Nous disons "oui" à la famille
Une réflexion de S. Exc. Mgr. Bouchex, Archevêque d'Avignon, en vue du Jubilé des Familles - 10.2000
Très souvent, l'attitude de l'Eglise concernant le mariage et la famille est présentée comme un catalogue de "non": non au divorce, non à La cohabitation, non à l'adultère, non aux couples qui se défont et se refont, non à l'avortement, non à tout ce qui porte atteinte à l'embryon, non à la procréation médicalement assistée, non au clonage, etc. Il est vrai que le devoir de l'Église est de dire tous ces "non".
Mais ces "non" sont l'envers d'un grand "oui" qui est premier: oui à l'amour de L'homme et de la femme dans le mariage, à la fidélité, à l'indissolubilité, à la vie, aux enfants, à la grandeur de la sexualité, à la reconnaissance de l'embryon comme un être humain, en un mot "oui" à celle cellule fondamentale de la société et de l'Eglise qu'est la famille. L'attitude de l'Eglise est un "oui" sans réticence au mariage tel que la Parole de Dieu nous l'annonce dans les lectures et l'Evangile de ce dimanche (Gn 2,18-24; Mc 2,16).
D'après les sondages, entendons-nous dire parfois, une bonne partie des catholiques n'accepte pas ni n'observe ces exigences de 'Eglise. C'est le contraire qui serait surprenant. Sur ce point, comme sur tous les autres points de l'Evangile, par exemple la pauvreté et l'amour des pauvres, le pardon et l'amour des ennemis, le respect des étrangers et la fraternité avec les prisonniers, la solidarité avec les pays pauvres, plus généralement les béatitudes et le commandement d'être parfait comme le Père céleste est parfait (cf. Mt 5-7), il y a toujours eu et il y aura toujours un décalage entre ce que demande l'Eglise et ce que nous en vivons. Chaque jour, nous sommes tous, à 100 %, infidèles à l'Evangile.
Cela ne remet pas en cause l'Evangile. Cela ne signifie pas qu'il faut l'adapter à notre mesure. C'est bien plutôt nous qui avons à nous adapter, donc à nous convertir, par l'Esprit Saint, à l'Evangile qui nous dépassera toujours. Nous ne serons jamais totalement ajustés à la perfection du Père céleste. Il serait étonnant qu'il en soit autrement pour ce qui concerne l'amour entre l'homme et la femme et la sexualité. L'Eglise sait que, sur ce point comme sur les autres points, nous sommes des pécheurs. Elle nous demande de reconnaître nos péchés, d'en demander pardon et de nous remettre en marche humblement et courageusement. C'est dans cet esprit que nous disons "oui" à la famille.
Nous disons "oui" à la famille, parce qu'elle ne vient pas d'une volonté humaine, mais de la volonté de Dieu, exprimée dans la création, réaffirmée et approfondie par le Christ. "A cause de cela, est-il dit dans le texte de la Genèse que nous avons entendu, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un " (Gn. 2, 24). Aux Pharisiens qui l'interrogent sur son attitude vis-à-vis du divorce permis par MoÏse, Jésus répond en se référant à la volonté originelle de Dieu. Si "Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation", c'est en raison de "votre endurcissement". "Mais au commencement de la création, (Dieu) les lit homme et femme. A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas" (Mc 10, 1-12). Nous disons "oui" à la famille parce que Dieu, qui a voulu cette union de l'homme et de la femme, les rend capables de s'aimer pour toujours, d'être fidèles à la parole qu'ils se sont donnée, de se faire confiance envers et contre tout, de se pardonner, de s'entraider à grandir on amour au sein même des difficultés et des échecs, des tensions et des conflits.
Nous disons "oui" à la famille parce que, selon cette volonté de Dieu, elle est indispensable à l'épanouissement des enfants, des adolescents et des jeunes. Que de drames provoquent chez les enfants, chez les adolescents et les jeunes, les séparations des parents et Les changements de "partenaires", de "compagnons ou de compagnes", "d'amis ou d'amies", comme on dit maintenant! Les enfants sont les premières victimes de l'éclatement des familles. De faits douloureux qui nous sont présentés dans les médias, les spécialistes de l'enfant ou de l'adolescent voient l'origine dans l'inexistence de la cellule familiale. Le respect, l'amour, l'équilibre, l'éducation chrétienne des enfants sont un des motifs pour lesquels l'Eglise tient à l'unité, à a fidélité et à l'indissolubilité des foyers. Plus qu'au "droit au bonheur" et au "droit de refaire leur vie" revendiqués par les adultes, elle juge de son devoir de penser au "droit au bonheur" et au "droit de faire leur vie" des enfants. N'est-ce pas à cause de cela que Dieu a voulu que son Fils naisse et grandisse dans une famille humaine, même si l'amour de Marie et de Joseph a été absolument unique?
Nous disons "oui" à la famille parce que, selon le projet de Dieu sur l'humanité, elle est le fondement d'une société construite sur l'estime, la solidarité, la confiance, la fidélité, le respect de la parole donnée, l'entraide mutuelle. Les Etats totalitaires introduisent dans les familles la suspicion et la méfiance mutuelles afin de mieux régenter la société. Les régimes libéraux cherchent à faire de la sexualité un produit de consommation afin que triomphe dans la société l'idéologie du libéralisme sans frein. Est-ce parce qu'ils pressentent les conséquences désastreuses de l'éboulement des familles qu'un récent sondage montre que nos contemporains mettent toujours la famille et la famille fondée sur le mariage en tête des valeurs jugées fondamentales ? C'est pourquoi il fait partie de la responsabilité d'un gouvernement d'avoir une véritable politique familiale. Un Etat vraiment responsable ne peut pas laisser les familles se dégrader, encore moins favoriser leur désagrégation.
Nous disons "oui" a la famille parce que, selon la volonté du Christ, elle est le signe de son union avec l'Eglise et qu'elle est ainsi a première communauté chrétienne (Ep 5, 21-33; Col 3,18-21). Elle est une "petite Eglise", "l'Eglise domestique" C'est en elle qu'est vécue en premier la foi, qu'est annoncé en premier l'Evangile, que se fait l'éducation à la prière, que sont célébrées les fêtes chrétiennes, que se fait l'apprentissage de la communion fraternelle, qu'est encouragée a solidarité envers les autres, que chacun est amené à s'éveiller à sa vocation propre. La famille est aussi la première communauté évangélisatrice de la société. Dans les pays de persécution, aux heures dramatiques de leur histoire, la foi et les valeurs humaines sont gardées et éduquées grâce aux familles.
Ce "oui" à la famille, il est vécu aujourd'hui par beaucoup d'entre vous, familles chrétiennes. Dans les difficultés, les épreuves, les crises, et dans un amour réaliste et solide. Humblement, modestement, sans grands discours publics et hors des feux des rampes médiatiques, qui montrent plutôt les échecs et les déviances. Que seraient les paroisses. les mouvements, l'Eglise, notre société, sans vous? Nous vous disons notre estime. Nous vous remercions de ce que vous êtes, de ce que vous vivez, de ce que vous faites. Ne faites pas de complexe. On laisse entendre que la famille, telle que le Christ la veut, est impossible, qu'elle n'existe pas, qu'il faut chercher ailleurs pour être heureux. Soyez nombreuses à montrer que cela n'est pas vrai. Aidez-vous les unes les autres en taisant partie des mouvements familiaux chrétiens, en créant dans votre paroisse des rencontres des familles pour prier pour mettre en commun vos laies et vos épreuves, pour vous soutenir.
Vous êtes indispensables à la société et à l'Eglise. Vous avez le devoir et le droit d'agir auprès des élus et des pouvoirs publics, en particulier par l'intermédiaire des Associations familiales qui ont mission d'intervenir auprès des pouvoirs publics Locaux, départementaux, nationaux. Tout particulièrement votre mission concerne ce qui touche 'amour conjugal, le sens humain et chrétien de la sexualité, l'amour au sein des familles, éducation affective et sexuelle des enfants et des adolescents, la préparation au mariage, l'accompagnement des couples et des familles en difficulté, accueil des couples séparés et des divorcés remariés.
Par le sacrement du mariage, vous êtes envoyées pour évangéliser cet immense champ de mission qu'est l'amour de I'homme et de la femme. Vous avez à annoncer par votre vie et vos paroles que a famille chrétienne est possible, qu'elle n'est pas un carcan insupportable, que la fidélité n'est pas un esclavage, que la famille est un chemin de bonheur et de réussite humaine, parce qu'elle est le lieu privilégié de l'amour mutuel et que d'elle dépend ainsi en grande partie la qualité de la société. L'Eglise compte sur vous. La société a besoin de vous.