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message recu 9.10.99 de : JFVernet@compuserve.com
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Voici quelques réflexions complémentaires sur la subsidiarité :
C'est pour s'être si longtemps rétractés sur "La France seule" que les nationaux ont, à leur corps défendant, accéléré la mise au tombeau de l'objet de leur culte. N'est-ce pas la leçon à tirer du livre lucide, courageux et poignant de Jean de Viguerie "Les deux patries" (Yannick Chalmel, La droite nationale, ou un siècle de bégaiement. Catholica autommne 1999).

Dans une conférence faite à Lyon pendant la guerre, Charles Maurras a raconté une discussion qu'il avait eue avec Frédéric Mistral au cours d'une fête du félibrige. Il avait déploré la corruption de la langue des paysans provençaux, qui ne disaient plus "paire" et "maire", mais "pèro" et "mèro". Mistral lui répondit que les deux formes avaient toujours existé. "- Ils ne disent plus "cadiero" mais "chaiso". - Ceci est plus grave. Mais c'est à nous de réagir. Nous sommes là pour cela !" Cette parole fut pour Maurras une leçon qui a orienté toute sa vie.
Il attribua au régime républicain la cause de la centralisation française abusive qui détruisait la langue provençale, et qui enlèvait aux régions leur autonomie légitime, dans le but d'assurer la réélection des hommes au pouvoir. Il conclut à la nécessité de rétablir la monarchie.
Un tel raisonnement était peut-être trop rapide. Il attribuait un malaise profond à une cause non proportionnée. On peut trouver une cause plus vraisemblable dans le désir de faire dépendre la loi de la volonté humaine, et non de la révélation divine. C'est ce que fait la Libre Pensée en s'opposant au principe de subsidiarité, d'après lequel l'Etat a essentiellement une fonction subsidiaire qui déborde l'activité des régions, des communautés, des familles.
Le rôle de l'Etat est de faire la paix sans faire la guerre, d'assurer la paix intérieure, et la paix avec les autres Etats par le moyen d'unions ou de fédérations.
L'Eglise doit mettre la guerre hors la loi. Les sans-Dieu, scandalisés par la guerre faite au nom de Dieu, font découler la loi de la volonté du grand nombre pour la rendre indépendante de la loi divine. Cette conception dite humanitaire aboutit à une dictature de la majorité, devant laquelle les minorités n'ont qu'à s'assimiler ou à disparaître. C'est l'origine de la maladie sociale étudiée par Simone Weil dans son livre "L'enracinement", dont voici quelques extraits :

page 61. " L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle par l'intermédiaire de milieux dont il fait naturellement partie. "

Page 206. " En définissant la patrie comme un certain milieu vital, on évite les contradictions et les mensonges qui rongent les patriotismes. Il est un certain milieu vital ; mais il y en a d'autres. Il a été produit par un enchevêtrement de causes où se sont mélangés le bien et le mal, le juste et l'injuste, et de ce fait il n'est pas le meilleur possible. Il s'est peut-être constitué aux dépens d'une autre combinaison plus riche en effluves vitaux, et au cas où il en serait ainsi les regrets seraient légitimes ; mais les événements passés sont accomplis ; ce milieu existe, et tel qu'il est doit être préservé comme un trésor à cause du bien qu'il
contient. Les populations conquises par les soldats du roi de France dans beaucoup de cas ont souffert un mal. Mais tant de liens organiques ont poussé au cours des siècles qu'un remède chirurgical ne ferait qu'ajouter à ce mal un mal nouveau. Le passé n'est que partiellement réparable, et il ne peut l'être que par une vie locale et régionale autorisée, encouragée sans réserve par les pouvoirs publics dans le cadre de la nation française. D'autre par la disparition de la nation française, loin de réparer si peu que ce soit le mal de la conquête passée, le renouvelle avec une gravité considérablement accrue ; si des populations ont subi, il y a quelques siècles, une perte de vitalité du fait des armes françaises, elles seront moralement tuées par une nouvelle blessure infligée par les armes allemandes. En ce sens seulement est vrai le lieu commun selon lequel il n'y a pas incompatibilité entre l'amour de la petite patrie et celui de la grande.
Car de cette manière, un homme de Toulouse peut regretter passionnément que sa ville soit jadis devenue française ; que tant de merveilleuses églises romanes aient été détruites pour faire place à un médiocre gothique d'importation ; que l'Inquisition ait arrêté l'épanouissement spirituel ; et il peut plus passionnément encore se promettre de ne jamais accepter que cette même ville devienne allemande.
De même pour l'extérieur. Si la patrie est un milieu vital, elle n'a besoin d'être soustraite aux influences extérieures que dans la mesure nécessaire pour le demeurer, et non pas absolument. Une autorité raisonnable et limitée émanant d'organismes internationaux et ayant pour objet des problèmes essentiels dont les données sont internationales, cesserait d'apparaître comme un crime de lèse-majesté. "

On peut attribuer au déracinement le malaise de l'éducation qui appartient de droit aux familles et non à l'Etat. Le déracinement est à l'origine des revendications d'indépendance des régions (Corse, Savoie, Bretagne, Guadeloupe). Il a conduit à remplacer la légitime autonomie qui aurait dû être donnée aux colonies par une décolonisation en catastrophe. Il a produit des épurations ethniques et des frappes humanitaires (Kosovo, Timor). Il soulève dans les Balkans le problème des langues régionales, celui même auquel s'était attaché Frédéric Mistral, et qui s'est posé partout, derrière le rideau de fer comme en Acadie et en Louisiane.

JFVernet@compuserve.com

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