ROME, 11 nov. (ZENIT) -
Le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet
de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et le théologien
Sergio Cotta, ont
été nommés docteurs honoris causa de la Faculté
de Droit de la "Libera Università Maria SS. Assunta"
à Rome.
"Ceci ne doit pas surprendre",
a déclaré le recteur de l'Université romaine,
Francesco D'Agostino, "si l'on pense que le processus de
fragmentation éthique qui touche notre société
occidentale, tout comme le relativisme et l'individualisme qui
marquent l'esprit de notre époque, ont profondément
affecté les racines même du droit et sa fonction
irremplaçable
de structure universelle de paix".
Le
Cardinal Ratzinger a expliqué la crise du droit par la
"fin de la métaphysique" qui a conduit au "positivisme
juridique qui a surtout pris la forme de la théorie du
consensus, aujourd'hui". "Si la raison n'est plus en
mesure de trouver le chemin de la métaphysique, il n'y
a plus pour l'État que les dénominations communes
sur les valeurs des citoyens, des
convictions qui se reflètent dans le consensus démocratique",
si bien que "ce n'est plus la vérité qui crée
le consensus mais le consensus qui crée non pas la vérité
mais des ordres communs.
C'est la majorité
qui décide ce qui doit être considéré
comme vrai et comme juste. Ceci signifie que le droit est soumis
au jeu des majorités et qu'il dépend de la conscience
des valeurs de la société du moment, qui dépend
à son tour d'une multitude de facteurs.
Concrètement,
ceci se manifeste à travers la disparition progressive
des bases du droit qui s'inspiraient de la tradition
chrétienne. Le mariage et la famille ont toujours moins
d'importance que la communauté de l'État et sont
remplacées par une multitude de formes de coexistence souvent
éphémères et problématiques. La relation
entre l'homme et la femme devient conflictuelle ainsi que la relation
entre les générations".
L'ordre chrétien du temps se désintègre
; le dimanche disparaît et est remplacé de plus en
plus par des formes instables de temps libre ; le sacré
n'a presque plus aucun sens pour le droit. Le respect de Dieu
et de ce qui pour les autres est sacré n'est plus que très
rarement une valeur juridique. A tout cela on oppose la valeur
plus importante d'une liberté illimitée de parole
et de jugement.
La vie humaine est aussi quelque
chose dont on peut disposer ; l'avortement et l'euthanasie ne
sont plus exclus de
l'ordre juridique. Dans le domaine de l'expérimentation
sur les embryons et des transplantations, on constate des formes
de manipulation de la vie humaine dans lesquelles l'homme s'arroge
non seulement le droit de pouvoir disposer de la vie et de la
mort, mais aussi de contrôler son évolution et sa
manière d'être.
Étant donné
que dans les pays modernes la métaphysique et, avec elle,
le droit naturel, semblent sur la voie d'une disparition définitive,
une transformation du droit est en cours et il est encore difficile
de prévoir dans quel sens ira cette transformation. Le
concept même de droit n'est plus délimité
de manière précise.
Le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a également indiqué d'autres éléments qui menacent le droit, notamment dans l'esprit de l'Utopie exprimée dans la pensée marxiste où le monde présent représenté comme étant mauvais, un monde d'oppression et de manque de liberté, devait être remplacé par un monde meilleur à planifier et à réaliser maintenant. C'est sur la base de ces critères que le terrorisme s'est développé : l'assassinat et la violence se présentaient comme des actions morales car ils étaient au service de la grande révolution, au service de la destruction de notre monde mauvais et au service du grand idéal de la nouvelle société. "Dans ce cas aussi la fin de la métaphysique va de soi. Elle est remplacée non pas par le consensus mais par le modèle idéal du monde futur", a expliqué le Cardinal Ratzinger.
Le cardinal allemand a également critiqué les différentes formes de théologie de la libération soumises aux mêmes tentations que le marxisme, et les mouvements gnostiques "qui ajoutaient au non à Dieu créateur, un non à la métaphysique, au droit de la créature et au droit naturel". Le cardinal a ensuite déploré l'attitude de tous ceux qui ont "opposé l'Église du Droit à l'Église de l'amour, présentant le droit comme l'opposé de l'amour".
Il a également précisé
qu'il n'était pas juste de qualifier de fasciste tout ce
qui fait référence à la loi et à l'ordre,
et a expliqué comment le nazisme avait "piétiné
le droit en lui opposant le fameux 'sain sentiment populaire'".
Le Führer fut ensuite présenté comme la seule
source de droit et ainsi l'arbitraire a remplacé le droit".
"Le dénigrement du droit n'est
jamais et en aucun cas au service de la liberté, mais c'est
toujours un instrument de la dictature. L'élimination du
droit est un mépris de l'homme. Là où il
n'y a pas de droit il n'y a pas de liberté", a-t-il
déclaré.
Le Cardinal Ratzinger s'est alors demandé
comment la foi et la théologie pouvaient et devaient faire
pour défendre le droit. "L'amour chrétien ne
peut jamais devenir la base d'un droit étatique. Il va
bien au-delà et il n'est réalisable au moins à
l'état embryonnaire, que dans la foi ; mais il ne va pas
contre la création et son droit. Il se base bien au contraire
sur ce droit. Là où il n'y a pas de droit l'amour
aussi perd son environnement vital. La foi chrétienne respecte
la nature de l'État, surtout de l'État d'une société
pluraliste, mais elle sent aussi sa co-responsabilité pour
faire en sorte que les fondements du droit continuent à
rester visibles et que l'État ne soit pas soumis uniquement
au jeu des courants qui changent", a déclaré
le cardinal.
ZF99111102
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