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L'auteur de cet article publié dans le numéro 73 de la très bonne revue " Magnificat- accueillir la vie " a spontanément adressé son émouvant et authentique témoignage personnel, avec accord de reproduction, pour la meilleure édification de nos adhérents.
Serviam le remercie vivement de sa précieuse collaboration.

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Un témoignage de conversion

Cet amour qui nous sauve
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Entre dix sept et vingt et un ans, j'ai vécu dans la drogue, la violence politique et le plaisir sexuel sans règles. Bien ancré dans ces pratiques, je me suis retrouvé un jour avec une arme automatique chargée en mains et le projet précis de m'en servir. J'étais déjà allé loin dans cette logique destructrice mais j'en perdais le contrôle. Certes rien d'irréparable n'avait été commis, je réalisais encore ce que je faisais mais la prison ou la mort étaient bel et bien devant moi. C'était la fin du film et le bout de la route.
Que faire devant un tel choix impossible?
Se laisser aller et en finir une fois pour toutes?
Reculer, mais pour aller où?
J'étais seul, comme un gosse abandonné, j'avais peur et j'étais pauvre comme jamais je n'avais été dans ma vie. J'ai pleuré, implorant intérieurement ; » Si quelqu'un est là, qu'il m'aide, je n'en peux plus! ». Ce fut certainement ma première prière. Je doutais de ce que je vivais dans ce ghetto politisé où régnait une atmosphère de tension permanente. Pas moyen de parler de mon dilemme à quiconque. A coté de ça, quelques personnes me rattachaient encore à la vie Ma mère accepterait sûrement, encore une fois, de m'héberger afin de m'aider à m'éloigner de la pression de ce milieu. Il fallait que je choisisse vite et que je penche du bon coté.
La volonté est parfois défaillante et notre liberté aveuglée par le découragement ou l'orgueil. Je sais qu'à ce moment-là, j'ai été aidé par Dieu, à qui j'en rends grâce. Et je remercie ma mère, qui a pris le risque de me tendre la main, une fois de plus. C'est vrai, de la part d'une mère, ça parait normal.

Mon retour vers l'Église.
Il fallait encore fuir radicalement sexe, drogues, alcool, violence car, si j'étais dégoûté de ce milieu, je n'étais pas encore guéri. Je me suis donc tenu éloigné, trois ans durant, de toutes ces tentations.
Sans amis ni relations, j'ai rapidement ressenti un grand vide. Cette fois là, plutôt tenté par une quête spirituelle, je suis allé vers Église catholique où je fus baptisé et consacré à la Sainte Vierge. Noël 84 fut ma première messe. Puis, pendant deux années, je suis allé régulièremeent à Église Cela m'a apporté d'abord une force pour maîtriser mes instincts. Et un but concret et réaliste : me retrouver libre du poids de ce passé en attendant mieux.C'est à dire, deux années de grâce et de pacification de ma nature.
Mais ma mémoire m'empêchait une totale confiance dans le pardon de Dieu. Je ressentais un sentiment de culpabilité. Je me confessais régulièrement avec une sincère contrition et la ferme volonté de ne pas recommencer. Mais je me croyais quand même trop pécheur, indigne de l'Église. Saint Jean de la Croix dit : "On obtient de Dieu autant que l'on en espère". Moi, je ne parvenais pas à imaginer que Son amour puisse aller jusque-là. Je pense vraiment que l'on ne parlera jamais trop de la miséricorde de Dieu.
Pourquoi donc persévérer dans cette impasse et ces efforts difficiles s'ils ne débouchaient sur rien? Mon passé décidément ne passait pas! J'allais cesser d'aller à Église mais, comme par acquis de conscience, je suis allé faire une confession générale. Je me suis accusé de mes péchés à ce prêtre qui, comme ne m'y attendais, n'a pas réagi. Pour bien lui démontrer à quel point j'étais indigne, je lui ai parle de ce local politique que j'avais fait, un jour, brûler, risquant d'y faire griller des voisins, mais qui sont parvenus, in extremis, à fuir. Je regarde le prêtre, quasiment certain de sa réponse, et, ô surprise, je vois apparaître un grand sourire sur ses lèvres. Je n'oublierais jamais ce choc qui m'a fait vaciller dans mes certitudes. J'étais profondément bouleversé devant ce signe de la miséricorde de Dieu et je suis demeuré dans cette Église où, en fait, je commençais à me sentir bien.
La guérison s'opérait doucement, je m'ouvrais à la vie comme une fleur aux rayons du soleil. Je retournais vers la société et vers les gens. J'ai sympathisé avec des catholiques, m'ouvrant ainsi d'autres horizons. De nos rapports sains et constructifs, entre autres avec des femmes, des amitiés ont pu naître qui durent encore aujourd'hui.

Le SIDA est venu tout déranger.
Je cheminais, depuis huit années, sur cette route. Treize ans s'étaient écoulés depuis la fuite du ghetto, lorsque mon passé s'est rappelé brutalement à moi. Une infection sévère a éveillé un soupçon chez mon médecin. Cinq jours d'attente pour le test de dépistage et ce fut le choc que je redoutais. J'avais contracté une tuberculose du fait d'un SIDA avancé pris durant ces années difficiles avec une fille dont j'ai appris le décès depuis. Tout s'écroulait pour moi. Même ma foi vacillait. Le reste, les projets, mes engagements, tout disparaissait dans mon esprit. J'étais condamné et perdu dans un monde auquel je n'appartenais déjà plus.
Comme treize ans auparavant, ma famille, mes amis et surtout la grâce de Dieu m'ont empêché de tomber trop bas. Le réflexe de la prière, réflexe de pauvre, est vite revenu. Prière désordonnée, parsemée d'abattement et de révolte, mais, malgré tout, fidèle et persévérante. Les mois ont passé, incertains, aléatoires, puis les années. Infections, sursis successifs, j'ai dû apprendre à vivre comme un malade, mais, en 1996, j'ai profité de traitements grâce auxquels mon état s'est stabilisé et même amélioré.
Malgré ce deuil de ma vie, il a fallu réapprendre à vivre, tout en étant incurable. C'est dans cette perspective de mon avenir, de ma vie, que j'ai commencé à témoigner régulièrement dans les écoles, dans les associations ou paroisses qui voulaient bien m'inviter. Un témoignage d'espérance et de vérité basé sur mon expérience.

SIDA, avortement: deux drames de l'amour.
J'en arrive au rapport avee Magnificat. Comme le SIDA, l'avortement est un drame de l'amour, d'un amour dénaturé qui produit la mort. L'amour ne peut être neutre; il construit ou il détruit. Notre société ne semble plus apporter que des réponses fatalistes et désespérées, sans possibilité de débat, donc de choix véritable.
Quand une mère angoissée se fait faire un diagnostic au sujet de sa grossesse, elle craint, si des obstacles surgissent pour garder son enfant,d'être poussée à l'avortement.L'avortement devient alors un palliatif évacuant les carences de notre société et les femmes enceintes se retrouvent seules à les assumer.L'enfant n'est bienvenu que si l'on est décidé à l'accueillir et le corps médical peut contribuer à semer le doute:« Êtes-vous bien décidée à le garder? » Les mères sont presque considérées comme coupables de grossesse. La morale se réduit alors à un concept purement médical.
La réponse de Magnificat est de permettre à un mère de faire face, grâce à un " complot d'amour ". Contre la fatalité je pense à ce constat de Saint Pie V; " La force du mal réside dans la faiblesse des gens de bien ". Si ceux qui aiment la vie, sans être engagés, aidaient toutes les oeuvres en sa faveur, il y aurait cent maisons Magnificat ! Resterait à trouver autant de Monique Bourdais.
J'ai rencontré, au cours de mes témoignages et comme sidéen, de ces militants dont le regard se ferme dès que l'on avance une autre solution que l'avortement ou, pour combattre le SIDA, autre chose que le préservatif. j'ai vu, chez eux, parfois la haine et toujours la tristesse. Quel contraste avec l'épanouissement d'une mère qui donne la vie, celui d'un jeune qui vit la chasteté avec joie !
L'idéologie n'explique pas tout. Faire payer aux autres nos propres échecs, ne résout jamais rien.
Ces rapports destructeurs et cette loi de l'éphémère, rendent aléatoire toute relation affective, où l'amour devient un risque dont il faut se prémunir, et l'autre, l'adversaire d'un combat où tout le monde perd. Si des jeunes ont pu garder leur pureté et croient à l'amour vrai et à la vie comme un cadeau, c'est plutôt pour nous inspirer et nous pousser à la réconciliation. A contrario,c'est même la démonstration, que ces vertus,tant ridiculisées, sont plus que jamais nécessaires.
Seigneur, aidez nous à toujours être ouverts à la vie, et à être vos instruments pour convertir nos frères les hommes, que la haine et le désespoir rongent et détruisent. Qu'ils se souviennent qu'ils ont été des enfants, qu'ils ont cru un jour à la vie et à l'amour. C'est même d'aimer qui donne sens à la vie.
J'avais entraîné mon petit frère dans la drogue et le reste. Son retour à la vie, puis sa conversion, ont aussi été longs et douloureux. Avec son épouse, ils attendent, pour février, leur sixième enfant et je pense que ce sont ses enfants qui lui ont permis de guérir. Miracle de la vie et de l'amour. Je leur dédie cet article.

Ne nous résignons pas à faire rimer amour avec peur et mort.
Même si je me suis brûlé les ailes à ce jeu truqué où tout le monde perd, je crois toujours à l'amour et à l'amitié humaine. Non pas dans cette guerre sexuelle où chacun a peur d'aimer, de s'attacher et de croire à un projet commun : amour désincarné et solitaire, où l'autre que nous aimons, est dangereux pour nous. Cet amour m'a mené au SIDA comme il mène nombre de femmes vers l'avortement, dans une sorte de fatalité. Nous ne pourrons sortir de cette logique infernale qu'en brisant, chacun dans sa propre existence, le cercle de la fatalité, grâce au complot de l'amour. Vaincre la torpeur ambiante et cette peur de nous donner, même dans une amitié, sans avoir la possibilité de nous reprendre. Peur de participer à la création dont Dieu nous fait le cadeau.
L'amour n'est pas condamné à rimer avec peur et mort tant que nous ne nous y résignerons pas.
Et ces enfants que nous acceptons d'accueillir, parfois dans la douleur et le doute, ce sont eux nos gardiens. Ils nous gardent contre nous-même, contre ce risque toujours présent de voir nos coeurs s'endurcir, de devenir notre seule fin et ne plus savoir aimer.
Notre créateur nous l'a prouvé en s'incarnant par une femme, Marie. A Bethléem il y a 2OOO ans, il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie pour cette mère et son enfant. Il se trouva une étable pour que Marie puisse nous faire don de son amour pour Dieu, de l'amour de son Dieu. Ce fut le plus beau des enfants des hommes, comme l'est pour ses parents, chaque enfant qui naît. Jésus enfant, allait racheter l'homme dont le coeur s'était endurci, et lui rappeler, jusqu'a la Croix et la Résurrection, à quel point Dieu l'aime. Encourageons de toutes nos forces ceux qui rentrent dans la vie, et osent s'engager et croire à la fécondité de ce mystère qui nous dépassera toujours. Un coeur éclairé par l'intelligence peut découvrir lui-même ce don d'amour. C'est l'origine et la source des problèmes de la jeunesse d'aujourd'hui, que de n'avoir plus personne à admirer, à estimer, à aimer et c'est ce manque terrible qui la conduit à consommer ces ersatz d'amour proposés partout.
Seigneur, donnez la grâce à tous d'être ou de redevenir comme les enfants, toujours émerveillés devant l'enchantement de la vie. Donnez nous à tous un coeur d'enfant simple, plein de foi et d'amour, ouvert à la grande aventure de la vie.
Je fais cette prière avec toutes les mères de Magnificat pour celles et ceux qui ne demandent qu'à aimer et qu'a être aimés ;

Que notre seule maladie soit l'amour!

Dominique
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