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Qu'est-ce que la Gloire de Dieu ?

Cette question a été posée sur le site Serviam... Nous pensons bien faire en proposant cet extrait du livre "La gloire Divine" par Le Père A. Philippe C. ss. R. (1930 éditions Doctrine et Vérité) :

Nature de la Gloire Divine

Après Saint Augustin, Saint Thomas explique la nature de la gloire en ces termes : « Gloire » signifie une certaine splendeur; de là que être glorifié et identique à être rendu resplendissant. Or, la splendeur et la beauté comportent une certaine manifestation. C'est pourquoi le mot « gloire » revêt, à proprement parler, chez ceux auxquels il s'applique, le sens de manifestation d'une chose qui, parmi les hommes, est estimée belle et bonne.
« Mais parce que ce qui est purement resplendissant peut être vu ou remarqué, par plusieurs et même par ceux qui sont au loin, pour cette raison, à proprement parler, par le mot « gloire » on désigne que dans le bien qui se trouve en quelqu'un, passe à la connaissance et à l'approbation d'un grand nombre. »
Ailleurs Saint Thomas parle comme suit : « La gloire est un sentiment d'honneur et de louange parce que, du fait que nous, rendons témoignage à la bonté de quelqu'un, sa bonté est rendue resplendissante en parvenant à la connaissance de plusieurs, c'est pourquoi, une glose sur l'épître aux Romains, définît la gloire en disant qu'elle est une connaissance resplendissante accompagnée de louange : « Clara cum laude notitia».
d'après ces données, la nature de la gloire comporte deux conditions : une connaissance avantageuse en faveur de celui qui est glorifié. Cette connaissance est accompagnée de louange. En effet elle doit être de nature à manifester avec éclat le mérite de celui qui est glorifié.
Dès qu'un être intelligent possède au sujet d'un autre une pareille connaissance, c'est-à-dire la connaissance qui provoque et produit la louange, cet autre a obtenu chez le premier, la gloire : celui-ci est une gloire pour lui.
Note : certains auteurs établissent une distinction entre la gloire objective et la gloire formelle.
Par gloire formelle ils entendent la connaissance resplendissante accompagnée de louange qui fait ressortir le mérite et la perfection de celui ou de ceux qui sont glorifiés. La perfection et le mérite manifestés à ceux qui les connaissent provoquent au dehors et même au loin la louange. Telle est la gloire formelle.
la gloire objective consiste dans toute perfection en raison de laquelle quelqu'un devient digne d'estime, d'amour et de louange. Il se fait ainsi qu'une belle statue en raison de sa perfection manifeste l'excellence de l'artiste. De par sa nature la gloire objective est ordonnée à la gloire formelle et elle a celle-ci comme fin.

§ 1. - La Gloire de Dieu en Dieu

Il est impossible de se rendre compte de la nature de la gloire divine, procurée à Dieu par l'âme juste, sans avoir compris d'abord la nature de la gloire de Dieu, en Dieu Lui-même. Cette gloire est intrinsèque à Dieu; elle lui est essentielle.
Comment se réalise-t-elle?
Dès que nous entrons en Dieu, nous quittons le sphères où nos esprits ont coutume de se remuer.
Nous pénétrons dans un être qui est la plénitude de l'Être et qui est à Lui-même sa propre plénitude.
Cet Être; qui est, l'Être par essence, est infini, et précisément parce qu'Il, est infini, la gloire qu'Il ne peut pas ne pas se procurer, est infinie à son tour.
Rappelons la notion de la gloire : « Clara cum laude notitia ». La gloire est une connaissance qui rend illustre en provoquant la louange.

Y a-t-il en Dieu une connaissance de Dieu Lui -même qui, infinie, provoque une louange infinie? Il ne s'agit pas ici de la connaissance que Dieu a des créatures, il s'agit de la connaissance qu'Il a Lui-même de Lui-même. Il faut que cette connaissance soit intrinsèque à Dieu, sinon elle ne serait pas infinie.

L'objet de cette connaissance est infini : Dieu Lui-même le sujet de cette connaissance est infini : Dieu Lui-même cette connaissance infinie provoque nécessairement une louange infinie. C'est par cette connaissance que Dieu sait qu'Il est infiniment saint qu'il est la majesté suprême, etc...
Chacun des attributs divins, s'offrant infiniment à Dieu, en Dieu, est en Dieu l' infinité même.
Dieu le sait et, le sachant, Il sait pareillement que tout ce qui est en Lui est digne d'une louange infinie.
Il sait, d'une science infinie, ce qu'il est en Lui-même, ce qu'il est dans sa nature infinie. Il sait donc infiniment ce que nous avons dû apprendre par une révélation faite d'En-Haut que, Être par essence, Il est un en Essence et trois en Personnes.
Il sait, d'une science infinie, qu'Il est Père, Fils et Esprit-Saint.
Il sait, d'une science infinie, que le Père engendre éternellement son Fils et que le Fils est éternellement engendré par le Père. Cette connaissance infinie. provoque en Lui une louange infinie de la génération éternelle du Verbe.
Il sait, d'une science infinie, que le Père et le Fils, principe unique, produisent infiniment l'Esprit-Saint et que l'Esprit-Saint procède infiniment du Père et du Fils; et cette connaissance infinie provoque une louange infinie, digne de la procession éternelle du Saint-Esprit.
Il sait, d'une science infinie, que le Fils est engendré par le Père dans la connaissance et que l'Esprit-Saint est produit dans l'amour,
Elle se révèle à Dieu, éternellement, la vie substantielle unique, la vitalité suprême, dans la connaissance et l'amour de la Trinité des Personnes en l'Unité d'Essence.
O Sublimité! ô Profondeur! ô Vitalité suprême qui forment, en Dieu et de Dieu, une éternelle connaissance et qui donnent à la connaissance infinie, d'être Celui qui est, nous Vous adorons, nous Vous louons, nous Vous glorifions.
O Vitalité suprême qui forme en Dieu et de Dieu un éternel amour et donne à l'amour d'être Celui qui est, nous Vous adorons, nous Vous louons, nous Vous glorifions.
La connaissance est I'Être; l'amour est l'Être, et l'Être étant partout Lui-même, encore une fois, devient en Lui-même et, dans la connaissance de l'amour, sa propre louange. Et sa louange se répète infiniment par toute l'essence de son Être et par toute la vitalité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Si nous osons donner le nom de gloire à ce qui ne fait que passer et à ce qui effleure à peine notre âme, à cette, image de nous-mêmes qu'on veut rendre resplendissante à nos yeux et aux yeux de l'opinion, et qui disparaît comme disparaît l'ombre devant la lumière, le fantôme devant la réalité quel nom devrons-nous donner à ce resplendissement divin qui est Dieu Lui-même et que l'Apôtre appelle : « La splendeur de la gloire », « Splendor gloriae ».
Ce n'est pas cette connaissance superficielle, propre à toute nature intelligente créée et qui doit former, de sa vigueur défaillante, un éclat non moins défaillant; ce n'est pas cette louange d'un jour qui dépérit et meurt comme elle est née.
Non, cette connaissance est la substance de Dieu comme sa louange, elle ne peut sortir de son Être. Il est tout entier en Lui-même. Son éclat est Lui-même comme sa connaissance. Connaissance, éclat, splendeur, louange tout est dans I'Être infini, tout Lui est intrinsèque et substantiel.
Il est, donc aussi sa propre gloire.
Sa gloire, redisons-le, est d'être ce qu'Il est; sa gloire est d'être Père, Fils et Esprit-Saint, car c'est là se connaître dans une splendeur infinie, et c'est s'aimer dans une opération infinie; c'est être sa louange dans l'infini de l'Être.

§ 2. -La Gloire de Dieu en nous

La gloire dont nous venons de parler est intrinsèque à Dieu. Elle Lui est essentielle. Mais, en plus de cette gloire, Dieu jouit d'une gloire extrinsèque qui est accidentelle à son Être.
Cette gloire accidentelle ne Lui est donc aucunement nécessaire. Toutefois, elle doit se réaliser en Lui, dès qu'Il a posé l'acte de création ou dès qu'Il a posé n'importe quel acte qui n'est pas intrinsèque à sa nature.
Il est à remarquer, avant tout, que la gloire accidentelle, c'est-à-dire toute gloire procurée à Dieu par une réalité créée, est comprise, d'une façon éminente et transcendante, dans l'infinité de la gloire qui Lui est intrinsèque.
La gloire essentielle en Dieu étant infinie, ne peut rien s'adjoindre de neuf par une réalité d'ordre créé.
Il faut donc, nécessairement et précisément, en raison de l'infinité de la gloire essentielle, que rien ne puisse s'ajouter à celle-ci.
Cependant, comme la gloire accidentelle doit exister, et ne peut pas ne pas exister, dès qu'existe une réalité créée, il faut nécessairement qu'elle se trouve comprise, d'une manière éminente, dans la gloire essentielle. Dieu en jouit de toute Éternité dans l'infinité de sa nature, de même qu'Il jouit en Lui-même de la création avant qu'elle ait été.
C'est pourquoi, dès que nous parlons de la gloire de Dieu en nous, nous devons, nous placer au Point de vue, adopté par Dieu, Lui-même, Pour se glorifier d'une gloire extrinsèque dans toute réalité créée.
Reprenons la notion de la gloire :"Clara cum laude notitia". Quelqu'un est glorifié quand il est connu avantageusement par un autre et quand, à la suite de cette connaissance, il trouve chez cet autre approbation et louange.
Appliquons ces données d'abord à Dieu dans l'oeuvre de la création.

La création est une oeuvre d'une puissance et d'une sagesse infinies. Elle consacre le, souverain domaine de Dieu sur toute créature. De ce fait, la création révèle la puissance, la sagesse, la souveraine indépendance de Dieu. Il résulte de là que la création donne de Dieu une connaissance brillante et resplendissante, qui provoque la louange. Elle manifeste, à toute raison et à toute intelligence, quelque chose de la grandeur de Dieu.
Qui plus est, comme Dieu seul est créateur, cette connaissance, cette louange, Lui sont dues en stricte justice et ne sont dues qu'à Lui seul.
Toute intelligence créée, de par les enseignements de la théologie et de la philosophie, doit s'incliner devant ce fait; dans toute réalité créée, elle doit glorifier Dieu d'une gloire accidentelle sans doute, mais vraie.
La même notion de la gloire : « Clara cum laude notitia », doit se rencontrer dans l'homme du fait de la création, par Dieu, d'un ordre surnaturel.
L'ordre surnaturel est fait par Dieu et communiqué par Lui au monde. Il révèle, outre la puissance et la sagesse de Dieu et sa souveraine indépendance, sa sainteté, sa vérité, sa bonté, son amour infinis. « Gratia et veritas per Jesum Christum facta est » - la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ - (Joan. , 1, 17).
Il comporte la révélation surnaturelle de la vérité et la communication de la grâce sanctifiante et des dons. C'est là que se manifestent la sublimité et la profondeur de l'oeuvre de Dieu dans les âmes et dans les peuples. Car, si Dieu se montre infiniment vrai, infiniment saint, infiniment bon, c'est surtout dans l'oeuvre de l'Incarnation et de la Rédemption et dans toutes les oeuvres que Jésus-Christ a faites. C'est plus précisément dans l'application faite par Jésus-Christ à l'âme et à l'univers entier, de cet ordre surnaturel, que se manifestent la bonté et la sainteté infinies de Dieu. En effet, c'est en vertu de cet ordre surnaturel que toute âme a, comme but suprême, Dieu connu et possédé surnaturellement, c'est-à-dire Dieu dans le mystère profond de son Unité et de sa Trinité.
Dans ce même mystère, Dieu s'offre à l'âme comme l'Exemplaire infiniment parfait qu'elle doit reproduire par sa transformation dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit; de même, et dans ce mystère profond, Dieu, surnaturellement connu et possédé, est le Principe de la vie surnaturelle, communiquée à l'homme dans le but de réaliser en plénitude la vie de Dieu-Unité-Trinité, en lui. De même, comme il est requis que tout soit proportionné dans l'oeuvre divine, il faut que le but à atteindre soit Dieu dans son mystère profond.
En vertu de la loi des proportions que Dieu s'est imposée, dans l'ordre surnaturel, il est requis qu'en toute chose, c'est-à-dire dans son être et dans ses oeuvres, l'homme procède, de par Dieu, de la Trinité comme principe; qu'il se transforme en Dieu-Unité-Trinité et qu'il aboutisse à Dieu-Unité-Trinité, but suprême et surnaturel.
C'est là une nécessité stricte. C'est la raison pour laquelle Dieu habite l'âme juste et qu'Il en fait son temple. C'est afin d'avoir, par son inhabitation, une action constante et permanente sur l'âme et dans l'âme, et, par elle, sur l'être tout entier de l'homme et sur toutes ses facultés. Par l'homme, Dieu sera glorifié dans l'univers entier.
Dans l'oeuvre de l'Incarnation du Verbe et dans l'oeuvre de la Rédemption, tout dit que Dieu a eu en vue de transformer l'homme et d'agir en lui puissamment en vue de procurer sa gloire et la gloire de l'homme.
Dans l'ordre surnaturel, tout revêt le caractère grandiose de l'intervention divine. Tout manifeste la grandeur de l'oeuvre en elle-même. Tout révèle la Volonté de Dieu de déifier l'homme. Tout fait ressortir la vérité suprême qui est en Dieu. Tout fait éclater sa bonté ineffable. En un mot, tout redit l'action constante et transformante de Dieu accomplie par amour dans l'homme.
La connaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de leur oeuvre dans le monde et dans les âmes provoque nécessairement, chez celui qui veut ouvrir les yeux à la lumière, la louange de Dieu et de Jésus, divin Rédempteur des âmes et du monde.
À la vue de l'oeuvre rédemptrice et sanctificatrice de Jésus, toute intelligence doit s'écrier dans l'admiration la plus haute et la plus efficace : 0 Dieu, qui Vous révélez si grand, si puissant, si sage, si indépendant dans votre oeuvre créatrice, vous vous révélez dans l'ordre surnaturel, apporté au monde par Jésus-Christ, infiniment saint, infiniment bon, infiniment, aimant, infiniment agissant, infiniment transformant
La révélation de l'ordre surnaturel donne de Dieu une connaissance qui fait resplendir ses grandeurs et son amour et qui provoque la louange. Cette connaissance et cette louange, si elles sont sincères, doivent aller jusqu'à provoquer la réalisation de l'ordre surnaturel dans toute créature, jouissant d'une intelligence et d'une volonté.
Toute âme, qui aime Dieu pleinement et qui le connaît, voudra s'appliquer au plus intime d'elle-même à être, pour Dieu, une gloire, c'est-à-dire un être intelligent qui a compris que Dieu est souverainement bon aimant, saint et puissant. Elle voudra que, pour la gloire de Dieu, son oeuvre de sagesse, de puissance et d'amour brille en elle en plénitude. Elle voudra réaliser pleinement l'ordre surnaturel destiné à sanctifier les âmes et dans cette sanctification établir la gloire du Fils et du Saint-Esprit.
C'est alors que l'âme en transports, qu'elle exulte, qu'elle loue, qu'elle s'épanche en cantique, de joie et d'amour, qu'elle redit le « Gloria in excelsis », qu'elle prononce avec la Sainte Église le « Credo » éternel.
Ces louanges, cette, joie, cette exultation disent assez clairement l'effet produit par la connaissance qu'elle a des Mystères divins.
Certes, quand nos lèvres chantent et proclament les louanges que notre intelligence a comprises, que notre coeur a formées et que tout notre être veut épancher en Dieu, c'est une louange que Dieu a créée et par laquelle Il est glorifié. Mais quelque soit la connaissance que nous ayons de Dieu et quelque splendeur que nous révèlent les formules théologiques, elles sont à peine une ombre devant la splendeur de la réalité, tant il est vrai de dire que la gloire accidentelle, malgré sa Profondeur, est encore superficielle.
Or, pour glorifier Dieu, comme Dieu, veut être glorifié par nous, il nous faut pénétrer plus intimement dans l'éternel amour.
Dans son traité de la vie cachée, Bossuet expose comme suit la situation faite à la créature : « moïses s'adressant un jour, à Dieu, lui dit comme dans un excès de familiarité : Montre-moi ta gloire (Exod. , XVII, 18 et suiv. ); et Dieu de lui répondre : Je te montrerai tout le bien, c'est-à-dire toute ma perfection, et je prononcerai mon nom devant ta face, et tu sauras que je suis le Seigneur... tu ne verras point maintenant ma face, c'est-à-dire tu la verras un jour, mais ce n'est pas ici le temps, car nul mortel ne peut la voir; mais je te mettrai sur la pierre. Je t'établirai sur la foi comme sur un immuable fondement et je te laisserai une petite ouverture par laquelle tu pourras voir mon incompréhensible lumière, et je mettrai la main devant toi; moi-même je me couvrirai des ouvrages de ma puissance et je passerai devant toi et je retirerai ma main un moment et je te ferai outrepasser tout ce que j'ai fait: et tu me verras par derrière, obscurément, imparfaitement... »
Et voici le moment de rappeler encore la doctrine donnée ci-dessus.
Notre vie surnaturelle ici-bas est pour nous la béatitude et la gloire commencées, comme dans l'Eternité, elle sera notre béatitude et notre gloire consommées.
Admirons la profondeur des desseins de Dieu sur les âmes.
Pour opérer leur béatitude et réaliser leur gloire, notre Dieu d'amour accomplira un prodige mystérieux, qui tient de la profondeur de la Trinité Elle-même.
Rappelons encore ce point doctrinal : Dieu trouve en Lui-même sa gloire essentielle et intrinsèque. Cette gloire est infinie, la créature ne peut rien ajouter, mais elle peut procurer à Dieu une gloire extrinsèque et accidentelle.
Aucune comparaison ne peut s'établir entre la gloire essentielle et la gloire accidentelle de Dieu. Celle-ci est infiniment distante de celle-là. Toutefois, dans son amour béatifiant pour l'homme, Dieu a trouvé le moyen de procurer à sa créature intelligente une communication de Lui-même.
La gloire essentielle de Dieu est parfaite.
Plus la gloire accidentelle se rapproche de la gloire essentielle, plus-elle est parfaite et intime à Dieu.
Or, c'est cette perfection et cette intimité que Dieu veut réaliser par Lui-même dans l'âme juste, ici-bas, dans les obscurités de la foi, là-Haut, dans la lumière de la gloire.
C'est à cette fin que Dieu veut se donner à nous au plus intime de Lui-même, et qu'au plus intime de nous-mêmes Il se révèle Père, Fils et Esprit-Saint; il se communique Père, Fils et Esprit-Saint afin que, reproduisant en nous ce qui fait le plus intime de sa gloire, nous soyons nous aussi, extrinsèquement sans doute, mais réellement, sa gloire comme Il est la nôtre dans la communication faite à nous de Lui-même.
0, âme aimante, contemplez votre Éternité!
Qu'êtes-vous dans cette Éternité? Vous y êtes transformée par l'Eternel Dieu-Unité-Trinité : Père, Verbe et Esprit, dans les splendeurs de sa propre gloire qui devient nôtre par participation.
Le Père, le Fils et l'Esprit-Saint opèrent en nous, dans la mesure de leur communication, ce qu'Ils opèrent en Eux-mêmes dans la mesure de leur Être, c'est-à-dire de l'infini. Dans l'Eternité, nous connaîtrons donc Dieu par Dieu; nous y aimerons Dieu par Dieu; nous y serons la louange et la gloire de Dieu par Dieu, « Clara cum lande notitia ».
C'est à cet effet qu'ici-bas, comme Là-Haut, Dieu se communique à nous. Mais ce n'est là que le commencement de la Béatitude. Le voile de la foi nous sépare d'une communication de la Trinité, parfaite et complète dans ses effets.
Notre vie ici-bas, quoique divine comme dans l'Eternité, semble n'être qu'humaine. L'obscurité de la foi qui semble nous séparer de Dieu et de sa gloire, est profonde... cependant, dès cette vie, en nos âmes, sanctifiées par la grâce, les mystères de Eternité s'accomplissent. Ce qui fait la, gloire de Dieu en nous, pendant toute l'Eternité, est essentiellement ce qui fait la même gloire ici-bas.
Même connaissance revêtue des mêmes splendeurs : Père, Verbe et Esprit-Saint, dont la connaissance est essentielle et infinie. Mais, pour l'homme, ici-bas et là-haut, connaissance par participation et, en outre, ici-bas, connaissance voilée des ombres de la foi : « Clara notitia ».
Même louange
: Père, Verbe et Esprit-Saint, se connaissant, s'aimant, se louant en nous comme en Eux-mêmes, mais louange, ici-bas, voilée dans la foi.
Même connaissance et même louange par lesquelles, établi en Dieu, l'homme glorifie d'autant plus la Trinité qu'il la reproduit plus parfaitement par participation.
En nous donc, Dieu Lui-même est sa gloire. Il est sa gloire dans la mesure de sa communication, dans la mesure où Lui-même est nôtre et où, par Lui, nous sommes Lui.
0 Profondeur, ô Sublimité, ô Altitude!
Par la foi je sais que le Père, le Fils et l'Esprit-Saint sont en moi, je sais qu'Ils feront un jour ma béatitude infinie. Je sais que, dès à présent, Ils me sont unis comme Principe, Exemplaire et Terme.
Je sais que, dès ici-bas, je puis m'unir à Dieu et vivre de Lui mesure où le Père, le Fils et l'Esprit-Saint se sont communiqués à moi.
Je sais que, pendant l'Eternité tout entière, Je serai à Lui et Le glorifierai dans la gloire consommée selon la mesure de communication qu'Il a faite de Lui-même ici-bas.
En un mot, plus je pénètre en Dieu, plus Dieu pénètre en moi, plus je suis sa gloire. Plus je suis sa gloire, plus Il est ma gloire. Seule sa gloire est vraiment la mienne; c'est la gloire de son auguste, indivisible et éternelle Trinité donnée à mon âme; la gloire, sienne par essence, devenue, mienne par participation.
0 Sublimité! ô Profondeur! la foi m'enseigne que nous avons une participation au mystère profond et incommunicable qui s'accomplit éternellement en Dieu et fait sa gloire essentielle; et, profondeur nouvelle, je sais que je participerai à la gloire infinie dont Dieu jouit en Lui-même, dans la mesure où, je Lui serai uni sous son action transformante.
Dès lors, quelle folie n'est pas la mienne d'accepter ce qui empêche le développement de l'union divine en moi!
Il faut le reconnaître, je puis glorifier ce Dieu, que j'aime, dans une mesure bien plus intense que celle qui est réalisée en moi et je ne le fais pas.
Ce Dieu que j'aime, je l'arrête dans son action. parce que je suis attaché à moi-même et aux réalités créées, parce que je ne veux pas m'appliquer généreusement et totalement à la nudité d'esprit. Je sais que là se trouve l'obstacle à mon progrès et je ne veux pas le supprimer. Je sais que le manque de nudité d'esprit est la cause du manque de progrès dans l'union divine et dans la formation de la gloire divine en moi, Je le sais et je ne vais pas jusqu'au sacrifice complet qu'exige la gloire de Dieu.
Il est incompréhensible qu'une âme sache qu'elle peut prouver à Dieu son amour, en Lui procurant une gloire à chaque instant plus grande, par une union à chaque instant plus intense et qu'elle ne fasse pas tout ce qui est en elle, pour produire cette gloire.
Après avoir compris ce qu'est la gloire de Dieu en elle-même et en nous, trois conclusions s'imposent :
La première : nous devons nous réjouir de ce que Dieu jouit d'une gloire essentielle que rien ne peut troubler ni amoindrir;
La deuxième : Dieu nous ayant créés pour sa gloire extrinsèque, nous devons la procurer, en nous, dans toute la mesure où il nous sera donné de le faire.
La troisième : nous devons nous assigner comme mission de rendre gloire à Dieu par toute créature. A chacune d'elles, il faut donner une voix, un esprit et un coeur pour glorifier Dieu dignement.
Avec le psalmiste, Il faut, au sujet de chaque créature, répéter ce qu'il dit des cieux : « Coeli enarrant gloriam Dei », « Les Cieux et toute créature racontent la gloire de Dieu ».

Amen. Fiat !

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