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Dans la seconde moitié du siècle dernier, " L'anneau d'Or " , " Les Cahiers sur l'oraison ", " La Lettre Mensuelle des Equipes Notre Dame ", " Offertoire " ont été des publications d'un extraordinaire rayonnement qui faisaient le lien entre les aspirations des ménages et la pensée de l'Eglise. Le Père Caffarel y a écrit ses plus belles pages.

Serviam remercie vivement ses ayants droit d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits de son remarquable ouvrage "Propos sur l'amour et la grâce", paru aux éditions du Feu Nouveau en juillet 1966.Certes, ces écrits datent un peu et il n'est pas interdit de penser que l'auteur - si méticuleux qu'il était - aurait sans doute modifié telle ou telle forme de son discours pour mieux toucher les coeurs d'aujourd'hui. Il reste que le fond est lumineux et conserve toute son actualité...

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Pas de complicité

Au cours de mes retraites aux foyers, je pose parfois ces questions : "avez-vous le désir et le souci de la sanctification de vos enfants ?" Il m'est toujours répondu par un oui très assuré. "Avez-vous la préoccupation de votre sanctification personnelle ? - Oui - Et du progrès spirituel de votre conjoint ?"
Ici la réponse souvent se fait attendre, hésite. Fréquemment, elle est négative. "Mon mari n'est plus un enfant ; il est capable de se diriger lui-même. - Certes oui. Aussi n'est-il pas question de le diriger. Mais pourquoi le laisser se débattre seul dans cette difficile affaire qu'est la poursuite d'une vie chrétienne ? - Je respecte trop sa vie personnelle pour m'en mêler ! - Un prosélytisme indiscret est en effet un manque de respect. Mais par contre une discrétion excessive est un manque d'amour - Il est plus parfait que moi. - Est-ce une raison pour ne pas l'aider ? Quand, au confessionnal, j'ai le sentiment que ma pénitente me dépasse en sainteté, je ne lui demande pas de prendre ma place et ne vais pas m'agenouiller à la sienne... Je sais que j'ai grâce d'état."
D'où il apparaît, une fois de plus, que les obligations du mariage sont très mal connues.
A l'heure où ils s'unissent par le sacrement, combien peu d'époux comprennent la magnifique confiance que leur témoigne le Christ : "Cet être que depuis des années ma grâce travaille, voici que je te le confie. J'ai besoin de toi pour mener à bien l'oeuvre entreprise. Je compte sur toi. N'oublie jamais que nul plus que toi n'est responsable de sa sanctification, que nul ne dispose plus abondamment des grâces dont il a besoin."
L'amour ne tient pas un autre langage. Aimer, c'est vouloir la plénière réussite de l'être cher. Son développement et son bonheur humain sans doute, mais d'abord et par dessus tout, son épanouissement religieux, sans lequel sa vie ne sera pas réussie, son être éternellement sera mutilé. L'amour vrai est ambitieux.. L'amour vrai est exigeant.
Je vous en prie, ne confondez pas cette exigence qui est une qualité de l'amour avec la tyrannie des égoïstes. Ceux-ci, quand ils trouvent chez leur conjoint des défauts inconfortables, gênants, s'en plaignent, s'impatientent. Mais il n'y a là que réflexe d'amour de soi dont il refusent de convenir, d'ailleurs, si on s'avise de le leur faire remarquer : un démon habile se charge, en effet, de les persuader que leurs mécontentements et leurs reproches sont inspirés par un authentique souci du bien de l'autre. Combien de maris et d'épouses s'imaginent travailler au salut de leur conjoint, alors que leurs perpétuelles récriminations, qui empoisonnent la vie de famille et leur propre coeur, ne sont pas autre chose que les fruits amers de déceptions ou de tristes refoulements !

Etre exigeant d'une exigence d'amour, ce n'est pas tant d'ailleurs s'acharner contre les défauts d'un autre (tout éducateur le sait bien) que favoriser dans un coeur, comme on attise une flamme, la croissance de la générosité envers Dieu et envers le prochain. Si je ne me trompe, Saint François de Sales disait à Philothée : "Vous voulez chasser les défauts ? Mettez le feu aux quatre coins de la forêt et les fauves s'enfuiront".
Me demanderez-vous : "Pratiquement, que faire pour travailler comme il se doit à cette sanctification de notre conjoint ? Sanctification est d'ailleurs un bien grand mot, alors que dans bien des cas, il s'agit plutôt de conversion ou d'humbles progrès dans une vie spirituelle débutante."
Ce qui est à faire est d'abord d'ordre intérieur. Pour certains dont le conjoint se refuse à tout effort spirituel, c'est tout ce qui pourra être fait, mais c'est déjà beaucoup. Et donc entretenez en vous, profonde, cette volonté de sanctification de celui que Dieu vous a confié. Prenez-le en charge. Epousez sa cause. Engagez-vous à ne rien épargner pour lui permettre de réaliser sa vocation. Et que cette volonté se traduise par la prière : n'oubliez pas que votre prière d'époux tire du sacrement de mariage une force et une efficacité exceptionnelles. Joignez la pénitence à la prière. Vous n'avez pas tout fait pour lui tant que vous n'avez pas fait pénitence.
Portez ensuite un regard lucide sur votre conjoint. Connaissez ses dons, apparents ou enfouis comme de bonne semence en son âme, et aidez-le à les faire valoir. N'ignorez pas ses défauts. Mais n'en prenez pas votre parti : ce serait une complicité, une faute grave, dont bien des époux se rendent coupables. Là encore, attention ! Il en est qui ne savent voir que le mal. Cette lucidité d'égoïsme - j'allais dire diabolique - est bien différente de la lucidité d'amour que je vous recommande. Un souvenir éclairera peut-être ce que je vous dit là : invité à déjeuner chez des amis, je fus soumis par leur fils de sept ans à un test : "Quest-ce que cela ? me demanda-t-il - Une bouteille - Vous me devez une meilleure réponse - Une bouteille verte. - Mais non... - Une bouteille à moitié pleine." Le jeune garçon bat des mains, va chercher la feuille où il consigne les résultats qu'il obtient avec les visiteurs. Deux colonnes : dans l'une, il inscrit les pessimistes, ceux qui ont dit "une bouteille à moitité vide" ; dans l'autre, les optimistes, ceux qui ont répondu : "une bouteille à moitié pleine". Je ne fus pas peu fier d'être joint à ces derniers. 
Avez-vous toujours ce regard optimiste sur votre conjoint ?
Ne vous contentez pas de connaître ses talents et ses défauts. sachez l'aider à en prendre conscience. Exercez-vous à la franchise. Je n'ignore pas qu'elle est difficile à pratiquer. Je sais qu'il est parfois préférable de se taire. Mais bien souvent le silence n'est que paresse, respect humain, lâcheté. Croyez-moi, il est singulièrement tonifiant, le climat d'un foyer où les époux peuvent tout se dire avec sincérité et tout entendre d'un coeur enseignable. Que votre franchise soit humble, secours d'un pécheur qui aide un pécheur et attend d'être aidé par lui. A l'humilité joignez la discrétion, qui s'interdit toute pression, tout chantage sentimental, qui respecte les voies de Dieu en cet être dont l'évolution ne correspond peut-être pas à vos désirs. Qu'importe ! ce sont les plans de Dieu qu'il faut vouloir, et non les vôtres. Enfin, que votre amour soit patient, de cette patience paysanne qui fait confiance aux saisons. Alors votre exigence d'amour donnera ses fruits.

"Ton amour sans exigence me diminue ; ton exigence sans amour me révolte ; ton exigence sans patience me décourage ; ton amour exigeant me grandit."

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