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 DAVID contre GOLIATH,
AUJOURD'HUI

Le site SERVIAM met en ligne quelques belles pages du " David contre Goliath aujourd'hui " de Mgr Elchinger.
On peut se procurer le texte intégral aux Editions Fayard ( 1 volume 13x21, 333 pages, F 98.00 + port et emballage ) ou en librairie.
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Serviam remercie vivement les Editions Fayard pour leur aimable accord de reproduction en ligne des extraits qui suivent.

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Quand les hommes renient leur héritage...
EFFONDREMENT DU RESPECT DE LA VIE

Utiliser nos forces vitales sans tenir compte de la manière dont l'auteur de la vie humaine les a enracinées et finalisées dans les profondeurs de notre être, n'est-ce pas une redoutable imprudence ? C'est sans aucun doute dérégler et détruire quelque chose en nous et, par répercussion dans la vie des autres. Même l'avenir de l'espèce humaine aura à en pâtir. La chute démographique qu'on constate dans beaucoup de pays d'Europe en est la preuve manifeste et inquiétante.

Il y a toujours eu transgression des lois de la vie et non - respect des finalités du mariage. La prostitution est le plus vieux métier du monde. Mais on a toujours su que ce n'était pas la règle à suivre. Or, aujourd'hui, chacun se fait son propre mode d'emploi des forces de vie et de la signification de l'amour. C'est un orgueil fou que de vouloir faire mieux que le Créateur.

La débâcle du comportement sexuel et sa déconnexion de toute éthique sont dues à la déroute et à la dégradation du sens de la liberté survenues dans nos pays, surtout depuis 1960. L'abaissement de l'âge des relations sexuelles a provoqué un dévoiement collectif des consciences, des sensibilités, et parfois de la santé. L'état lui-même contribue à faire perdre à la jeunesse l'estime et le respect de la vie, le goût de ses luttes, de sa créativité.

Il faut se demander si tout cela ne développe pas directement le sens du rêve éveillé qui, par des pentes glissantes, conduit à la toxicomanie. Sans parler de l'épidémie de suicides de jeunes, qui révèle leur dégoût de l'existence. Bien sûr, une cause déterminante du recul démographique réside dans la légalisation de l'avortement, préparée par une impressionnante manipulation de l'opinion.

La dépénalisation de l'avortement a entraîné sa déculpabilisation, et de là son développement. Désormais, beaucoup de femmes se font avorter pour des raisons de simple commodité personnelle. Les entretiens préalables légalement prévus ne constituent souvent plus qu'une simple formalité administrative et s'apparentent volontiers à une aide à l'avortement.

C'est ainsi que, d'après les chiffres officiels, il y a eu au cours de chacune de ces dernières années en Alsace plus de 5 000 avortements. De cette manière disparaît chaque année, légalement, silencieusement et même sereinement, l'équivalent d'une petite ville.

Mais le déficit annuel, pour la seule Alsace, ne se limite pas à 5 000 vies humaines : selon les estimations des démographes, cela représente en même temps un manque annuel d'environ 500 personnes de valeur, parmi lesquelles 5 au moins auraient pu devenir des hommes ou des femmes possédant des dons absolument exceptionnels.

Lorsqu'on étend de tels chiffres à l'ensemble d'une nation, quelle perte irrécupérable pour son avenir. Encore ignorons-nous les surprises supplémentaires que va nous réserver la pilule abortive connue sous le nom de RU 486 ! Distribuée en France depuis septembre 1988 et cela gratuitement pendant un an et demi , elle a été utilisée douze mois durant par plus de 25000 femmes.

On cherche désormais à combattre la grossesse comme on se défend contre l'invasion d'un virus dangereux. Quel progrès de la civilisation ! Au surplus, admirons cette logique étonnante : au moment où la loi abolit la peine de mort pour les terroristes et les assassins, elle donne l'autorisation de supprimer l'enfant conçu, et cela pour simple commodité personnelle !

Quelle redoutable méthode pour assassiner le bon sens ! Les effets nocifs d'une telle perversion du droit ne seront pleinement perçus que d'ici une vingtaine d'années. Le refus de la vie et le détournement de la sexualité sont actuellement tels que les ministres européens de la Jeunesse, réunis à Strasbourg le17 septembre 1988, ont donné l'alerte en dénonçant ce qu'ils ont appelé " une véritable marée noire "qui déferle sur la jeunesse de l'Europe.

Au moment où l'on introduisit l'interruption volontaire de grossesse puis son remboursement, j'ai estimé de mon devoir, pour contribuer à la défense de la morale universelle, de m'adresser personnellement aux grands responsables de l'État, qui appartenaient aussi bien à des familles politiques de droite que de gauche.

Pour motiver cette démarche, je transcris ici la plus grande partie d'une de ces lettres : " Beaucoup de Français se trouvent présentement jetés dans un grave conflit de devoirs. A un moment où, très justement, vous appelez l'ensemble du pays à un immense effort de redressement et de remontée, qui suppose un élan des consciences pour renoncer à des situations de facilité, le gouvernement veut désormais obliger les citoyens à payer des actes que la plupart des grands biologistes agnostiques eux-mêmes qualifient de mise à mort d'êtres humains sans défense "

" En tant qu'évêque de l'Alsace, j'ai toujours été préoccupé de ne pas rendre plus difficile encore la lourde tâche de ceux qui ont reçu la mission de nous gouverner. Mais comment vais-je pouvoir dire aux fidèles qui s'adressent à moi que contribuer financièrement au massacre d'une multitude d'enfants innocents constitue pour eux désormais un devoir civique ?

Ou alors, devrais-je leur dire qu,en prenant la décision de rembourser désormais les I.V.G, l'État franchit les limites du droit naturel puisqu,il s'agit bien dans tout avortement de mise à mort d'êtres sans défense et que, dans le cas présent, après avoir voulu aider des femmes en détresse, on associe des contribuables à tout avortement demandé par simple convenance ?

En franchissant ainsi les limites du droit, l'État peut-il encore moralement imposer sa volonté ?... Il y a des principes éternels auxquels est soumise toute législation humaine, sous peine de ne plus être celle d'un pays civilisé.

" L'existence en Alsace d'un ancien camp d'extermination et d'une chambre à gaz nous a fait voir où l'on peut en venir, lorsqu'on justifie officiellement des actes qui s'opposent arbitrairement au respect inconditionnel de la vie et qu,on entraîne l'opinion publique à en devenir complice.

" Je considère de mon devoir d'évêque de vous supplier, au nom des intérêts supérieurs de la France, de ne pas laisser s'introduire ainsi dans notre pays des principes qui causeraient à terme la ruine des Droits de l'homme .

" Connaissant votre noble souci de la culture et des valeurs de l'esprit, je viens vous demander, par-delà toute considération religieuse ou confessionnelle, de provoquer le gouvernement, et tous les Français, à un sursaut moral. On ne peut pas faire appel à la conscience des citoyens et simultanément casser leur conscience.

" Veuillez me pardonner de vous faire entendre cet instant appel. Il y va de la sauvegarde indispensable des ressorts spirituels de notre pays. C'est uniquement le bien et la dignité de la France qui inspirent mon intervention auprès de vous. "

Les problèmes évoqués dans cette lettre dépassent de beaucoup le domaine des convictions religieuses des citoyens. Il s'agit des bases fondamentales de la morale universelle. Je sais bien que des parlementaires chrétiens, par souci de neutralité, ont cru devoir voter la loi, afin de rendre possibles certaines exceptions : les cas de détresse .

Mais on ne fait pas une loi avec des exceptions. Par là, ils ont ouvert la porte à d'autres abus. Une fois franchie la frontière du respect intégral de la vie, quels critères irréfutables nous restent-ils encore pour éviter que d'autres audaces ne soient tentées ?

Par souci humanitaire, on cherchera par exemple à abréger les trop fortes souffrances d'un malade : il en est déjà publiquement question. Dans la foulée, pourquoi ne pas mettre fin à la vie de certains infirmes ou à d'autres existences inutiles ? Et qui empêchera l'euthanasie de devenir une arme politique ?Il y aurait à réfléchir à bien d'autres indices du terrible effondrement du respect de la vie : les accidents de la route, la montée de la violence, le développement du marché de la drogue. les multiples nuisances contribuant à la pollution de l'air, la si fréquente non-assistance à personne en danger Comment désormais barrer la route à tant de négligences, démissions et destructions ?

LA PERVERSION DE LA LIBERTE

Une civilisation qui refoule le Transcendant prive la liberté de son fondement le plus solide et le plus universel.
A. l'occasion de la cé1ébration du bicentenaire de la Révolution française, on a beaucoup parlé de liberté -
Nous avons pu constater à cette occasion ce que devient l'inflation de la parole. La perversion du langage a largement contribué dans nos pays au renversement des critères de pensée et à la dégradation des murs Il y a un peu plus de trente ans, j'avais songé à m'entourer d'une équipe de collaborateurs pour rédiger un dictionnaire qui préciserait le sens des mots les plus importants de notre langue et indiquerait leur signification puis leurs traductions successives.

Un tel livre de référence apporterait à tous ceux qui le souhaiteraient des éléments sommaires! de linguistique, des informations historiques, des critères philosophiques et éthiques. Pour les éducateurs de tous les niveaux, ce serait un instrument particulièrement utile permettant de retrouver des idées claires et des conceptions saines.

Mes trop lourdes responsabilités pastorales ne m'ont pas permis de mener à bien ce projet . il serait heureux que d'autres puissent le reprendre. Car que de crimes, de déceptions, d,'nfidélités, d'injustices et de mensonges commis au nom de la liberté ! Beaucoup de misères morales et sociales, beaucoup de désespoirs et d'impostures sont la conséquence d'une vision travestie de la liberté.

Comme le terme " liberté ", celui de " libération " ressemble à une coquille vide que chacun remplit avec ce qu'il veut. Il suffit de se souvenir du courage, de l'héroïsme que représentait la " libération de la France " entre 1940 et 1944, en vue de la soustraire à l'occupation nazie. Quel contraste avec ce que signifie aujourd'hui pour beaucoup de nos contemporains la " libération de la femme "

En employant .cette expression, tant de femmes se glorifient de pouvoir disposer sans restriction de leur corps, alors qu'elles deviennent les esclaves de leurs instincts ! Elles se vantent d'être enfin pleinement libres, ce qui les pousse à se rendre complices du meurtre sans visage d'une multitude de petits enfants encore incapables de revendiquer leur droit à la vie.

Quelle différence de sens et de signification du mot " libération " dans la bouche du maréchal Leclerc et dans celle d'une femme qui avorte par simple confort, Quelle dénaturation de la liberté ! Tant que la liberté de faire ce qu'on veut représente la référence suprême dans une communauté humaine, ou que la liberté signifie qu'une instance sociale ou politique a le droit de décider à sa guise du bien et du mal, du vrai et du faux, où va-t-on ?

Si l'on ne reconnaît pas de valeur suprême qui transcende tout pouvoir humain, la liberté peut devenir le prétexte d'une oppression. Il ne peut y avoir de monde plus dangereux que celui où la société a le dernier mot sur le destin des personnes. C'est la pire menace pour le respect de l'être humain. C'est le chemin ouvert aux décisions les plus périlleuses, et peut-être au chaos.

La garantie suprême de la liberté, c'est de pouvoir en appeler des instances humaines à une instance supra humaine qui, seule, justifie l'absolu de la dignité de l'homme et donne un fondement objectif à la protestation de notre conscience. Nous sommes loin d'avoir achevé l'apprentissage de la liberté, car, à travers le monde, on ne cesse de la bafouer, de la profaner et même de la tuer. Cela n'est pas de l'histoire ancienne : c'est toujours actuel.

L'IDOLE DE LA SÉCULARISATION

En Europe occidentale, la sécularisation désigne la tendance de l'homme à se replier sur ses seules capacités. On conçoit alors l'univers dans une perspective purement horizontale. L'évolution actuelle, par laquelle la société s'affranchit de la tutelle de l'Eglise qui lui a servi de berceau, représente le processus de sécularisation le plus important qu'ait connu l'histoire du christianisme, et peut-être l'histoire de la religion.

C'est la substitution dans les esprits d'une autre échelle de valeurs, d'un autre barème des objectifs à poursuivre, sans la moindre référence au Transcendant. Pour une grande masse de nos contemporains, les signes extérieurs du surnaturel dans la vie de la communauté humaine semblent devenus inutiles, dépassés.

L'expression religieuse des hommes et leur espérance chrétienne se trouvaient autrefois facilitées par l'environnement socioculturel. Aujourd'hui, Dieu disparaît de plus en plus de la vie publique : on réduit la religion à une affaire privée, qui ne concerne que l'intimité de chacun. Une sécularisation aussi radicale n'a pu envahir notre civilisation à la manière imprévue d'un raz de marée venant engloutir sur son passage les traces d'un long passé chrétien.

Cette transformation a été préparée, dans certains pays d'Europe, par la conception luthérienne de la foi qui nie que les oeuvres, les activités de l'homme, jouent un rôle déterminant dans son salut. Selon ces théologiens réformés, la foi seule sauve. D'où une représentation laïcisée de la société. D'autres courants, animés par des catholiques, ont contribué à couper notre vie culturelle de ses sources religieuses.

Dans certains cas, ce fut, d'une manière plus ou moins directe, pour réagir contre le despotisme de l'Eglise d'autrefois. Les pionniers de la sécularisation ont ainsi reproché aux instances hiérarchiques de l'Eglise de vouloir tout régir et de ne pas tenir suffisamment compte de l'évolution des sciences. Indubitablement, nous sommes tous débiteurs de la science et de la technique. Ce serait manquer de bon sens et de gratitude que de ne pas le reconnaître.

Mais si les forces qui habitent l'homme sont porteuses de vie, il leur arrive aussi d'être porteuses de mort. L'homme tenté par sa volonté de puissance est en train de réduire le monde à ce qui est calculable et au numéraire. L'idolâtrie de Mammon en est venue à paralyser le développement de ce qu'il y a de plus précieux dans l'homme.

Le désir de posséder et la volonté de dominer détruisent facilement le discernement du vrai et du faux, du bien et du mal. Ils engloutissent alors les valeurs spirituelles les plus indispensables, sans lesquelles l'être humain perd sa liberté et son intériorité. Développer la sécularisation au-delà de la reconnaissance de l'autonomie légitime de la science et des exigences de la vie sociale serait sans doute, de la part des chrétiens, de l'inconscience et de la présomption.

Cela reviendrait à priver la société d'une source de lumière, de courage et d'amour que ne sauraient remplacer les idéologies qui prétendent se substituer au religieux. La question de Dieu est finalement au centre de la question de l'homme. Et, en éliminant l'influence du patrimoine judéo-chrétien dans le développement de la cité, on détruit l'ultime défenseur de notre capacité d'Infini qui nous appelle à transcender nos limites.

La sécularisation pourrait devenir un grave danger pour l'avenir. Elle veut, légitimement, empêcher la constitution d'une force politique " cléricale " .Mais, en même temps, elle contribue à l'autodestruction de la société. Car la volonté de puissance de celle-ci risque de corrompre la vie et son désir de jouissance pourrait tuer l'amour.

On a raison d'accentuer la recherche de l'intériorité dans la vie chrétienne. Mais réduire l'existence chrétienne à la pure intériorité serait méconnaître les besoins de vie d'un être incarné. L'Eglise a droit à une existence publique, parce qu'elle n,est pas seulement un " appareil administratif ". Elle est la " communauté des chrétiens " qui ont le droit de se rassembler et d'être efficaces en tant que tels.

Préparons-nous aujourd'hui suffisamment d'espaces où l'homme puisse se réaliser entièrement, non seulement dans sa dimension matérielle mais aussi dans la plénitude de sa vie fraternelle et spirituelle. C'est dans ce sens que La Pira, ancien maire de Bologne (ville à majorité communiste), disait : " Dans toute cité, il y a deux données essentielles dont les responsables politiques doivent avoir un souci prioritaire : le service des pauvres et le service de l'Adoration ".

Il mettait sur un même plan l'urgence qu'il y avait à construire des logements ouvriers et à implanter des monastères dans l'espace urbain. Cette affirmation est l'expression de la longue expérience d'un homme public. En présence d'une telle conviction, il conviendrait de nous demander si la génération actuelle ne commence pas à préparer une évolution régressive.

Ce ne sera sûrement pas le cas, si nous prenons le temps de nous référer à des points de repère solides.

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