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Terre sainte...
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PATRIARCAT LATIN – JERUSALEM

Pentecôte 30 Mai 2004
Homélie


1. Nous sommes réunis ce matin pour prier, pour commémorer le jour de la Pentecôte, lorsque les apôtres, remplis par l’Esprit, se mirent à annoncer à tous les peuples la bonne nouvelle du salut. Ils l’annoncèrent dans toutes les langues qui pouvaient être comprises par les cœurs de ceux qui les entendaient, et des milliers de coeurs comprirent. Ils demandèrent à Pierre : " Frères, que devons-nous faire ? ". Pierre leur dit : " Faites pénitence et faites-vous baptiser au nom de Jésus " (cf Act 2,37-38).

2. Cette présence de l’Esprit Saint en nous, nous en avons bien besoin, aujourd’hui, pour notre vie personnelle, individuelle, mais aussi pour notre vie comme Eglises et comme pays. La terre dans laquelle nous prions ce matin, comme dans tous les jours de notre vie, est une terre sainte. Ici même, dans le lieu où nous célébrons notre Eucharistie ce matin, s’est passé l’événement que nous commémorons, la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres et la fondation de l’Eglise. Tout le monde sait que cette terre est sainte. Mais nous le disons ce matin d’une façon particulière, pour dire que cette terre sainte est une terre profanée par les hommes. Au lieu d’y voir Dieu, d’y voir la manifestation de son amour, de sa paix, et au lieu de voir tous ses enfants, toutes ses créatures, nous ne cessons de prétendre voir Dieu tout en restant aveugles, incapables de voir et d’accueillir tous ses enfants. Au lieu d’enfants de Dieu, nous voyons des ennemis. C’est pourquoi nous tuons et le sang de l’homme ne cesse de couler. Et je dis " nous tuons ", et non pas " ils tuent ", car après tout, une situation comme celle de notre pays c’est la communauté des personnes qui la fait et qui en porte ensemble la responsabilité. Et nous en faisons partie. La vie humaine donnée par Dieu ne cesse d’être violée par les hommes. Nous savons, nous admettons que ceux qui tuent cherchent désespéremment la vie, la paix, la sécurité. Mais ils n’arrivent pas à trouver les chemins pour y arriver, c’est pourquoi ils s’engagent dans des chemins qu’ils ouvrent et qui sont les chemins du crime, de la violence, de la démolition de la dignité de la personne humaine.

3. Nous sommes réunis ici, en ce lieu saint, ce matin, pour invoquer l’Esprit Saint, pour louer Dieu pour la grâce qu’il a accordée à l’humanité, pour le salut, pour la rédemption, pour la résurrection… Mais avec tout cela, pouvons-nous fermer nos yeux et ne pas voir le crime dans le cœur des hommes avec lesquels nous formons une seule société de personnes humaines, dans le cœur de ceux qui tuent et démolissent et haïssent. Pouvons-nous nous nous contenter de dire : c’est leur conflit, leur problème, restons loin, les mains propres et la conscience tranquille ? Chrétiens, rachetés par le sang du Christ, illuminés par l’Esprit-Saint, toute mort de toute personne humaine nous concerne. Israélien, il ne doit pas mourir. Palestinien, il ne doit pas mourir. Toute haine qui naît dans un cœur humain nous concerne, car c’est le début de la mort dans l’âme et le début du meurtre du frère. Toute maison démolie est la nôtre, car pourquoi resterions-nous bien protégés, à l’abri de l’orage, alors que les pauvres, les faibles et les opprimés doivent eux payer et voir leurs maisons démolies?

Quoi faire ? nous sommes impuissants ? Ignorants ? ne sachant pas démêler le bien du mal, incapables donc de parler et d’agir ? Il n’y a pas à se cacher derrière la complexité de la situation. La situation est simple et claire : les Israéliens doivent vivre en paix et en sécurité. Les Palestiniens aussi doivent vivre en paix et en sécurité. Des Israéliens qui tuent des Palestiniens, c’est un mal. Des Palestiniens qui tuent des Israéliens, c’est également un mal. De même que tuer pour les deux est un mal, occuper militairement, dominer, humilier l’autre est aussi un mal qu’il faut déraciner. Il faut dire cela, crier cela d’une seule voix ; si les hommes ne veulent pas écouter, Dieu écoutera.

4. L’Esprit saint dans notre vie : c’est l’amour de Dieu, c’est sa lumière. C’est pour nous guider dans notre vie quotidienne, dans notre vie spirituelle, dans notre présence devant Dieu. Mais devant Dieu nous ne pouvons pas nous présenter seuls, surtout si nous vivons avec des pauvres qui tuent ou qui sont tués. Comme tels nous les présentons devant Dieu, comme tels ils sont partie de notre prière, aux deux nous disons : il ne faut pas tuer, et nous disons à l’un, celui qui maintient son occupation et sa domination sur l’autre : il ne vous est pas permis d’occuper la terre de votre frère. Et devant Dieu nous disons : Seigneur prends pitié d’eux, illumine leurs cœurs et remplis les de ton Esprit d’amour et de la force de pardonner et de se réconcilier.

La Terre est sainte pour les chrétiens, comme pour les juifs et les musulmans. Et puisqu’elle est sainte pour les chrétiens, les chrétiens ont des obligations envers elle, non des obligations de guerre et de conquête, mais un devoir de réconciliation à l’égard de tous ceux qui habitent cette terre.

5. Les apôtres ont proclamé la résurrection, la rédemption de l’homme, sa libération de tout mal, son entrée dans la joie et la gloire, et cela vaut pour toute l’humanité, mais aussi pour cette terre.

Le prophète Jérémie dans un moment aussi dur que le nôtre dans l’histoire de ce pays, s’est demandé : "Le Seigneur n’est-il plus à Sion " (Jer 8,19)? Et avec le psalmiste nous crions nous aussi : " Est-ce que Dieu oublie d’avoir pitié ? ou de colère ferme-t-il ses entrailles ? son amour est-il épuisé ? " (Ps 76/77, 9-10).

Oui, Dieu est toujours ici, sur cette montagne sainte et dans cette terre sainte et son amour n’est pas épuisé. Mais il faut le voir. Le Saint Esprit, en nous, nous le fera voir. Le Verbe de Dieu, ici, est devenu homme, l’Emmanuel, pour rester avec nous. Frères et sœurs, que chacun voit ce qu’il doit faire. Car quelque chose doit être fait. Ceux qui sont tués ce sont vous, vos enfants et vos chers, qu’ils soient israéliens ou palestiniens. Les maisons démolies sont vos maisons. Et le mal doit donc s’arrêter. Disons ensemble : c’est un mal dont il faut nous libérer. Que chacun parle sa langue, car il y a des langues qui sont comprises, qui touchent mieux le cœur de ceux qui haïssent ou qui tuent. Parlez toutes les langues que l’Esprit vous donnera de parler, et l’Esprit aidera à mettre la paix dans le cœur de tous, Palestiniens et Israéliens, Juifs, chrétiens et musulmans. " L’Esprit vient au secours de notre faiblesse… et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien" (Rm 8,26.28).

+Michel Sabbah, Patriarche




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