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Jean-Paul II, Pèlerin à Lourdes en Août 2004
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Pèlerinage apostolique du Pape Jean Paul II à Lourdes
à l’occasion du 150e anniversaire de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception

14-15 août 2004


Aeroport de Tarbes, samedi 14 août 2004
Allocution de bienvenue du Président Jacques Chirac à Jean Paul II


Très Saint-Père,
C’est pour moi un plaisir et un honneur de vous accueillir et de vous souhaiter la bienvenue à Tarbes aujourd’hui. La France se réjouit de vous recevoir une nouvelle fois à l’occasion de ce pèlerinage à Lourdes, le second après celui que vous aviez effectué en 1983.
Sept fois déjà, Très Saint-Père, vous êtes venu dans notre pays, vieille terre de chrétienté, en particulier pour ces Journées mondiales de la jeunesse qui, en août 1997, réunirent à Paris plus d’un million de jeunes. Les Françaises et les Français en gardent un puissant souvenir.
L’an dernier, vous avez fêté à Rome la vingt-cinquième année de votre pontificat, entouré de celles et de ceux qui s’étaient déplacés de tous les continents pour vous témoigner leur admiration, leur affection et les vœux qu’ils forment à votre intention.
Cette année, vous avez choisi de revenir à Lourdes, où s’incarne le souvenir d’une sainte française, Bernadette Soubirous, femme de cœur et de foi qui a donné de l’espoir aux plus démunis, source de réconfort et d’inspiration pour les catholiques du monde entier.
Chacun mesure la portée de votre venue en ces lieux exceptionnels où s’expriment tant de courage, de dévouement et de solidarité.
Pèlerin parmi les pèlerins, votre présence, votre sollicitude, votre exemple raviveront la ferveur de toutes celles et de tous ceux qui, souvent dans la souffrance et dans la maladie, viennent prier à Lourdes, ce haut lieu de foi et d’espérance.
Demain, vous célébrerez l’Eucharistie qui, en ce lieu et en ce jour consacré à la Vierge Marie, prendra une résonance toute particulière.
Car, par-delà les croyances et les convictions de chacun, une conscience universelle se fait jour peu à peu. Trop lentement sans doute, mais inexorablement pouvons-nous l’espérer, les peuples, les Nations, les États reconnaissent que la sauvegarde du plus faible, du plus fragile, du plus démuni constitue un devoir, un impératif moral qui transcende les frontières.
La France et le Saint-Siège se rejoignent dans ce combat pour un monde qui place l’homme au cœur de tout projet.
Un combat pour la paix, pour que les relations entre les États soient soumises à la loi, récusant la politique du fait accompli, prônant le dialogue des cultures comme antidote à la violence et au rejet de l’autre.
Un combat pour la liberté, la reconnaissance de l’égale dignité de tous, femmes et hommes, le refus de toutes les formes de discrimination, d’oppression, de racisme et de haine, particulièrement urgent devant la montée du fanatisme et de l’intolérance.
Un combat pour la solidarité, la justice et le progrès social, pour que cessent les scandales de la pauvreté de masse, de l’analphabétisme ou de la faim alors que jamais le monde n’a été aussi riche.
Un combat pour la nature, que l’homme a reçue en partage, qu’il doit traiter avec respect et précaution s’il veut assurer son avenir et celui des générations futures.
L’idéal qui nous anime est celui d’une humanité unie autour de valeurs universelles, et capable par là même de respecter et célébrer la diversité de ses histoires et de ses cultures ; d’une humanité d’autant plus assurée dans sa quête de connaissance et de progrès qu’elle se soumet à l’éthique de responsabilité et à l’exigence de solidarité.
L’inlassable pèlerin que vous êtes incarne ces combats, comme il incarne l’audace, le courage et cette force qui fait de vous, Très Saint-Père, un pasteur universel et un homme de paix.
Puisse votre séjour sur la terre de France apporter sérénité et espérance à celles et à ceux qui vous écoutent et qui vous suivent.


Aeroport de Tarbes, samedi 14 août 2004

Cérémonie de bienvenue
Discours du Pape Jean Paul II au Président de la République
 

Monsieur le Président,
Chers Frères dans l’Épiscopat,
Mesdames et Messieurs les Responsables de la société qui êtes venus ici,
1. Je bénis le Seigneur qui me permet de revenir encore une fois sur cette terre bien-aimée de France et de vous adresser à tous mes souhaits de grâce et de paix. La raison de ma venue est la célébration du cent cinquantième anniversaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.
Par une démarche personnelle, je désire donc m’unir aux millions de pèlerins qui, de toutes les parties du monde, convergent chaque année à Lourdes, pour confier à la Mère du Seigneur les intentions qu’ils portent dans leur cœur et pour demander son aide et son intercession.
2. Me rendant vers ce lieu béni, je désire dès à présent adresser à Votre Excellence, Monsieur le Président, mon salut cordial, ainsi qu’aux fils et aux filles de votre noble pays qui célèbre en ces jours le soixantième anniversaire du « débarquement de Provence ». Je souhaite que ces célébrations favorisent la concorde entre les peuples et participent au renouvellement de leur engagement commun dans la recherche et la construction de la paix.
Je me souviens avec joie de mes précédentes visites en France et je profite aussi volontiers de cette occasion pour rendre hommage au grand patrimoine de culture et de foi qui en a marqué l’histoire. Je ne peux oublier, en effet, les grands saints de votre terre, les maîtres illustres de la pensée chrétienne, les écoles de spiritualité, les nombreux missionnaires qui ont quitté leur patrie pour annoncer au monde le Christ Seigneur. Et je me tourne avec confiance vers la communauté chrétienne d’aujourd’hui, qui accueille avec générosité l’invitation à animer notre temps avec la sagesse et l’espérance qui viennent de l’Évangile.
3. Dans le respect des responsabilités et des compétences de chacun, l’Église catholique désire offrir à la société sa contribution spécifique en vue de l’édification d’un monde dans lequel les grands idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité puissent constituer la base de la vie sociale, dans la recherche et la promotion incessante du bien commun.
Je confie ces vœux à l’intercession de la jeune Bernadette Soubirous, humble fille du pays de Bigorre, et j’implore sur tout le pays, par l’intercession maternelle de la Vierge Marie, les Bénédictions de Dieu, gage d’un présent et d’un avenir de prospérité et de paix.



Grotte de Massabielle, Samedi 14 août 2004
Salut du Pape Jean Paul II aux malades


Arrivant à la Grotte de Massabielle, je souhaite adresser mon premier salut aux malades, qui viennent toujours plus nombreux dans ce sanctuaire, à ceux qui les accompagnent, à ceux qui les soignent et à leurs familles.
Je suis avec vous, chers frères et sœurs, comme un pèlerin auprès de la Vierge ; je fais miennes vos prières et vos espérances ; je partage avec vous un temps de vie marqué par la souffrance physique, mais non pour autant moins fécond dans le dessein admirable de Dieu. Avec vous, je prie pour ceux qui se sont confiés à notre prière.
Pour mon ministère apostolique, j’ai toujours eu une grande confiance dans l’offrande, dans la prière et dans le sacrifice de ceux qui souffrent. Je vous demande de vous unir à moi au cours de ce pèlerinage, pour présenter à Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, toutes les intentions de l’Église et du monde.
Chers frères et sœurs malades, je voudrais vous serrer dans mes bras, l’un après l’autre, de manière affectueuse et vous dire combien je suis proche de vous et solidaire de vous. Je le fais spirituellement, vous confiant à l’amour maternel de la Mère du Seigneur et lui demandant de vous obtenir les Bénédictions et les consolations de son Fils Jésus.


Grotte de Massabielle, samedi 14 août 2004
Récitation du Rosaire et procession de la grotte des apparitions de Massabielle jusqu’à la Basilique de Lourdes

Allocution du Pape Jean Paul II pour introduire le chapelet


Chers Frères et Sœurs,
1. M’agenouillant ici près de la grotte de Massabielle, je ressens avec émotion que j’ai atteint le terme de mon pèlerinage. Cette grotte, où est apparue Marie, est le cœur de Lourdes. Elle fait penser à la grotte du mont Horeb où Élie rencontra le Seigneur qui lui parla dans le « souffle d’une brise légère » (1 R 19, 12).
Ici, la Vierge invita Bernadette à réciter le Rosaire, égrenant elle-même le chapelet. Cette grotte est devenue ainsi le siège d’une étonnante école de prière, où Marie enseigne à tous à contempler avec un ardent amour le visage du Christ.
C’est pourquoi Lourdes est le lieu où les croyants de France et de tant d’autres nations d’Europe et du monde prient, à genoux.
2. Pèlerins à Lourdes, nous voulons, nous aussi, ce soir, en priant avec la Vierge, parcourir à nouveau les « mystères » à travers lesquels Jésus se manifeste « comme lumière du monde ». Souvenons-nous de sa promesse : « Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12).
De l’humble servante du Seigneur, nous voulons apprendre la disponibilité docile à l’écoute et l’engagement généreux à accueillir dans notre vie l’enseignement du Christ.
En particulier, en méditant sur la participation de la Mère du Seigneur à la mission rédemptrice de son Fils, je vous invite à prier pour les vocations au sacerdoce et à la virginité pour le Règne de Dieu, afin que ceux qui sont appelés sachent répondre avec disponibilité et persévérance.
3. Tournés vers la Très Sainte Vierge Marie, disons avec Bernadette : « Ma bonne Mère, ayez pitié de moi ; je me donne tout entière à vous afin que vous me donniez à votre cher Fils que je veux aimer de tout mon cœur. Ma bonne Mère, donnez-moi un cœur tout brûlant pour Jésus ».



Basilique du Rosaire, samedi 14 août 2004
Prière du Saint-Père pour conclure le chapelet


Je te salue Marie, Femme pauvre et humble, bénie du Très-Haut !
Vierge de l’espérance, prophétie des temps nouveaux,
nous nous associons à ton hymne de louange
pour célébrer les miséricordes du Seigneur,
pour annoncer la venue de son Règne et la libération totale de l’homme.

Je te salue Marie, humble servante du Seigneur, glorieuse Mère du Christ !
Vierge fidèle, sainte demeure du Verbe,
enseigne-nous à persévérer dans l’écoute de la Parole, à être dociles à la voix de l’Esprit,
attentifs à ses appels dans l’intimité de notre conscience
et à ses manifestations dans les événements de l’histoire.

Je te salue Marie, Femme de douleur, Mère des vivants !
Vierge épouse auprès de la Croix, nouvelle Ève,
sois notre guide sur les routes du monde,
enseigne-nous à vivre et à répandre l’amour du Christ,
enseigne-nous à demeurer avec Toi auprès des innombrables croix
sur lesquelles ton Fils est encore crucifié.

Je te salue Marie, Femme de foi, première entre les disciples !
Vierge, Mère de l’Église, aide-nous à rendre toujours compte
de l’espérance qui est en nous, ayant confiance en la bonté et en l’amour du Père pour l’homme.
Enseigne-nous à construire le monde de l’intérieur :
dans la profondeur du silence et de l’oraison,
dans la joie de l’amour fraternel, dans la fécondité irremplaçable de la Croix.

Sainte Marie, Mère des croyants,
Notre-Dame de Lourdes, prie pour nous.
Amen.


« Accueil Notre-Dame », samedi 14 août 2004
Allocution du Pape Jean Paul II pour introduire la procession aux flambeaux


Chers Frères et Sœurs,
1. Lorsqu’elle apparut à Bernadette dans la grotte de Massabielle, la Vierge Marie engagea un dialogue entre le Ciel et la terre, qui s’est prolongé dans le temps et qui dure encore. Marie demanda à la jeune fille que l’on vienne ici en procession, comme pour signifier que ce dialogue ne pouvait se limiter à des paroles, mais qu’il devait se traduire par une marche avec elle dans le pèlerinage de la foi, de l’espérance et de l’amour.
À Lourdes, depuis plus d’un siècle, le peuple chrétien répond fidèlement à cet appel maternel, en se mettant chaque jour en route à la suite du Christ Eucharistie et en effectuant le soir une procession au milieu des chants et des prières en l’honneur de la Mère du Seigneur.
Cette année, le Pape aussi s’unit à vous dans cet acte de dévotion et d’amour envers la Très Sainte Vierge, la femme glorieuse de l’Apocalypse, qui porte sur la tête une couronne de douze étoiles (cf. Ap 12,1). Tenant dans nos mains le flambeau allumé, rappelons et professons notre foi au Christ ressuscité. C’est de Lui que notre vie tout entière reçoit lumière et espérance.
2. Je vous confie, chers Frères et Sœurs, une intention particulière pour la prière de ce soir : invoquez avec moi la Vierge Marie afin qu’elle obtienne au monde le don tant attendu de la paix.
Que naissent en nous des sentiments de pardon et de fraternité ! Que soient déposées les armes et que s’éteignent la haine et la violence dans nos cœurs !
Que tout homme voit dans l’autre non pas un ennemi à combattre, mais un frère à accueillir et à aimer, pour construire ensemble un monde meilleur.
3. Invoquons ensemble la Reine de la paix et renouvelons notre engagement au service de la réconciliation, du dialogue et de la solidarité. Nous mériterons ainsi la béatitude que le Seigneur a promise aux « artisans de paix » (Mt 5, 9).
Je vous accompagne de ma prière et de ma bénédiction !

Prairie de la Ribère, Dimanche 15 août 2004
Mot d'accueil de Mgr Jacques Perrier, évêque de Lourdes

Très Saint-Père,
En vous accueillant, le 14 août 1983, mon prédécesseur, Mgr Donze, commençait son mot de bienvenue par ces mots : « Depuis longtemps, nous vous attendions. »
Je reprends ces mots à mon compte. Nous vous attendions. Comme on attend un ami dont on espère la prochaine venue. Pour nous, certes, vous êtes le pape, le père, le docteur de la foi, le défenseur de la vie, comme les papes des anciens temps étaient les défenseurs de la cité, l’apôtre de la nouvelle évangélisation.
Mais, depuis près de vingt-six ans que nous vous connaissons comme pape, vous êtes devenu l’ami des bons et des mauvais jours, ami exigeant mais toujours cordial et chaleureux.
L’ami des évêques auxquels vous consacrez tant d’heures en les recevant personnellement. C’est ainsi, en tête à tête, que j’ai pu vous inviter à Lourdes, pour fêter Marie, l’Immaculée Conception, en la 150e année de l’acte par lequel le pape Pie IX lui a reconnu officiellement ce titre. Invitation immédiatement relayée par le président de notre Conférence, Mgr Jean-Pierre Ricard, qui se joint à moi pour vous adresser ce mot d’accueil.
Ami des prêtres, des diacres, des personnes consacrées, des familles, des enfants, des jeunes bien sûr (vous les invitez déjà aux JMJ de Cologne, au mois d’août 2005), des malades, des hommes et des femmes, des personnes âgées et handicapées, parmi lesquelles vous n’hésitez pas à vous ranger, des chercheurs, des artistes, des théologiens et des philosophes, des chefs d’État qui vous respectent même s’ils obéissent à d’autres priorités.
Ami des chrétiens de toutes confessions, vous qui, inlassablement, cherchez des issues aux impasses de la désunion. Ami du peuple juif, « en quelque sorte, notre aîné dans la foi », comme vous aimez à le dire. Ami de tous les croyants, persuadé que les religions peuvent être facteurs de paix alors qu’elles ont souvent servi de prétextes à la guerre.
Ami de tous ceux qui sont honnêtement en quête de la vérité, qui agissent selon leur conscience, qui travaillent pour la paix et qui respectent leurs semblables. Bref, un ami de l’humanité entière parce que tout homme est une créature unique, à l’image et ressemblance de Dieu. Avec des millions et des millions d’êtres humains, vous avez amorcé, depuis plus d’un quart de siècle, un dialogue de conscience à conscience. Il se poursuit aujourd’hui, ici, près de la grotte de Massabielle où Marie parlait à Bernadette « comme une personne parle à une personne ».
Nul n’a jamais pu se sentir méprisé, par vous, dans sa personnalité la plus profonde. Jamais, dans votre bouche, nous n’avons entendu de parole de désespoir ou de résignation. Le courage, vous le tenez peut-être de votre peuple. Mais l’espérance, vous la tenez de Dieu.
L’an dernier, pour le 25e anniversaire de votre élection comme successeur de Pierre, le monde entier vous a accablé d’éloges. Ils venaient souvent de personnes ou de groupes fort éloignés de la foi catholique. Mais ces hommages étaient sincères. Avec cette foule venue de France mais aussi de tous les pays d’Europe et même de plus loin, avec tous ceux qui sont de cœur avec nous par le son et l’image, nous joignons notre merci à tous ceux de l’an dernier.
Dans la célébration d’aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu pour Marie, la plus belle parmi les enfants des hommes, Marie, l’Immaculée Conception, Marie dans la puissance de la résurrection, en ce jour où nous fêtons son Assomption.
Vous voulez être tout entier à Marie, totus tuus, pour être, encore mieux, tout entier au Christ. Que l’Eucharistie que vous allez présider nous consacre davantage au Christ, pour la gloire de Dieu et le service évangélique de nos frères !



Prairie de la Ribère, Dimanche 15 août 2004
Célébration eucharistique en la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Homélie du Pape Jean Paul II


1. « Que soy era Immaculada Councepciou ». Les paroles que Marie adressa à Bernadette le 25 mars 1858 résonnent avec une intensité toute particulière en cette année au cours de laquelle l’Église célèbre le cent cinquantième anniversaire de la définition solennelle du dogme proclamé par le Bienheureux Pie IX dans la Constitution apostolique Ineffabilis Deus.
J’ai vivement désiré accomplir ce pèlerinage à Lourdes pour rappeler un événement qui continue à rendre gloire à la Trinité une et indivise. La conception immaculée de Marie est le signe de l’amour gratuit du Père, l’expression parfaite de la rédemption accomplie par le Fils, le point de départ d’une vie totalement disponible à l’action de l’Esprit.
2. Sous le regard maternel de la Vierge, je vous salue tous cordialement, chers Frères et Sœurs venus à la grotte de Massabielle pour chanter les louanges de Celle que toutes les générations proclament bienheureuse (cf. Lc 1, 48).
Je salue en particulier les pèlerins français et leurs évêques, notamment Monseigneur Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, que je remercie pour les aimables paroles qu’il m’a adressées au début de cette célébration.
Je salue Monsieur le Ministre de l’Intérieur, qui représente ici le Gouvernement français, ainsi que les autres personnes qui font partie des Autorités civiles et militaires présentes.
Ma pensée affectueuse rejoint aussi tous les pèlerins venus ici de diverses parties de l’Europe et du monde, et tous ceux qui sont unis spirituellement à nous par la radio et la télévision. Je vous salue avec une particulière affection, chers malades, qui êtes venus dans ce lieu béni pour chercher soulagement et espérance. Que la Vierge sainte vous fasse percevoir sa présence et qu’elle réconforte vos cœurs !
3. « En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne… » (Lc 1, 39). Les paroles du récit évangélique nous font percevoir avec les yeux du cœur la jeune fille de Nazareth en chemin vers la « ville de Judée » où demeurait sa cousine, pour lui offrir ses services. Ce qui nous touche avant tout en Marie, c’est son attention pleine de tendresse envers sa parente âgée. C’est un amour concret qui ne se limite pas à des paroles de compréhension mais qui s’engage personnellement dans une véritable assistance. À sa cousine, la Vierge ne donne pas simplement quelque chose qui lui appartient ; elle se donne elle-même, sans rien demander en retour. Elle a parfaitement compris que, plus qu’un privilège, le don reçu de Dieu est un devoir, qui l’engage envers les autres dans la gratuité qui est le propre de l’amour.
4. « Mon âme exalte le Seigneur… » (Lc 1, 46). Lors de sa rencontre avec Élisabeth, les sentiments de Marie jaillissent avec force dans le cantique du Magnificat. Par ses lèvres s’expriment l’attente pleine d’espérance des « pauvres du Seigneur » ainsi que la conscience de l’accomplissement des promesses, parce que Dieu « s’est souvenu de son amour » (cf. Lc 1, 54).
C’est précisément de cette conscience que jaillit la joie de la Vierge Marie, qui transparaît dans l’ensemble du cantique : joie de se savoir « regardée » par Dieu malgré sa « faiblesse » (cf. Lc 1, 48) ; joie en raison du « service » qu’il lui est possible de rendre, grâce aux « merveilles » auxquelles l’a appelée le Tout-Puissant (cf. Lc 1, 49) ; joie pour l’avant-goût des béatitudes eschatologiques, réservées aux « humbles » et aux « affamés » (cf. Lc 1, 52-53).
Après le Magnificat vient le silence ; rien n’est dit des trois mois de la présence de Marie aux côtés de sa cousine Élisabeth. Ou peut-être il nous est dit la chose la plus importante : le bien ne fait pas de bruit, la force de l’amour s’exprime dans la tranquille discrétion du service quotidien.
5. Par ses paroles et par son silence, la Vierge Marie nous apparaît comme un modèle sur notre chemin. C’est un chemin qui n’est pas aisé : par la faute de ses premiers parents, l’humanité porte en elle la blessure du péché, dont les conséquences continuent encore à se faire sentir chez les rachetés. Mais le mal et la mort n’auront pas le dernier mot ! Marie le confirme par toute son existence, en tant que témoin vivant de la victoire du Christ, notre Pâque.
Les fidèles l’ont compris. C’est pourquoi ils accourent en foule près de la grotte, pour écouter les avertissements maternels de la Vierge, reconnaissant en elle « la femme revêtue de soleil » (Ap 12, 1), la Reine qui resplendit près du trône de Dieu (cf. Psaume responsorial) et intercède en leur faveur.
6. Aujourd’hui, l’Église célèbre la glorieuse Assomption au Ciel de Marie avec son corps et son âme. Les deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption sont intimement liés. Ils proclament tous deux la gloire du Christ Rédempteur et la sainteté de Marie, dont la destinée humaine est dès à présent parfaitement et définitivement réalisée en Dieu.
« Quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi », nous a dit Jésus (Jn 14, 3). Marie est le gage de l’accomplissement de la promesse du Christ. Son Assomption devient pour nous « un signe d’espérance assurée et de consolation » (Lumen gentium, n. 68).
7. Chers Frères et Sœurs ! De la grotte de Massabielle, la Vierge Immaculée nous parle à nous aussi, chrétiens du troisième millénaire. Mettons-nous à son écoute !
Écoutez d’abord, vous les jeunes, vous qui cherchez une réponse capable de donner sens à votre vie. Vous pouvez la trouver ici. C’est une réponse exigeante, mais c’est la seule réponse qui vaut. En elle, réside le secret de la vraie joie et de la paix.
De cette grotte, je vous lance un appel spécial à vous, les femmes. En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation : être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur. À vous, les femmes, il revient d’être sentinelles de l’Invisible ! À vous tous, frères et sœurs, je lance un appel pressant pour que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour que la vie, toute vie, soit respectée depuis la conception jusqu’à son terme naturel. La vie est un don sacré, dont nul ne peut se faire le maître.
La Vierge de Lourdes a enfin un message pour tous : le voici : soyez des femmes et des hommes libres ! Mais rappelez-vous : la liberté humaine est une liberté marquée par le péché. Elle a besoin elle aussi d’être libérée. Christ en est le libérateur, Lui qui « nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres » (Ga 5, 1). Défendez votre liberté !
Chers Amis, pour cela nous savons que nous pouvons compter sur Celle qui, n’ayant jamais cédé au péché, est la seule créature parfaitement libre. C’est à elle que je vous confie. Marchez avec Marie sur les chemins de la pleine réalisation de votre humanité !



Prairie de la Ribère, dimanche 15 août 2004
Solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Méditation à l’issue de l’Angélus


1. À la fin de cette liturgie solennelle, je désire adresser une salutation particulière à toutes les personnes qui participent au Pèlerinage national français conduit par la « Famille de l’Assomption ».
Je salue spécialement les jeunes qui sont ici, à Lourdes, comme chez eux, offrant généreusement leurs forces au service de leurs frères malades, comme hospitaliers. Je me souviens avec émotion des rencontres que j’ai eues en France avec les jeunes : la première à Paris, puis à Lyon, à Strasbourg, et enfin de nouveau à Paris pour la Journée mondiale de la Jeunesse. Ces rencontres ont été pour moi le signe d’une grande espérance, que je veux aujourd’hui partager avec vous, chers jeunes amis. Mettez-vous à l’école de Marie et vous porterez dans le monde un souffle d’optimisme, annonçant à tous « la belle nouvelle » du Règne du Christ.
2. Au rocher de Massabielle, la Vierge sainte vint à la rencontre de Bernadette, se révélant comme Celle qui est comblée de la grâce de Dieu, et elle lui demanda de faire pénitence et de prier. Elle lui indiqua une source d’eau, et elle lui fit signe de boire. Cette eau qui surgit toujours fraîche est devenue un des symboles de Lourdes : symbole de la vie nouvelle que le Christ donne à ceux qui se tournent vers lui.
Oui, le christianisme est source de vie et Marie est la première gardienne de cette source. Elle la montre à tous, leur demandant de renoncer à l’orgueil, de se faire humbles, pour puiser à la miséricorde de son Fils et prendre part ainsi à l’avènement de la civilisation de l’amour.
3. En faisant mémoire du mystère de l’Incarnation de Jésus, nous nous tournons maintenant vers la Très Sainte Vierge Marie et nous invoquons sa protection sur chacun de nous, sur l’Église et sur le monde.

Après l’Angelus
Et je me tourne enfin vers vous, chers Frères et Sœurs de France : merci de votre accueil ! Merci pour les belles célébrations que nous avons vécues ensemble pendant ces deux jours de pèlerinage !
Merci à tous ceux qui se sont prodigués de toutes manières pour rendre possible ma venue parmi vous ! Je vous confie tous à l’intercession de la Vierge Marie et de sainte Bernadette. Que leur prière vous obtienne de rester forts dans la foi, joyeux dans l’espérance et généreux dans la charité !
La prière du Pape vous accompagne. Avec une grande affection, je vous bénis tous.



Dimanche 18 août 2004
Le Pape évoque son pèlerinage à Lourdes


À l’issue de l’Audience générale du 18 août, le Saint-Père a salué les différents groupes linguistiques présents. Nous publions ci-dessous les paroles et le salut prononcés à l’intention des groupes et des fidèles de langue française :

Chers frères et sœurs,
Je veux ce matin rendre grâce à Dieu qui, dans sa bienveillance, m’a permis de me rendre en pèlerinage à Lourdes. Je remercie la Vierge bénie pour le climat de profond recueillement et d’intense prière de cette rencontre, me souvenant avec émotion de la foule si nombreuse des pèlerins et, au premier rang d’entre eux, des malades, venus chercher auprès de Notre-Dame le réconfort et l’espérance. Puissent aussi tous les jeunes présents garder le souvenir de ce pèlerinage et y puiser la force de devenir des hommes et des femmes libres dans le Christ.
Je remercie Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour son accueil chaleureux et, avec lui, tous les Évêques présents, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de mon voyage. Ma gratitude s’adresse encore à M. le Président de la République et aux Autorités françaises pour leur accueil et leur disponibilité.
Que la Vierge Marie, l’Immaculée Conception, veille sur chacun de vous, qu’elle accompagne et qu’elle guide votre marche à la rencontre de son Fils !

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