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Un enseignement de JP II... : Au delà de la mort...

Fondée sur la résurrection du Christ, la foi de l'Eglise jette sa lumière sur les grandes interrogations que l'homme de toutes les générations porte en lui. Qu'est-ce que la mort ? Que devenons-nous après la mort ? Autant de questions qui ne reçoivent que des réponses partielles des sciences expérimentales ou des sciences humaines.
La foi chrétienne nous dit que la personne humaine possède une âme immortelle ­ ce que certaines philosophies pré-chrétiennes avaient déjà proclamé. Mais elle annonce également que l'homme est appelé à un bonheur suprême et éternel, la béatitude, qui consiste dans une parfaite relation d'amour et de communion avec Dieu et avec ses frères. L'entrée dans cette béatitude, don suprême de Dieu à ses enfants, dépend donc de la capacité du cur humain à la désirer et à l'accueillir. Elle est donc tributaire, et cela devient redoutable, du soin persévérant que l'homme aura mis à s'y préparer durant sa vie terrestre.
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La communion des saints par-delà la mort
(Jean-Paul II, H, à la paroisse de l'Immaculée-Conception de Grotta Rossa, Rome, 2 novembre 1986, ORf 46)

A la lumière de la liturgie de ce jour qui célèbre le sacrifice du Christ, nous sommes portés à réfléchir aujourd'hui sur la signification de la mort. D'une part, nous trouvons une réflexion réaliste au sujet du caractère précaire de la vie terrestre, vouée à la défaite; d'autre part, le mystère eucharistique proclame que la mort du Christ s'est résolue dans la résurrection, événement décisif pour l'existence de chaque homme.
En pensant à nos défunts, nous sommes tristes parce qu'il nous faut reconnaître avec douleur que notre corps ne fait que passer : les projets que nous élaborons chaque jour, emplis de confiance en notre santé, en nos forces et dans les qualités dont nous disposons, ne sont que provisoires; ils sont destinés à s'éteindre.
Mais si nous acceptons le message qui jaillit de la parole de Dieu que nous venons d'écouter, nous apprenons que mourir ne veut pas dire tomber dans le néant, dans les sombres ténèbres de la fin totale. Elle signifie plutôt le passage à une nouvelle condition de vie qui est gloire et béatitude éternelles. La foi illumine le mystère de la mort de réconfortantes certitudes.
Aujourd'hui, nous professons, avec le Livre de la Sagesse, que " les âmes des justes sont dans la main de Dieu " (Sg 3, 1). La parole que nous avons entendue nous assure que Dieu a créé l'homme pour l'immortalité (ibid. 2, 23) c'est à dire en vue de la participation à une vie sans fin. Ceux qui, par leurs bonnes oeuvres ont cru et mérité la récompense annoncée par les promesses, vivent dans les mains de Dieu et dans la paix. Nous, emplis de confiance en la Parole révélée, nous proclamons face au monde que les âmes des justes demeurent près de Dieu dans l'amour, parce que, lui, dans sa sollicitude n'abandonne jamais les siens, ne les prive jamais de sa protection. Aux yeux du monde, et selon une perspective purement terrestre " ils ont pu mourir " (Sg 3, 2), mais pour les croyants, la mort est seulement un passage d'une existence de douleurs et d'épreuves à une vie pleine et durable dans la félicité de Dieu ; non plus un châtiment, mais la libération des multiples maux introduits dans la vie humaine par le péché. Nos morts sont dans la paix, c'est à dire dans la jouissance complète des dons prophétisés, dans le salut des réalités finales, ultimes, définitives. Ils furent entraînés dans le destin du Christ ressuscité qui a recueilli leur vie d'ici-bas pour la conduire dans sa gloire. Comme des étincelles de feu, les âmes des justes resplendissent pour l'éternité, en vertu de la victoire finale que le Christ glorieux a remportée sur la mort.
Notre regard sur l'éternité est encore vivifié par la lumière du mystère de la communion des Saints.
Nous avons hérité, des plus antiques communautés chrétiennes, la certitude qu'il existe une intense participation de vie entre nous et les frères qui sont parvenus à la gloire céleste ou qui sont encore soumis à la purification, après leur mort. Nous formons une unique réalité surnaturelle, un unique corps avec ceux qui nous ont précédés dans la vie éternelle : le Corps mystique du Christ. C'est pourquoi nous sommes unis, par le Christ, à ceux qui sont entrés dans la vision de Dieu. Mais ils ne nous ont pas laissés. Nous formons avec eux une communauté qui se perfectionne dans la prière et que l'offrande du sacrifice eucharistique réalise de manière éminente. L'amour que nous continuons à éprouver pour nos morts s'exprime dans la prière et dans une exceptionnelle participation de grâce, tandis que la piété nous pousse à solliciter leur intercession, nous rappelant les exemples de leur vie chrétienne. Dans la prière commune de l'Eglise que nous élevons vers Dieu en union avec nos défunts, nous pouvons goûter d'avance cette liturgie de la gloire éternelle vers laquelle nous cheminons tous, soutenus par l'espérance. En vertu de la communion avec le Christ, la mort n'élimine pas la communion fraternelle, mais au contraire l'exalte et la réalise à une dimension nouvelle.

La résurrection de la chair
(Jean-Paul II,AG, 4 novembre 1998,ORf 45)

La foi chrétienne dans la résurrection de la chair s'est heurtée, dés les débuts, à des incompréhensions et des oppositions. Saint Paul lui-même les souligne au moment d'annoncer l'Evangile devant l'Aéropage d'Athènes ; " A ces mots de résurrection des morts ­ rapportent les Actes des Apôtres ­ les uns se moquaient, les autres disaient : ''Nous t'entendrons une autre fois'' " (Ac 17, 32).
Cette difficulté se présente également à nouveau à notre époque. D'une part, en effet, même lorsque l'on croit à une forme quelconque de vie après la mort, l'on réagit avec scepticisme à la vérité de foi qui illumine cette interrogation suprême de l'existence à la lumière de la résurrection de Jésus-Christ. Par ailleurs, d'aucuns ressentent la fascination d'une croyance comme celle de la réincarnation, qui est enracinée dans le terreau religieux de certaines cultures orientales.
La révélation chrétienne ne se contente pas d'un vague sentiment de survie, tout en reconnaissant l'intuition d'immortalité qui est exprimée dans la doctrine de certains grands penseurs en quête de Dieu. En outre, nous pouvons admettre que l'idée d'une réincarnation soit suscitée par le profond désir d'immortalité et par la perception de l'existence humaine comme une " épreuve " en vue d'un but ultime, ainsi que de la nécessité d'une purification totale pour parvenir à la communion avec Dieu. Toutefois, la réincarnation ne garantit pas l'identité unique et singulière de chaque créature humaine, en tant qu'objet de l'amour personnel de Dieu, ni l'intégrité de l'être humain en tant qu' " esprit incarné ".
Le témoignage du Nouveau Testament souligne tout d'abord le réalisme de la résurrection, également corporelle, de Jésus-Christ. Les Apôtres attestent explicitement, en se référant à l'expérience qu'ils ont vécue lors des apparitions du Seigneur ressuscité, que " Dieu l'a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester [] aux témoins que Dieu avait choisi d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec Lui après sa résurrection d'entre les morts " (Ac 10, 40-41). Le quatrième Evangile souligne lui aussi ce réalisme, lorsqu'il nous rapporte, par exemple, l'épisode de l'apôtre Thomas qui est invité par Jésus à mettre le doigt dans les plaies des clous et la main dans le côté transpercé du Seigneur (cf. Jn 20, 24-29). Il en va de même lors de l'apparition sur la rive du lac de Tibériade, lorsque Jésus ressuscité " prend le pain et le leur donne; et de même le poisson " (Jn 21, 13).
Ce réalisme des apparitions témoigne que Jésus est ressuscité avec son corps et que ce corps vit auprès du Père. Il s'agit toutefois d'un corps glorieux, qui n'est plus sujet aux lois de l'espace et du temps, transfiguré dans la gloire du Père. Dans le Christ ressuscité se manifeste ce stade eschatologique auquel sont appelés à parvenir un jour tous ceux qui accueillent sa rédemption, précédés par la Sainte Vierge qui " ayant fini le cours de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire des cieux, corps et âme " (Pie XII, Const. Apost. Munificentissimus Deus, 1er nov. 1950).
En se référant au récit de la création raconté par le livre de la Genése et en interprétant la résurrection de Jésus comme la " nouvelle création ", l'apôtre Paul peut donc affirmer : "Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant " (1 Co 15, 45). En effet, la réalité glorifiée du Christ à travers l'effusion de l'Esprit Saint est communiquée de façon mystérieuse, mais réelle, également à tous ceux qui croient en Lui.
Ainsi, dans le Christ, " tous ressusciteront avec les corps dont ils sont à présent revêtus " (Concile de Latran IV), mais notre corps sera transfiguré en corps glorieux (cf. Ph 3, 21), en " corps spirituel " (1 Co 15, 44). Paul, dans la première Epître aux Corinthiens, répond à ceux qui lui demandent : " Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? ", en se servant de l'image du grain qui meurt pour s'ouvrir à une vie nouvelle : " Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s'il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante []. Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l'incorruptibilité ; on est semé dans l'ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel []. Il faut, en effet, que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité " (1 Co 15, 36-37, 42-44. 53).
Bien sûr ­ explique le Catéchisme de l'Eglise catholique ­ le " comment " cela se produira " dépasse notre imagination et notre entendement ; il n'est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l'Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ " (n. 1000).
A travers l'Eucharistie, Jésus nous donne, sous les espèces du pain et du vin, sa chair vivifiée par l'Esprit Saint et qui vivifie notre chair, afin de nous faire participer de tout notre être, esprit et corps, à sa résurrection et à sa condition de gloire. Irénée de Lyon enseigne à ce propos : " De même que le pain, qui est fruit de la terre, n'est plus un pain commun après que la bénédiction divine ait été invoquée sur lui, mais l'Eucharistie composée de deux réalités, l'une terrestre, l'autre céleste, ainsi, nos corps qui reçoivent l'Eucharistie ne sont plus corruptibles, du moment qu'ils portent en eux le germe de la résurrection " (Adversus haereses, 4, 18, 4-5).
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, en résumant l'enseignement de l'Ecriture Sainte et de la Tradition de l'Eglise, nous explique pourquoi " le credo chrétien [] atteint son sommet dans la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et de la vie éternelle " ( Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 988). En s'incarnant, le Verbe de Dieu a assumé la chair humaine (cf. Jn 1, 14), la faisant participer, à travers sa mort et sa résurrection, à sa gloire de Fils unique du Père. A travers les dons de l'Esprit et de la chair du Christ glorifiée dans l'Eucharistie, Dieu le Père communique à tout l'être humain et, d'une certaine façon, à tout le cosmos l'aspiration à ce destin. Comme le dit saint Paul : " Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu ; [] c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption, pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu " (Rm 8, 19-21).

La question de la réincarnation
(Commission théologique internationale, " Quelques questions actuelles concernant l'eschatologie ", décembre 1990, in La Civiltà Cattolica 1992, p. 458-494, traduction privée)

Avec le mot réincarnation, (ou également d'autres équivalents comme les termes grecs metempsychôsis ou metemsômatôsis) on appelle une doctrine qui soutient que l'âme humaine, après la mort, assume un autre corps et, de cette façon, s'incarne de nouveau. Il s'agit d'une conception née dans le paganisme, qui fut, parce que contredisant complètement l'Ecriture Sainte et la Tradition de l'Eglise, toujours refusée par la foi et la théologie chrétiennes.
La réincarnation se répand de nos jours largement dans le monde, également en Occident, et chez ceux qui, nombreux, se définissent comme chrétiens. Beaucoup de moyens de communication sociale s'en font les diffuseurs. En outre, chaque jour l'influence des religions et des philosophies orientales qui soutiennent la réincarnation devient plus forte ; c'est à ce phénomène qu'il semble que l'on doive attribuer l'accroissement d'une mentalité synchrétiste. La facilité avec laquelle beaucoup acceptent la réincarnation tient peut-être en partie à une réaction spontanée et instinctive contre le matérialisme grandissant. Dans la façon de penser de beaucoup d'hommes de notre temps, cette vie terrestre est perçue comme trop brève pour pouvoir mettre en uvre toutes les possibilités d'un homme ou pour que les manquements commis durant cette vie puissent être dépassés ou corrigés.
L'Eglise catholique offre une réponse complète à cette façon de penser. Il est vrai que la vie est trop brève pour que les manquements commis puissent être dépassés ou corrigés ; mais la purification eschatologique sera parfaite. De même, il n'est pas possible de mettre en uvre toutes les possibilités d'un homme dans le temps si bref d'une seule vie terrestre ; mais la résurrection finale pour la gloire conduira l'homme à un état qui dépasse tout désir.
Sans qu'il soit possible d'exposer en détail tous les aspects avec lesquels les tenants de la réincarnation exposent leur système, la tendance de la doctrine de la réincarnation, prévalant aujourd'hui en Occident, peut être réduite à quatre points.
Les existences terrestres sont nombreuses. Notre vie actuelle est ni notre première ni notre dernière existence corporelle. Nous avons déjà vécu, et nous vivrons encore de façon successive dans des corps matériels toujours nouveaux.
Il y a une loi dans la nature qui pousse à un progrès continuel jusqu'à l'obtention de la perfection. Cette même loi conduit les âmes à des vies toujours nouvelles et ne permet pas de retour en arrière ou bien un arrêt définitif. A fortiori, est exclu un état définitif de condamnation. Après peu ou beaucoup de siècles, tous atteindront la perfection finale du pur esprit (négation de l'enfer).
On atteint le but final par ses propres mérites ; en toute nouvelle existence, l'âme progresse en proportion de ses propres efforts. Tout le mal commis sera réparé avec des expiations personnelles, que l'esprit lui-même pâtit en des réincarnations nouvelles et difficiles ( négation de la Rédemption).
Dans la mesure où l'âme progresse vers la perfection finale, elle assumera dans ses nouvelles incarnations un corps chaque fois moins matériel. En ce sens, l'âme a une tendance vers une indépendance définitive du corps. Par ce chemin, l'âme atteindra un état définitif, dans lequel finalement elle vivra libérée du corps et indépendante de la matière (négation de la résurrection).
Ces quatre éléments, qui constituent l'anthropologie de la théorie de la réincarnation, contredisent les affirmations centrales de la révélation chrétienne. Il n'est pas nécessaire d'insister plus sur sa diversité par rapport à l'anthropologie proprement chrétienne. Le christianisme défend une dualité, la réincarnation un dualisme, dans lequel le corps est un simple instrument de l'âme, qui est abandonné après chaque existence terrestre, afin d'en prendre un autre totalement différent. Concernant l'eschatologie, la réincarnation refuse la possibilité d'une condamnation éternelle et l'idée d'une résurrection de la chair.
Mais son erreur principale consiste dans la négation de la sotériologie (nota 1) chrétienne. L'âme se sauve à travers son propre effort. Ainsi on soutient une sotériologie autorédemptrice, totalement opposée à la sotériologie hétérorédemptrice chrétienne. Eh bien, si l'on supprime l'hétérorédemption, on ne peut plus parler d'aucune façon du Christ Rédempteur. Le noyau de la sotériologie du Nouveau Testament est contenu dans ces mots : " Et ceci à la louange et à la gloire de sa grâce que (Dieu) nous a donnée dans son Fils bien-aimé ; dans lequel nous avons la rédemption moyennant son sang, la rémission des péchés selon la richesse de sa grâce " (Ep 1, 6-8). Avec ce point central, demeure ferme ou s'effondre toute la doctrine sur l'Eglise, les sacrements et la grâce. Ainsi la gravité des doctrines impliquées dans ce problème est évidente, et l'on comprend que le magistère de l'Eglise ait refusé un tel système appelé théosophisme.
En ce qui concerne le point spécifique, affirmé par les tenants de la réincarnation, de la répétition de la vie humaine, l'affirmation de la Lettre aux Hébreux 9, 27 est bien connue, qui dit : " Il est fixé que les hommes meurent une seule fois, après quoi vient le jugement. " .Le concile Vatican II a cité ce texte pour enseigner que le cours de notre vie terrestre est unique.
Dans le phénomène de la théorie de la réincarnation se manifestent peut-être certaines aspirations à se libérer du matérialisme. Néanmoins, cette dimension " spiritualiste " ne permet d'aucune façon de cacher combien la doctrine de la réincarnation contredit le message évangélique.
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Nota 1 :Du grec sôteria : le salut. Il s'agit de la partie de la théologie qui traite de l'histoire du salut, réalisée dans le Christ sauveur.

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