L'Imposition des MAINS, Actes des Apôtres VI,6
Dans les Actes des Apôtres, nous voyons les Douze se choisir des collaborateurs pour le service des tables : des hommes estimés, dignes de confiance. Leurs sept noms sont cités, et en premier lieu Etienne qui sera le premier des martyrs. Ces sept, on les présente aux apôtres lesquels, après avoir prié, leur imposèrent les mains.
Ce geste de l'imposition des mains est tout à fait caractéristique de la transmission de tout ou partie des pouvoirs apostoliques. Si vous avez assisté à une ordination épiscopale, vous avez vu les évêques consécrateurs imposer les mains au nouvel élu. Dans une ordination presbytérale, l'évêque puis l'ensemble des prêtres présents imposent les mains au nouvel appelé. Ou encore, lors d'une ordination diaconale l'évêque impose les mains aux diacres qu'il s'est choisi. Ce rite est riche de sens et d'histoire.
Déjà au livre des Nombres (XXVII 18) nous voyons Moise, sur ordre de Dieu, imposer la main à Josué car "en lui demeure l'esprit". Ainsi Moïse lui transmet une part de sa dignité, ce qui lui permettra de continuer sa charge et d'entrer en terre promise. Donc dès ces origines, le don de l'Esprit et la transmission d'un pouvoir sont caractéristiques du rite de l'imposition des mains. Du reste, le livre du Deutéronome se conclut ainsi : "Josué, fils de Nun, était rempli de l'esprit de sagesse, car Moïse lui avait imposé les mains" (XXXIV 9).
Pareille liturgie transmet un véritable charisme à son bénéficiaire et les premiers chrétiens s'en souviendront, ainsi que nous venons de l'entendre dans le récit des Actes à propos des diacres. L'imposition des mains est ici liée à la consécration de quelqu'un pour un ministère dans l'Eglise, et St Paul le rappelera à Timothée : "ne néglige pas le don de la grâce qui est en toi, qui te fut conférée par une intervention prophétique accompagnée de l'imposition des mains par le collège des anciens" (I Tm IV 14). Et ailleurs, st Paul linvitera à se consacrer à la lecture de lEcriture et à lenseignement pour faire vivre le charisme apostolique (II Tm I 6). Le bénéficiaire d'une grâce doit, en effet, toujours coopérer à l'épanouissement de celle-ci en puisant à la source vive qu'est l'Esprit saint.
Dans l'Eglise catholique, ce qui est proprement fantastique c'est cette chaîne ininterrompue qui, par impositions successives des mains, va des apôtres à leurs successeurs d'aujourd'hui : les évêques. L'intégrité de notre foi, la valeur de notre liturgie reposent sur cette succession apostolique. Du Pape Benoît XVI nous pouvons remonter par une succession ininterrompue à l'apôtre Pierre ; du collège actuel des évêques, nous pouvons remonter au collège des apôtres. Dans la Constitution sur l'Eglise (Lumen Gentium 21), le Concile Vatican II note : "les apôtres, par l'imposition des mains, transmirent à leurs collaborateurs le don spirituel qui s'est transmis jusqu'à nous à travers la consécration épiscopale". Cette succession apostolique a été préservée intacte sur deux millénaires dans l'Eglise catholique et dans les Eglises orthodoxes. Elle est garante de la valeur de nos sacrements. Elle révèle que l'Esprit Saint continue à oeuvrer de façon efficace dans l'Eglise.
Ce même rite de l'imposition des mains est également préservé pour l'ordination des prêtres. Le presbyterium est alors directement associé au geste de l'évêque pour mieux signifier les liens de charité qui unissent les prêtres entre eux, leur profonde égalité fraternelle qui se manifeste particulièrement dans la concélébration de l'Eucharistie, laquelle est justement un symbole d'unité que le Christ a voulu établir entre les siens (Presbyterorum Ordinis 8). Enfin le Concile, rétablissant le diaconat permanent, a vu dans ce même geste - de l'imposition des mains sur les futurs diacres - un gage tout particulier de leur union à l'autel (Ad Gentes 16). Au service de l'évêque, le diacre porte la Parole de Dieu tout en étant au service de l'autel : la grâce de ce service lui est également conférée par l'Esprit Saint.
Je terminerai en soulignant que, dans les liturgies d'ordination, pareil geste de l' mposition des mains est tout à fait essentiel. Il est une condition du sacrement dans la mesure où l'on invoque la descente de l'Esprit Saint sur la tête de l'ordinand, afin que cet homme soit configuré à un visage du Christ. Ce rite est au coeur de notre foi. Car c'est ainsi que Dieu est toujours à loeuvre parmi nous ; que Christ se choisit toujours des collaborateurs.
P. Achille Mestre mb, Jouarre, le 24 avril 2005.
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