DECHIREE, décalcifiée, notre âme se 'désociabilise'... Au lieu de lumière, de douceur et de finesse, qu'y trouverait-on ? sinon la brutalité et la vulgarité. La césure d'avec le sacré (peu ou prou imposée par une éducation centrée sur l'éphémère), le culte de l'ego et celui du corps, au moyen d'une société virtuelle, décapite en notre être sa nature relationnelle. Hors, " le chant religieux modèle l'âme en forme de temple ; forme que l'on devrait toujours se proposer pour lui enseigner ­ sous le regard et la compréhension des puissances d'en - haut... En temple modelée, les fruits et les pensées de cet enseignement ne sauront qu'être plus saintement inspirés. Chanter est peut-être une des petites voies qui mènent à la vertu, sinon au Ciel (1). " Car si l'on ne sait pas grand chose de la Vie Eternelle, l'on en sait au moins une : c'est qu'au Ciel on chante ! et les anges y jouent sur des instruments de musique. Voyez-vous: chanter en église n'est pas sentimentalisme, n'est pas subjectivisme, encore moins rationalisme : le chant sacré est un éveil, ...un éveil aux Lois du Créateur.

DEUXIÈME PARTIE : DU MOTU PROPRIO DE SAINT PIE X, AU CONCILE VATICAN II

APRÈS les quelques constructions intellectuelles et les méditations lyriques que j'ai tenté jusqu'alors, je vais maintenant appuyer mon propos sur les seuls mais nombreux écrits de l'Eglise elle-même. Je parlerai du Motu-Proprio de saint Pie X et du concile Vatican 2. Et l'on aurait pu citer une dizaine de Pontifes...

" PARMI les sollicitudes de la fonction pastorale, ..., l'une des premières est de maintenir et promouvoir l'honneur de la maison de Dieu (par le culte chanté). Rien ne doit venir y troubler la dévotion et la piété des fidèles " disait Saint Pie X . Notre objet n'est pas de nous demander si la présence de personnes désobéissant à César (les immigrés clandestins), réfugiées (sic), qui dans une Cathédrale, qui dans telle église paroissiale de Paris, est de nature ou pas à offenser les fonctions sacrées ! Mais nous pouvons commencer par rappeler que l'auteur de ce motu-proprio commença par chasser des églises les chanteurs indignes, les chanteurs fourvoyés dans tel ou tel des maux dénoncés lors de la partie précédente. ...Devrons-nous en passer par là ? Devrons-nous en passer par là dans une légitime reconquête du champ du sacré ? Les prêtres qui seront demain affectés aux paroisses " tenues par des laïcs " ­ c'est à dire " qui leur sont affectées " (selon la propre expression de certains vicaires apostoliques), devront-ils en passer par là ? On est en droit de se le demander.

ON 'doit' même se le demander, car il n'est pas rare que des 'uvres' qui ridiculisèrent les offices et la musique sacrée soient encore chantées : souvenez-vous du film " La vie est un long fleuve tranquille " ! On vous dira que ce temps est dépassé. Que ces productions ne sont plus. Que nenni ! Allez écouter le répertoire offert aux Messes 'dites des jeunes' dans telle ou telle paroisse, vous serez édifiés.

ET l'on est en droit, par contre, à notre époque, d'inviter tel ou tel prêtre (ou communauté) à mettre de nouveau à l'honneur des cantiques anciens ­ fussent-ils en français, issus des meilleures compositions de ce style entre la fin du XIX siècle et les années soixante ­ ou récents : l'on peut songer aux excellentes compositions du Frère Lécot (Maître de Chapelle au sanctuaire de Lourdes). Puis, de proposer d'honorer Dieu en son Temple par un chant latin, souvent apprécié ­ jusques et y compris ­ dans des communautés non-traditionnelles... Nous disions tout à l'heure la continuité des compositions en grégorien, nous pouvons aussi proposer à nos interlocuteurs les compositions plus récentes (dans cette langue) d'inspiration palestrinienne (je prends à nouveau pour exemple les uvres de M.Lécot ­ cf. son Ave Verum). C'est peut-être là un bon moyen, en des points où nous nous rejoignons, de restaurer un peu de sacré, quand celui-ci a été gommé en dépit des prescriptions les plus formelles de... Vatican II ! comme on le verra plus loin.

L'ON est ­ à ce propos ­ ahuri de voir en certains lieux les prêtres dissoudre (pour une grande partie) le sacré des liturgies par les chants qu'ils adoptent, durant que, durant que... ceux - là même retiennent les plus belles pièces du grégorien orné du moyen - âge pour habiter " hors des offices ! " leurs églises ouvertes aux touristes certains dimanche après-midi... et sanctifier ainsi l'âme des visiteurs, ou tout simplement les inciter à multiplier ces visites. Comment comprendre cette inversion ? Comment comprendre, peut-être, cette soumission aux équipes paroissiales chargées de " préparer les Messes " ? Il réside en effet une malhonnêteté, une tromperie scandaleuse dans ces actes. Songez-y On vide de la beauté et du sacré les liturgies les plus impératives du culte dans la fonction des clercs ; Et ceux-là mêmes n'offrent ce sacré et cette beauté qu'à leurs visiteurs de passage ! Comment comprendre cette façon d'agir ? Cette façon volontaire et choisie. Cette façon d'agir vis à vis de leurs premiers prochains que sont leurs paroissiens. Cette façon qui 'déséduque' l'âme des petits et des grands, et qui les fait fuir ces lieux de cultes d'où le sacré a fui ! Il y a plus grande tromperie encore, et celle-ci montre ce qui guide les choix des clercs : L'on constate le succès des chorales ­ toujours plus nombreuses ­ où se pressent des personnes avides de beauté. L'on constate également (témoin les innombrables annonces sur Radio ­ Notre - Dame) les multiples productions discographiques de grégorien par telle ou telle communauté religieuse ; jusque et y compris par le célèbre séminaire d'Issy les Moulineaux. Alors N'est-il pas légitime de récriminer contre ces clercs qui ôtent ce chant de leurs offices ? N'est-il pas légitime de crier sa colère envers ceux qui savent la beauté et le sacré du grégorien, puisqu'ils le proposent à la vente avec grand succès ! Ceux-là mêmes qui n'en emplissent pas la Sainte Liturgie !

ON est donc en droit de se demander s'il ne faudrait pas gommer telle pratique usitée, chasser tel responsable de chorale ou tel auteur " à l'honneur " aujourd'hui, ...et là ne sera pas chose aisée. Saint Pie X lui-même, remarque que " l'un des abus les plus communs et les plus difficiles à extirper dans les choses du culte, est celui qui concerne la musique et le chant sacré. Soit à cause de la nature variable et fluctuante de cet art, en lui-même ­ et c'est toujours Saint Pie X qui parle ­ soit en raison de l'altération graduelle du goût et des habitudes, ..., soit à cause ­ écoutons bien ! ­ de la funeste influence qu'exerce, sur l'art sacré, l'art profane et théâtral (l'on pense aux innombrables intrusions de la musique profane dans nos églises quand ce n'est pas à celle du théâtre). Soit enfin, à cause du plaisir directement procuré par une musique, plaisir qui pour sain (s ­ a ­ i ­ n) qu'il soit, ne doit pas venir troubler, par la perception sentimentale qui est nôtre, le jugement qu'il convient d'avoir lorsqu'il s'agit de Sacré !

" C'EST pourquoi, (poursuit le saint Père) la voie droite caractérisant la musique sacrée est marquée très clairement dans les canons ecclésiastiques. Ainsi le chant doit posséder au plus haut degré les qualités propres de la liturgie que sont la sainteté, l'excellence des formes et l'universalité. Sainte, elle doit exclure tout caractère profane, et donc ne pas retenir telle ou telle pièce non spécifiquement écrite pour la liturgie ; elle le doit aussi (exclure tout caractère profane) dans la façon dont elle est interprétée par ceux qui l'exécutent. Car il n'est pas possible - dit saint Pie X - qu'elle ait autrement cette efficacité sur ceux qui l'entendent, et que l'Eglise veut obtenir ". Quant à l'universalité, il ne nous est besoin que d'aller à Lourdes ou à Rome pour mesurer à quel point le Grégorien est la forme qui permet le mieux la prière démultipliée par la multiplicité des fidèles et l'Unité de l'Eglise. Nous pouvons souligner également ce caractère d'universalité, par l'absence de toute fâcheuse impression sur quelque fidèle, quelle que soit sa nation. Aussi m'interroge - je lorsque j'entends, ici ou là, tel ou tel rythme syncopé qui, plus qu'à la prière, nous semble inviter à la gesticulation corporelle ; ceci, poursuivi et développé davantage nous conduirait à commenter négativement certaines cérémonies liturgiques des voyages du Pape...

AUSSI, revenons au grégorien : Il est en effet le seul chant qui possède au plus haut point ces trois caractères: sainteté, excellence des formes et universalité. De fait, son origine la plus ancienne, dans des temps où l'Eglise était 'communiquée et répandue' en des contrées très diverses allant de l'Asie mineure à l'Europe en passant par l'Afrique sub - saharienne, illustre bien cette universalité. Saint Pie X nous rappelle également que cette musique est prescrite à 'l'exclusion de toute autre' en certaines parties de la Messe.

EN cet endroit, le Saint Père nous invite à sa pratique par l'ensemble des fidèles, comme cela se faisait autrefois. On peut donc déduire un autre caractère de l'universalité : puisqu'il doit être chanté par tous, il doit être accessible à tous. A cet égard, remarquons combien ce trait est davantage présent dans le grégorien que dans d'autres formes ­ pourtant " acceptées ", comme celle de la musique palestrinienne ou certaines musiques classiques ou modernes.

LE cadre du motu-proprio est large en effet : toute musique qui est à la fois sainte, belle et universelle est admise à l'Eglise. Selon des degrés différents toutefois :
- ainsi, le chant Grégorien, à un degré supérieur, est une musique imposée;
- à un degré excellent, la musique palestrinienne est recommandée;
- alors qu'à des degrés suffisants, certaines musiques modernes sont tolérées.

EN sus de ces trois genres Pie XII, pour sa part, distingue également la musique sacrée classique ou moderne pour orchestre ou orgue, le chant populaire et la musique religieuse. A la différence du grégorien et de la polyphonie sacrée de Palestrina, qui ni l'une ni l'autre n'ont besoin d'être soutenues par l'orgue, la musique sacrée classique ou moderne nécessite l'accompagnement d'instruments, dont l'abus a été maintes fois condamné par les Papes. La musique religieuse, non composée pour la liturgie, est ­ hors de celle-ci ­ admise à l'église pour exprimer et susciter des sentiments pieux et religieux. Notons que ces différents genres, s'ils ont eu chacun leurs heures de gloire au cours des siècles, ne sont pas pour autant éteints et clos ; leurs périodes de compositions ne sont pas révolues.

N'OUBLIONS pas que le plain-chant, issu des plus hautes et des plus anciennes traditions de l'Eglise, a toujours été un très puissant moyen d'évangélisation, et même de civilisation ! Benoît XIV rappelait que c'est par la cantilène grégorienne que saint Augustin et ses 49 moines charmèrent les peuplades barbares sur la terre britannique. Et, 400 ans plus tard, nous raconte Dom Guéranger, l'oreille de Charlemagne fut si fort ravie par la beauté de ces vénérables cantiques qu'il en fit, de concert avec les Pontifes romains, un des plus puissants moyens de civilisation de son immense empire.

LE chant, écrit toujours saint Pie X, est une partie intégrante de la liturgie ; au point qu'en son absence celle-ci est comme mutilée. De quelques mots, expliquons cette intégration de la musique dans la liturgie. Selon l'adage celui qui chante prie deux fois. Car son chant, immatériel, remplit son âme du souffle de l'Esprit - Saint. Saint Paul ne nous recommande-t-il pas de nous entretenir par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels... L'on rappellera la distinction de chacune de ces formes : un psaume est un chant accompagné d'un instrument à corde (et nous y préférons la harpe la lyre et le luth, voire le violon la vielle ou la contrebasse, à la guitare, par trop moderne), une hymne est un chant de louange, un cantique est une forme littéraire chantée et lyrique. Nous rappelions tout à l'heure que l'ensemble de la Messe était chantée autrefois ; montrant bien par là que la musique liturgique contribue à honorer Dieu davantage. Celui qui chante aime, disait saint Augustin. La musique excite et traduit les sentiments les meilleurs, les plus vifs, les plus profonds. L'on peut dire que le chant liturgique est le chant patriotique des enfants du Royaume des Cieux ! L'unisson des voix procure l'unisson des curs, elle incite chacun à la prière spirituelle, corporelle et sociale tout à la fois. C'est là une première illustration de l'intégration de la musique dans la liturgie.

LA seconde ? Eh bien, c'est la sanctification des fidèles que cette musique procure. " Excitant l'âme, elle les prédispose à une intelligence accrue du texte sacré, afin qu'ils en recueillent plus de fruits. Elle élève l'homme, l'incite à la louange aussi bien qu'à la confession, en faisant pénétrer dans son cur les sentiments de joie et de douleur. Le compositeur, lui-même, loin de chercher son inspiration dans quelque rêverie romantique sur des paroles banales, met tout son être, toute son attention à se laisser pénétrer par le Saint - Esprit. Et rend ainsi, du dogme, comme de la piété catholique, toutes les nuances, toutes les délicatesses, en particulier par la richesses des tonalités et par la variation des neumes. Les chantres eux-mêmes, ne se 'produisent' pas, mais soutiennent la piété des fidèles pour les pièces les plus difficiles ; de sorte que l'attention générale soit portée vers l'autel et non vers la tribune. " C'est du Saint Pie X ! Nous citions le grand Mozart tout à l'heure..., citons Gounod qui ne connaissait pas d'uvre qui puisse soutenir la comparaison dans la puissance d'expression et d'impression avec le Dies Irae et le De Profundis. Citons enfin Saint Augustin de nouveau: " Combien j'ai pleuré Seigneur au chant de Vos hymnes et de Vos cantiques. Ils pénétraient dans mes oreilles, et, en même temps, Votre vérité s'infiltrait dans mon cur, durant que des larmes coulaient, toutes délicieuses pour moi, des ardents élans d'Amour qui m'embrassaient. "

SI là n'est pas le puissant moyen de sanctification, que je vous annonçais, qu'est-ce alors ?

 

DANS ces chois musicaux vous verrez opposer que l'on ne discute pas des goûts et des couleurs. Outre que je ne fais pas mien ce dicton car de la finalité de l'art véritable (la glorification de Dieu à travers Ses créations que l'art imite ou met en valeur) l'on peut déduire des critères : le beau ­ le bon ou le bien ­ et le vrai ; Outre ces critères, l'on doit songer tout autant aux multiples prescriptions que notre Sainte Mère l'Eglise a édictées ! Si l'on doit obéir aux recommandations romaines dans la liturgie, ne doit-on pas inclure celles ayant trait à la musique dans cette obéissance ? Voyons celles que nous propose le Concile Vatican II par exemple.

SANS citer intégralement le décret sur la Sainte Liturgie, je vous propose d'en retenir quelques phrases signifiantes et fortes que vous pourrez y découvrir si vous le lisez. Y sont affirmés les points suivants:

- CEUX qui font partie de la schola cantorum s'acquittent d'un véritable ministère liturgique (§29).
Notons qu'à cette époque l'animation musicale était confiée à des schola cantorum ! Et non à quelque artiste au talent plus ou moins affirmé et à la catholicité parfois ­ quand ce n'est toujours ­ prise en défaut ! Car non recherchée... De fait, doit-on admettre de confier un véritable " ministère " du culte catholique à quelqu'un qui ne le soit pas ? Le décret se poursuit en rappelant à bon escient qu'au titre de ce ministère exercé avec la piété qui convient, " ils doivent donc être soigneusement imprégnés de l'esprit de la liturgie et y être formés. "

- POUR promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques (§30). Que je sache, ceci n'inclue pas un morceau de Super - Tramp..., quelque " planant " fusse-t-il ! selon l'appréciation positive qu'en fait le Père Guy Gilbert, que nous aimons bien au demeurant. Mais cela rappelle bien que l'on doit chanter le répertoire traditionnel, évoqué ici par les mots : Psaumes, Antiennes, Cantiques.

- L A tradition musicale de l'église universelle constitue un trésor d'un prix inestimable. En tant que le chant sacré est lié aux paroles, la musique sacrée représente une partie nécessaire de la liturgie solennelle dont la fin est la Gloire de Dieu et la Sanctification des fidèles (§112). Loin de rejeter le répertoire traditionnel, on en trouve ici une mise en valeur ; on rappelle au contraire qu'il est lié au texte même qu'il soutient.

- LE §114 après avoir exprimé la nécessité de son enseignement ­ et je dis bien de l'enseignement du répertoire traditionnel ! dans les séminaires, exprime la volonté du Saint - Concile qu'il le soit (enseigné) dans les écoles catholiques. Si, si cherchez bien..., nul doute qu'on puisse dénombrer quelques écoles qui respectent cette volonté !

- LE §116 " reconnaît dans le grégorien, le chant propre de la liturgie romaine. ... qui doit occuper la première place dans la liturgie. " Le problème est de savoir dans combien d'église de France se déroule encore la 'liturgie romaine'... Il (le §116) redit également " les autres formes autorisées comme la polyphonie et d'autres musiques sous réserve qu'elles respectent les trois caractères de sainteté de beauté et d'universalité.

- § 120: l'orgue à tuyaux doit être à l'honneur, ...qui élève puissamment l'âme, ... (et non seulement la guitare ou la balalaïka locale - la Kola - de l'abbaye de Ker - Moussa).

- LE décret appelle en son §121 " ...les musiciens à être conscients d'être appelés à la musique sacrée, imprégnés d'esprit chrétien... (si, si c'est écrit dans le texte), à composer des mélodies, ...dont les textes doivent être conformes à la doctrine catholique et de préférence issus des Saintes Ecritures. On est loin du " Je crois en Dieu qui chante et qui fait chanter la vie... ". Que je sache les Saintes Ecritures ne nous disent pas que Dieu chante, ni qu'Il fait chanter la vie, mais la doctrine catholique est affirmée dans un Credo d'autre teneur sémantique, ... et d'ailleurs ce sont les Anges qui chantent ; ils chantent les louanges de Dieu !

- POUR la langue, les § 113 et 36 nous indiquent qu'il faut " respecter la langue latine (le grégorien en première place) ", et que " le vernaculaire peut avoir une place importante ". Cela ne veut pas dire 'exclusive', ni même 'majoritaire' !

POUR finir cette rapide recension, je citerai quelques morceaux choisis relatifs à l'art sacré:
- " Les oeuvres incompatibles avec la foi et les moeurs ainsi qu'avec le piété chrétienne, qui offensent le caractère vraiment religieux par la dépravation des formes, l'insuffisance la médiocrité ou le caractère frelaté, doivent être écartées des maisons de Dieu (§124). "
- " Dans la construction des Eglises, on restera fermement fidèle à la pratique de proposer des images sacrées à la vénération des fidèles (125). " ...Et pan sur le bec des murs quasi nus de la basilique Saint - Pie X de Lourdes dont la construction précédait de peu le concile ! "
- " On veillera à ce que les constructions soient adaptées à l'accomplissement des actions liturgiques (§124). " Vous pouvez toujours tenter de m'expliquer comment l'on processionne dans une église cubique comme la future " Maison d'Eglise " de La Défense...

- ENFIN, pour terminer sérieusement, car après la musique, c'est sur le caractère des constructions que s'opère une révolution, relisons cette phrase du décret (§127) : " Les artistes - les architectes - qui veulent servir la gloire de Dieu dans la Sainte Eglise, se rappelleront toujours qu'il s'agit en quelque sorte d'une 'imitation sacrée' du Dieu créateur. " Aussi reste-je perplexe devant le choix, systématique maintenant, de procéder à des concours d'architecture ouverts à des gens qui n'ont nul désir de " servir Dieu dans la Sainte Eglise ", mais au mieux de gagner confortablement leur vie, au pire de déstructurer les formes traditionnelles des édifices catholiques par des cubes et des cylindres...; et donc d'empêcher toute symbiose entre la musique et l'architecture ; symbiose dont nous avons vu, ô combien ! qu'elle était nécessaire à l'élévation de notre âme, à son salut!

CES quelques citations du décret sur la Sainte Liturgie nous montrent qu'en matière d'art sacré le concile n'était ni ambigu ni moderniste dans ces expressions. Quant à l'art sacré, vous n'y trouverez nul 'aggiornamento', nulle destruction du trésor pas à pas construit ! Rien n'y manque, ...hormis peut-être quelques anathèmes fulminés à l'égard des destructeurs de cette tradition. Plein de sollicitude pastorale, Vatican 2 invite à bien faire ; mais malheureusement condamne trop rarement certaines déviations. Ancré dans la tradition qui le précédait, le concile cite saint Pie X et Pie XII. Ce texte demeure une référence sur la quelle appuyer de légitimes 'revendications' auprès de notre clergé, ...le jour où celui-ci voudra nous écouter. On doit à la vérité historique de rappeler qu'en sus de ces justes rappels de la tradition, le concile a ouvert la voie à des innovations liturgiques en général et musicales en particulier, laissant à l'initiative des évêques locaux le soin de procéder aux adaptations qu'ils jugeraient bons selon leur contexte particulier. Ces ouvertures avaient 'aussi' pour but d'abandonner certaines formes musicales et compositions du XX ème siècle de bien pâles qualités, comme d'autres ­ de la fin du XVIII ème et du XIX ème ­ qui plus qu'à la prière transportaient le fidèle au concert, ou glorifiaient le Roi !

LES appels des papes à ne pas transformer une musique visant à honorer Dieu, en une musique à la gloire du Roi..., comportaient des précisions sur la façon de composer (pour ne citer qu'un exemple : chaque syllabe doit être distinctement audible et comprise par chacun) ; ces appels furent loin d'être toujours respectés.

EN guise de conclusion, je veux réitérer mon propos en défense des édifices architecturaux traditionnels :
- Puisque nous trouvons normal de disposer de ces sanctuaires aux si belles architectures, sanctuaires encore en activité (pas encore détruits car il était infiniment plus facile aux réformateurs des mouvements liturgiques du 20ème siècle de faire table rase des uvres musicales qu'architecturales), pensons à la réunification des arts sacrés qu'il nous faut appeler de nos vux !

 

LE diable sait bien dans quel ordre procéder à la destruction de notre élévation vers Dieu : inventer une nouvelle liturgie et supprimer l'emploi d'une langue perçue comme sacrée ne coûtait pas cher. Cela pût être fait dès Vatican II. Supprimer le catéchisme ­ en écrire d'autre sous la seule autorité d'Evêques locaux, tourner en dérision la piété populaire et la vénération d'images statues et icônes, couper l'aspiration vers le haut procurée par une musique, aussi la catéchisation qu'elle contenait Bref tout cela fut un peu plus long car un peu plus coûteux ! ...Et maintenant, puisque l'Eglise se déclare bénéficiaire, lui faire utiliser ses moyens financiers dans la construction d'édifices où nulle aspiration au sacré ne germera en nous. J'en veux pour témoin les projets d'Evry, de Notre-Dame de Pentecôte à La Défense et surtout ceux à Rome même ! Sans même parler de ceux qui purement et simplement offrent de prêter et prêtent des lieux ­ consacrés anciennement ­ aux fins d'y célébrer un faux culte musulman...

LE maintien d'une liturgie à la quelle nous sommes attachés passe par l'exigence de sa célébration dans un édifice approprié. Défendre ces derniers est l'un des combats de demain.

PARDON..., nul doute, d'aujourd'hui ! Car il n'est pas illégitime de crier notre indignation quand ces mêmes autorités religieuses se refusent à donner des lieux de culte aux diverses communautés traditionnelles. ...Qui d'entre-nous en effet n'a pas une fois pleuré de devoir assister à la Messe ­ pourtant intégralement catholique ­ dans un lieu privé et non bâti pour le Culte, quand tant d'églises sont aujourd'hui vides ou closes dans le beau pays de France ?

Notes de la première partie:
- (1) Conférence de B.Neiss au Centre Henri et André Charlier.
- (2) Encyclique de S.S. Pie XII : Musica Sacrae disciplina.

Notes de la seconde partie :
- Motu-proprio de St Pie X (1904).
- Don Guéranger : La liturgie.
- Concile Vatican 2 : Constitution sur la Sainte Liturgie.

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