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SERVIAM remercie vivement Christophe Geffroy, Directeur du journal LA NEF, de son aimable autorisation de reproduction des lignes qui suivent...
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Une pilule qui ne passe pas
Editorial du n° 102 : février 2000

Le 12 janvier, le gouvemement de Lionel Jospin, par la voix de Martine Aubry, a lancé une vaste campagne sur la contraception. Presque vingt-cinq ans, jour pour jour, après la loi Veil du 17 janvier 1975 sur l'avortement.
Tout un symbole !
D'importants moyens ont été mobilisés, puisque cette campagne d'information coûtera au contribuable la bagatelle de 24 millions de francs.
Spots télévisés et radiophoniques, publicités dans la presse écrite, interventions dans les écoles, guide de poche tiré à 12 millions d'exemplaires (dont 5 pour les collèges et lycées), numéro de téléphone gratuit « info contraception », généralisation de Ia distribution des préservatifs dans les écoles, bref rien ne semble avoir été oublié dans cette campagne d'une ampleur inégalée.
Sans parler de la pilule du lendemain qui a été officiellement autorisée le 6 janvier dans les lycées et collèges (et pourra donc être délivrée aux mineures sans l'accord des parents).

De l'aveu même de ses responsables, une telle campagne révèle que la généralisation de la contraception n'a absolument pas fait baisser le nombre d'avortements : la France en compte environ 220 000 par an, chiffre qui, ramené au nombre d'habitants, est l'un des plus élevés d'Europe de l'Ouest.
Contraception et avortement sont au demeurant deux problèmes intimement liés, même si leur connotation morale n'est évidemment pas la même. Ils sont Iiés aux mentalités modernes.
A cet égard, il est fort à craindre que les 24 millions de la campagne d'information de Martine Aubry s'envolent sans guère de résultats durables. Car cette campagne ne cherche nullement à remonter aux causes. Au contraire, ses slogans et son esprit ne peuvent qu'aggraver la situation qu'elle voudrait améliorer.

Au fond, de quoi s'agit-il dans cette affaire ?
Ni plus ni moins d'une certaine vision de l'homme et de la femme. Le problème actuel de la contraception et de l'avortement tient à une vision réductrice, hédoniste et matérialiste de la vie. Un indéboulonnable postulat de base est que la sexualité ne doit en rien être entravée : dès la puberté, l'individu doit pouvoir jouir d'une sexualité " déresponsabilisée " totalement découplée de ses conséquences. Quel que soit l'âge, aucune norme morale ne veut être admise en la matière, chacun doit être libre de rechercher son " plaisir " là où il l'entend.
Les slogans du gouvernement sont particulièrement significatifs : la sexualité se réduit à une
simple affaire de partenaires dans laquelle d'ailleurs la différence des sexes n'intervient même plus tant est banalisée l'homosexualité.
Nulle part il n'est fait référence à la famille et à la fidélité qu'elle implique.

Avec un tel modèle de société, il n'y a rien à attendre d'une campagne d'information si ce n'est une incitation supplémentaire au dérèglement des murs et au " vagabondage sexuel ", notamment chez les plus jeunes.
Certes, dira-t-on, mais tout cela existe et on n'y peut rien, donc autant agir en amont pour essayer d'abaisser le nombre d'avortements.
Il s'agit là d'un raisonnement particulièrement spécieux comme si ce qui relevait de l'agir humain était inévitable, autrement dit comme si les hommes réagissaient comme des bêtes et n'étaient pas doués de libre arbitre (et comme si le seul fait d'exister légitimait moralement un comportement) !
Au contraire, le domaine moral est précisément celui sur lequel il est possible d'agir et d'influencer les comportements : par l'environnement, l'éducation, la force de l'exemple.
A cet égard, le législateur a une lourde responsabilité. Certes, il ne peut ni ne doit imposer par la force une loi morale.
Il est de son devoir, en revanche, de favoriser un climat dans lequel la loi morale n'apparaisse pas comme une contrainte insurmontable, mais comme une nécessité pour l'épanouissement de la personnalité et de sa liberté.

Or, aujourd'hui la seule évocation de " loi morale " est toumée en dérision. Il n'existe même plus de consensus sur l'un des fondements les plus essentiels de toute notre civilisation judéochrétienne : l'existence d'une loi naturelle - et donc aussi d'une nature humaine - qui s'impose à tous et qu'il n'est au pouvoir de personne de modifier.
Jean-Paul II l'a rappelé à temps et à contre temps (1) : en rejetant cette digue, la démocratie n'a plus aucune limite et tombe dans l'arbitraire et la tyrannie.
Rien ne peut plus empêcher qu'une majorité de circonstance décrète légal ce que bon lui semble. L' assassinat de l'innocent par exemple.
C'est déjà le cas avec l'avortement.
A quand une loi pour éliminer les trop vieux ?
Puis les anormaux ? Etc.
La loi morale n'existe plus. Il n'y a plus que la loi positive.
Créon a définitivement vaincu Antigone. Tel est l'état de barbarie auquel nous sommes tombés. Du temps de Sophocle, sous l'angle moral, les hommes étaient à un degré de civilisation supérieur au nôtre. Vous avez dit Progrès ?

(1) C£ par ex. Centesimus annus (1991) et Evangelium vita (1995).

Christophe Geffroy

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