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Serviam remercie vivement le Centre de formation à l'action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien d'avoir aimablement autorisé la reproduction de cet article de l'Amiral michel berger, paru dans le numéro 406 de la revue Permanences (49 rue des renaudes - F75017 PARIS - courrier@centredeformation.net)Chronique d'une culture de mort programmée
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La reconnaissance du "droit de mourir dans la dignité" s'inscrit directement dans la logique de culture de mort. Celle-ci prétend libérer l'homme. Bonne intention, mais véritable "barbarie à visage humain".
En 2001, dans une lettre au président des Semaines sociales de France (1), Michel Camdessus, Jean-Paul il insistait sur l'opportunité d'une approche pluridisciplinaire des questions complexes touchant à la vie humaine et, à ce propos, sur l'importance d'un travail mené dans les différents domaines du savoir: scientifique, technique, philosophique et théologique, en faisant appel à toutes les ressources de la sagesse et de l'expérience, de la raison et de la science.
Tout se tient, en effet : la relation patient-médecin, la régulation de la recherche effectuée sur des personnes, les techniques concernant la procréation, les problèmes liés au vieillissement et à la mort, les transplantations d'organes, la médecine prédictive, certaines questions d'environnement, au sens le plus général du terme, font appel à une conception de l'homme et de la société et donc à une culture. Tandis que la contraception, l'avortement, la procréation artificielle, l'euthanasie sont les manifestations d'une culture de mort, il est essentiel de réagir en intégrant les combats partiels, légitimes, dans une perspective commune, celle d'une culture de vie. " Il est urgent de se livrer à une mobilisation générale des consciences et à un effort commun d'ordre éthique pour mettre en oeuvre une grande stratégie pour le service de la vie. Nous devons construire tous ensemble une nouvelle culture de la vie ", écrit Jean-Paul II (2). Réaliser un tournant culturel, tel est le but fixé par le pape, et pour cela il faut " développer un sens critique aigu permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques".
L'essence de l'homme, culture de vie
"La donnée essentielle, dont il faut partir, déclarait le cardinal Ratzinger (3), est et demeure la vision biblique de l'homme, formulée de façon exemplaire dans les récits de la création ". Au commencement, dès l'origine, l'essence de l'homme est définie; elle précède l'histoire et ne se perd jamais. On ne peut définir l'homme à partir de l'observation, à partir de ses différences apparentes avec l'animal. Toutes les découvertes biologiques nous en montrent les merveilles, mais l'homme n'est pas un animal supérieur, il reste un mystère : il ne faut pas y toucher: qu'est donc le mortel, que tu t'en souviennes, le fils d'Adam que tu veuilles le visiter? (4). Le cardinal retient deux indications de cette essence. D'une part, l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ; il est sacré. "Qui verse le sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé"'. D'autre part, "tous les hommes sont un unique homme, parce qu'ils proviennent d'un unique père, Adam, et d'une unique mère, Eve, "la mère de tous les vivants"'. Cette unicité de l'être humain... implique l'égalité et les mêmes droits fondamentaux pour tous.
Ces deux aspects (dignité divine de l'être humain et unicité de son origine et de son destin) trouvent un sceau définitif dans la figure du second Adam, le Christ.
Cette annonce biblique ( .. ) est la forteresse de la dignité humaine et des droits de l'homme; c'est le grand héritage d'humanisme authentique confié à l'Eglise, dont le devoir est d'incarner cette annonce dans toutes les cultures".
Libérer l'homme de son être, logique de mort
Notre société vit dans un constant paradoxe. Elle proclame à tout instant la dignité humaine et les droits de l'homme qu'elle ne cesse de profondément et radicalement nier dans la vie quotidienne. Les lois et les pratiques qui détruisent volontairement les vies humaines se multiplient. Avec la complicité des Etats, des moyens immenses sont mis en ceuvre contre les personnes.
Cette contradiction est la conséquence "logique,, du libéralisme et c'est en ce sens que l'on peut parler d'une logique de mort. Le libéralisme émancipe la raison de tout lien avec une vérité objective. La liberté devient une libération de tout conditionnement. La morale, détachée de toute vérité morale, est réduite à une pure condition formelle de la moralité et adopte pour critère ultime de l'action l'intention subjective.
Privée de l'idée d'un droit antérieur aux volontés individuelles, la société ne peut qu'être réduite à une juxtaposition d'individus soumis nécessairement à ceux qui ont le pouvoir d'imposer leur volonté aux autres. Cette démarche est masquée par le recours à divers prétextes : fausse notion d'utilité publique, étrangère au véritable bien commun, recherche illusoire d'une paix sociale, non fondée sur de réels critères de dignité, fausse compassion, étrangère à une exacte charité...
La séparation entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est de plus en plus évoquée par les détenteurs de l'autorité, comme garantie du respect de la liberté totale de choix de chacun, dans une société qui se veut libérale. Mais, "la tolérance légale de l'avortement et de l'euthanasie ne peut en aucun cas s'appuyer sur le respect de la conscience d'autrui, précisémentparce que la société a le droit et le devoir de se protéger contre les abus qui peuvent intervenir au nom de la conscience et sous le prétexte de liberté" (7).
En fait, le critère décisif est celui qu'exprime une majorité. il appartient à quelques-uns de reconnaître et définir qui est sujet de droit et de qui il est possible de violer le droit fondamental à la vie. La responsabilité de la personne se trouve déléguée à la loi civile. Le relativisme éthique engendre la tyrannie. "Par le biais d'une dialectique intrinsèque à la modernité, on passe de l'affirmation des droits de la liberté, détachés toutefois de toute référence objective en une vérité commune, à la destruction des fondements mêmes de cette liberté" (8). En résulte un totalitarisme de fait qui place la vie des plus faibles, de l'enfant non encore né à la personne handicapée et au vieillard, à la disposition de la volonté de quelques uns. La force devient critère du droit.
Séparer l'homme de Dieu, le matérialisme de la culture de mort
Le matérialisme et l'idéologie hédoniste entretiennent une conception dualiste de la personne. L'unité substantielle de la personne, corps et âme, n'est plus reconnue ; l'homme n'est plus présenté dans son intégralité personnelle. Le corps devient un instrument au service d'un projet de bien être, élaboré par la raison technique qui calcule comment en tirer le meilleur parti. Certes le corps a ses pesanteurs et ses misères, il ne connaît plus l'intégrité et l'harmonie originelles d'Adam et Eve ; reste que l'intégration, l'unification caractérisent la nature humaine. La séparation du corps et de l'âme est la définition même de la mort. Le féminisme, qui revendique une appropriation désordonnée du corps, tue, d'une certaine manière, la féminité, au lieu de la libérer comme il le prétend.
En fait, "le corps n'estplus spontanément perçu par le sujet comme la forme concrète de toutes ses relations par rapport à Dieu, aux autres ét au monde, comme cette donnée qui l'insère à l'intérieur d'un univers en construction, dans une conversation en cours, dans une histoire riche de sens à laquelle il ne peut participer de façon positive si ce n'est en acceptant ses règles et son langage "(9). L'amour s'efface au bénéfice de l'efficacité. Ce n'est plus la vie qui importe mais la qualité de la vie. Comment, dans de telles conditions, concevoir que la vie soit toujours un bien, que même faible et souffrante elle est toujours un magnifique don de Dieu ?
"Ce dualisme entre une raison technique et un corps objetpermetà l'homme d'échapper au mystère de l'être ( ... ). En réalité, la naissance et la mort, l'apparition d'une autre personne et sa disparition, la venue et la dissolution du moi renvoient le sujet à la question de son propre sens et de son existence. C'estpeut-être pour fuir cette angoissante question qu'il cherche à s'assurer la maîtrise la plus complète possible de ces deux moments clefs de la vie"(10).
De l'avortement à l'euthanasie, tout se tient
La progression d'une logique de mort se traduit par un enchaînement d'actes mortifères. "Rares sont encore les ouvrages qui osent proposer une réflexion globale et unifiée sur la vie humaine, embrassant d'un même mouvement les questions relatives au début et à la fin de la vie. il faut sans doute l'assurance du catholicisme romain pour prendre ce risque; (11) On pense évidemment à Evangelium vitae.
Nous ne pouvons, ici, développer les étapes qui ont marqué la progression de la culture de mort en ce qui concerne la vie de l'enfant non encore né dont la dignité est ignorée. Tout commence par la déshumanisation de la sexualité avec la contraception qui ouvre la voie à l'avortement dont la loi Aubry de 2001 fait un droit.
En considérant les pressions de toutes sortes exercées sur les femmes, il est permis de parler d'une évolution de l'avortement autorisé vers un avortement quasi obligatoire. La procréation artificielle introduit un processus indépendant de l'acte conjugal et fait entrer dans la technique. La norme devient l'efficacité. D'où la multiplication des fécondations et la congélation des embryons en surnombre. L'avortement tue des bébés, la procréation artificielle détruit davantage encore d'embryons. L'assistance médicale à la procréation ouvre la perspective d'un droit à l'enfant" et la législation permet à la société ou aux parents 13 d'exercer un droit de vie ou de mort sur un être sans défense.
L'étape ultime de la réification de l'être humain découle de la présence de ces embryons en surnombre, imposée par le souci d'accroître les chances de succès d'une technique très mal maîtrisée. La porte se trouve ouverte à la recherche voire au clonage et, dès aujourd'hui, au tri embryonnaire, véritable démarche eugénique. L'eugénisme est inhérent aux techniques d'assistance médicale à la procréation. Chacune de ces dispositions, chacun de ces comportements peuvent être transposés au cas de l'homme en fin de vie. Bien des analyses de la loi Veil avaient mis en garde contre une telle extension. Nous insisterons sur deux cas où cette transposition est particulièrement claire. Le diagnostic prénatal d'une maladie grave conduit le plus souvent à l'avortement eugénique "dont la légitimation dans l'opinion publique naît d'une mentalité - perçue à tort comme en harmonie avec les exigences thérapeutiques - qui accueille la vie seulement à certaines conditions et qui refuse la limite, le handicap, l'infirmité "(14). Cette même logique conduit à l'infanticide et "des menaces non moins graves pèsent sur les malades incurables et sur les mourants, dans un contexte social et culturel qui, augmentant la difficulté d'affronter et de résoudre la souffrance, rendplus forte la tentation de résoudre le problème de la souffrance en l'éliminant à la racine par l'anticipation de la mort au moment considéré comme le plus opportun "(15).
Une décision du Conseil Constitutionnel en juillet 1994, au moment de l'adoption de la loi dite de bioéthique, a davantage encore ouvert la voie. Il précisait que le respect de tout être humain dès le commencement de sa vie, garanti par la loi, n'avait de valeur que "pour assurer le respect du principe constitutionnel de sauvegarde de la dignité de la personne humaine". Distinguant être humain et personne, il reconnaissait explicitement diverses catégories d'êtres humains, n'ayant pas tous la même dignité fondamentale. L'Etat s'arrogerait ainsi la prérogative de définir quels êtres humains sont ou ne sont pas sujets de droit. Le professeur Luchaire notait qu'il était difficile de prévoir toutes les applications d'une telle décision, notamment en ce qui concerne la fin de la vie. Nombre de juristes ont parlé de décision scandaleuse, de véritable imposture. Même si M. Raffarin a récemment rappelé que la vie n'appartenait pas au politique, il importe d'être vigilant.
On peut se demander si les réticences du législateur à étendre à la fin de la vie les mesures qu'il a retenues pour la vie naissante sont dues à des considérations de fond, ou plutôt seulement au fait que dans un cas on est en face d'êtres que l'on voit alors que l'embryon ou le foetus n'ont pas la même apparence.
"L'homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société, dans le sens de la vérité et du bien, écrit Jean-Paul Il dans Centesimus annus (38). Toutefois il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit". Si l'on peut ainsi parler de structure de péché, cette dénomination s'applique à la culture de mort. Mais nous savons que le conflit entre la civilisation de la mort et la civilisation de la vie et de l'amour n'est pas nouveau. C'est un combat permanent, dans lequel nous entrons avec une profonde espérance. Nous savons que la vie vaincra. La liturgie pascale nous le rappelle : La mort et la vie se sont affrontées en un duel gigantesque, le Maître de la vie était mort et le voici vivant qui règne à nouveau".
Michel Berger, responsable du Bureau d'Etudes du Centre de Formation