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10 juin 2001

Le Jeu suprême : Première lecture, dernier verset (Proverbes 8,22-31) :
« J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes ».
Quel est ce langage étrange, personnifiant la sagesse créatrice, qui nous parle de jeu à l'intérieur de Dieu lui-même ?
N'est-ce pas la réponse la plus belle à tous nos « pourquoi », la découverte vitale qui nous permettrait enfin de ne plus poser aucune question ?
En effet le « parce que » disparaît dans le Jeu. Le Jeu est sans « pourquoi ».
Il est ce qu'il y a de plus haut et de plus profond. Jeu de l'amour jaillissant de lui-même, Dieu naissant de Dieu, éternellement, pour rien ! Jeu de la création libre, pour rien. Et pour nous invitation gratuite à devenir un jour les ad-verbes du Verbe, simplement pour le plaisirpour la joie pure Jeu trinitaire où fleurit sans cesse la surprise infinie de l'Esprit, aujourd'hui du Jeu.
« Un jour, un saint s'arrêta chez nous. Ma mère l'aperçut dans la cour, faisant des culbutes pour amuser les enfants. "Oh ! me dit-elle, c'est vraiment un saint ; tu peux, mon fils, aller vers lui." Il mit la main sur mon épaule et me dit : "Mon petit, qu'est-ce que tu comptes faire ? ­ Je ne sais pas. Que voulez-vous que je fasse ? ­ Non, dis ce que tu veux faire. ­ Oh ! j'aime jouer. ­ Alors veux-tu jouer avec le Seigneur ? " Je ne sus que répondre. Il ajouta : "Vois-tu si tu pouvais jouer avec le Seigneur, ce serait la chose la plus énorme qu'on eût jamais faite. Tout le monde le prend tellement au sérieux qu'on le rend mortellement ennuyeux.Joue avec Dieu, mon fils. Il est le suprême compagnon de jeu. " » (Gopal Mukerjl ; cité par le Père B.Bro dans son livre « Apprendre à prier », Cerf. Foi vivante, p.79).

Depuis le philosophe grec Héraclite jusqu'à l'allemand Heidegger, en passant d'ailleurs par Nietzsche, ce mystère du Jeu primordial est évoqué, mais le plus souvent dans un contexte athée. De fait, le non-sens du monde peut ressembler à un jeu cruel, arbitraire, énigmatique. C'est à nous, les chrétiens, de rejoindre cette intuition et de l'évangéliser : écartons le pesant moralisme d'une religion ennuyeuse, pour entrer, comme des enfants, dans le Jeu trinitaire de la Grâce. « Si vous ne redevenez pas comme des enfants ».

Père JM B.
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