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L'AUTORITE PATERNELLE, un service d'amour qui fonde l'identité des personnes

Cette étude est extraite du n° 178 de "Dieu est Amour". Les textes intégraux de ce fascicule sont disponibles à la librairie Pierre Tequi, 82 rue Bonaparte - 75006 Paris, Téléphone 01.40.46.72.90 et Télécopie 01.40.46.72.93    -   78 pages - 21x29.7 - F50 avec port et emballage - Serviam est en mesure d'assurer bénévolement le secrétariat des commandes en faveur de ses adhérents : retourner en page d'accueil, cliquer sur le bouton " pour nous contacter " et passez votre demande en messagerie...
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L'autorité paternelle est une notion controversée. On ne peut pas cependant ne pas en parler . Voici un essai de présentation, qui ne prétend pas répondre à tout, mais qu'il faut lire jusqu'au bout pour en comprendre la portée exacte.

Tout don parfait vient du Père des lumières (Jc 1, 17).
Du Père céleste vient toute paternité (Ep 3, 15).

Au moment de confier à Pierre le soin de son troupeau, Jésus lui demande: " M'aimes-tu ? ". Cette manière de s'exprimer montre, selon un procédé sémitique, ce que Jésus exige de celui à qui il confie la responsabilité de l'Église : un amour sans limite envers le Maître. L'autorité sur l'Église suppose l'amour extrême parce que l'autorité qu'on reçoit est ordonnée à l'amour.

Définition

Comment définir l'autorité ?
On retient souvent l'adjectif " autoritaire ", c'est-à-dire impérieux. On retient aussi le sens administratif, et pourtant exact : les autorités civiles ou militaires, selon un pluriel impersonnel. Le mot " autorité " désigne aussi celui qui est compétent dans un domaine : une autorité en matière d'histoire ou de médecine est une personne en possession d'un savoir ou d'un savoir-faire. La compétence entraîne l'ascendant. Un homme d'autorité est celui à qui l'on obéit facilement. Sa domination se fonde sur une forte personnalité ou sur une vie remarquable.

" Auteur " et " autorité " dérivent d'une même racine latine signifiant " accroître ". On passe de la personne (l'auteur) à sa qualité (l'autorité) : on dit " l'autorité " pour désigner le détenteur de l'autorité. Il y a autorité, chaque fois que quelqu'un est responsable d'autrui, c'est-à-dire qu'il répond de quelque façon de lui. Le sens primitif de l'autorité est responsable du bien commun d'un groupe : l'autorité a en charge le bien commun pour le faire croître.

Le premier bien d'un groupe est, à plus d'un égard, celui des personnes du groupe elles-mêmes, ensuite celui de la communauté, de sorte qu'elle puisse vivre en communion et en harmonie. L'autorité est donc, au moins pour une partie selon l'importance du groupe (une société de boules ou un hôpital), source d'existence et de développement pour les personnes et pour la communauté dont elle est responsable.

C'est de l'autorité que découle le bien offert à autrui, c'est-à-dire l'amour. L'autorité est principe d'amour. L'ordre de l'amour, loin de lui être étranger, en dépend : l'autorité est cause efficiente et gardienne du bien qu'il faut construire et qu'il faut aimer; elle conserve ce bien par amour des membres de la communauté.

Avant d'être un honneur, l'autorité impose à son détenteur des devoirs vis-à-vis de la communauté. En retour, les sujets lui doivent respect et obéissance, afin de servir le bien commun, quel qu'ait été son mode de désignation, élection, nomination, attribution par la nature (autorité paternelle) ou par appel direct de Dieu (fondateurs d'Ordre religieux). Lorsqu'on comprend que l'autorité est un service de l'être et de l'amour, il devient plus facile de s'y soumettre, et de ne pas en envier indûment l'honneur.

Dans la famille - Le père...

Selon Jean Paul II, l'homme reçoit la femme comme un don de Dieu : il est le premier responsable du don et de la liberté du don; le père est gardien de l'amour. Le pape se place dans le cadre de la Genèse où Yahvé présente Ève à Adam. Cette perspective contient un enseignement universel dépassant la décision d'un homme et d'une femme de s'épouser. Dieu assigne à chaque couple une destinée fondée sur une relation où chaque conjoint peut et doit développer intégralement sa personnalité. Uautorité paternelle sur la famille permet à celle-ci d'exister comme famille. Elle se situe dans la dynamique du don et de l'amour qui viennent de Dieu. La famille existe vraiment lorsque le mari ouvre le don mutuel à la génération.

... pour son épouse

Un homme reçoit sa femme comme un don de Dieu, nous l'avons dit. Il a mission de garder ce don, de le faire grandir, de lui faire porter du fruit. L'autorité qu'il tient de Dieu, est une vocation dont il devra rendre compte.

Le père donne à son enfant un passé et l'introduit dans une histoire.
Elle lui commande d'aimer sa femme et les enfants qu'ils auront ensemble. En s'unissant à son épouse, le mari fait passer à l'état de réalisation l'initiative prise en commun avec son épouse de construire la famille. Celle-ci commence par le mariage, mais sa raison d'être et sa concrétisation sont, la génération, si Dieu accorde une descendance. Le père est principe de fécondité pour la mère : il l'aide à construire et à enrichir son être matemel.

... pour son enfant

De cette façon, l'homme est principe de l'existence de l'enfant, comme il est principe de maternité pour son épouse.
Durant la grossesse, le mari protège la mère et son enfant. Sa force physique et morale se met au service de l'identité profonde des deux êtres qu'il chérit : son épouse (nous venons de le dire) et son enfant. Un enfant a besoin de la force du père, soit pour l'imiter, soit plus tard comme levier pour acquérir sa propre force. Son père est un facteur primordial (direct et indirect) de la réalisation de sa personnalité. La mission identitaire du père consiste à fonder l'être des enfants, et lui fournir les moyens de son épanouissement personnel. C'est là le propre de l'autorité. Le père est antérieur à l'enfant.
Il en est comme la racine ou la mémoire. Ils ont en commun des traits du visage, des inflexions de voix. Le père donne à son enfant un passé et l'introduit dans une histoire. Le père pose de nombreux actes en vue de l'édification de son enfant.

La paternité humaine est un reflet de la patemité divine, de qui vient tout don parfait, de qui vient toute patemité. Sa mission principale est d'apprendre à son enfant à être fils de Dieu. Un enfant passe, insensiblement, au jour le jour, d'une manière vitale et même physique, de ce qu'il voit de son père à ce qu'est son père. Cela ne vaut pas seulement dans la petite enfance, ce processus se poursuit, car la fonction originelle tenue par le père garde sa valeur dans l'imaginaire de l'enfant jusqu'à l'âge adulte. C'est spécialement par rapport à elle que l'enfant façonnera son profil physique et psychologique. Évidemment, le reste de la famille, le logement, l'école et d'autres facteurs auront leur rôle à jouer.

Sexualité

Au début de son existence, l'enfant connait une relation presque unilatérale avec sa mère. Le père, en tant que éférence extérieure, donne une autre dimension à cette relation. Il sort l'enfant de la " fusion ". Il lui permet de développer son moi sexué, soit à l'image du père, soit dans la complémentarité avec le père. Le garçon trouve en son père un modèle différent de celui de la femme-mère. La fille découvre en lui son complémentaire : la manière respectueuse dont le mari traite son épouse, fait comprendre à la fille combien la femme est estimable. Le père confirme la masculinité du garçon, et révèle la féminité de la fille. Très tôt, grâce à lui, la sexualité s'ordonne chez l'enfant.

Etre social

Le père ne renvoie pas au fils seul, mais aù fils-dans-la-famille. Le père fait le lien entre l'aspect individuel de la vie et l'aspect communautaire. La paternité est ainsi le premier fondement de la société. En effet, l'enfant apprend d'abord à se situer par rapport à son père, puis par rapport à sa mère. Un enfant se situe ensuite par rapport à ses frères et surs. C'est par eux qu'il pénètre dans la société. Mais, c'est le père qui fait le lien entre les frères, nés du même amour fécond : principe supérieur en lequel l'amour prédomine. Sans père, les frères ne sont que des rivaux dont l'opposition détruit la société. Caïn a haï son frère Abel, lorsqu'il a refusé la manière d'agir de son père vis-à-vis de son frère.

D'autres aspects sont à souligner. Le père situe son enfant dans le temps, nous l'avons dit, et ainsi il l'introduit dans une patrie pour lui éviter d'être déraciné. De plus, c'est dans le cadre de l'amour qu'il lui donne de faire l'apprentissage de la vie sociale, et qu'il lui fournit l'occasion d'apprendre à se soumettre volontiers à la loi, comme à une obligation morale en vue de la défense du bien commun.

Un dernier aspect social de la patemité, non le moindre, c'est qu'elle construit l'être de l'enfant, le développe, et construit spécialement l'être du fils pour le rendre capable d'être à son tour principe pour autrui. Etre fils n'est ni un état débilitant, ni un motif de s'affirmer, mais c'est s'affermir, de sorte qu'on soit capable et digne d'être père à son tour, et de donner, si Dieu le veut, des (petits-)fils au père.

dans un cadre d'amour

Le père tend au bien commun des membres de sa famille. Il répond de chacun des membres et de leur mutuel amour. Son autorité est le principe et le garant de l'amour familial. Elle doit servir l'amour et le faire grandir. Il enseigne à aimer dans le respect de l'autre. Si le père ne met pas en uvre son autorité paternelle, il n'y a aura pas d'amour. Cet amour a le cur de la femme pour réceptacle et foyer. C'est pourquoi saint Paul demande aux maris d'aimer leur femme, c'est à-dire d'aimer l'amour (Ep 5, 25).

La manière chrétienne d'exercer l'autorité..,

Il y a une mauvaise façon d'exercer l'autorité en famille. Elle est annoncée dans la Genèse en punition d'Ève : " Ton mari dominera sur toi ". Le désordre suscité par le péché devient une punition; l'homme lui aussi en subit les conséquences par le manque d'harmonie qui tend à l'opposer à sa femme. On retrouvait l'écho de cette conception dans le Code Civil promulgué par Napoléon en 1804 et maintenu en vigueur durant cent cinquante ans. Une épouse et les enfants étaient soumis en tout au père. Il y a une autre façon d'exercer l'autorité en famille, c'est celle du " bon ordre " : toute société a besoin d'un chef; la famille alors ne se distingue pas d'un quelconque groupement. Il y a enfin la manière chrétienne enseignée par saint Paul déjà cité : " Maris, aimez votre femme, comme le Christ a aimé l'Église, et s'est livré pour elle " (Ep5, 25). Le père exerce son autorité sur toute la famille d'abord en aimant son épouse comme le Christ a aimé l'Église jusqu'à se livrer pour elle sur la Croix; il étend ensuite son amour aux enfants.

... en union avec son épouse

Maïs en rester là de l'exposé serait insuffisant et caricatural. L'autorité, propre au père, inclut l'interdépendance des conjoints et les devoirs vis-àvis de son épouse. L'homme est l'image de Dieu à deux degrés. D'abord, en lui-même, puis comme couple, ainsi que nous le révèle la Genèse : " Dieu créa l'homme à son image. A l'image de Dieu, il le créa. Homme et femme il les créa " (Gn 1, 27). L'autorité se vit dans la communion, non dans l'arbitraire. Le père est chef de la famille corrélativement à son épouse, car la paternité humaine est corrélative à la femme : sans elle, pas de patemité.

Si l'on ne craignait pas le paradoxe, on dirait que la patemité est aussi le fait des femmes à titre de co-principe, alors que seules elles ont la maternité, puisque seules elles portent l'enfant. Patemité et matemité fondent ensemble l'autorité parentale, principe de l'amour parental des parents pour leurs enfants. En fait, il y a de nombreux points communs entre le père et la mère, soit comme époux, soit comme parents. Les relations entre eux sont multiples et analogues; elles sont changeantes dans le temps, parfois elles sont presque interverties. Il n'y a cependant pas symétrie absolue entre eux.

Fonctions complémentaires et ordonnées

Leur différence se situe en particulier au niveau de la fonction dans la famille, sans que cela crée une excellence d'un côté et une sujétion de l'autre. Le père est principe de la famille et il la protège. Son rôle est moins radical, quoique plus socialement visible. La mère " fabrique " la famille de l'intérieur. Son rôle est plus profond, quoique plus caché. La mère reçoit d'être principe de la vie humaine, elle est principe conjoint de vie. Elle la fait sienne et l'approfondit. La femme porte l'enfant. C'est une donnée de la nature.

La communion dans la famille est hiérarchisée par le père. Le père joue le rôle de principe; en général, on attend de lui qu'il fasse prédominer la raison, l'objectivité, et qu'il manifeste une force tranquille. Il développe spécialement une rationalité ferme. Celle-ci sert de fondement à l'amour qui est enseigné surtout par la maman. Grâce à son affectivité naturelle, la mère éduque à l'intériorité de l'amour, dans ce qu'il a de tendresse, mais toujours en référence à une personne objective (le père qu'elle désigne à son enfant) et à un amour créateur (celui des parents).

L'enfant rencontre d'abord l'amour de sa mère, qui, soutenue par le père, est la première éducatrice de l'amour. La différence entre parents et l'amour qui l'accompagne éduquent au respect et à l'amour vrai. Un enfant sait qu'il est né de cet amour. En définitive, quand leurs différences sont devenues ordonnance mutuelle et féconde, le père et la mère montrent à l'enfant comment deux personnes peuvent et doivent vivre l'altérité (2) dans l'harmonie.

Même lorsque la femme a plus de personnalité ou de caractère que son époux, cet équilibre entre père et mère demeure globalement. Les exceptions sont plus apparentes que réelles.

Qualités psychologiques

Les parents ont en commun les mêmes qualités psychologiques, mais à des degrés divers selon leur tempérament et selon leur sexe.
Uamour est un exemple où se manifeste la complémentarité des parents : en tant que réceptivité, il est féminin; en tant que principe de don, il est plutôt masculin. Un homme aime plus par le don de soi extériorisé, la femme par l'accueil de l'autre. Le développement de l'affectivité qui met en jeu l'amour et le corps, relève tout spécialement de la mère. Un autre exemple de complémentarité : la force. La femme l'exerce surtout par le support. Un homme le fait surtout par l'affrontement.

La paternité et la maternité humaines n'ont leur pleine valeur que si elles sont exercées ensemble. Même en cas de veuvage ou de séparation, le conjoint restant se montre père ou mère en fonction de l'autre comme s'il était présent. Suppléer l'absent est la seule façon pour lui d'être vraiment père ou mère, sinon il ne remplira pas bien même sa fonction propre. Cela vaut spécialement pour le père qui est constitutivement le chef de famille, mais dont l'autorité, en cas de disparition, peut, en référence à lui, passer à la mère. A propos d'un livre rédigé par une femme à la mémoire de son père, héros tué dans une embuscade en Indochine, le recenseur note :

" Ce livre est un beau témoignage sur la paterniié par-delà la mort du père: malgré son absence physique, la présence morale du père peut se faire sentir, lorsque les survivants savent lui conserver sa place. C'est aux mères qu'il appartient de donner aux pères le rôle qui leur revient. Il est des pères disparus qui demeurent plus présents que bien des pères écartés de leurs responsabilités, et privés de leur amour par l'air du temps. Les veuves de guerre auraient beaucoup à dire à quelques mères unisexes d'aujourd'hui. On ne prive pas impunément les eniants de leur mémoire ni de leurs racines. "

Qu'en est-il pour l'enfant devenu orphelin d'un de ses parents ou éloigné de lui? La patemité et la matemité comportent des aspects transitoires.
La Genèse enseigne que " l'homme quittera son père et sa mère " (Gn 2,24). Il arrive un moment où les parents cessent de jouer un rôle direct. L'enfant n'a pas toujours à tout attendre de ses parents.

Quelles que soient les raisons de la disparition des parents, ceux-ci, dans ce qu'ils ont de meilleur, demeurent un repère pour les grandes orientations de la vie. Si l'un ou l'autre disparaît prématurément, le fils doit pouvoir retrouver dans sa foi un soutien moral, et dans son entourage un soutien patemel et matemel.

Au plan spirituel, il recourra à Dieu, qui est son vrai Père, et à Marie qui est sa mère. Il priera son père ou sa mère, si l'un ou l'autre est défunt. il priera pour eux, surtout s'ils sont séparés. Il se référera à leur enseignement : Que me conseillerait mes parents ? Et il agira pour être digne d'eux, même s'ils ont perdu toute dignité.

Enfin, il cherchera un ou plusieurs pères et mères spirituels (frère ou sur aînés, grands-parents, oncles, parrain ou marraine, amis).

Dom Jacques-Marie GUILMARD, moine de Solesmes

1. La fusion consiste à se fondre dans un autre en perdant sa personnalité (ou en supprimant la personnalité de l'autre). Elle peut devenir une espèce de suicide (ou d'assassinat) psychologique. C'est une tentative de trouver le bonheur dans la perte de son moi. Elle conduit souvent à des aberrations sexuelles, car la fusion s'étend au corps et l'inclut. L'amour humain de soi n'a rien de fusionnel: les amis y développent leur personnalité. L'amour est une extension du moi, alors que la fusion est une destruction.

La tendance à la fusion se trouve dans le naturalisme du Nouvel Âge (système excluant le père) : chacun doit se fondre dans la nature qui est principe féminin. Le père a un rôle primordial à jouer dans la lutte contre cette tendance dépersonnalisante.

2. L'altérité est le fait d'être autre.

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