Une
note fondamentale de
PROMOUVOIR, Association régie par la loi de 1901, Membre
du Comité d'Initiatives pour la Dignité Humaine
(C.I.D.)
B.P. 23 Carpentras Cedex 01
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Les lois de la bioéthique votées en juillet 1994 doivent légalement revenir en discussion en 1999, compte tenu des résultats des expérimentations et des avancées scientifiques, avancées fulgurantes notamment depuis la naissance de Dolly, le clone d'une brebis.
Si le clonage reproductif humain est globalement rejeté, par contre le clonage à but thérapeutique bénéficie d'un préjugé très favorable. Or, il est conditionné par la maîtrise des processus de différenciation des cellules de l'embryon après les premiers jours de leur totipotentialité. Processus loin d'être acquis, et qui ne peut l'être que par la recherche sur les enfants au stade embryonnaire fabriqués artificiellement, ce qui implique leur mise à mort.
S'il est bon pour l'humanité que la science progresse, il est tout aussi évident que, dans le domaine de la vie, elle peut "être habitée par un projet de domination", comme l'affirmait Paul Ricoeur, projet qui prendrait alors naissance dans la fécondation in vitro.
Clonage reproductif
Cette "forme extrême de la procréation artificielle", comme l'écrit l'Académie Pontificale pour la Vie, est officiellement condamnée. Mais plus qu'inquiétants sont les propos de la revue "Lancet" (1.11.98) : "le problème n'est pas d'interdire le clonage mais de se préparer à accueillir les enfants clonés comme des êtres humains à part entière" et ceux de Science et vie junior (janvier 99) qui publie un véritable plaidoyer pour le clonage grâce auquel "l'humanité s'enrichirait d'une nouvelle forme de parenté". Tout en réprouvant cette pratique, le généticien A. Kahn, de son côté, estime que le clonage pourrait être choisi par les hommes infertiles de préférence à l'appel au don de sperme. Enfin, on sait que les Américains ont fabriqué un clone humain, qui vécut douze jours.
Fantasme que tout ceci ! Admettons-le. Plus "réaliste", plus "humanitaire" et donc plus "acceptable" serait l'idée du clonage thérapeutique. Mais qu'en est-il réellement ?
Depuis la réussite de la première greffe d'un coeur, la demande de greffes se fait pressante. Puisque c'est devenu possible, rien ne devrait s'y opposer dans l'esprit du public. Or, on se heurte à deux obstacles majeurs : le rejet de l'organe greffé et le manque de donneurs. Le clonage à but thérapeutique paraît alors la solution idéale : n'importe qui pourrait faire cloner une cellule quelconque de son corps, en la transférant dans un ovule énucléé. Les cellules de l'embryon clone seraient alors cultivées en fonction de l'organe malade de l'adulte, puis greffées, opérant alors la thérapie souhaitée. Ainsi, il n'y aurait ni pénurie, ni risque de rejet !
A ce stade de réflexion, rappelons deux définitions de l'embryon. Pour le Conseil permanent de l'épiscopat français en janvier 1994, c'est "un être humain à respecter comme une personne dès sa conception". Pour le Conseil de l'Ordre des médecins (avril 1994) : "il faut respecter l'embryon qui doit être considéré dès sa conception comme un être de nature humaine avec un potentiel". Or, le "rêve" d'une thérapie par clonage de ses propres cellules passe par la recherche sur l'embryon. Comment ces cellules souches, ces cellules totipotentes parviennent-elles à se spécialiser pour fabriquer coeur, poumons, sang, peau ? Telle est l'une des finalités de la recherche. Et ces embryons, où les trouver ? En créer ? La loi l'interdit et Dieu merci, le législateur ne reviendra sans doute pas sur cette disposition. Mais il existe en France des dizaines de milliers d'embryons congelés. Ils ont été fabriqués en éprouvette pour être théoriquement implantés dans l'utérus si les premiers essais ne sont pas concluants. En fait, beaucoup sont aujourd'hui abandonnés. La loi de 1994 a prévu leur destruction après 5 ans. Nous y sommes. Morts pour morts, pour certains, mieux vaut qu'ils le soient après utilisation ! Tel est le souhait pressant de nombre de scientifiques de l'Académie de médecine, du Conseil d'Etat ou encore du Comité National d'Ethique, qui a été à cette occasion accusé par Jean Gelamur et "de dérive éthique", et de "franchissement de la ligne jaune".
Du point de vue catholique, la "ligne jaune" a été naturellement tracée dès 1997 par l'Académie pontificale pour la vie. Même arrêté "avant transplantation dans l'utérus, il demeure également injuste d'un point de vue moral", une telle expérimentation détournant arbitrairement la finalité du corps humain, élément constitutif de la dignité et de l'identité personnelle de chacun. Plus récemment (1), le Centre de bioéthique de l'université catholique du Sacré Coeur de Rome a consacré une longue réflexion sur le clonage dit thérapeutique en insistant sur le fait que les scientifiques ne cherchent pas d'abord à cultiver des tissus mais à produire des embryons humains à partir desquels ils utiliseraient les cellules. Il condamne donc fermement cette pratique, notamment parce qu'elle aboutit à la mort de l'embryon, et dénature la signification humaine de la procréation.
De la Fivete
Le professeur EDWARDS, "père" et concepteur de Louisa Brown, le premier bébé éprouvette né en 1978, avait fait valoir que cette technique permettrait aux couples stériles d'avoir un enfant mais il n'avait pas pour autant caché sa double ambition : éliminer les maladies génétiques et constituer des réserves d'organes à partir de jumeaux homozygotes obtenus de force à partir de l'embryon fabriqué in vitro.
La réflexion qui s'est alors élargie au sein de la Franc Maçonnerie a permis au docteur SIMON de la consigner dans son célèbre ouvrage "De la vie avant toute chose". Il fut présenté par Le Figaro magazine du 24.XI.79 notant alors "l'extraordinaire prescience " des loges. En voici des reflets : "les solutions que nous fournit la morale traditionnelle ne peuvent plus nous contenter. Elles reposent sur une sacralisation du principe de vie dont l'essence est superstitieuse et de la démarche fétichiste (!) La vie perd le caractère d'absolu qu'elle avait dans la Génèse. (!) La sexualité sera dissociée de la procréation et la procréation de la paternité. C'est tout le concept de famille qui est en train de basculer ici : le père n'est plus le géniteur mais celui qui élève l'enfant. (!) C'était certes (!) la définition possible d'une nouvelle sexualité, la création, à la limite, d'une nouvelle nature humaine et d'un nouveau concept de vie. Nous découvrirons ainsi que la nature, la vie, sont plus que jamais une production humaine (!)".
Après 20 années de pratique de la fécondation in vitro, il est possible d'en tirer quelques conclusions de la manière dont elle a été mise en oeuvre. On sait qu'elle se pratique essentiellement lorsque les hommes sont stériles ou quand les trompes de la femme sont bouchées, les MST (2) en étant la cause fréquente. A ces "bénéficiaires" s'ajoutent, en France depuis très peu de temps, mais en Angleterre depuis 1990, les couples non stériles mais susceptibles de donner naissance à un enfant porteur de gènes de maladies graves et incurables. Dans ce cas, le diagnostic pré-implantatoire (DPI) est effectué lorsque l'embryon in vitro aura développé au moins quatre cellules. Si le microscope décèle des risques majeurs, l'embryon sera détruit. D'évidence il s'agit d'une opération eugénique visant à obtenir une "bonne reproduction". L'eugénisme est d'ailleurs un composant de la problématique des procréations artificielles. On voit nettement le contour de ce que pourrait être sa définition, conçue de manière très restrictive : l'extermination programmée par une autorité d'un groupe d'individus en relèverait seule. Dans le même temps, la mort de milliers de bébés tués in utero et in vitro pour cause de "non-conformité", dans la mesure où elle relève seulement de la décision individuelle des femmes (voire des biologistes), serait considérée comme dépourvue de tout lien avec une telle politique eugéniste !
Certes, la naissance d'un bébé dans un couple stérile est cause de grandes joies pour les parents mais on en connaît les coûts ; pas seulement financiers ! Combien de dizaines de milliers de francs pour obtenir un enfant vivant ! De ce point de vue, la société pourrait faire un rapprochement avec les soins indispensables, pas ou fort mal remboursés par la sécurité sociale. Plus immédiate, la liste des "inconvénients" induits par la Fivete est connue : problème pour l'enfant né d'un donneur anonyme de sperme, problème des réductions embryonnaires, ces avortements "qui ne rentrent pas dans le cadre des conditions dérogatoires prévues par la loi Veil" (Ordre des médecins) ; traumatisme physique et psychologique pour les femmes, dangers de la pratique de l'ICSI aggravant notablement les risques de mucoviscidose, (l'Intra-Cycloplasmic Sperm Injection consiste à introduire de force un spermatide dans l'ovule. Cette méthode, n'ayant pas été préalablement expérimentée sur les animaux, est en contradiction avec le code de Nuremberg de 1947, véritable texte fondateur de l'éthique médicale moderne). A cette liste non exhaustive, s'ajoute l'invraisemblable gaspillage de vies, embryonnaires ou foetales. Ainsi entre 1986 et 1994, 167 737 ponctions d'ovules ont permis la création de 660 000 embryons à l'origine de 67 987 grossesses se terminant par la naissance de 16 897 enfants (dont 4 000 jumeaux, triplés,)
Aussi n'est-il pas étonnant de lire sous la plume d'un chercheur à l'INSERM, psychanalyste dans une maternité (QM 15.VII.98) qu'il existe "un consensus international sur les effets négatifs des Procréations Médicalement Assistées".
La grande sagesse de l'Eglise
Sur ce sujet, depuis Pie XII, l'Eglise n'a cessé de s'opposer à toutes les pratiques qui contredisent et la nature de l'homme et la fin du mariage : comme le souligne Donum vitae, le magistère propose "la doctrine morale qui correspond à la dignité de la personne et à sa vocation intégrale". Et les critères sur lesquels elle s'appuie sont "le respect, la défense et la promotion de l'homme, son droit primaire et fondamental à la vie, sa dignité de personne dotée d'une âme spirituelle, de responsabilité morale et appelée à la communion bienheureuse avec Dieu.... Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée car l'homme est, sur la terre, l'unique créature que Dieu a voulu pour lui-même" (ibidem).
Le discours de l'Eglise sur la nature humaine tient en quelques mots : une "totalité unifiée" dit Jean-Paul II, une nature en même temps corporelle et spirituelle, le corps étant "partie constitutive de la personne qui se manifeste et s'exprime à travers lui" (ibidem). Et par conséquent "toute intervention sur le corps humain ne touche pas seulement les tissus, organes et leurs fonctions mais engage aussi à des niveaux divers la personne même" (ibidem).
En ce qui concerne le mariage "il possède des biens spécifiques et des valeurs d'union et de procréation sans commune mesure avec celles qui existent dans les formes inférieures de la vie", parce que "Dieu, qui est amour et vie, a inscrit dans l'homme et la femme la vocation à une participation spéciale à son mystère de communion personnelle et à son oeuvre de créateur et de Père" (ibidem).
Le docteur Henri LAFONT en a tiré de fort claires conclusions à propos de la Fécondation in vitro (3) : "La fécondité du genre humain est inséparable de l'amour des époux et de son expression charnelle (...) Nous allons donc parler d'amour, c'est bien le noeud du sujet (...) l'amour peut effectivement s'exprimer de différentes façons, mais, et l'Eglise y insiste, dans son lien avec la procréation, l'amour conjugal passe par l'étreinte des corps qui se donnent : "je me donne à toi, corps et âme, je m'anéantis, je sais que, par là, peut éclore une nouvelle vie, mais je ne fais par là ni l'amour, ni un enfant, je me donne, je me lie et je suis prêt à assumer la responsabilité d'une maternité, d'une paternité".
A l'évidence dans la Fécondation in vitro non seulement cette dimension n'existe pas, mais l'enfant devient l'objet d'une technique de reproduction sur lequel l'équipe de laboratoire a en fait un droit de vie et de sélection. On rétorquera qu'il faut de l'amour pour subir ce véritable parcours de combattant qu'est la fécondation in vitro mais "confier ses gamètes à un laboratoire est-il un geste d'amour ? C'est bien un don, mais un don partiel, fragmentaire... On donne bien quelque chose de soi, mais on ne se donne pas. C'est un cadeau, ce n'est pas un don total qu'exprime la relation éternelle, même si ce "cadeau" est fait par amour de son conjoint" (ibidem).
Que ce soit dans le catéchisme de l'Eglise catholique, dans l'encyclique Evangelium Vitae, la Charte du personnel de la Santé, on retrouve cette même affirmation : l'enfant a le droit absolu, parce qu'il est une personne, d'être le fruit d'un don personnel et non pas d'une technique.
La grande illusion
A la veille de la révision des
lois de la bioéthique, grande est la tentation de catholiques
convaincus d'accompagner les pratiques en cours, mais en demandant
qu'on le restreigne au minimum. Certes, ils affirment avec force
l'immoralité de la Fécondation in vitro mais
simultanément, comme s'ils prenaient acte de la fatalité
du processus, ils voudraient en limiter les conséquences.
Par exemple en en réservant l'accès
aux seuls couples mariés ou bien en interdisant la production
d'embryons surnuméraires. Pour justifier cette position,
ils font une analogie avec le §73 de l'encyclique Evangelium
Vitae, lequel indique que, dans les pays qui ont fait "l'expérience
amère" de législations permissives sur
l'avortement et où il n'est présentement pas possible
de l'abroger complètement, les parlementaires peuvent licitement
approuver des modifications qui en limitent les aspects injustes,
à condition d'avoir fait connaître publiquement et
constamment leur "opposition absolue à l'avortement".
Appliquée aux lois de la bioéthique,
l'encyclique admettrait donc un sévère encadrement
sans suppression pour autant du mal lui-même.
Cependant, ce §73 concerne
spécifiquement l'euthanasie et surtout l'avortement. L'allusion
aux législations de la bioéthique n'y figure même
pas.
Qui plus est il s'adresse précisément
aux seuls parlementaires, exigeant d'eux, pour ce faire,
comme il a été dit à l'instant : "une
opposition absolue, manifeste et connue de tous". A l'évidence
donc, des associations ou des personnalités catholiques,
qu'elles soient rattachées ou non à la hiérarchie
à travers la pastorale catholique, dès lors qu'elles
ne sont pas parlementaires, n'entrent pas dans ce cadre.
A
l'extrême, si on pouvait l'admettre, quelles propositions
concrètes pourraient garantir que les limites proposées
soient respectées ? Alors qu'on connaît la concurrence
folle que se font les laboratoires et les industries pharmaceutiques
dans la manipulation de l'humain. En France, d'ailleurs, où
sont les outils de nature à permettre des contrôles
de façon indépendante ? Existent-ils même
? En fait, on expérimente... "Comment savoir,
écrit ainsi le Professeur Frydman, si nous pouvons développer
des techniques de congélation de l'ovule à moins
de CONCEVOIR des EMBRYONS sans projet parental, uniquement pour
vérifier qu'ils sont normaux. C'est ce que NOUS AVONS FAIT
quand nous nous sommes lancés dans les premières
FIVETE, ce que nous avons fait pour la congélation d'embryons
et pour l'ICSI. Aucun des foudroyants progrès de la procréation
assistée n'aurait pu avoir lieu, si nous n'avions décidé
de créer des embryons pour la recherche"
(Dieu, la médecine et l'embryon, 1997, p.191). Pour ce
célèbre médecin, il faut le préciser,
à partir du moment où l'embryon n'est pas ou n'est
plus l'objet d'un "projet parental", il n'est qu'une
"chose" !
Nous sommes aux antipodes de la pense chrétienne. Projet ou non, embryon, bébé, adulte, handicapé ou non, vieillard, tous sont des êtres humains, seules créatures au monde voulues par Dieu pour elles-mêmes, par le fait même de leur existence et à la vie de qui nul n'a le droit de disposer.
Conclusion :
Dans une déclaration officielle diffusée en 1997, les lauréats de l'Académie internationale humaniste, parmi lesquels Mme Simone Veil, indiquaient : "Les bienfaits potentiels du clonage peuvent être si formidables que ce serait une tragédie si d'antiques scrupules théologiques devaient conduire à son rejet. Nous demandons instamment la poursuite du développement responsable des techniques du clonage et un engagement aussi large que possible pour garantir que les opinions traditionalistes et obscurantistes anachroniques n'entraveront pas les développements scientifiques bénéfiques".
Contrairement à de telles exigences, et compte tenu de tout ce qui précède, certains de défendre la seule vision de l'homme qui soit une vision d'avenir, nous travaillerons à ce qu'aucune forme de clonage ne soit autorisée et que soit maintenue l'interdiction d'effectuer des recherches sur l'embryon, car "il est déjà un homme celui qui doit le devenir" (Tertullien au 2ème siècle).
De la fécondation in vitro à tous ses avatars jusqu'au clonage horizontal, nous rejetterons toutes les formes, pour rendre enfin à l'Amour sa saveur de toujours.
Guy FAIVRE d'ARCIER, Chargé de la bioéthique
NOTES :
(1) Voir Homme Nouveau (avril 1999)
(2) MST : Maladies sexuellement
transmissbles
(3) intervention
au colloque de l'Académie d'éducation et d'étude
sociale - Octobre 1992.
Note sur "PROMOUVOIR" :
Née en 1996, cette association de défense des valeurs judéo-chrétiennes, qui vient d'obtenir deux condamnations pénales de diffuseurs de pornographie (l'une des amendes atteint 250.000 Francs), et qui est en pointe dans le combat contre le Pacs, travaille par ailleurs sur les questions touchant à la famille et à la bioéthique. Le texte qui précède a été élaboré par ses soins dans la perspective des importants débats à venir sur cette dernière question.