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message recu 27.8.99
de : JFVernet@compuserve.com
Voici quelques réflexions à la suite
de votre article sur le principe de subsidiarité :
La
liberté sociale
est la possibilité d'agir avec
intelligence dans la société. Entre la tyrannie
et l'anarchie, les différentes formes de société
comportent plus ou moins de liberté et d'efficacité
au service de l'homme. La plus grande liberté sociale est
procurée par l'organisation en corps intermédiaires.
La liberté sociale diminue quand les impôts
augmentent. En effet, les impôts correspondent à
des dépenses obligées que payent les citoyens sur
l'ordre de l'Etat. Leur emploi est défini par des fonctionnaires
qui substituent leurs décisions à celles de millions
de contribuables. Quand les impôts sont trop grands, ils
absorbent une part notable de l'activité du pays, alors
qu'une grande partie des décisions devraient être
prises à des échelons inférieurs à
celui de l'Etat.
La liberté
sociale diminue quand le taux des intérêts augmente.
En effet l'emprunteur dans son entreprise est mieux placé
que le prêteur pour utiliser avec intelligence le produit
d'un investissement, et s'il le reverse au prêteur, sous
la forme d'un intérêt ou d'un dividende élevé,
le réinvestissement sera moins efficace.
On peut apprécier la liberté sociale
par l'autonomie des corps intermédiaires. Les corps de
fonctionnaires ne sont pas des corps intermédiaires parce
qu'ils sont placés directement sous l'autorité des
ministres. Tel est par exemple le corps des préfets des
départements. Les communes sont des corps intermédiaires,
et les maires devraient avoir une autonomie beaucoup plus grande
que les préfets vis-à-vis de l'Etat.
Le nombre des corps intermédiaires donne une
mesure de leur liberté sociale. Quand ils sont florissants,
ils doivent foisonner. Chaque corps intermédiaire manifeste
la liberté de ses animateurs. L'objet de chaque corps intermédiaire
est limité à la compétence de ses animateurs,
et il peut exister autant de corps intermédiaires que de
compétences qui peuvent agir. La liberté de leurs
membres, qui s'en remettent aux animateurs pour leurs décisions,
est réduite d'autant moins que les corps intermédiaires
sont plus nombreux.
Les corps intermédiaires
naissent et se développent tout naturellement dans la société.
Si on cherche à les étouffer, ils réapparaissent
sous forme de lobbies ou de partis politiques. Le danger est qu'ils
se fassent la guerre entre eux, et c'est pourquoi il est nécessaire
qu'ils soient coiffés par une autorité plus haute
chargée de maintenir la paix sans les détruire ni
les absorber.
La liberté
sociale implique la liberté des minorités qui se
trouvent écrasées par la centralisation. Ce mouvement
est parallèle à celui de la déchristianisation,
comme on a pu le constater dans les pays où les persécutions
anti-chrétiennes ont été les plus violentes.
Dans le livre "Le christianisme va-t-il mourir ?", l'historien
Jean Delumeau a fait le constat de la perte de la foi des nouvelles
générations. A Nantes, des catéchistes stupéfaits
ont enregistré d'étonnants propos d'enfants : "Dieu
? On se débrouille bien sans lui". Nombreux sont ceux
qui s'interrogent sur le silence de Dieu. Le poète Jean
Mogin exprime ainsi son angoisse :
Nous sommes sans nouvelles,
Sans nouvelles d'espoir.
Nous sommes sans nouvelles
Sans nouvelles
d'amour.
Nous sommes sans nouvelles
Sans
nouvelles de Dieu.
Le problème de la
liberté soulève celui de l'honnêteté.
Si la moralité manque, on est tenté de la rétablir
par le moyen de la prison, de se défendre contre le méchant,
de faire la guerre, de faire des esclaves. Le moyen nécessaire
à l'établissement d'une société de
liberté, c'est l'amour du prochain et le pardon des offenses.
Notre siècle déchristianisé
a vu les guerres mondiales, la torture, l'exclusion et l'insécurité.
La révolution n'a pas rencontré d'obstacle dans
le progrès des sciences et des techniques, qui lui ont
fourni, avec des armes nouvelles, l'argument du scientisme. Elle
a profité de l'incompréhension de la religion, qui
dit de pardonner les offenses, mais dont on a tiré l'argument
de "la guerre juste", sous le prétexte que le
plus grand amour est de mourir pour ses amis, comme l'a fait le
Christ.
Le grand argument de la
déchristianisation est l'Inquisition, opposée aux
préceptes évangéliques, et due au pharisaïsme
des chrétiens, qui la pratiquent encore tout en la répudiant
en théorie. Ils se sont écartés du précepte
"prêtez sans chercher de profit", d'abord en ne
pratiquant pas le prêt, puis, ayant constaté que
celui-ci est indispensable à l'économie, en autorisant
l'usure qui a favorisé la croissance économique,
mais aussi les crises et le chômage.
La révolution
cherche sa justification dans la volonté du plus grand
nombre. Elle développe une utopie d'après laquelle
c'est la majorité qui est la source du droit. Mais alors
les minorités sont effacées par la centralisation
des pouvoirs, les langues régionales dépérissent,
les corps intermédiaires disparaissent, laissant seuls
face à face l'individu et l'Etat, comme le zéro
et l'infini. Les hommes sont nivelés dans une égalité
théorique où les plus faibles sont victimes de la
compétition obligatoire.
Les
corps intermédiaires sont une application du principe de
subsidiarité, et les libres-penseurs sont opposés
au principe de subsidiarité.
L'athéisme
a besoin que la loi ne découle que de la volonté
de la majorité. Les minorités ne sont admises qu'à
titre précaire ; tout est fait pour les assimiler et les
fusionner dans la majorité.
JFVernet@compuserve.com