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  la puberté : pureté et liberté
par le Père Daniel-Ange

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Serviam remercie vivement la Congrégation pour le Clergé de son aimable accord de reproduction
de ce beau texte extrait de l'ouvrage du père Daniel Ange : Ton corps fait pour l'amour
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LA PUBERTÉ : PURETÉ ET LIBERTÉ

Le premier éveil de la génitalité est pour chacun un seuil décisif dans son existence. La manière dont cela se passe peut marquer une vie, comme au fer rouge. Peur, stupéfaction, inquiétude se mêlent devant quelque chose de nouveau, qu'on ne soupçonnait pas.
Des tas de questions se déclenchent dont, souvent, on n'ose parler à personne. Pourtant, comme jamais, on aurait alors besoin d'être éclairé, conseillé, soutenu et guidé...


L'ADOLESCENCE OU L'AMOUR S'ENRACINE DANS L'ESPÉRANCE

Une chose m'a longtemps interrogé : pourquoi l'éveil si précoce de la puberté, à un âge où nous ne sommes pas encore capables de vivre un grand amour? Pourquoi dans le temps, ce déphasage entre la possibilité déjà donnée d'exercer physiquement sa sexualité et sa capacité de la vivre dans un amour grand et fort ? Pourquoi est-on traversé par une force vitale, avant de pouvoir vraiment la maîtriser?

Et si c'était précisément pour que l'instinct ait le temps d'être éduqué, assumé, intériorisé... Bref, le temps de s'humaniser.
Le temps laissé pour qu'à l'heure où s'éveille l'autonomie de la personne, on puisse, pas à pas, acquérir notre autonomie sexuelle. Si on se laisse alors entièrement prendre par l'instinct, alors on va être entièrement dépendant du moindre attrait vers l'autre. Et nous voilà emporté, ballotté en tous sens.
Mais ce temps, si difficile à vivre, n'est-il pas surtout donné pour enraciner l'amour dans l'Espérance ? L'adolescence est par excellence l'âge de l'espérance. C'est pourquoi tant d'adolescents perdent l'espérance avant de perdre la foi. Souvent ils ne perdent pas du tout la foi, mais simplement l'espérance.
Pourquoi ? Parce que la jouissance immédiate détruit l'espérance. « Petites éternités de jouissance qui s'invertissent vite en longues éternités de désespérance ! » (Olivier Clément.)
Ces expériences sapent l'espérance. On finit par ne plus rien attendre, ne plus rien préparer, ne plus rien désirer. On ne tend plus vers rien.
Aucune surprise n'est en avant. On a tout vu, tout fait, tout essayé. On est blasé, usé, fané.

CE JARDIN SECRET À PROTÉGER

Quand s'éveille ta sexualité, un jardin ignoré jusque-là s'ouvre devant toi. Tu commences par en garder le secret. Jalousement. Farouchement. Tu n'en parles pas, et surtout pas à tout le monde.
« La pudeur, composante fondamentale de la personnalité, peut être considérée comme la conscience éveillée qui défend l'amour authentique... moyen efficace pour faire fleurir l'amour authentique,
intégrer la vie affective-sexuelle dans une certaine harmonie de la personne. » Orientations, n° 90.
Une question indiscrète en ce domaine te blesse plus qu'aucune autre. Cela résonne en de telles  profondeurs ! C'est comme un espace sacré, un sanctuaire. On ne s'y glisse qu'en otant ses sandales, et sur la pointe des pieds. Pour ne rien salir, ne rien abîmer. Tout est si beau, simple, délicat. Et mystérieux en même temps.

La pudeur, n'est-ce pas la délicatesse d'un coeur qui aime ? Se montrer dans sa nudité, n'est-ce pas dévoiler un secret d'âme ? L'amour a horreur du m'as-tu-vu, horreur de s'exhiber. Des mots de tendresse ne se hurlent pas, ne se disent pas au micro. Des -gestes de tendresse ne se font pas sur estrade ou podium. Dès qu'il s'y mêle du tape-à-l'oeil, le regard est déjà flétri. Tu te gardes pour celui/celle que tu inviteras de toi-même. A qui, de toi-même, tu voudras bien ouvrir la grille de ton jardin. Tu refuses toute effraction : en fracasser les portes serait tout profaner. Tu en réserves l'accès à qui est prêt à t'aimer. De toi-même, tu lui feras découvrir allées et massifs. Son regard sera le premier à s'y poser. Ses yeux y jetteront une clarté neuve. Mais que dira-t-il/elle si, un bulldozer a déjà massacré la roseraie ?

« Elle est un jardin bien clos, ma soeur, ô fiancée !
Source scellée, puits d'eau vive !
Que mon bien-aimé entre dans son jardin !
Qu'il en goûte les fruits délicieux ! »
Cantique 4,12.

NE COUPE PAS LA ROSE, OFFRE LE ROSIER

La rose que tu rêves d'offrir, ne la coupe pas : en six jours elle se fanerait ! Mais offre-la avec la terre même où elle est née. Si tu donnes et la rosé et le rosier, et les racines et le terreau humide, et le beau pot de grès ... tout, quoi ! alors la rosé aura beau perdre des pétales, d'autres se mettront à éclore. Sans fin. Tant que la rosé se nourrit et de la pluie et du soleil, et de la tendre sollicitude du jardinier. Et tout offrir de soi, n'est-ce pas le mariage ? Le rosier, n'est-ce pas toute la vie ?
« Une relation sexuelle qui n'est pas vécue dans un contexte d'un engagement total et d'amour fidèle, ressemble à première vue à un acte d'amour, mais en fait il en diffère autant qu'une fleur coupée d'une fleur vivante : la fleur coupée peut sembler belle et pleine de vie, mais elle est condamnée, qu'on le veuille ou non, à se faner bien vite. » (L.J. Suenens.)

En écoutant tant de jeunes me confier le désarroi, le trouble vécu au moment de leur puberté, il est de plus en plus capital que l'enfant soit alors clairement préparé, informé, non seulement sur le fonctionnement biologique mais surtout sur le sens des transformations qu'il vit, et qui peuvent lui être déroutantes, ou lui paraître dégoûtantes. Que le garçon lors des premières pollutions, la fille lors de ses premières règles, ne se culpabilisent pas, sachent qu'il s'agit de choses normales, saines et bonnes, voulues par le Créateur.

« Oui, un jour, je pourrai bercer un enfant à moi, que j'aurai créé.
Alors, en attendant, je lui prépare, à cet enfant, l'univers secret en moi où lui seul vivra, grandira, naîtra!
Je l'habille, chaque jour, de lumière pour que, lorsque mon enfant y viendra, il soit heureux et fier de son premier jardin !
« Je veux cueillir les plus belles fleurs, et les semer dans mon jardin secret.
Je veux offrir à mon enfant une maison fleurie, ensoleillée, belle.
Parce que Jésus m'aide à préparer, à construire cette maison.
Il a du goût, tu sais ! » .
Mynam, 14 ans.

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