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SERVIAM remercie vivement Bertrand du Boullay, d'avoir pris la peine de lui transmettre ses réflexions sur un sujet d'actualité, à la fois délicat et enthousiasmant...
Le site SERVIAM ne refuse pas la mise en ligne du courrier qu'il reçoit, particulièrement lorsque les exposés ne lui paraissent ni vulgaires, ni offensants, ni irrefléchis... Toutefois, il tient à préciser que c'est par respect de ses lecteurs qu'il procède à cette publication.
Ainsi, le site SERVIAM précise qu'il tient à laisser à ses correspondants, l'entière responsabilité ce qu'ils écrivent.

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La demande de pardon du Pape ? Je l'approuve...
Un dossier de Bertrand du Boullay, 13 mars 2000 -

A l'heure où il est de bon ton dans certains milieux chrétiens de critiquer le Saint Père pour cette journée de mémoire et de réconciliation, laissez-moi expliquer en quelques mots pourquoi fais-je mienne la démarche de Notre Saint-Père.

On me dit : l'Eglise est Sainte, elle n'a pas pêché.
On me dit : seules des fautes des hommes ont été commises, et c'est à eux d'en demander pardon.
On me dit que c'est toujours nous qui demandons pardon, sans jamais que d'autres nous demandent pardon.

Tout cela est vrai ; mais...

Notons tout d'abord que l'on ne peut à le fois rejeter le geste du Saint-Père et dire : " C'est toujours nous qui demandons pardon ". En effet, seuls ceux qui partagent la pensée du Pape sont en droit de dire ou ne pas dire cette phrase. Ceux qui ne la partagent pas ne peuvent évidemment pas dire que c'est toujours eux qui ont à demander pardon..

Tentons ensuite de différencier les demandes de pardon qui, chacune, ont leur mode propre de justification à mes yeux :

1°) Le pardon pour l'esclavagisme :

Oh, certes il n'a point été organisé, ni prôné par l'Eglise. Les mauvais traitement subis par des populations locales lors de la découverte de l'Amérique ont même été dénoncés par des clercs missionnaires. Mais, était-ce assez ? Ou plutôt : était-ce assez de la part de l'Eglise et des autorités Romaines ? Réfléchissons un instant : les Papes et les princes de l'Eglise furent forcément à un moment ou à un autre au courant de l'importance de ce véritable commerce de marchandise humaine. Que vit-on ? Entendîmes-nous, à l'égard des profiteurs de ce commerce, les excommunications que les papes avaient coutume de fulminer contre leurs adversaires politiques ? Que nenni. Certes l'Eglise condamna cette pratique, mais le fit-elle suffisamment tôt et avec assez de force pour que cesse très rapidement ce scandale ?

2°) Les croisades :

Il s'agit là d'une action politique, et guerrière, que prôna l'Eglise. Elle la prêcha des siècles durant. Elle en est donc directement responsable. Si les croisades ne sont pas à mes yeux " en soi condamnable " (loin de là même !), des actes qui n'auraient pas du être ont été commis : à l'égard des Orthodoxes (mise à sac de Constantinople), ainsi ­ qui peut en douter ? ­ qu'à l'égard des musulmans lors de certaines batailles. Nos papes qui, là aussi, avaient coutume d'excommunier tel ou tel prince Chrétien qui s'en prenaient aux territoires pontificaux ont-ils prononcé les excommunications qui convenaient à l'endroit des chefs des armées qui s'étaient mal conduites ? Les ont-il suspendus des sacrements de l'Eglise durant une durée marquante afin qu'ils s'en repentent ?

3°) L'inquisition ?

Organisée par l'Eglise et sous sa responsabilité opérationnelle et théologique, elle fut une grande et belle uvre de l'Eglise pour maintenir son Unité de dogme et de structure durant des siècles. Et ce sont, en cet exemple, les actions des Papes et des princes de l'Eglise qui sont jugées, Papes, Cardinaux et Evêques jugés en tant qu'acteur premier et responsable. Souvenons-nous un instant des Templiers chers à mon coeur, comme à ma spiritualité : la Pape n'a-t-il pas cédé à la pression du Roi de France pour prononcer les excommunications et décider des peines à leur faire subir ? Lisez Y.Gobry, vous verrez ce qu'il en est. N'est-ce pas un Evêque qui condamna Notre Sainte Patronne nationale Sainte Jehanne d'Arc ? Le pape d'alors prit-il sa défense pour empêcher qu'un grave crime fut commis : brûler une Sainte et suivre en cela la décision d'un Evêque. N'y eut-il pas d'autres exemples ?

4°) L'antijudaîsme :

En la Shoah, point de responsabilité opérationnelle de l'Eglise d'alors. Son honneur est même par ses Evêques et son Pape de n'avoir en rien collaboré avec le Nazisme, de s'y être opposé et d'avoir protégé les juifs en ses enceintes. Son honneur est aussi signifié par le nombre de prêtres dans les camps de concentration : le clergé français y fut proportionnellement 5 fois plus nombreux que dans la population française.

Mais l'antisémitisme des chrétiens très vivant jusqu'au début de ce siècle N'y a-t-il aucun prêtre qui y porta concours ? On peut même inverser la proposition : cherchez-moi un prêtre, un seul, qui n'a jamais dit du mal du judaïsme et je dirais alors avec mes détracteurs que l'Eglise n'est pas à condamner et que si péchés il y eut il furent l'oeuvre d'individualités !

5°) Le pardon pour le silence :

Là je vais me faire des amis (et des ennemis) : qui d'entre-nous n'a pas jugé scandaleux, pleutre et lâche le silence de Vatican II qui se tût devant les crimes du Communisme ? Qui ne juge pas bien faible le soutien apporté par l'Eglise et ses Evêques aux Uniates de l'Ukraine, aux catholiques de l'Eglise souterraine de Chine, à nos amis Chrétiens du Liban, d'Egypte et des autres pays Musulmans ?

Qui se trouve suffisants les rappels des autorités ecclésiastiques des pays d'Europe quant à la primauté de la Loi Naturelle morale sur les choix d'une représentation parlementaire en matière de défense de la Vie à naître et de la Vie à s'éteindre ?

Qui se contente des silences de nos autorités ecclésiales quand au climat politique de laïcisme qui ne laisse pas la moindre place à une inspiration d'auprès de Dieu dans la conduite des Nations ?

6°) Le pardon pour l'insuffisant souci des pauvres :

Oh certes, l'amour des pauvres et la charité sont parmi les plus belles actions de l'Eglise Européenne du dernier millénaire, peut-être la plus belle. Que de Sainteté il y eut en cela ! Que de beaux fruits en germèrent ! Dieu sait combien de pauvres furent aidés, combien de pauvres Il plaça sur notre route et permit ainsi à des millions de chrétiens, clercs et laïcs, d'exercer la première des vertus. Loin de moi l'idée de minimiser en quoi que ce soit tout cela. Tout au contraire, je l'admire et m'en inspire.

Mais, vu de ceux qui constataient les richesses parfois abusives (ou mêmes volées) de certains Evêques, de certains abbés de monastère, de certains cardinaux, et du Saint-Siège lui même croyez-vous qu'aucun ne se révolta ? Croyez-vous qu'aucun de ceux ici listés ne donna scandale aux pauvres durant les 2 millénaires de notre Chrétienté ? C'est même de ces scandales que naquirent certaines des plus grandes vocations des apôtres de la charité comme St François d'Assise et St Vincent de Paul.

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En chacun de ces points l'ont voit que l'Eglise (à travers ses Papes, ses cardinaux, ses Evêques et ses prêtres, comme à travers nombres de ses fils laïcs dont je suis) a eu des comportements qui manquaient de courage et de générosité. Voilà a mes yeux ce qu'a voulu dire Notre Saint-Père.

Et s'il ne m'appartient pas de condamner rétroactivement les hommes ici visés, ni de leur pardonner, je dis que le Saint-Père ­ en ces exemples ­ a bon droit dénoncer ces fautes.

Etait-il opportun de le faire maintenant et sous cette forme très médiatique qui réjouit tous les ennemis de l'Eglise. C'est une autre question, je laisse à un autre ami de Serviam le soin de se prononcer là-dessus. Et je suis tout prêt à admettre le point de vue de ceux qui eussent préféré une démarche plus intîme de l'Eglise. Mais n'y a-t-il pas quelque grandeur à savoir reconnaître ses fautes ? A savoir le faire le premier ? N'y a-t-il pas en cela, précisément, action éducative et pastorale ?

Un dernier point : pouvons-nous demander pardon pour des fautes qui ne sont pas nôtres ? Ou fallait-il juste dénoncer ces fautes sans en demander Pardon. Un clerc ami de Serviam nous répondra sûrement. Mais en ma prière (en suis-je hétérodoxe ?) il m'arrive de demander pardon au Bon Dieu quand je vois un crime abominable commis par un de nos frères humains. Ai-je tort ce faisant Le Bon Dieu me jugera. Mais lorsque je pense à certains crimes odieux, compatissant véritablement avec la victime, je ne puis m'empêcher d'éprouver l'envie d'en demander pardon au Bon Dieu ainsi qu'à la victime.

Allez, Amis, mon propos a pour but de montrer qu'il ne faut pas toujours suivre les réactions premières, de bon ton en certains milieux, mais qu'un peu d'analyse personnelle est toujours la bienvenue. Et puis ça n'est jamais que mon point de vue personnel.

Je signe ce texte, en sachant qu'il me vaudra des jugements bien sévères de certains de mes amis, surfeurs de Serviam. Je leur dis mon souhait que nulle fâcherie n'en germe et que l'ami webmaster de ce site leur permettra sûrement aussi d'y exprimer leurs avis.

Amitiés à tous et que Dieu nous garde, unis !

Bertrand du Boullay

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