Retour à la Documentation

  L'embryon, puis le foetus, est-il une personne ?
par Monseigneur Bouchex, Archevêque d'Avignon

www.serviam.net Catholiques en ligne, remercie vivement le Bulletin Religieux et Site Internet du Diocèse d'Avignon
de l'avoir aimablement autorisé à reproduire cette instruction de Mgr Bouchex. (
décembre 2001 )
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Alors qu'approche Noël, la fête des plus petits et des plus pauvres d'entre les hommes, « une centaine de scientifiques internationaux », relayés par le ministre français de la recherche (cf. La Croix, mardi 13 novembre 2001), viennent de demander que le projet de révision des lois bioéthiques de 1994 soit discuté au parlement dès le mois de janvier 2002.
Ils insistent en particulier sur la nécessité que soit autorisé l'usage des cellules-souches- embryonnaires extraites des embryons surnuméraires (embryons produits pour l'assistance médicale à la procréation et qui n'ont pas été implantés dans le sein de la mère). Cette possibilité fait partie des multiples manipulations, déjà réalisées ou en projet dans le monde, touchant la vie humaine (eugénisme et menace sur les enfants handicapés; clonage thérapeutique et reproductif; commerce d'ovules, production d'une « humanité normalisée », etc.).
Derrière cela et envahissant peu à peu la société, il y a l'opinion mettant en cause le statut de personne humaine de l'embryon et même du foetus .
La Cour de Cassation a ainsi décidé, le 29 juin 2001, qu'un foetus de six mois, tué dans un accident de la route, ne pouvait pas être considéré comme une personne humaine. Cet arrêt va dans le sens de ceux qui prétendent que les embryons et les foetus ne sont pas des personnes dès le début de leur vie, mais le deviennent à tel ou tel moment de leur développement.
Certains placent ce moment au 8ème jour après la fécondation. D'autres, parlant jusque là de pré-embryon, le situent au 14ème jour, moment de l'apparition des premières cellules nerveuses siège de la sensibilité. Pour d'autres ce moment se situe à la 24ème semaine, moment où le foetus devient viable et capable d'autonomie. D'autres, à la suite du professeur FRYDMAN, lient ce devenir au « projet parental »: un embryon devient personne au moment où ses parents ont le projet d'en faire une personne. Sans ce projet, l'embryon est une chose qui peut être traitée comme telle.

Le comble de l'horreur est la position de la Cour suprême des Etats-Unis qui a décidé que c'est la naissance qui décide du caractère humain de l'enfant. Tant que la tête de l'enfant est dans le ventre de sa mère, il n'est pas une personne. D'où l'autorisation de cette forme monstrueuse d'avortement réalisé sur des enfants à la veille de la naissance. Grâce à une injection donnant la mort, le cerveau est aspiré pour que soit diminuée la dimension de la tête et que puisse être extraite la totalité de l'enfant. Tel professeur va plus loin. Il revendique le droit d'éliminer le bébé né handicapé. La naissance n'est même plus la frontière de l'humanité de l'enfant. L'avortement devient une « euthanasie néonatale » selon l'expression de ce chercheur, une euthanasie du nouveau-né. L'infanticide se trouve justifié lorsque l'enfant est passé à travers les mailles des différents diagnostics avant la naissance.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de notre étonnement. Un penseur australien met sur le même pied les embryons humains et les embryons animaux. Il n'y a pas plus de problème à éliminer les embryons humains que les embryons animaux. Défendre les droits de l'homme, c'est se rendre coupable de racisme à l'encontre des autres créatures. Un autre chercheur estime que si l'on accorde les droits humains aux handicapés, il faut les accorder aussi à certains animaux. « Ainsi la volonté de minimiser la frontière entre l'homme et l'animal et de la remplacer par une gradation entre les deux conduit mécaniquement à l'hypothèse d'une sous-humanité et donc ouvre la porte aux rapports de force et à la volonté de domination » (cf. dans la Lettre « Génétique », septembre 2001, l'analyse du livre de J. C. GUILLEBAUD, Le principe d'humanité, Le Seuil, 2001)

Tandis que s'expriment ces formes diverses de négation de l'humanité de l'embryon et du foetus, la science reconnaît de plus en plus que l'être humain commence dès la fécondation.
Son patrimoine génétique est alors achevé. Il va commander tout son avenir. L'embryon est une personne dès le départ. S'il ne l'est pas dès le départ, rien ne pourra le faire devenir une personne, même pas le projet parental. Il appartient aux parents de féconder une personne, non de faire devenir personne ce qui ne serait qu'une chose. Si les parents peuvent par leur attitude à son égard lui permettre d'acquérir une personnalité de plus en plus développée, c'est qu'il est dès le début une personne.
Car, comme le dit Monseigneur BRUGUES, il ne faut pas confondre personne et personnalité. « La personnalité relève de la psychologie ». Elle est de l'ordre de la maturation humaine, de la manière de se comporter, d'être en relation, de vivre socialement. Elle est appelée à évoluer et à se développer. La personne est ce qui constitue le fond solide et stable d'un être humain. L'embryon est « un être en voie de personnalisation, mais non pas de personnification. Il est 'déjà là', distinct de tout autre être humain, antérieur à tout acte de reconnaissance » (Dictionnaire de morale catholique, art. avortement).

Les sciences psychologiques le confirment en montrant que l'embryon dès le début est capable de réactions d'ordre sensible et émotionnel. La série télévisée de 1984: « Le bébé est une personne » montrait déjà des choses exceptionnelles sur ce point.
Jean-Marie DELASSUS, psychiatre et philosophe, dévoile les étonnantes capacités du foetus (cf. « La Vie » du 13 septembre 2001). Les spécialistes de la petite enfance ne cessent de rappeler l'importance de la vie intra-utérine du futur bébé. Du reste la médecine qui, jusqu'à présent, s'est peu intéressée à la possible souffrance de l'embryon et du foetus, commence à s'en inquiéter.


En refusant la légalisation de l'avortement et l'usage de la PMA (procréation médicalement assistée), l'Eglise catholique a posé un acte prophétique. Elle prévoyait que l'humanité mettait le doigt dans un engrenage que rien ne pourrait arrêter.
Admettre légalement des exceptions pour la pratique de l'avortement et pour la pratique de la PAM (y compris de la PAM homologue, c'est-à-dire entre deux conjoints mariés), c'était mettre en route une logique incontrôlable qui ne pouvait que conduire aux réalisations techniques les plus folles. Si la vie humaine n'a plus de valeur objective, qu'est-ce qui peut empêcher la violence, l'assassinat sans état d'âme, le terrorisme, le viol, « le suicide accompagné», etc... Même le mot de bioéthique, qui signifie: éthique de la vie, perd son sens originel puisqu'il en vient à désigner une absence d'éthique.
Pour confirmer le bien-fondé de la position de l'Eglise, il est utile de nous rappeler, comme l'a montré l'histoire, qu'il est lourd de conséquences que des hommes s'arrogent le droit et la capacité de définir les critères de la normalité ou de l'anormalité humaine. Tout est possible et justifiable, même le pire, en de tels cas. C'est ce qu'ont fait des penseurs antiques à propos des esclaves ou les nazis à propos des Juifs et des Tziganes.
Le domaine de la vie humaine est aujourd'hui un des premiers défis à relever par l'humanité et un des premiers « pays de mission » pour les chrétiens du 21ème siècle.

+ Raymond BOUCHEX, Archevêque d'Avignon
Retour à la Documentation