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  Jusqu'où ira la révision des lois bioéthiques ?
par Monseigneur Bouchex, Archevêque d'Avignon

Serviam, Catholiques en ligne, remercie vivement le Bulletin Religieux et Site Internet du Diocèse d'Avignon
d'avoir aimablement autorisé la reproduction de cet article (
23 septembre 2000 )
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Prochainement, le Parlement va devoir se prononcer sur les projets de révision des lois de bioéthique de 1994. Outre le projet sur l'avortement dont j'ai déjà parlé, d'autres points sont à l'ordre du jour.

1- A la base de toutes les autres questions: le statut de l'embryon.
Dans les projets de lois à l'étude, il n'est pas question du statut de l'embryon. Pourtant à la base de ce qui va être discuté il y a la question: l'embryon est-il un être humain?
Une théorie se répand: l'embryon ne peut être considéré comme un être humain que s'il y a projet parental ou projet sociétaire à son égard. Son statut de personne dépend de la manière dont il est considéré par autrui. Un embryon que les parents ou la mère n'ont pas le projet de mener à terme ne peut pas être reconnu comme un être humain. Certains mettent même en avant la notion de pré-embryon, ce qui le rend encore davantage pré-humain.

Cette théorie de la qualité humaine d'un être déterminée par le jugement d'autrui a des conséquences très graves. Elle signifie que certains hommes ont pouvoir de faire un tri entre entre ceux qui sont des êtres humains et ceux qui ne le sont pas. Ainsi procédaient les Anciens qui décidaient que les esclaves n'étaient pas des hommes. En des temps plus proches de nous, des hommes ont décidé que d'autres hommes étaient des sous-hommes, avec les conséquences que nous savons.
Notre société va-t-elle vers de nouvelles discriminations et exclusions alors qu'elle se glorifie d'éliminer toutes les discriminations et exclusions?

Pour l'Eglise, mais pas pour elle seule, dès que s'est constitué un nouveau noyau provoqué par la rencontre des gamètes de l'homme et de la femme, le processus de la personnalisation est en marche. Dans ce développement continu, il n'est pas possible de décider du moment où il devient personne. « L'être humain doit être respecté comme une personne dès le premier instant de son existence » (Instruction de 1987, Donum Vitae I, 1). Le statut qui est accordé à l'embryon commande les prises de position dans les domaines qui vont être mis en discussion.

2- Les recherches sur l'embryon.
Si le projet parental ou sociétaire n'existe pas, ceux qui pensent que l'embryon est un être humain seulement s'il est accueilli par un tel projet ne voient pas de difficulté à ce qu'il soit donné à un autre couple ou à une autre femme ou qu'il soit consacré à la recherche. Pour l'Eglise catholique, et d'autres avec elle, le don de l'embryon et la recherche sur lui (sauf si c'est pour le soigner lui-même) vont à l'encontre de ce qu'il est vraiment, un être humain en lequel toutes les potentialités de la personne sont contenues. Faire de l'embryon un objet de don ou de recherche, c'est le réduire au statut de chose ou de matériau.

En faveur d'une loi permettant la recherche sur l'embryon, militent des pressions de plus en plus fortes d'ordre scientifique et économique. Rien ne doit s'opposer à l'idéologie quasi religieuse de la recherche. D'autant plus que les enjeux financiers et la concurrence économique sont énormes. En bien des pays et laboratoires étrangers ces recherches sont déjà autorisées. De tels avantages scientifiques et économiques valent bien une entorse à la morale si tant est que la morale pèse encore quelque peu dans la balance. La science et l'économie sont en train de prévaloir sur l'humain, alors que nos sociétés ont lutté pour qu'il n'en soit plus ainsi dans le domaine du travail. Un nouvel esclavage humain va-t-il annuller ce progrès? Jusqu'ici la loi ne permet ni la recherche sur les embryons ni la fabrication d'embryons en vue de la recherche. Une loi permettant la recherche sur les seuls embryons surnuméraires (ceux qui ne sont pas implantés chez la femme dans le cas d'une AMP) sera vite débordée. Certains chercheurs avouent avoir déjà « fabriqué » des embryons en vue de la recherche.

3- Les examens échographiques et le diagnostic préimplantatoire.
L'examen échographique est celui qui se fait sur l'embryon déjà dans le sein de sa mère. A 12 semaines, l'examen échographique décèle des petites imperfections de l'enfant. C'est la raison pour laquelle le professeur Israêl NISAND est opposé au prolongement du délai jusqu'à 12 semaines, par crainte d'une dérive eugénique. Le diagnostic préimplantatoire est l'examen qui peut se faire sur les embryons produits en vue de la PMA avant d'être implantés chez la femme. Il est autorisé uniquement dans le cas de maladies génétiques graves. Il aboutit à la destruction fréquente d'embryons.

De plus en plus, aussi bien l'examen échographique que le diagnostic préimplantatoire débouchent sur la mort, même pour des raisons minimes, les parents désirant de plus en plus des enfants parfaits, des enfants « zéro défaut », faits sur commande. L'enfant devient un produit de la technique et non plus un don.et une surprise. Ces examens conduisent tout droit à l'eugénisme, « pratique qui prétend améliorer l'espèce humaine, d'abord en entravant la reproduction des individus estimés inférieurs; ensuite en favorisant la reproduction des individus estimés supérieurs » (J. TESTARD). On ne veut pas entendre parler « d'eugénisme d'Etat », cette expression réveillant de trop mauvais souvenirs. En fait, se répand un eugénisme démocratique, c'est-à-dire choisi par les parents, encouragé par bien des médecins et approuvé par l'Etat. « Télérama » du 16 au 22 septembre 2000, p. 13-16, présente une intéressante intervention du Professeur Jacques TESTARD et un ouvrage retraçant l'histoire récente de l'eugénisme aussi bien dans les Etats totalitaires que dans des pays démocratiques.

4- L'assistance médicale à la procréation (AMP).
L'opposition de l'Eglise catholique à toute forme d'assistance médicale à la procréation (fivette entre époux: homologue; ou avec donneur étranger: hétérologue) a suscité et suscite toujours des réactions violentes. En fait l'Eglise savait, et c'est ce qui s'est passé, que cette pratique entraînerait toutes les dérives qui ne cessent de se manifester: embryons surnuméraires gardés au « frigo », qu'il faut détruire ou laisser mourir (ce qui est hélas! le mieux), favorisant et même appelant la possibilié de leur utilisation pour la recherche.

Avec le développement de cette pratique, c'est le regard jeté sur l'enfant qui risque de changer peu à peu. L'enfant est voulu moins pour lui-même que pour satisfaire le « désir d'enfant » des adultes. Il devient le produit de la technique au lieu d'être lié à l'acte d'amour des parents. L'AMP permet à un individu seul, voire à un couple homosexuel, d'avoir un enfant, auquel cas l'enfant est privé du droit de naître et de grandir dans un couple homme-femme. De surcroît, l'obligation de l'anonymat du donneur étranger dans le cas de la fivette hétérologue empêche l'enfant de connaître ses origines. L'opposition de l'Eglise à l'AMP s'explique par son souci de l'enfant fruit de l'acte d'amour des parents, accueilli comme un don, reçu comme une personne non choisie, riche de ses qualités et de ses limites, appelé à être libre et responsable, dont les adultes doivent être les serviteurs et non les propriétaires.

5- Le clonage
Lorsque le clonage de la brebis Dolly a été annoncé, tous les chefs d'Etat ont protesté énergiquement et ont affirmé sur leur honneur que jamais le clonage humain ne serait admis. Nous savons où nous en sommes aujourd'hui. Il y a là un exemple patent de la règle qui domine de plus en plus: la loi entérine la pratique. C'est vrai pour l'avortement, pour la recherche sur l'embryon, pour l'eugénisme. C'est vrai pour le clonage. Certes on dit que sera interdit le clonage reproductif (pouvant « produire » un individu) et que ne sera autorisé que le clonage thérapeutique, c'est-à-dire en vue de buts thérapeutiques. Mais il est évident que cette distinction ne résistera pas à la règle: ce qui se fait devient ce qui peut se faire. Il est aisé de comprendre que l'Eglise soit opposée à tout clonage, d'une part par respect pour l'unicité de chaque personne humaine, d'autre part parce que d'autres pratiques scientifiques peuvent être développées qui peuvent obtenir les mêmes avantages thérapeutiques. N'y aurait-il pas dans le clonage une atteinte non seulement aux individus ainsi « produits », mais à ce qui constitue l'humanité dans son originalité essentielle? Un juriste évoque même à ce sujet le « crime contre l'humanité » (Dans le livre « Le clonage humain », contribution de M. DELMAS-MARTY, le Seuil, 1999).

Conclusion.
Les décisions qu'auront à prendre nos élus à l'Assemblée nationale et au Sénat sont graves pour l'avenir de l'humanité. Certes, des barrages très stricts seront fixés pour empêcher, nous dit-on, tout débordement. Ces prétendus barrages ne tiendront pas plus que n'a tenu par exemple celui sur l'avortement. L'Eglise catholique n'est pas opposée au progrès de la science et de la technique. Elle est opposée à leur pouvoir sans limite sur l'être vivant. Certaines personnalités scientifiques, juridiques, psychanalytiques s'interrogent d'ailleurs sur les vraies causes de cette frénésie à faire « Main basse sur les vivants » (titre du livre de Monette VACQUIN, psychanalyste).

L'enseignement de l'Eglise n'est pas seulement une exigence de la foi chrétienne. Il se fonde sur la dignité de l'être humain, en parfaite concordance avec ce qui justifie la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Il n'est pas opposé à la liberté. Il indique la voie du vrai progrès de la responsabilité humaine. Ceux même qui le jugent aujourd'hui rétrograde jugeront peut-être demain qu'il était « conservateur de l'avenir ».

+ Raymond BOUCHEX, Archevêque d'Avignon

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