Cette question a été posée
sur le site Serviam... Nous pensons bien faire en proposant cet
extrait du livre "La gloire Divine" par Le Père
A. Philippe C. ss. R. (1930 éditions Doctrine et Vérité)
:
Nature de la Gloire Divine
Après Saint Augustin, Saint Thomas explique la nature de
la gloire en ces termes : « Gloire » signifie une
certaine splendeur; de là que être glorifié
et identique à être rendu resplendissant. Or, la
splendeur et la beauté comportent une certaine manifestation.
C'est pourquoi le mot « gloire » revêt, à
proprement parler, chez ceux auxquels il s'applique, le sens de
manifestation d'une chose qui, parmi les hommes, est estimée
belle et bonne.
« Mais parce que ce qui est purement resplendissant peut
être vu ou remarqué, par plusieurs et même
par ceux qui sont au loin, pour cette raison, à proprement
parler, par le mot « gloire » on désigne que
dans le bien qui se trouve en quelqu'un, passe à la connaissance
et à l'approbation d'un grand nombre. »
Ailleurs Saint Thomas parle comme suit : « La gloire
est un sentiment d'honneur et de louange parce que, du fait que
nous, rendons témoignage à la bonté de quelqu'un,
sa bonté est rendue resplendissante en parvenant à
la connaissance de plusieurs, c'est pourquoi, une glose sur l'épître
aux Romains, définît la gloire en disant qu'elle
est une connaissance resplendissante accompagnée de louange
: « Clara cum laude notitia».
d'après ces données, la nature de la gloire
comporte deux conditions : une connaissance avantageuse en faveur
de celui qui est glorifié. Cette connaissance est accompagnée
de louange. En effet elle doit être de nature à manifester
avec éclat le mérite de celui qui est glorifié.
Dès qu'un être intelligent possède au sujet
d'un autre une pareille connaissance, c'est-à-dire la connaissance
qui provoque et produit la louange, cet autre a obtenu chez le
premier, la gloire : celui-ci est une gloire pour lui.
Note : certains auteurs établissent une distinction entre
la gloire objective et la gloire formelle.
Par gloire formelle ils entendent la connaissance resplendissante
accompagnée de louange qui fait ressortir le mérite
et la perfection de celui ou de ceux qui sont glorifiés.
La perfection et le mérite manifestés à ceux
qui les connaissent provoquent au dehors et même au loin
la louange. Telle est la gloire formelle.
la gloire objective consiste dans toute perfection en raison de
laquelle quelqu'un devient digne d'estime, d'amour et de louange.
Il se fait ainsi qu'une belle statue en raison de sa perfection
manifeste l'excellence de l'artiste. De par sa nature la gloire
objective est ordonnée à la gloire formelle et elle
a celle-ci comme fin.
§ 1. - La Gloire de Dieu en Dieu
Il est impossible de se rendre compte de la nature de la gloire
divine, procurée à Dieu par l'âme juste, sans
avoir compris d'abord la nature de la gloire de Dieu, en Dieu
Lui-même. Cette gloire est intrinsèque à Dieu;
elle lui est essentielle.
Comment se réalise-t-elle?
Dès que nous entrons en Dieu, nous quittons le sphères
où nos esprits ont coutume de se remuer.
Nous pénétrons dans un être qui est la plénitude
de l'Être et qui est à Lui-même sa propre plénitude.
Cet Être; qui est, l'Être par essence, est infini,
et précisément parce qu'Il, est infini, la gloire
qu'Il ne peut pas ne pas se procurer, est infinie à son
tour.
Rappelons la notion de la gloire : « Clara cum laude
notitia ». La gloire est une connaissance qui rend illustre
en provoquant la louange.
Y a-t-il en Dieu une connaissance de Dieu Lui -même qui,
infinie, provoque une louange infinie? Il ne s'agit pas ici de
la connaissance que Dieu a des créatures, il s'agit de
la connaissance qu'Il a Lui-même de Lui-même. Il faut
que cette connaissance soit intrinsèque à Dieu,
sinon elle ne serait pas infinie.
L'objet de cette connaissance est infini : Dieu Lui-même
le sujet de cette connaissance est infini : Dieu Lui-même
cette connaissance infinie provoque nécessairement une
louange infinie. C'est par cette connaissance que Dieu sait qu'Il
est infiniment saint qu'il est la majesté suprême,
etc...
Chacun des attributs divins, s'offrant infiniment à Dieu,
en Dieu, est en Dieu l' infinité même.
Dieu le sait et, le sachant, Il sait pareillement que tout ce
qui est en Lui est digne d'une louange infinie.
Il sait, d'une science infinie, ce qu'il est en Lui-même,
ce qu'il est dans sa nature infinie. Il sait donc infiniment ce
que nous avons dû apprendre par une révélation
faite d'En-Haut que, Être par essence, Il est un en Essence
et trois en Personnes.
Il sait, d'une science infinie, qu'Il est Père, Fils et
Esprit-Saint.
Il sait, d'une science infinie, que le Père engendre éternellement
son Fils et que le Fils est éternellement engendré
par le Père. Cette connaissance infinie. provoque en Lui
une louange infinie de la génération éternelle
du Verbe.
Il sait, d'une science infinie, que le Père et le Fils,
principe unique, produisent infiniment l'Esprit-Saint et que l'Esprit-Saint
procède infiniment du Père et du Fils; et cette
connaissance infinie provoque une louange infinie, digne de la
procession éternelle du Saint-Esprit.
Il sait, d'une science infinie, que le Fils est engendré
par le Père dans la connaissance et que l'Esprit-Saint
est produit dans l'amour,
Elle se révèle à Dieu, éternellement,
la vie substantielle unique, la vitalité suprême,
dans la connaissance et l'amour de la Trinité des Personnes
en l'Unité d'Essence.
O Sublimité! ô Profondeur! ô Vitalité
suprême qui forment, en Dieu et de Dieu, une éternelle
connaissance et qui donnent à la connaissance infinie,
d'être Celui qui est, nous Vous adorons, nous Vous louons,
nous Vous glorifions.
O Vitalité suprême qui forme en Dieu et de Dieu un
éternel amour et donne à l'amour d'être Celui
qui est, nous Vous adorons, nous Vous louons, nous Vous glorifions.
La connaissance est I'Être; l'amour est l'Être, et
l'Être étant partout Lui-même, encore une fois,
devient en Lui-même et, dans la connaissance de l'amour,
sa propre louange. Et sa louange se répète infiniment
par toute l'essence de son Être et par toute la vitalité
du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Si nous osons donner le nom de gloire à ce qui ne fait
que passer et à ce qui effleure à peine notre âme,
à cette, image de nous-mêmes qu'on veut rendre resplendissante
à nos yeux et aux yeux de l'opinion, et qui disparaît
comme disparaît l'ombre devant la lumière, le fantôme
devant la réalité quel nom devrons-nous donner à
ce resplendissement divin qui est Dieu Lui-même et que l'Apôtre
appelle : « La splendeur de la gloire », «
Splendor gloriae ».
Ce n'est pas cette connaissance superficielle, propre à
toute nature intelligente créée et qui doit former,
de sa vigueur défaillante, un éclat non moins défaillant;
ce n'est pas cette louange d'un jour qui dépérit
et meurt comme elle est née.
Non, cette connaissance est la substance de Dieu comme sa louange,
elle ne peut sortir de son Être. Il est tout entier en Lui-même.
Son éclat est Lui-même comme sa connaissance. Connaissance,
éclat, splendeur, louange tout est dans I'Être infini,
tout Lui est intrinsèque et substantiel.
Il est, donc aussi sa propre gloire.
Sa gloire, redisons-le, est d'être ce qu'Il est; sa gloire
est d'être Père, Fils et Esprit-Saint, car c'est
là se connaître dans une splendeur infinie, et c'est
s'aimer dans une opération infinie; c'est être sa
louange dans l'infini de l'Être.
§ 2. -La Gloire de Dieu en nous
La gloire dont nous venons de parler est intrinsèque à
Dieu. Elle Lui est essentielle. Mais, en plus de cette gloire,
Dieu jouit d'une gloire extrinsèque qui est accidentelle
à son Être.
Cette gloire accidentelle ne Lui est donc aucunement nécessaire.
Toutefois, elle doit se réaliser en Lui, dès qu'Il
a posé l'acte de création ou dès qu'Il a
posé n'importe quel acte qui n'est pas intrinsèque
à sa nature.
Il est à remarquer, avant tout, que la gloire accidentelle,
c'est-à-dire toute gloire procurée à Dieu
par une réalité créée, est comprise,
d'une façon éminente et transcendante, dans l'infinité
de la gloire qui Lui est intrinsèque.
La gloire essentielle en Dieu étant infinie, ne peut rien
s'adjoindre de neuf par une réalité d'ordre créé.
Il faut donc, nécessairement et précisément,
en raison de l'infinité de la gloire essentielle, que rien
ne puisse s'ajouter à celle-ci.
Cependant, comme la gloire accidentelle doit exister, et ne peut
pas ne pas exister, dès qu'existe une réalité
créée, il faut nécessairement qu'elle se
trouve comprise, d'une manière éminente, dans la
gloire essentielle. Dieu en jouit de toute Éternité
dans l'infinité de sa nature, de même qu'Il jouit
en Lui-même de la création avant qu'elle ait été.
C'est pourquoi, dès que nous parlons de la gloire de Dieu
en nous, nous devons, nous placer au Point de vue, adopté
par Dieu, Lui-même, Pour se glorifier d'une gloire extrinsèque
dans toute réalité créée.
Reprenons la notion de la gloire :"Clara cum laude notitia".
Quelqu'un est glorifié quand il est connu avantageusement
par un autre et quand, à la suite de cette connaissance,
il trouve chez cet autre approbation et louange.
Appliquons ces données d'abord à Dieu dans l'oeuvre
de la création.
La création est une oeuvre d'une puissance et d'une sagesse
infinies. Elle consacre le, souverain domaine de Dieu sur toute
créature. De ce fait, la création révèle
la puissance, la sagesse, la souveraine indépendance de
Dieu. Il résulte de là que la création donne
de Dieu une connaissance brillante et resplendissante, qui provoque
la louange. Elle manifeste, à toute raison et à
toute intelligence, quelque chose de la grandeur de Dieu.
Qui plus est, comme Dieu seul est créateur, cette connaissance,
cette louange, Lui sont dues en stricte justice et ne sont dues
qu'à Lui seul.
Toute intelligence créée, de par les enseignements
de la théologie et de la philosophie, doit s'incliner devant
ce fait; dans toute réalité créée,
elle doit glorifier Dieu d'une gloire accidentelle sans doute,
mais vraie.
La même notion de la gloire : « Clara cum laude
notitia », doit se rencontrer dans l'homme du fait de
la création, par Dieu, d'un ordre surnaturel.
L'ordre surnaturel est fait par Dieu et communiqué par
Lui au monde. Il révèle, outre la puissance et la
sagesse de Dieu et sa souveraine indépendance, sa sainteté,
sa vérité, sa bonté, son amour infinis.
« Gratia et veritas per Jesum Christum facta est »
- la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ
- (Joan. , 1, 17).
Il comporte la révélation surnaturelle de la vérité
et la communication de la grâce sanctifiante et des dons.
C'est là que se manifestent la sublimité et la profondeur
de l'oeuvre de Dieu dans les âmes et dans les peuples. Car,
si Dieu se montre infiniment vrai, infiniment saint, infiniment
bon, c'est surtout dans l'oeuvre de l'Incarnation et de la Rédemption
et dans toutes les oeuvres que Jésus-Christ a faites. C'est
plus précisément dans l'application faite par Jésus-Christ
à l'âme et à l'univers entier, de cet ordre
surnaturel, que se manifestent la bonté et la sainteté
infinies de Dieu. En effet, c'est en vertu de cet ordre surnaturel
que toute âme a, comme but suprême, Dieu connu et
possédé surnaturellement, c'est-à-dire Dieu
dans le mystère profond de son Unité et de sa Trinité.
Dans ce même mystère, Dieu s'offre à l'âme
comme l'Exemplaire infiniment parfait qu'elle doit reproduire
par sa transformation dans le Père, dans le Fils et dans
le Saint-Esprit; de même, et dans ce mystère profond,
Dieu, surnaturellement connu et possédé, est le
Principe de la vie surnaturelle, communiquée à l'homme
dans le but de réaliser en plénitude la vie de Dieu-Unité-Trinité,
en lui. De même, comme il est requis que tout soit proportionné
dans l'oeuvre divine, il faut que le but à atteindre soit
Dieu dans son mystère profond.
En vertu de la loi des proportions que Dieu s'est imposée,
dans l'ordre surnaturel, il est requis qu'en toute chose, c'est-à-dire
dans son être et dans ses oeuvres, l'homme procède,
de par Dieu, de la Trinité comme principe; qu'il se transforme
en Dieu-Unité-Trinité et qu'il aboutisse à
Dieu-Unité-Trinité, but suprême et surnaturel.
C'est là une nécessité stricte. C'est la
raison pour laquelle Dieu habite l'âme juste et qu'Il en
fait son temple. C'est afin d'avoir, par son inhabitation, une
action constante et permanente sur l'âme et dans l'âme,
et, par elle, sur l'être tout entier de l'homme et sur toutes
ses facultés. Par l'homme, Dieu sera glorifié dans
l'univers entier.
Dans l'oeuvre de l'Incarnation du Verbe et dans l'oeuvre de la
Rédemption, tout dit que Dieu a eu en vue de transformer
l'homme et d'agir en lui puissamment en vue de procurer sa gloire
et la gloire de l'homme.
Dans l'ordre surnaturel, tout revêt le caractère
grandiose de l'intervention divine. Tout manifeste la grandeur
de l'oeuvre en elle-même. Tout révèle la Volonté
de Dieu de déifier l'homme. Tout fait ressortir la vérité
suprême qui est en Dieu. Tout fait éclater sa bonté
ineffable. En un mot, tout redit l'action constante et transformante
de Dieu accomplie par amour dans l'homme.
La connaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de leur oeuvre
dans le monde et dans les âmes provoque nécessairement,
chez celui qui veut ouvrir les yeux à la lumière,
la louange de Dieu et de Jésus, divin Rédempteur
des âmes et du monde.
À la vue de l'oeuvre rédemptrice et sanctificatrice
de Jésus, toute intelligence doit s'écrier dans
l'admiration la plus haute et la plus efficace : 0 Dieu, qui Vous
révélez si grand, si puissant, si sage, si indépendant
dans votre oeuvre créatrice, vous vous révélez
dans l'ordre surnaturel, apporté au monde par Jésus-Christ,
infiniment saint, infiniment bon, infiniment, aimant, infiniment
agissant, infiniment transformant
La révélation de l'ordre surnaturel donne de Dieu
une connaissance qui fait resplendir ses grandeurs et son amour
et qui provoque la louange. Cette connaissance et cette louange,
si elles sont sincères, doivent aller jusqu'à provoquer
la réalisation de l'ordre surnaturel dans toute créature,
jouissant d'une intelligence et d'une volonté.
Toute âme, qui aime Dieu pleinement et qui le connaît,
voudra s'appliquer au plus intime d'elle-même à être,
pour Dieu, une gloire, c'est-à-dire un être intelligent
qui a compris que Dieu est souverainement bon aimant, saint et
puissant. Elle voudra que, pour la gloire de Dieu, son oeuvre
de sagesse, de puissance et d'amour brille en elle en plénitude.
Elle voudra réaliser pleinement l'ordre surnaturel
destiné à sanctifier les âmes et dans cette
sanctification établir la gloire du Fils et du Saint-Esprit.
C'est alors que l'âme en transports, qu'elle exulte, qu'elle
loue, qu'elle s'épanche en cantique, de joie et d'amour,
qu'elle redit le « Gloria in excelsis »,
qu'elle prononce avec la Sainte Église le «
Credo » éternel.
Ces louanges, cette, joie, cette exultation disent assez clairement
l'effet produit par la connaissance qu'elle a des Mystères
divins.
Certes, quand nos lèvres chantent et proclament les louanges
que notre intelligence a comprises, que notre coeur a formées
et que tout notre être veut épancher en Dieu, c'est
une louange que Dieu a créée et par laquelle Il
est glorifié. Mais quelque soit la connaissance que nous
ayons de Dieu et quelque splendeur que nous révèlent
les formules théologiques, elles sont à peine une
ombre devant la splendeur de la réalité, tant il
est vrai de dire que la gloire accidentelle, malgré sa
Profondeur, est encore superficielle.
Or, pour glorifier Dieu, comme Dieu, veut être glorifié
par nous, il nous faut pénétrer plus intimement
dans l'éternel amour.
Dans son traité de la vie cachée, Bossuet expose
comme suit la situation faite à la créature : «
moïses s'adressant un jour, à Dieu, lui dit comme
dans un excès de familiarité : Montre-moi ta
gloire (Exod. , XVII, 18 et suiv. ); et Dieu de lui répondre
: Je te montrerai tout le bien, c'est-à-dire toute
ma perfection, et je prononcerai mon nom devant ta face, et
tu sauras que je suis le Seigneur... tu ne verras point maintenant
ma face, c'est-à-dire tu la verras un jour, mais ce
n'est pas ici le temps, car nul mortel ne peut la voir; mais
je te mettrai sur la pierre. Je t'établirai sur la
foi comme sur un immuable fondement et je te laisserai une
petite ouverture par laquelle tu pourras voir mon incompréhensible
lumière, et je mettrai la main devant toi; moi-même
je me couvrirai des ouvrages de ma puissance et je passerai devant
toi et je retirerai ma main un moment et je te ferai outrepasser
tout ce que j'ai fait: et tu me verras par derrière, obscurément,
imparfaitement... »
Et voici le moment de rappeler encore la doctrine donnée
ci-dessus.
Notre vie surnaturelle ici-bas est pour nous la béatitude
et la gloire commencées, comme dans l'Eternité,
elle sera notre béatitude et notre gloire consommées.
Admirons la profondeur des desseins de Dieu sur les âmes.
Pour opérer leur béatitude et réaliser leur
gloire, notre Dieu d'amour accomplira un prodige mystérieux,
qui tient de la profondeur de la Trinité Elle-même.
Rappelons encore ce point doctrinal : Dieu trouve en Lui-même
sa gloire essentielle et intrinsèque. Cette gloire est
infinie, la créature ne peut rien ajouter, mais elle peut
procurer à Dieu une gloire extrinsèque et accidentelle.
Aucune comparaison ne peut s'établir entre la gloire essentielle
et la gloire accidentelle de Dieu. Celle-ci est infiniment distante
de celle-là. Toutefois, dans son amour béatifiant
pour l'homme, Dieu a trouvé le moyen de procurer à
sa créature intelligente une communication de Lui-même.
La gloire essentielle de Dieu est parfaite.
Plus la gloire accidentelle se rapproche de la gloire essentielle,
plus-elle est parfaite et intime à Dieu.
Or, c'est cette perfection et cette intimité que Dieu veut
réaliser par Lui-même dans l'âme juste, ici-bas,
dans les obscurités de la foi, là-Haut, dans la
lumière de la gloire.
C'est à cette fin que Dieu veut se donner à nous
au plus intime de Lui-même, et qu'au plus intime de nous-mêmes
Il se révèle Père, Fils et Esprit-Saint;
il se communique Père, Fils et Esprit-Saint afin que, reproduisant
en nous ce qui fait le plus intime de sa gloire, nous soyons nous
aussi, extrinsèquement sans doute, mais réellement,
sa gloire comme Il est la nôtre dans la communication faite
à nous de Lui-même.
0, âme aimante, contemplez votre Éternité!
Qu'êtes-vous dans cette Éternité? Vous y êtes
transformée par l'Eternel Dieu-Unité-Trinité
: Père, Verbe et Esprit, dans les splendeurs de sa propre
gloire qui devient nôtre par participation.
Le Père, le Fils et l'Esprit-Saint opèrent en nous,
dans la mesure de leur communication, ce qu'Ils opèrent
en Eux-mêmes dans la mesure de leur Être, c'est-à-dire
de l'infini. Dans l'Eternité, nous connaîtrons donc
Dieu par Dieu; nous y aimerons Dieu par Dieu; nous y serons la
louange et la gloire de Dieu par Dieu, « Clara cum
lande notitia ».
C'est à cet effet qu'ici-bas, comme Là-Haut, Dieu
se communique à nous. Mais ce n'est là que le commencement
de la Béatitude. Le voile de la foi nous sépare
d'une communication de la Trinité, parfaite et complète
dans ses effets.
Notre vie ici-bas, quoique divine comme dans l'Eternité,
semble n'être qu'humaine. L'obscurité de la foi qui
semble nous séparer de Dieu et de sa gloire, est profonde...
cependant, dès cette vie, en nos âmes, sanctifiées
par la grâce, les mystères de Eternité s'accomplissent.
Ce qui fait la, gloire de Dieu en nous, pendant toute l'Eternité,
est essentiellement ce qui fait la même gloire ici-bas.
Même connaissance revêtue des mêmes splendeurs
: Père, Verbe et Esprit-Saint, dont la connaissance est
essentielle et infinie. Mais, pour l'homme, ici-bas et là-haut,
connaissance par participation et, en outre, ici-bas, connaissance
voilée des ombres de la foi : « Clara notitia
».
Même louange : Père, Verbe et Esprit-Saint, se
connaissant, s'aimant, se louant en nous comme en Eux-mêmes,
mais louange, ici-bas, voilée dans la foi.
Même connaissance et même louange par lesquelles,
établi en Dieu, l'homme glorifie d'autant plus la Trinité
qu'il la reproduit plus parfaitement par participation.
En nous donc, Dieu Lui-même est sa gloire. Il est sa gloire
dans la mesure de sa communication, dans la mesure où Lui-même
est nôtre et où, par Lui, nous sommes Lui.
0 Profondeur, ô Sublimité, ô Altitude!
Par la foi je sais que le Père, le Fils et l'Esprit-Saint
sont en moi, je sais qu'Ils feront un jour ma béatitude
infinie. Je sais que, dès à présent, Ils
me sont unis comme Principe, Exemplaire et Terme.
Je sais que, dès ici-bas, je puis m'unir à Dieu
et vivre de Lui mesure où le Père, le Fils et l'Esprit-Saint
se sont communiqués à moi.
Je sais que, pendant l'Eternité tout entière, Je
serai à Lui et Le glorifierai dans la gloire consommée
selon la mesure de communication qu'Il a faite de Lui-même
ici-bas.
En un mot, plus je pénètre en Dieu, plus Dieu pénètre
en moi, plus je suis sa gloire. Plus je suis sa gloire, plus Il
est ma gloire. Seule sa gloire est vraiment la mienne; c'est la
gloire de son auguste, indivisible et éternelle Trinité
donnée à mon âme; la gloire, sienne par essence,
devenue, mienne par participation.
0 Sublimité! ô Profondeur! la foi m'enseigne que
nous avons une participation au mystère profond et incommunicable
qui s'accomplit éternellement en Dieu et fait sa gloire
essentielle; et, profondeur nouvelle, je sais que je participerai
à la gloire infinie dont Dieu jouit en Lui-même,
dans la mesure où, je Lui serai uni sous son action transformante.
Dès lors, quelle folie n'est pas la mienne d'accepter ce
qui empêche le développement de l'union divine en
moi!
Il faut le reconnaître, je puis glorifier ce Dieu, que j'aime,
dans une mesure bien plus intense que celle qui est réalisée
en moi et je ne le fais pas.
Ce Dieu que j'aime, je l'arrête dans son action. parce que
je suis attaché à moi-même et aux réalités
créées, parce que je ne veux pas m'appliquer généreusement
et totalement à la nudité d'esprit. Je sais que
là se trouve l'obstacle à mon progrès et
je ne veux pas le supprimer. Je sais que le manque de nudité
d'esprit est la cause du manque de progrès dans l'union
divine et dans la formation de la gloire divine en moi, Je le
sais et je ne vais pas jusqu'au sacrifice complet qu'exige la
gloire de Dieu.
Il est incompréhensible qu'une âme sache qu'elle
peut prouver à Dieu son amour, en Lui procurant une gloire
à chaque instant plus grande, par une union à chaque
instant plus intense et qu'elle ne fasse pas tout ce qui est en
elle, pour produire cette gloire.
Après avoir compris ce qu'est la gloire de Dieu en elle-même
et en nous, trois conclusions s'imposent :
La première : nous devons nous réjouir de
ce que Dieu jouit d'une gloire essentielle que rien ne peut troubler
ni amoindrir;
La deuxième : Dieu nous ayant créés
pour sa gloire extrinsèque, nous devons la procurer, en
nous, dans toute la mesure où il nous sera donné
de le faire.
La troisième : nous devons nous assigner
comme mission de rendre gloire à Dieu par toute créature.
A chacune d'elles, il faut donner une voix, un esprit et un coeur
pour glorifier Dieu dignement.
Avec le psalmiste, Il faut, au sujet de chaque créature,
répéter ce qu'il dit des cieux : « Coeli
enarrant gloriam Dei », « Les Cieux et toute créature
racontent la gloire de Dieu ».
Amen. Fiat !