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REPONSE à QUELQUES OBJECTIONS .... : SCIENCES et RELIGION...

OBJECTION : Les connaissances scientifiques nous rapprochent de jour en jour, d'annee en annee de siecle en siecle d'une explication concrete de l'univers. Peut etre un jour introduirons nous un paranetre "D" representant l'action de Dieu, mais les hypotheses actuelles sont encore loin de l'integrer. Imaginons qu'un jour ce facteur "D" apparaisse, seriez vous du coup en avance sur la comprehension scientifique du monde ? Je crois que ce serait un sacre coup de bol car vous n'avez actuellement pas la moindre bribe de soupcon de preuve à l'horizon. Toute les religions ont vu leur(s) prophete(s) raconter de belles histoires, mais quelle est la bonne ?.
Paul
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Cher Paul, voici un élément de réponses ; évidemment c'est un vaste sujet...j'espère que ma réponse n'est pas trop compliquée.

Pour répondre à ces objections il faut d'abord avoir des idées précises sur ce qu'est la science dite moderne et ce qu'est la philosophie ; quel est le domaine propre à chaque science. ceci est fondamental : lorsqu'un physicien ou un mathématicien se met à disserter au nom de sa science sur l'existence de Dieu, il sort du domaine de sa compétence car le domaine propre de la philosophie et le domaine propre des sciences ne se recouvrent pas. Jamais une explication d'ordre scientifique ne pourra remplacer une explication d'ordre philosophique et réciproquement. Bien que la science et la philosophie peuvent s'appliquer à considérer le même objet , il le font d'une manière essentiellement différente.
La science, en général, comporte en effet deux grands domaines :
- le domaine de la sagesse, qui connaît les choses par les causes premières et par les raisons d'être suprêmes : c'est la philosophie ;
- le domaine de la science au sens étroit, celui des sciences dites exactes qui connaît les choses par les causes secondes ou les principes prochains.

donnons une définition plus précise :
la science moderne peut être définie comme une connaissance fondée sur une hypothèse rationnelle, étudiant les phénomènes matériels dans une expérimentation dont les paramètres, de nature mathématique, vont permettre, après vérification, l'élaboration d'une loi.
La philosophie vise à une connaissance désintéressée du tout du monde, de l'être étudié dans ses causes ultimes, de l'homme.

Ces définitions nous permettent de voir que les domaines de la philosophie et de la science appartiennent à des ordres distincts et irréductibles quant à :
- leur nature profonde : les questions philosophiques majeures se posent sur un plan tout autre que les questions scientifiques, et selon une autre méthode ; elles peuvent être traitées sans l'aide nécessaire de la science.
- Leur source propre , c'est-à-dire l'expérience humaine dans sa variété qualitative, accessible à tout être doté d'intelligence, et qui est toute différente du questionnement de l'expérimentation scientifique. C'est pourquoi il y eut avant la science des acquis philosophiques remarquables.

La science moderne prend comme objet les phénomènes matériels en tant que mesurables ; elle procède selon une méthode rigoureuse, fondée sur une hypothèse rationnelle, recourant à l'expérimentation et visant à établir des lois mathématiquement formalisées.Ce point de vue privilégie l'aspect quantitatif, mais laisse de côté les qualités sensibles, la réflexivité, l'être comme tout, la cause finale, l'éthique, le beau : autant de domaines qui sont les objets naturels de la raison philosophique, dont la rigueur est autre que celle des sciences.
Antérieure à la science, la philosophie est de soi indépendante, même si, dans son exercice, il lui est bénéfique de tenir compte de certaines données scientifiques. C'est aussi un savoir incontournable, notamment du fait que l'activité scientifique compte des présupposés philosophiques (existence des choses, accès à l'intelligibilité du monde, déterminisme)
absolutiser la science revient à renoncer définitivement à tout ce dont la science ne saurait parler adéquatement : c'est-à-dire à ce qui constitue pour l'homme l'essentiel, la métaphysique et l'éthique.

Les acquis des sciences exactes sont à ce jour immenses. Mais épuisent-elles pour autant la réalité ? celle-ci de fait est beaucoup plus riche que ce que la science, par la mesure et le calcul, peut y trouver. Dans ce monde inépuisable, la science capte principalement ce qui est d'ordre quantitatif. Pour mieux cerner la science précisons diverses dimensions de la réalité (évoquées plus haut) que la science n'atteint pas, s'étant résolue par sa méthode à ne pas les considérer :
- le monde tel qu'il est donné à nos sens ; seules sont considérées comme réelles des qualités telles que formes, les nombres le mouvement et le repos.
Les choses de l'esprit, à savoir la pensée, la conscience, la réflexion sur la connaissance humaine.
l- 'être comme tout car toute science est particulière ; elle porte sur certains objets, certains aspects de la réalité, mais non pas sur l'être lui-même
- la cause finale : celle-ci est laissée de côté par la science moderne, pourtant elle est la cause des causes.
[digression sur la cause finale : elle répond à la question en vue de quoi ? pour quoi ? Si une chose existe, ce ne peut être de manière absolument gratuite, son existence a un sens, elle remplit une fonction ou répond à un dessin. Elle est cause des causes car elle est ce qui rend le plus compte du fait qu'un être existe ; elle est la cause qui donne par excellence le sens, car elle exprime le point de vue sous lequel un être est bon et digne d'exister et d'être voulu ou aimé. Mais c'est aussi souvent la cause la plus difficile à identifier, et dans certains cas, dans certains événements de la nature, il faut y renoncer. Elle a en revanche une urgence particulière quand il s'agit de la vie humaine, du sens de ma vie, de ce pour quoi j'existe. Et cette fin(inalité) de l'existence ne doit pas être confondue avec son terme apparent qui est la mort : le terme ne s'identifie pas nécessairement avec la fin.]

Ces diverses perspectives d'intelligibilité, qui échappent à la méthode scientifique, délimitent le domaine du savoir philosophique, un savoir tout autant rationnel, rigoureux, méthodique, en rien quantitatif, mais plutôt qualitatif.

On ne peut pas reprocher à la science moderne d'avoir laissé de côté ces aspects ; bien au contraire, c'est peut-être en se limitant à son objet qu'elle a pu faire des progrès spectaculaires et qu'elle pourra en faire encore ; mais en contre partie elle doit reconnaître qu'au-dessus d'elle il y a une sagesse bien supérieure dont elle est incapable, avec ses propres principes et méthodes, d'en disserter et de la juger. On peut trouver une confirmation de tout cela dans ces grands savants profondément croyants qui ,plus ils avançaient dans leur, découvertes, plus ils avaient la conscience de la limite de leur science, et de la nécessité d'un législateur suprême ordonnateur de cette admirable armonie de notre monde.

Pour terminer, voici un texte d'Einstein qui peut illustrer ce qui vient d'être dit :
"Vous trouverez curieux que je considère la compréhensibilité du monde (dans la mesure où nous sommes autorisés à parler d'une telle compréhensibilité) comme un miracle ou un éternel mystère. Eh bien, a priori on devait s'attendre à un monde chaotique,qui ne peut en aucune façon être saisi par la pensée. (...) Même si les axiomes de la théorie (de la gravitation) sont posés par l'homme, le succès d'une telle entreprise suppose un ordre de haut degré du monde objectif, qu'on n'était a priori nullement autorisé à attendre. C'est cela le "miracle" qui se fortifie de plus en plus avec le développement de nos connaissances" (A. Einstein, Lettres à Maurice Solovine, Paris, 1956, p. 115 (lettre du 30 mars 1952))
Ainsi pour Einstein, il y a un ordre du monde, et l'intelligence de l'homme est capable d'y accéder, cet ordre est même rendu toujours plus évident à mesure qu'augmentent les connaissances. Cette même thèse a été ainsi exprimées par son ami Max Born :" Einstein avait foi dans le pouvoir que possède la raison de deviner les lois selon lesquelles Dieu a construit l'univers."

Avec l'assurance des prières de toute la communauté

Père Dominique Savio Marie

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