Retour à la Documentation

Les dons d'ovocytes ou d'embryons...

Question à Serviam : Ne pouvant avoir normalement d'enfants, que dit l'église par rapport au don d'ovocytes ou d'embryons?

1) L'embryon :
Dans le document Donum Vitae (22 février 1987) le Magistère rappelle quel est le premier moment de l'existence humaine : "Dès que l'ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n'est ni celle du père ni celle de la mère, mais d'un nouvel être humain qui se développe par lui-même - Il ne sera jamais rendu humain s'il ne l'est pas dès lors. A cette évidence de toujours [... ] la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations."
Ainsi l'embryon est un être humain à part entière ; il a donc droit à ce respect que l'Eglise catholique nous rappelle dans son catéchisme (CEC) :

"La vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la conception. Dès le premier moment de son existence, l'être humain doit se voir reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de tout être innocent à la vie." (2270)

Par conséquent l'embryon humain n'est pas un organe du corps de la femme, et il ne peut pas être traité comme tel; il doit être traité comme une personne ; ainsi dès la conception, l'embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout autre être humain. (cf. n°2274).

Assimiler le don d'embryon a un don d'organes, c'est réduire l'embryon à une chose ; il devient alors un objet mis à la disposition des adultes pour la satisfaction de désirs qui tout en étant légitimes, par exemple, le désir d'un enfant, ne peuvent être en aucune manière considérés comme des droits ou érigés en absolu. Dans la mesure où l'embryon est un être humain innocent et sans défense, nous avons le devoir de le traiter comme tel et de prendre sa défense ; la loi civile doit le prendre sous sa protection pour qu'il ne soit pas réduit à l'état d'objet...

2) L'ovocyte :
Pour l'ovocyte le problème est différent puisqu'il n'est pas encore un être humain, mais simplement une cellule ; toutefois il n'est pas une cellule comme les autres puisque dans celui-ci chaque chromosome est unique, c'est-à-dire que chaque ovocyte est absolument différent d'un autre ; par contre les autres cellules du corps dites cellules somatiques ont toutes les mêmes paires de chromosomes.

Ainsi chaque ovocyte (appelé cellule germinale) est différent de l'autre et différent des cellules de l'organisme dont il est issu ; avant de parvenir à sa maturité, cette cellule était celle de l'organisme de la femme ; après, elle lui est quasiment étrangère : elle est différente. Fécondée par le semence masculine, elle donnera naissance à un nouvel être tout à fait original.
Pour mieux comprendre le rôle spécifiques des cellules germinales, voici un passage du livre du Docteur Henri Lafont sur la bioéthique :

Une cellule somatique est l'élément de base d'un tissu ; celui-ci compose les organes : l'organe a une fonction précise, l'ensemble des organes et des tissus concourt à l'harmonie du corps et à son fonctionnement. Les cellules germinales ou gamètes (ovocyte pour la femme et spermatozoïde pour l'homme), ne joue aucun rôle dans le développement et la survie de l'individu. elles sont réservées à la transmission de la vie, leur destination est extérieure à l'individu, elle se projette au-delà.

Certes, les tissus et organes peuvent aussi se projeter au-delà de l'individu, par un don dans un but thérapeutique, mais les gamètes n'ont aucune utilité thérapeutique.

Le don de gamètes n'a donc rien de commun avec le don de tissu ou d'organe.
1 - les gamètes peuvent-ils faire l'objet d'un don ?
ces cellules appartiennent-elles au porteur au même titre que celle de sa peau ou de son sang ? Elles lui appartiennent certes, mais en vue du futur être humain qui en sera conçu.

L'embryon n'appartient pas à sa mère. Sa vie réclame le respect absolu. Il n'en est pas de même pour le gamète : n'étant pas un être humain, il ne justifie pas le même respect. Pourtant, ni être humain, ni constituant d'un tissu ou d'un organe, le gamète occupe une place à part. J'en dispose, certes, mais seulement pour transmettre le vie. A ce titre, j'en suis redevable à ma descendance et ne puis en disposer à ma guise. Première conséquence: si don il y a , je ne peux pas l'attribuer à n'importe qui.
2 - don des gamètes à qui ?
Un gamète n'a aucun avenir s'il ne rencontre pas un gamète du sexe opposé. Il est donc fait pour être communiqué à celui ou celle qui dispose du ou des gamètes opposés. Au-delà, il est destiné à l'enfant qui peut résulter de cette rencontre. Il est donc clair que si don il y a, ce ne peut être qu'à celle ou celui avec qui on est en capacité de procréer. L'homme livre ses gamètes par l'effusion de son sperme à la femme qu'il aime, la femme confie la disposition de son ovocyte à celui qu'elle aime. Le "don" de gamète est donc inséparable de la responsabilité procréatrice et de l'amour.

L'échange des gamètes est naturel et légitime dans la relation sexuelle . il est à la base du statut de la famille, qui trouve son fondement dans la perspective de la fécondité. Un enfant conçu dans les conditions naturelles sait qui est son père, qui est sa mère,. Ceux-ci sont responsables de leur progéniture.
(cf. "La bioéthique" pp. 103-104 du docteur Henri Lafont, édition la Nef)
En raison de cette nature ontologiquement différente entre les cellules germinales et les cellules somatiques, le don d'ovocyte n'est pas assimilable à un don d'organes.
Ces notions techniques nous permettent de mieux comprendre pourquoi, au nro 2376 du CEC, l'Eglise s'est prononcée clairement contre le don d'ovocyte :

Les techniques qui provoquent une dissociation des parentés, par l'intervention d'une personne étrangère au couple (don de sperme ou d'ovocyte, prêt d'utérus) sont gravement déshonnêtes. Ces techniques (insémination et fécondation artificielles hétérologues) lèsent le droit de l'enfant à naître d'un père et d'une mère connus de lui et liés entre eux par le mariage. Elles trahissent "le droit exclusif à ne devenir père et mère que l'un par l'autre".
Aux numéros 2377 - 2378, l'Eglise nous donne quelques raisons qui permettent de mieux comprendre sa position :

Pratiquées au sein du couple, ces techniques (insémination et fécondation artificielles homologues) sont peut-être moins préjudiciables, mais elles restent moralement irrecevables. Elles dissocient l'acte sexuel de l'acte procréateur. L'acte fondateur de l'existence de l'enfant n'est plus un acte par lequel deux personnes se donnent l'une à l'autre, il "remet la vie et l'identité de l'embryon au pouvoir des médecins et des biologistes, et instaure une domination de la technique sur l'origine et la destinée de la personne humaine. Une telle relation de domination est de soi contraire à la dignité et à l'égalité qui doivent être communes aux parents et aux enfants. "La procréation est moralement privée de sa perfection propre quand elle n'est pas voulue comme le fruit de l'acte conjugal, c'est-à-dire du geste spécifique de l'union des époux. (...) Seul le respect du lien qui existe entre les significations de l'acte conjugal et le respect de l'unité de l'être humain permet une procréation conforme à la dignité de la personne."

L'enfant n'est pas un dû, mais un don. Le "don le plus excellent du mariage" est une personne humaine. L'enfant ne peut être considéré comme un objet de propriété, ce à quoi conduirait la reconnaissance d'un prétendu "droit à l'enfant". En ce domaine, seul l'enfant possède de véritables droits: celui "d'être le fruit de l'acte spécifique de l'amour conjugal de ses parents, et aussi le droit d'être respecté comme personne dès le moment de sa conception".
En plus du Catéchisme de l'Eglise catholique, on pourra consulter avec un grand profit le document "Donum vitae" de la congrégation pour la doctrine de la foi (22 février 1987) ; c'est le document de base du magistère de l'Eglise concernant l'aspect moral et doctrinal de la bioéthique ; on peut le trouver au lien suivant :

http://www.cef.fr/catho/endit/bioethique/donumvitae.rtf

Un moine bénédictin

Retour à la Documentation