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L’âge adulte de l’enfance

Il existe un âge adulte de l’enfance qui se situe entre 9 et 12 ans. Cette période de la préadolescence n’est pas aussi ingrate que l’on serait tenté de le croire.

L’âge de la pleine maturité de l’enfance comporte un certain nombre d’atouts particulièrement favorables à l’épanouissement de la foi. Quels sont –ils :

Ouverture d’esprit et capacité d’écoute

L’enfant de 9 à 12 ans est raisonnable. Contrairement aux 6-9 ans qui par défi ou provocation peuvent se murer derrière l’ironie, l’insolence ou encore l’indifférence devant tout conseil ou précepte éducatif, le 9-12 ans est réceptif. Il écoute et cherche à comprendre. Il est doté de cette maturité, de cette curiosité intellectuelle qui lui permettra d’être " personnel ", de soumettre ce qu’il entend à un jugement critique, et non de critique. Et c’est là justement qu’intervient notre responsabilité de parents à se former continuellement dans le domaine de la doctrine catholique (les outils ne manquent pas : Catéchisme de l’Eglise catholique, encycliques, sites internet etc.).

Le 9-12 ans ne manque pas de ressources favorables à une formation religieuse féconde. D’une certaine manière, elles permettent à ce " petit homme " un entraînement efficace pour affronter les difficultés lors de son adolescence. Le cardinal Daniélou estimait que cet âge eut sur son avenir une influence décisive : " Les années pour moi les plus importantes ont été celles de mes dix-douze ans… Je me souviens qu’à ce moment-là, il y a eu pour moi une rencontre d’une authenticité certaine avec Dieu, et dont l’impression, le sentiment fondamental et la certitude indubitable ne m’ont jamais quitté. Je pense qu’il y a eu là pour moi des années décisives et je crois très profondément à la valeur de ce que peuvent être des expériences de ce genre chez des enfants, dans la mesure justement où elles se déroulent dans un climat de grande authenticité, de grande qualité. "

Quels sont donc ces autres atouts; ces divers paramètres psychologiques et dispositions intellectuelles du 9-12 ans, qui, justement pris en compte par les parents, permettront d’atteindre ce climat de grande qualité ?

Le réalisme

Nos 9-12 ans sont en quelque sorte des petits fanatiques de la réalité. L’âge de la croyance des contes de fées est bien révolu. Dans notre dernier article consacré à l’âge scolaire (6-9 ans), nous avions vu que le monde réel et le monde irréel ne se confondaient jamais. Dans ce contexte, l’imagination n’était pas synonyme de faux, ni d’erreur. Mais à présent, pour nos " grands ", il sera par exemple hors de question d’évoquer le Chat Botté alias le marquis de Carabas pour illustrer le mensonge ou la fabulation si l’on veut éviter l’hilarité générale. Car, pour nos 10-12 ans, seul a valeur de vérité le réel et avant tout le réel qui tombe sous le sens, le réel que l’on voit, que l’on touche, que l’on entend. Et peut-être que ces préadolescents sont finalement des thomistes qui s’ignorent au regard de la lumineuse définition de saint Thomas d’Aquin : la vérité est l’adéquation de la pensée au réel. A l’heure où la foi chrétienne est constamment émoussée par le relativisme ambiant, il n’est pas inutile de rappeler ce fondement philosophique et… réel !
Sur ce point, il est fondamental de faire prendre conscience à nos enfants que l’on peut atteindre le réel par la réflexion. L’objectif est de les faire réfléchir et d’exercer leur sens critique donc de les inciter à former un jugement. La réflexion nous apprend l’existence de beaucoup de choses que nous ne voyons pas. Nous avions évoqué la dernière fois dans l’étude consacrée à l’âge scolaire, l’existence de notre pensée pourtant invisible et du temps, notion abstraite certes, mais réelle.

Et pour nous chrétiens, ce principe est évidemment primordial pour expliquer l’existence du Christ réellement présent dans l’Eucharistie sous les espèces du pain et du vin.

Attention, chez les 9-12 ans, la réflexion devra prendre la forme de raisonnements très simples fondés sur la réalité ordinaire et quotidienne pour justement leur faire comprendre que l’invisible existe. Prenons deux exemples très classiques :
a – En tournant le commutateur, le tube au néon s’allume et en réfléchissant, on admettra l’existence d’une centrale thermique ou hydraulique pour produire l’électricité : on en est sûr, c’est une certitude.
b – De même, dans son magnétophone, ce n’est pas un chanteur qui est caché mais une cassette dans laquelle la voix de ce chanteur a été enregistrée.

En fait, si l’on veut utiliser ce mode de raisonnement dans le domaine de la foi, on s’aperçoit justement que cette façon de rejoindre la réalité par le raisonnement a une valeur apologétique : Jésus d’un mot apaise une tempête, donc Il possède un pouvoir surhumain, donc Il est Dieu. Et comme à Dieu, rien n’est impossible disait saint Paul, se cacher sous les apparences du pain et du vin est du domaine du possible et du réel. Jésus est bien là quoique nous ne le voyions pas. Ainsi par le raisonnement, nos enfants sont amenés à contempler l’Invisible.

Par conséquent, à l’âge où ces préadolescents sont davantage ancrés dans le réel, il est indispensable de leur rappeler que l’invisible, le spirituel sont des concepts bien réels et que l’âme est également un principe bien réel quoique invisible. Marie Farques, une catéchiste expérimentée l’avait bien compris : " L’illusion courante, écrit-elle, est de croire qu’il suffit de bien s’expliquer là-dessus une fois. Je voudrais montrer qu’il faut faire de l’affirmation des réalités spirituelles le leitmotiv de tout l’enseignement religieux. "

Les deux principaux moteurs à stimuler chez l’enfant sont donc l’intelligence et la réflexion, l’objectif étant de l’amener à dépasser le domaine de la connaissance purement sensible. Ne pas hésiter à revenir régulièrement sur cette vérité fondamentale à savoir que l’invisible existe réellement. A ce propos, dans les perspectives du Concile de Trente, l’acte de foi est d’abord un acte d’intelligence. Placer la foi uniquement dans le registre du sensible, du sentiment et de l’affectif est illusoire car ce serait la bâtir sur du sable. Jean-Paul II le dit bien dans Catechesi Tradendae (chap. 18) : " Une éducation de la foi comprend spécialement un enseignement de la doctrine chrétienne, donné de façon organique et systématique ". Sur ce point, nous conseillons un catéchisme de référence disponible chez Téqui : Je crois en Dieu, je crois en Jésus Christ du Père de Féligonde.

Attention, il ne s’agit pas pour autant de faire de nos enfants de petits cartésiens. La foi est d’abord et avant tout un don, une grâce demandée librement à Dieu. On peut être intelligent et ne pas avoir la foi, faute tout simplement de vouloir la demander. Pascal avait cette pertinente recommandation : " Si tu ne crois pas, mets-toi à genoux, demande à Dieu et tu croiras ".

Le désir de se valoriser

Un instinct vigoureux stimule constamment l’enfant entre 9 et 12 ans à se dépasser, à toujours progresser, donc à se valoriser. Par conséquent, il commence à se soucier du regard des autres. Cela va l’inciter à une certaine prudence qui se traduira de plusieurs manières :
&Mac183; Il sent que certaines expressions, certaines paroles sont à éviter dans une conversation.
&Mac183; Il sent qu’il faut surveiller ses gestes.
&Mac183; Il sent qu’il doit contrôler son émotivité (se retenir de pleurer ou de s’exclamer).

Sa conscience (on a vu son rôle moteur) le pousse d’une part à modifier sa conduite en fonction du regard d’autrui, et d’autre part à remplir son devoir d’état. Exemple : en rentrant de l’école ou du collège, il sait que l’ordinateur ou la télévision ne doit pas se substituer aux devoirs scolaires.

Par ailleurs, le désir de se valoriser est bien évidemment différent chez un garçon et chez une fille. Sans chercher à établir des dogmes en ce domaine, on relèvera cependant quelques constantes.

Le garçon est surtout occupé par la réalité extérieure, d’où son intérêt par exemple pour les sports et le scoutisme. Et si le scoutisme ne cesse de se développer dans le monde, c’est qu’il répond à un besoin de l’enfant, c’est que finalement l’âge du Robinson existe. On quitte l’univers des contes de fées pour être à présent confronté à l’âpre réalité. L’expérience du scoutisme est formatrice, car le fait d’avoir à combattre les forces de la nature prédispose l’enfant au courage, à l’esprit d’initiative et donc à l’autonomie.

La fille elle aussi a son " Robinson ", mais il se manifeste par des activités autour de la maison, de l’art de vivre et de la décoration. D’une manière générale, elle a une approche plus esthétique que pragmatique de la vie, d’où son goût pour les arts plastiques, le théâtre, la musique, la danse, la confection.

La plupart des garçons ont cette attirance pour le réel, pour ce que l’on peut contrôler, ce qui est concrètement efficace (mécanique, engins, technique en général…), alors que les filles s’attacheront d’avantage à ce qui exprime la personnalité : la psychologie ou tout ce qui facilite les relations humaines (langues, communication).

A l’âge adulte de l’enfance, le garçon et la fille auront un écueil à éviter dans ce désir de se valoriser : la vanité, qui se manifestera différemment chez l’un et l’autre.
&Mac183; Pour le garçon : ne pas rechercher les applaudissements à l’occasion d’un succès. Dans le fond, la difficulté est de savoir remercier Dieu pour ses dons et de les mettre au service du prochain. Le garçon doit prendre conscience que remporter une victoire sur soi-même, résister à une tentation sont choses plus précieuses pour le valoriser que de battre tous les records sportifs. Un jeune homme connu pour sa pugnacité hors du commun et son étonnante clairvoyance, un certain Jean Juste (qui se noya à la fin de sa première année de grand séminaire en voulant sauver un camarade), avait ces propos étonnants : " Il faut aimer les devoirs obscurs, exceller dans les petites choses, les accomplir avec une grande âme. Tu rêves de changer le monde, mais il s’agit pour l’instant de pointer tes i et d’ouvrir ton dictionnaire pour voir comment s’écrit Groseillier. Il faut plus de courage pour faire un devoir d’algèbre que cinquante kilomètres en vélo, plus de force d’âme pour se lever à l’heure fixée que pour aller faire du ski par un froid de moins dix degrés, plus de volonté pour vaincre une tentation de sensualité que pour escalader une cime. "
&Mac183; Pour la fille : dépasser le désir narcissique de plaire. La vanité se traduira chez la fille surtout par le désir de plaire. Or chercher à plaire est une impulsion égoïste et vaniteuse. En revanche, mais en dépit de la similitude des termes, s’efforcer de faire plaisir est la manifestation de la vertu de charité. La fille est naturellement plus portée sur le sentiment et la sensibilité que le garçon. Il conviendra donc d’orienter son sentimentalisme vers la générosité et le dévouement, sans quoi ses actions risquent d’être dictées uniquement par le sentiment ou la simple pulsion. Les formules classiques du genre : " ça ne me dit rien " et " je n’ai pas envie " n’ont jamais rien eu de bien constructif.

En définitive, que restera-t-il de l’âge adulte de l’enfant au moment de l’adolescence ? Des habitudes et des idées.

L’habitude

L’habitude est une seconde nature disait Pascal. Profitons de leur sagesse naturelle, de leur sens des autres, pour développer en eux le respect, la politesse, la ponctualité, l’ordre, la délicatesse, la reconnaissance, le souci de faire plaisir et le sens du service. Car à quatorze ou quinze ans, les parents risqueraient à la moindre observation d’essuyer les classiques rebuffades du genre : " Et si ça me plaît d’être sale ", " plus il y a de désordre dans ma chambre, plus je suis content ", " ce n’est pas à moi de faire ce boulot ", " à quoi ça sert de dire merci ", etc.

Par ailleurs, soulignons le fait que l’habitude se traduit chez le neuf-douze ans par une sorte de piété formaliste qui cherche à " être en règle " avec le Seigneur. Il raisonne ainsi : " je fais ma prière tous les jours, je vais à la Messe le dimanche, je me confesse régulièrement une fois par mois. " Jean Paul II encourage cette piété qu’il appelle " catholicisme populaire ". Selon lui, les parents doivent soutenir l’enfant dans cette piété car si survient une crise de la foi (phénomène assez fréquent), cette bonne habitude pourra toujours resurgir dans son adolescence et dans sa vie d’adulte.

Les idées

Elles n’ont pas d’âge ; elles demeurent éternellement, à savoir que Dieu existe, que les hommes de bonne volonté seront sauvés, que les orgueilleux seront rejetés de Dieu et surtout que le Seigneur accorde toujours un pardon plein de tendresse et de miséricorde au pécheur qui revient à Lui. Ces vérités sont valables à tous les âges, mais si elles sont profondément ancrées dans le cœur et l’esprit de l’enfant de neuf à douze ans, en cette période relativement sereine de sa vie, c’est un gain pour toujours. C’est l’autoroute en direction de notre Cité céleste où Notre Seigneur nous attend pour la félicité éternelle.

Caroline de Fouquières

Cet article s’appuie sur le premier tome livre du P. Gillet : La formation religieuse aux différents âges de l’enfance et de l’adolescence. (Téqui )


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