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Serviam met en ligne la courageuse intervention du Sénateur B. SEILLIER, le 31 octobre 2000 :

Un Sénateur français parle....

MADAME la Ministre, Madame la Secrétaire d'État, Monsieur le Président, mes chers Collègues,
j'ai beaucoup écouté les arguments avancés par les uns et par les autres sur la contraception dite d'urgence. Tout semble lumineux.
La politique d'incitation à la contraception développée depuis 1967 serait un échec. Il faudrait donc non seulement la relancer pour arriver enfin à faire de la contraception un comportement réflexe et préventif, mais aussi la compléter par une contracep-tion de rattrapage, dite " du lendemain ".
Ne doit-on pas pourtant et d'abord dénoncer l'hypocrisie des adultes qui incitent à la vie sexuelle précoce, présentée parfois comme un droit sexuel des jeunes, et qui semblent découvrir ensuite les situations dramatiques qui en résultent ? Ayant entendu vos pro-pos, Madame la Ministre, je mets à part votre position sur le sujet.
L'avant-propos du rapport de notre éminent collègue Monsieur Neuwirth semble à première vue incontestable quand il dit : " Avoir un enfant avec l'être qu'on aime, au moment où l'on peut l'accueillir dans les meilleures conditions, d'abord pour lui-même, car un enfant, c'est d'abord un projet de vie dont les auteurs ont la respon-sabilité, c'est un accomplissement. "
Mais pourquoi ne pas dire d'abord que le couple lui-même est un projet de vie en commun? Car il n'y a pas que la fécondité qui doive être entourée d'une telle attention. La relation sexuelle n'est pas anodine et banale, elle concerne toute la personnalité.
Avoir une relation avec l'être qu'on aime devrait signifier unir sa vie à la sienne et, pour cela, s'y préparer pendant son adolescence. Or ce qui, hier, semblait encore un idéal peu controversé paraît abandonné par les adultes - beaucoup plus que par les jeunes d'ailleurs - et ce qui est présenté par les adultes comme un fait de société irréversible imposerait, dès lors, la logique de la contraception généralisée.
Mais qu'y aurait-il donc de fondamentalement changé en homme pour le conduire à se glorifier désormais de donner libre cours à ses pulsions? Heureusement, cet enchaînement n'est pas aussi irréversible qu'on le croit parfois. Ici ou là, aux États-Unis notamment mais en France aussi, existent des jeunes de plus en plus nombreux -qu'anime un idéal exigeant pour la préparation et la pratique d'un authentique amour conjugal
Si l'on réfléchit déjà un peu au problème de la procréation, on voit combien est approximative la thèse de la décision rationnelle et de la programmation de l'enfant. Quel homme peut dire qu'un jour il s'est senti tout à fait prêt à décider de devenir père? N'est-ce pas, pour beaucoup, l'amour de sa femme et la venue de l'enfant qui le font devenir père? Qui peut savoir le moment où les conditions d'accueil de l'enfant sont tout à fait convenables? Qui peut affirmer, en dehors de quelques rares et exceptionnelles circonstances, qu'elles ne le sont pas?
Quand on lit cet extraordinaire livre de Madeleine Aylmer Roubenne, préfacé par Geneviève de Gaulle Anthonioz, évoquant, certes, une situation limite mais sans doute éclairante - J'ai donné la vie dans un camp de la mort - on est profondément bouleversé de constater combien, en fait, l'arrivée de l'enfant est mobilisatrice de l'amour de tous, mobilisatrice de toutes les énergies, suscitant des prodiges d'imagination, de tendresse et de courage.
Et que l'on pense tout simplement à tous les exclus du quart-monde, qui ne sont riches que de leurs enfants! Est-ce bien raisonnable, ou admirable, voire les deux?
Nous avons donc le choix entre deux philosophies, deux anthropologies difficilement conciliables derrière nos débats : d'un côté, une sexualité impulsive et qui implique, dès lors, l'organisation contraceptive systématique; de l'autre, une sexualité véritablement humaine, inséparable de la construction de la personnalité.
La première hypothèse ne conduira-t-elle pas un jour inexorablement à des campagnes pour la stérilisation, pour en finir avec les aléas de la contraception ? C'est déjà le cas dans certains pays!
A contrario, le régime de maîtrise personnelle à deux, à partir d'une connaissance en constant progrès de la physiologie féminine, offre une toute autre perspective à l'accomplissement de l'homme et de la femme. C'est aussi la voie d'une écologie authentique ment humaine, et donc caractérisée par une responsabilité partagée. C'est la voie du progrès
Je ne nie pas que les circonstances particulières dans lesquelles vivent certaines personnes les conduisent à agir selon l'une ou l'autre de ces conceptions, et ce n'est pas cette question de conduite personnelle que je soulève ici. Mais le politique doit prendre en considération à la fois le bien personnel et le bien de la société dans son ensemble, en dépassant les cas particuliers, car chacun d'entre nous a besoin de toute la société, avec sa diversité, pour se développer et s'épanouir.
Or, depuis une quarantaine d'années, le développement des campagnes en faveur de la contraception tend à devenir normatif et à caricaturer d'autres conceptions sur la sexualité. Le bonheur des personnes, et donc la stabilité de la société, en souffrent. La violence liée à l'instinct sexuel se trouve libérée, alors que la pacification des relations sociales, véritable fruit de la maîtrise de soi, se désagrège.
Se développe une sexualité vagabonde, détachée de tout lien durable entre partenaires devenus des " particules élémentaires " qui fragilise l'amour, le lien familial et donc, à long terme, le lien social. J'en veux pour preuve le constat que nous faisons aujourd'hui comme maires à propos des divorces, qui se multiplient après de longues années de vie commune.
N'est-il pas temps aussi de dénoncer la domination sans cesse plus affirmée de l'homme sur la femme, devenue pour lui un objet sexuel toujours disponible et qu'il peut jeter après usage? La poignante révolte de la compagne de José Bové se passe de commentaires...
Par quel miracle la société survit- elle encore Lui peu à la clandestinité organisée de l'amour conjugal et familial? C'est grâce à la jeunesse, qui continue à entretenir le goût pour un amour authentique. C'est évidemment autour d'elle - de l'adolescence particulièrement - que la passion de la transmission de la vie s'exprime facilement et spontanément. L'adolescent ne
Fense pas d'abord à l'aventure passagère, il croit à amour qui ne calcule pas, qui ne compte pas. Ce n'est pas seulement qu'il aime le risque, c'est qu' il est surtout spontanément et naturellement en phase avec la fécondité de la sexualité, qu'il souhaite même l'éprouver. Ce n'est qu'avec le temps, et devant l'exemple même des adultes, qu'il acquiert la maturité souhaitable.
À l'opposé, l'incitation aux relations sexuelles précoces et prématurées ne peut que conduire à la multiplication des grossesses chez les mineures.
Les incohérences sont, par ailleurs, multiples autour de cette proposition de loi.
La première, et non des moindres, est que le Norlevo est aujourd'hui en vente libre dans les pharmacies. L'État de droit n'est plus qu'une façade!
Un autre sujet d'étonnement tient au délai d'efficacité du Norlevo : il vaut mieux l'avoir acheté la veille pour qu'il ne risque pas de devenir la " pilule du surlendemain ", ayant perdu 25 % de son efficacité!
Dans ce débat, largement mais superficiellement médiatisé, les jeunes ne pourraient-ils pas trouver quelques signes en provenance du Parlement pour les encourager à oser l'aventure humaine de l'amour véritable, plutôt qu'un palliatif dissimulé derrière le paravent d'une assurance chimique contre la vie?
L'idéologie scientiste du contrôle chimique de la sexualité ne représente-t-elle pas un nouveau type d'oppression du genre humain? II n'y a de libération authentique que dans une liberté conquise par la volonté, s'exprimant à travers la maîtrise de soi pour mieux aimer.
La vie n'est pas seulement biologique, elle est aussi et surtout âme et esprit chez l'être humain, et la grandeur de l'homme est de ne pas dissocier sexualité, affectivité et spiritualité : seul son esprit lui permet d'articuler dans le temps sa fécondité et sa sexualité sans rompre son unité intérieure.
C'est pourquoi l'exclusion, la mise au chômage de l'esprit par la diffusion d'une mentalité contraceptive généralisée ampute la sexualité et nie toute sagesse et toute philosophie. Et, loin de porter remède aux détresses qu'elle prétend traiter, elle risque fort de les multiplier à l'avenir.
Ce danger me paraît très grave et c'est pourquoi, en conscience, il me conduit à rejeter cette proposition de loi.

BERNARD SEILLIER

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