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Un correspondant nous a demandé quelques précisions sur le dogme de la Communion des saints.
Serviam publie la réponse du Père Collas :
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Merci, Monsieur, pour votre question. Elle touche un point important de notre foi.
La "Communion des saints", vous le savez est affirmée dans le credo. Mais il est vrai qu'il n'est pas toujours simple de cerner ce que recouvre cette expression.

L'Eglise entend par là que nous pouvons nous aider les uns les autres. Elle ne veut pas dire d'ailleurs que cette aide ne puisse concerner que ceux que nous appelons des "Saints". Dans ces conditions, et au sens strict du terme, cette communion ne relierait que les frères déjà parvenus au Ciel, ceux dont l'Eglise, en les canonisant, nous assure qu'ils sont bien parvenus dans le Royaume et que donc, ils voient Dieu désormais. Bien sûr, ces bienheureux sont liés entre eux, on s'en doute, et de quelle manière ! Ils restent aussi liés à nous, cela va de soi, et donc, la communion circule, si j'ose dire, de nous à eux et d'eux vers nous. C'est l'un des piliers de notre espérance, qui nous aide à vivre encore alors que l'un des nôtres a " disparu ".

Mais cette communion ne vise pas seulement ces frères "parvenus". Elle s'applique à tous ceux qui, comme vous et moi, marchent encore sur la terre, y aiment et y luttent. Elle tient finalement à la certitude que tous les vivants sont liés les uns aux autres, d'abord par leurs relations quotidiennes ; non seulement, d'ailleurs, celles que permettent les moyens modernes de communication, mais aussi ces relations qui ne sont pas toujours mesurables et qu'on entend quand on parle de solidarité. L'Eglise croit ainsi que tous les vivants sont liés, non seulement ni sans doute d'abord, par une même foi, mais par le fait qu'ils sont tous de la même nature humaine, et que, plus encore, ils sont tous fils de Dieu. C'est cette fraternité immense des vivants dont on parle souvent, et dont on distingue de plus en plus souvent de signes concrets dans cette espèce de conscience commune qui transcende les frontières et dont la télévision nous donne en temps réel, la vision.

St. Paul aurait vu là, sans doute, les linéaments de ce qu'il nommait le " Corps mystique ". En effet, comme un corps gigantesque, dont Jésus est la tête et le cur, les vivants sont liés entre eux. Mais ils le sont, en deçà des liens que la civilisation invente, et donc d'une manière non visible et plus profonde, par la communion radicale qu'établit entre eux tous le fait d'être issus du même Père.

Dans ces "mailles" impalpables circule invisiblement tout ce qui se passe sur terre. Les hommes, d'ailleurs, le pensent ou le présument plus ou moins clairement. Les chrétiens, quant à eux, en ont fait un élément de leur foi. Ils savent, par exemple, qu'un acte de courage posé ici provoque ailleurs un "encouragement" ; qu'un pardon donné chez vous aide, peut-être aux antipodes, un début de réconciliation.

La prière aussi, évidemment, circule dans ces mailles. Le lien aux autres, tous les autres, est un canal. Ce canal peut transporter jusque dans le cur de celui pour qui vous priez, un peu plus de la tendresse que le Père vous porte déjà à vous et qui débordera sur lui. Peut-être cela pourra-t-il l'aider à s'accrocher plus fort à la vie comme vous-même le faites ; et à s'ouvrir davantage au Père qui l'habite déjà : et le Père pourra ainsi pénétrer plus profond celui que vous venez vous-même de " rejoindre " en priant pour lui. D'ailleurs, prier pour quelqu'un n'exige pas qu'on le connaisse. Ni qu'on sache ce qui va se passer ni en quoi notre prière débouchera.
Encore un mot : l'expression " saints " peut être mal comprise. Aux premiers temps du christianisme, marqués fortement encore par la notion de " Peuple choisi " venant de l'Ancien Testament, cette expression désignait les chrétiens. Non pas parce qu'ils auraient été " saints " au sens où souvent aujourd'hui, nous l'entendons, mais parce qu'ils avaient , par leur baptême, choisi le Seigneur. Aujourd'hui, la théologie parle plus volontiers de la " Communion des vivants ", parce que le Concile Vatican II nous a vigoureusement rappelé que tout vivant est un enfant de Dieu et qu'à ce titre, il fait partie de cette communion qui lie tous les êtres créés.

La communion peut être inconsciente, mais elle existe malgré tout. Et c'est pourquoi ma prière ou mon courage soutiennent le courage et la vie de n'importe quel vivant. Dieu seul sait où s'en va le surplus de ma force ou de ma prière. Dieu seul le sait : moi, je le crois.

Si cet essai de réponse n'est pas assez clair, n'hésitez pas à me le dire. Et j'essayerai de préciser mieux. En tout cas, merci pour votre question. Le fait, pour vous, de l'avoir posée, et pour moi d'avoir essayé d'y répondre, nous lie davantage et fera donc mieux circuler entre nous déjà et entre ceux qui peut-être, liront ces lignes, le courage de vivre qui nous pousse chaque jour a recommencer. Jusqu'au jour où tous ensemble, nous verrons le Visage du Père.


Père R Collas

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