CONSEIL PONTIFICAL POUR LA FAMILLE
Congrès du 3 - 5 juin 1999
PATERNITÉ DE DIEU ET PATERNITÉ DANS LA FAMILLE
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TRANSFORMER LA CULTURE DE L'ABSENCE DU PERE
Conférence du Révérend Robert A. Sirico
Président de Acton Institute for the study of Religion and liberty

Grand Rapids, Milhigan - USA

Selon un colloque international co-parrainé par le Conseil Pontifical pour la Culture, la famille est aujourd'hui le "centre d'une attaque colossale" et constitue un domaine où il est extrêmement urgent d'agir. Cette attaque se déroule sur plusieurs fronts : des restrictions locales sur le choix des parents en matière d'éducation jusqu'à des restrictions internationales provenant de mouvements anti-natalistes patronnés par des gouvernements. Ce qui apparaît d'une manière croissante depuis longtemps c'est comment l'absence du père dans les familles combinée avec des attitudes modifiées concernant la notion de paternité, a contribué à créer une atmosphère culturelle dans laquelle l'attaque est menée. Ce que le Pape Jean-Paul II a écrit il y a bientôt vingt ans dans Familiaris Consortio est devenu encore plus d'actualité : "... des efforts doivent être entrepris pour restaurer socialement la conviction que la place et la tâche du père dans et pour la famille est d'une importance unique et irremplaçable" (FC 25).

La notion opposée, selon laquelle le père peut être remplacé, s'est accréditée auprès des élites dans le monde occidental au cours des récentes décennies. David Blankenhorn a montré dans son livre qui fait autorité, Fatherless America (Amérique sans père), comment nous n'avons plus un "modèle original culturel" pour la paternité. On a mis en péril l'idée du père comme parent masculin nécessaire, qui de différentes manières donne de lui-même pour les autres. On a adopté de nouvelles vues concernant les hommes et les femmes, les considérant comme des salariés et des pourvoyeurs de soins interchangeables, concernés principalement non pas par le bien-être des enfants mais par leur propre épanouissement. Le résultat pratique de cette nouvelle conception n'a pas été que hommes et femmes ont été mis sur le même pied comme parents, mais que les hommes, en tant que pères sont devenus superflus.

Quand une société perd son modèle culturel pour le père, elle le marginalise et sape son aptitude à rendre les hommes sociables. La nature enseigne et l'histoire confirme que les hommes associaux finissent par devenir antisociaux. La paternité responsable est, pour paraphraser Lord Acton, un fruit délicat de la civilisation. Un fruit délicat doit être manié avec précautions, sinon il se gâte. Nous devons réaliser que la paternité responsable est en danger d'être évincée, au détriment de la famille et de la société, maintenant et à l'avenir. Les iniquité de notre "crise actuelle de la paternité" font réellement courir le risque d'être punis jusqu'à la troisième et quatrième génération (Cf. Dt. 5, 9).

Quand la nouvelle conception de la paternité qui rend le père superflus prend racine dans le cadre du bien-être moderne, les dangers présents et futurs sont exacerbés. Les effets de cet amalgame sur la famille, et spécialement sur les enfants, n'ont pas cessé d'être désastreux. Cette brève présentation décrit certains de ces effets et suggère comment l'Église peut elle-même prendre la tête de mouvements culturels pour restaurer, selon les mots du Saint Père, "la place et la tâche du père dans et pour la famille".

Absence du père et bien-être des enfants

Dans une culture qui envoie aux hommes des messages selon lesquels on n'a pas besoin d'eux dans les rôles caractéristique de père et d'époux, beaucoup d'hommes quittent leur famille quand ils ont des enfants. C'est ainsi qu'ont disparu la plupart des vestiges des repères traditionnels associés autrefois avec le divorce et les naissances hors mariage. Nous avons perdu beaucoup de la sagesse traditionnelle, qui relie le bien-être des enfants aux familles intactes à deux parents.

Heureusement, cette sagesse traditionnelle est maintenant appuyée par une recherche socio-scientifique impressionnante. Aux USA, les statistiques qui révèlent le déclin du bien-être des enfants font ressortir les deux facteurs qui en sont la cause principale à savoir : 

. l'accroissement dramatique de la proportion des enfants qui grandissent dans des familles sans père et

. l'accroissement de la notion moderne l'Etat-providence.

Le nombre d'enfants aux USA vivant sans père s'est accru de 9 millions en 1960 à 24 millions aujourd'hui. Certains estiment à 60 pour cent le nombre des enfants américains qui vivent actuellement sans leur père biologique. Cette absence du père a des conséquences désastreuses pour les enfants. Dans les familles monoparentales, près de 75% des enfants souffrent de la pauvreté avant l'âge de 11 ans, contre 20% dans les familles intactes. Le pourcentage des enfants américains grandissant dans des familles pauvres est plus élevé aujourd'hui que lorsque le Président Johnson a déclaré la "guerre à la pauvreté" en 1966. Les données montrent d'une manière indiscutable comment les enfants qui grandissent dans les familles sans père sont beaucoup plus sujets à l'échec scolaire, ont des problèmes affectifs et de comportement exigeant des traitements, abusent des drogues et de l'alcool, et deviennent sexuellement actifs. De plus, l'absence du père a montré une grande propension à la violence chez les jeunes, y compris au viol, l'assassinat et au suicide. Les enfant sans père sont aussi plus fréquemment victimes d'abus sexuels et de négligences de toute sorte.

Il y a de nombreuses raisons à l'accroissement de cette absence du père aux USA et en Occident. les révolutions sexuelles des années 60, liées à une exacerbation du féminisme, tendent à séparer la procréation du mariage. Un souci salutaire concernant la violence domestique a eu tendance à populariser la notion des pères et maris potentiellement dangereux et, par conséquent, suspects. l'industrie des loisirs est passée de la représentation des pères chefs de famille à celle de pères bouffons ou inexistants. Cependant, l'influence de ces facteurs sur l'absence du père pâlit à côté de l'influence de l'État providence.

Bien-être et dissuasion vis-à-vis de la paternité

Dans Centesimus Annus, Jean-Paul II a signalé des problèmes associés avec l'état providence appelé l'état de l'assistance sociale : "l'état d'assistance sociale conduit à une perte d'énergies humaines et à un accroissement des interventions publiques, qui sont dominée davantage par des modes de pensée bureaucratiques que par le souci de servir les clients et qui s'accompagnent d'un accroissement considérable des dépenses" (CA 48). Dans les seuls USA, les dépenses concernant les programmes sociaux a excédé au cours des trente dernières années 5,4 milliards de dollars. Dans une économie importante et dynamique, de telles dépenses peuvent être justifiées si elles parviennent à éliminer la pauvreté. Le problème est, comme le Pape l'a observé avec tant d'acuité, que les programmes d'aide sociale sont modelés par des façons de penser qui au contraire accroissent et enracinent la pauvreté matérielle. De plus, ces "modes de pensée bureaucratiques" ne permettent pas de faire face aux besoins les plus profonds des personnes humaines, ajoutant souvent à la pauvreté subie des frustrations morales et spirituelles. Aux USA, les programmes sociaux ont favorisé le développement d'une "sous-classe" caractérisée par une pauvreté sur plusieurs générations et des dysfonctionnements sociaux. Ce phénomène en Amérique concerne toutes les races et aussi bien la campagne que la ville.

Dans les communautés dominées par le système d'assistance, l'absence du père est très répandue. Aujourd'hui, au moins 90 pour cent des familles qui reçoivent des allocations du gouvernement sont des familles sans père à la maison.

La sociologie même de l'assistance publique décourage les familles intactes. Les programmes d'assistance visent en priorité, sinon exclusivement, les besoins matériels des gens, la plupart du temps des femmes et de leurs enfants. Lorsque femmes et enfants sont assistés par l'État, le rôle naturel et traditionnel du père est confisqué, et cela mine la signification de la place d'une homme dans la famille. Les femmes, également peuvent considérer l'État comme un support plus fiable qu'un mari et faire l'option de se passer du mariage. Ces deux possibilités se trouent concrétisées dans un régime d'aide sociale publique. De plus, les politiques d'assistance sapent le principe de la famille à ceux parents et encouragent les naissances hors mariage. Pour prendre seulement deux exemples, le taux des allocations par enfant modifie la proportion des variables affectant la décision d'une femme non mariée à concevoir des enfants supplémentaires, et les hommes ayant de faibles revenus sont incités à quitter leur famille quand les allocations favorisent les familles monoparentales.

Le mariage : une réponse ancienne à des questions nouvelles

Tout le monde s'attend à ce qu'un prêtre catholique conclut que les familles à deux parents, mariés, sont meilleurs pour les enfants et, généralement, meilleurs aussi pour les parents. Il est très réconfortant qu'une recherche très précise en arrive à conclure la même chose. Et il y a même des signes que des élites culturelles aux USA le reconnaissent aussi. Il y a quelques années, l'ancien vice-président des USA, Dan Quayle, a choqué la sensibilité de certaines élites culturelles en suggérant qu'il n'était pas convenable dans une émission de télévision à caractère populaire de se présenter comme mère célibataire. L'année suivante, le journal très connu d'une élite culturelle a présente un article intitulé Dan Quayle avait raison.

L'absence du père, qu'elle provienne de l'absence de mariage ou d'un divorce, est socialement, spirituellement et économiquement très regrettable dans tous les groupes socio-économiques. Nous savons maintenant, par des études, que les hommes non mariés gagnent moins d'argent que leur contrepartie mariée. Le bon sens d'ailleurs en donne l'intuition : le mariage reflète et développe la responsabilité, le dévouement, la capacité de travail, ainsi que d'autres qualité attractives pour les employeurs. De telles qualités, transmises de père en fils, favorisent aussi la réussite à l'école et dans les relations sociales, et renforcent les chances des enfants pour leur future carrière. La recherche confirme que ce dont on a besoin pour atteindre ces effets sociaux désirables c'est d'hommes mariés, qui vivent en permanence avec leurs enfants.

Les observations ci-dessus justifient d'autres considérations. Les associations pour le mariage et la famille s'efforcent de promouvoir le sens de la responsabilité chez les hommes, qui, à leur tour, inculquent les valeurs de responsabilité à leurs enfants. Les associations pour le mariage et la famille sont donc des écoles de vertu, les plus fondamentales parmi celles que Edmond Burke appelait les "petites classes" de la société civile. Les pères sont essentiels à ces "classes de formation" et non pas seulement des pourvoyeurs de pain pour la table. Les pères constituent la clé de la transmission des valeurs et des métiers (et des tours de main) aux futures générations, spécialement à la prochaine génération d'hommes qui seront eux-mêmes des pères. Ces métiers et ces valeurs, nécessaires pour perpétuer la civilisation, sont également en liaison étroite avec la productivité économique et l'abondance. Le rôle du père révèle d'une manière spéciale, ainsi que Jean-Paul II l'a écrit, comment "en dehors de la terre, la ressource principale de l'homme est l'homme lui-même" (Centesimus Annus, 32). Les ressources doivent être gérées et, dans le cas des ressources humaines, elles doivent aussi être développées. Ce développement a sa place d'abord et avant tout dans la famille.

Insistons : si nous voulons voir un plus grand nombre d'enfants grandir à l'abri de la pauvreté, exempts de pathologie sociale, non violents, et disponibles pour participer au bien commun et y contribuer, alors nous devons voir un nombre croissant d'enfants grandir avec des pères mariés.

Conclusion

La conception nouvelle, qui consiste à considérer hommes et femmes comme des parents interchangeables, a pris depuis quelques années une place de plus en plus grande auprès des élites culturelles, en a aveuglé un grand nombre, face aux dégâts entraînés par l'absence croissante d'hommes mariés responsables dans les foyers avec enfants. Ce nouveau point de vue a promu l'idée selon laquelle les parents masculins ne sont pas spécialement nécessaires à part pour l'argent qu'ils peuvent procurer. Parmi les groupes socio-économiques à revenus moyens et élevés, les hommes souscrivant à ce point de vue ont renoncé plus facilement - et en toute impunité - à toutes responsabilités, sauf financièrement vis-à-vis de leur famille (et souvent à celles-ci également). Chez les pauvres, ce point de vue, lorsqu'il est combiné avec les incitations perverses de l'État en matière de bien-être, a gâché la vie de millions de personnes.

Les problèmes sont maintenant largement reconnus et cette reconnaissance a créé une atmosphère susceptible de rendre possibles des changements positifs. C'est le devoir des pays occidentaux, qui connaissent des crises sur le rôle du père, de repenser leur attachement à l'état providence. Concrètement, les pays doivent revoir les programmes existants, non seulement pour éliminer ce qui peut dissuader les familles intactes, mais aussi d'une manière positive pour promouvoir de telles familles. Bien qu'impératif, ceci ne sera pas facile ; comme le Pape lui-même l'a remarqué, l'assistance de l'État par sa nature même inhibe un authentique souci pour ses "clients".

Pour la promotion des familles intactes, le domaine culturel est plus important encore que le domaine politique. Aujourd'hui aux USA, un mouvement chrétien oecuménique impliquant un grand nombre de catholiques, remplit les stades avec des hommes qui consacrent leur vie plus pleinement à Dieu et à la famille. Dans les villes, des communautés de base oeuvrant sous les auspices d'églises enseignent les "techniques" paternelles à des pères non encore mariés.

Des conférences sur la paternité qui, il y a peu d'années n'attiraient qu'une poignée de participants, en attirent aujourd'hui des centaines, y compris des législateurs des des leaders religieux. Et il y a beaucoup d'autres signes encourageants.

L'Église catholique occupe une position unique pour proclamer l'intégralité du caractère paternel en proclamant l'intégralité de l'Évangile. En baptisant "Année du Père", l'année 1999, le Saint Père dans Tertio Millenio Adveniente nous rappelle que "l'ensemble de la vie chrétienne est comme un grand pèlerinage vers la maison du Père" (TMA 49). A travers l'Église, nous rencontrons Dieu le Père par son Fils Notre Seigneur. Nous rencontrons le Père parce que nous rencontrons le Fils qui accomplit la volonté du Père et nous conduit à Lui. La paternité humaine est exaltée et sanctifiée en reflétant, comme dans un miroir mystérieux, cette relation fondamentale de Dieu le Père et de son divin Fils. Le peuple de Dieu, à chaque génération, regarde vers l'Église pour y voir la réflexion de la paternité divine. Les foules de jeunes qui se pressent aux Journées Mondiales de la Jeunesse témoignent d'une faim de la génération actuelle pour un mode de vie meilleur et un amour plus beau que ce qu'ils ont vu dans la culture du siècle, et trop souvent, dans leurs propres familles. Leur amour pour le Père très saint est sûrement l'amour de quelqu'un qui est saint, mais c'est aussi une affection indéniable pour celui qui est "père".

L'Église catholique occupe une position unique aussi pour illustrer les liens entre la paternité responsable et le développement de la "principale ressource de l'homme qui est l'homme lui-même". Contrairement aux idées promues par les anti-natalistes à la Conférence des Nations Unies au Caire, en 1994, les êtres humains élevés avec leurs propres valeurs ajoutent de la richesse au monde au lieu de lui en enlever. les mariages durables et féconds enrichissent le monde de multiples façons et, ainsi que cela devient de plus en plus évident, le fait d'ajouter des bénédictions en abondance pour tous n'est pas le moindre.

Le Pape Pie XII a écrit : "si la mère est le coeur, le père est la tête de la famille et, par conséquent sa santé et son efficacité dépendent de la vigueur, des vertus et de l'activité du père". L'Église est la grande gardienne de cette vérité profonde. Même si, et peut-être parce que, un abîme de négligence concernant la paternité a été atteint en Occident de nos jours, cette profonde vérité devient encore plus apparente.

Prions et travaillons avec ardeur pour que la paternité puisse reprendre sa place dans nos sociétés et aussi pour que le coeur des père puisse être à nouveau tourné vers leurs enfants, de peur que la terre ne soit "frappée de malédiction" (Mal 4,5).

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