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Une campagne de suspicion

" La Vie " du 15/02/2001 faisait la couverture avec ce titre tapageur et sulfureux : " Des gourous dans les couvents ? ". De quoi s’interroger sur cet hebdo qui, même s’il ne s’affiche plus catholique, se dit encore " chrétien ". Un dossier accusatoire, voire diffamatoire, qui jette le discrédit sur plusieurs communautés nouvelles, et sous-entend que leurs responsables sont des " gourous " dangereux et nuisibles.
Dans le climat actuel des médias qui livrent en pâture à l’opinion " les affaires de prêtres pédophiles " on assiste de la part de notre confrère à une contribution à tout un déballage qui amplifie le doute, la suspicion, voire le rejet vis à vis de l’Eglise et de ses membres. La vingtaine d’affaires de ce genre en France ne doit pas jeter l’opprobre sur tous les autres prêtres. Il est regrettable que cet hebdo procède ainsi, l’opinion publique ne retiendra que ces " affaires " et ne sera jamais au courant de la belle aventure apostolique et spirituelle de ces communautés.
Ce genre de présentation a l’effet pervers de globalisation, d’assimilation pour toutes les communautés. Le lecteur catholique se sent déconcerté, atteint par le poison du doute, de la méfiance qu’on lui inocule à dose lente et régulière via certains médias. Nous n’avons aucun moyen de vérifier si les faits rapportés sont vrais ou s’il s’agit de simples rumeurs diffamatoires. Seul, un jugement des Tribunaux pourrait faire la part des choses. Pour moi, les faits qui sont rapportés restent à être prouvés dans un tel cadre. Il serait juste, après avoir accusé ces communautés que " La Vie " leur ouvre ses pages, pour un vrai –droit de réponse- où elles pourraient s’exprimer et établir une sorte de droit à la défense, car là on a vraiment l’impression que c’est un procès " à sens unique ". Si on fait un procès par les médias, respectons au moins le droit à la libre expression des accusés. Sinon, on entre dans un processus de totalitarisme libéral de la presse qui risque d’être autant sinon plus dangereux que le totalitarisme de la presse soviétique.
Tout fait délictueux ou criminel doit être porté devant la Justice du pays. Qu’elle que soit l’Institution en cause on doit faire passer le droit de la personne à pouvoir porter plainte, être défendue, reconnue victime et son agresseur condamné. S’il y a des préjudices avérés dans certaines communautés religieuses, ils doivent être transmis à la Justice. Soyons clairs et précis : combien d’affaires de ce genre ont-elles été jugées ? Combien d’affaires en cours ? S’il n’est pas légitime que le rôle de la Justice soit bafoué, pour laisser place à un étalage médiatique sur la place publique, ou on conspue les personnes avant même qu’elles ne soient jugés ; il n’est pas davantage acceptable que des prêtres ou des Evêques ayant connaissance d’atteintes physiques (sexuelles ou autres) sur des personnes les étouffent, les cachent et veulent les " enterrer " pour " protéger l’institution ". Il faut jouer franc sur les deux tableaux.
Déballer tout médiatiquement à la vindicte populaire ne me paraît pas être la meilleure des façons de procéder lorsqu’il s’agit de problèmes, voire de " dérapages " de communautés religieuses. Il y a d’autres recours que l’Eglise peut utiliser pour ré-équilibrer telle question de fond ou tel problème humain lié à une personne, ou telle pratique déplacée. La vigilance de nos pasteurs, en l’occurrence les Evêques, permet de remplir ce rôle.
Ne pas vouloir voir un problème, ne pas avoir le courage d’y faire face, ne pas l’aborder en transparence et pire poursuivre comme si de rien n’était en s’enfonçant dans une sorte de mensonge qu’on finit par cautionner, en un mot " étouffer " un état de fait malsain, cela ne peut que créer un effet " boomerang " très dévastateur et l’on a vu des groupes imploser dans des drames collectifs. Dans ces groupes fermés il n’y a pas de recours extérieur. L’Eglise qui a l’expérience millénaire de l’homme a disposé des passerelles possibles : le recours à la tutelle de l’Evêque, en toute sincérité et en demandant l’aide de ce père et pasteur. Ainsi faisant un discernement commun et fraternel, il peut aider à clarifier les choses et à mettre en place les solutions adéquates. En voici un exemple :
La Fondation d’un Monde Nouveau a traversé une grave crise. Avec l’accompagnement de l’Evêque du lieu, Mgr Thomas, elle a prit les bonnes décisions qui font qu’aujourd’hui, ils poursuivent leur mission d’évangélisation. Tout cela a pris du temps, n’a pas été simple car des personnes en ont souffert. Imaginons que ce problème ait été jeté sous les projecteurs médiatiques, cette nouvelle communauté serait-elle encore là ? On peut en douter. Ainsi des difficultés, voire des " dérapages " peuvent être corriger si le responsable ecclésial est averti, s’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider les personnes à régler leurs problèmes. Certes, il faut sortir des " non-dit ", faire un constat en vérité et sans accabler les personnes, savoir rétablir une situation saine pour tous, en prenant les décisions qui s’imposent. Ce doit être ici une action pastorale et ecclésiale et non individuelle, encore moins " un lynchage médiatique ". Actuellement d’autres communautés nouvelles sont dans un processus d’évolution normal qu’on connu les communautés traditionnelles à leur début ou au cours de leur histoire. Qu’elle est la communauté - religieuse ou non -, récente ou ancienne qui n’a pas connu des difficultés, voire des " dérapages " ? Tout Evêque aussi peut avoir un jour des problèmes, voire des " dérapages " avec ses prêtres diocésains, ou ses animateurs en pastorale. Comme l’écrit Gérard Leclerc dans son éditorial (France Catholique du 23/02/01) : " Lorsqu’il s’agit d’étaler des difficultés les plus intimes de la vie religieuse, le genre journalistique et dénonciateur est singulièrement inadéquat, et qu’il trahit le plus souvent ce qui par essence est étranger à la publicité ".
Ce " discrédit " du christianisme et du catholicisme en particulier constamment alimenté médiatiquement, ne peut pas atteindre en nous le fort témoignage de prêtres ou religieux ainsi que notre foi profonde en Dieu et son Eglise. Au lieu d’ignorer les signes du Renouveau Baptismal de l’Eglise catholique, l’hebdo " La Vie " ne pourrait-il pas nous montrer tout ce que ce Renouveau et les communautés nouvelles apportent depuis 30 à l’Eglise ? : approfondissement de la foi, baptisés recommençant à cheminer spirituellement, signes d’espérance qui ont touché des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, de jeunes ?…. J’attends qu’il nous présente les réalités de cet authentique printemps de l’Eglise dans leurs pages… Attendrons-nous en vain ?
Grâce à Dieu, l’Eglise demeure encore et toujours cet espace de liberté toujours ouvert où peuvent éclore et se développer de nouvelles pousses dynamiques s’inscrivant parfaitement dans le paysage spirituel contemporain, même si cela ne va pas effectivement dans le " religieusement correct " que certains espéraient…
Ces branches nouvelles lorsqu’elles portent fleurs et fruits sont le printemps de nouvelles générations, le renouvellement visible de l’action de l’Esprit dans le cœur d’hommes et de femmes qui cherchent Dieu. C’est sur ces multiples nouveaux signes d’espérance de notre Eglise de France que nos médias chrétiens devraient être plus prompts à nous informer.
J’ose espérer en tant que catholique que l’hebdo " La Vie " sera sensible à une telle proposition et qu’il sera capable de nous prouver qu’il reste objectif et peut présenter un dossier positif sur les communautés nouvelles et le Renouveau.

Jean-Louis Bru, (81) Brassac

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