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C'est en la fête du 1er mai 2000, année jubilaire, que l'Eglise a donné au monde la très grande joie de découvrir cet ouvrage, fruit d'un énorme travail dont chacun mesurera l'ampleur.
La Congrégation pour le Clergé le présente sur son site et nous le diffusons intégralement à nos adhérents, compte tenu de son importance considérable et parce qu'il constitue à l'évidence une base de documentation inestimable pour tous les hommes de bonne volonté.
Nous ne remercierons jamais assez l'Eglise de nous guider vers le bonheur et nous ne chanterons jamais assez ses bienfaits...
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Conseil Pontifical " Justice et Paix " : AGENDA SOCIAL
Une collection de textes du Magistère
Préface de S.E. Mgr François-Xavier Nguen Van Thuan
Président du Conseil Pontifical " Justice et Paix "

Sous la direction de Abbé Robert A. Sirico
Président de l’ "Action Institute for the Study of Religion and Liberty"
Grand Rapids, Michigan, USA

Père Maciej Zieba, O.P.
Président de l’Institut " Tertio Millenio "
Cracovie, Pologne

Table des matières

Table des matières?*
Préface?
*
Abréviations*?
*
Article premier : Nature de la Doctrine sociale de l’Église?*
1. L’Église comme Mère et Maîtresse?*
II. La Mission de l’Église?*
III. Le message social de l’Église?*
IV. La portée de l’enseignement social de l’Église?*
V. Evangélisation et enseignement social de l’Église?*
Article deuxième : la personne humaine?*
I. La dignité de la personne humaine?*
II. Liberté et vérité?*
III. La nature sociale de l’homme?*
IV. Les droits humains?*
V. La liberté religieuse?*
Article troisième : la famille?*
I. L’institution de la famille?*
II. Le mariage?*
III. Les enfants et les parents?*
IV. La famille, l’éducation et la culture?*
V. Le caractère sacré de la vie humaine?*
VI. La plaie de l’avortement et de l’euthanasie?*
VII. La peine capitale?*
VIII. La dignité de la femme?*
Article quatrième : l’ordre social?*
I. La place centrale de la personne humaine?*
II. Une société fondée sur la vérité?*
III. La solidarité?*
IV. Subsidiarité?*
V. Participation?*
VI. Aliénation et marginalisation?*
VII. Liberté sociale?*
VIII. Culture?*
IX. Le développement humain authentique?*
X. Le bien commun?*
XI. " Le péché social "?*
Article cinquième : Le rôle de l’État?*
I. L’autorité temporelle?*
II. Le rôle de la loi?*
III. Le rôle du gouvernement?*
IV. Église et État?*
V. Formes de gouvernement?*
VI. La démocratie?*
Article sixième : L’économie?*
I. La destination universelle des biens matériels?*
II. Propriété privée?*
III. Le système économique?*
IV. Moralité, justice et ordre économique?*
V. Une vraie théologie de la libération?*
VI. L’intervention de l’État et l’économie?*
VII. L’entreprise?*
VIII. Économie et consumérisme?*
Article septième : Travail et salaires?*
I. La nature du travail?*
II. Justes salaires et justes rétributions?*
III. Le lieu de travail?*
IV. Le chômage?*
V. Les syndicats?*
VI. Les grèves?*
Article huitième : Pauvreté et charité?*
I. Le scandale de la pauvreté?*
II. La justice sociale?*
III. La charité et l’option préférentielle pour les pauvres?*
IV. L’État providence?*
Article neuvième : L’environnement?*
I. La qualité de l’ordre de la création?*
II. Les problèmes liés à l’environnement?*
III. Tutelle écologique?*
IV. Technologie?*
Article dixième : La communauté internationale?*
I. La famille?*
II. Le libre échange?*
III. La paix et la guerre?*
IV. Armement?*
V. Le bien commun universel?*
VI. Les organisations transnationales et internationales?*
VII. L’immigration?*
VIII. La dette extérieure?*
IX. Nationalisme et tensions ethniques?*
X. L’économie globale?*
Article onzième : Conclusion?*
I. Le défi de l’enseignement social catholique?*

Bibliographie?*

Index analytique?*

Préface

J'étais un jeune membre d'un petit groupe de catholiques dans la Cité Impériale de Hué. Nous avions la chance de posséder les textes de quelques encycliques sociales, telles que Rerum Novarum, Quadragesimo Anno et Divini Redemptoris. En ces moments de grandes difficultés, nous les reproduisions le mieux que nous pouvions.

L'un de nos membres-son nom était Alexis-allait de province en province pour apporter les textes aux familles et aux communautés. Il le faisait en prenant des risques énormes pour lui-même et sa famille nombreuse. Parfois, il cachait les textes en les attachant à ses jambes alors qu'il passait secrètement de village en village. Il a fini par être arrêté et, par la suite, il est mort en prison.

Mais son travail a constitué un legs formidable. De nombreux jeunes femmes et jeunes hommes ont trouvé un nouveau sens d'espoir en prenant connaissance des documents de la doctrine sociale de l'Eglise. En fait, cette connaissance leur a ouvert un nouveau chemin de lumière et d'espoir qui leur a servi durant les jours terribles qui allaient suivre. Le Seigneur Jésus ne les a pas abandonnés.

La doctrine sociale de l'Eglise peut avoir le même effet aujourd'hui dans notre situation que le Pape Paul VI, dans son dernier testament, a appelée "dramatique et triste mais toutefois magnifique". La doctrine sociale de cette série remarquable de Papes depuis Léon XIII peut être, pour le chrétien de notre temps, une grande source d'orientation et un véritable instrument d'évangélisation. Nous en avons tous besoin.

Dans cette Année du Jubilé, de nombreuses publications ont rassemblé divers éléments de doctrine sociale catholique. Le Catéchisme de l'Eglise Catholique contient de nombreux éléments et constitue une source des plus officielles. Le Saint-Siège prépare également une synthèse officielle de la doctrine sociale de l'Eglise, mettant en valeur sa relation avec la "nouvelle évangélisation". D'autres publications ont récemment fait leur apparition au Mexique et en Espagne.

Nous célébrons l'Année du Jubilé comme l'anniversaire du Mystère de l'Incarnation de Jésus-Christ - Dieu et homme - qui est passé par le genre humain pour y arriver. Dans un esprit de service envers la célébration du Grand Jubilé de l'An 2000, les éditeurs de ce volume ont rassemblé un recueil utile de textes en rapport avec la doctrine sociale de l'Eglise. Il sera publié en sept langues et sera fort utile aux responsables académiques et pastoraux, aux responsables politiques et des affaires, et, bien entendu, aux travailleurs et aux pauvres. Je prie en particulier pour que ceux qui, aujourd'hui, représentent les souffrances du genre humain trouvent, par le biais de ces textes, le chemin menant à Jésus, notre Sauveur, le seul nouveau chemin de lumière et d'espoir de notre temps.

Comme toute recueil, cette publication ne prétend pas être complète. Les textes individuels ont été choisis en raison de leur signification mais nous espérons que le lecteur les relira dans leur contexte d'origine et deviendra ainsi plus familier avec l'ampleur de la doctrine sociale catholique.

Les étudiants, les enseignants et tous ceux qui recherchent une meilleure connaissance de la doctrine sociale de l'Eglise trouveront dans cette collection les déclarations centrales des Souverains Pontifes issues d'une variété de textes, y compris encycliques pontificales, lettres apostoliques et documents conciliaires sur des sujets en rapport avec la politique, l'économie et la culture. Les sélections sont classées de manière thématique selon les divers sujets de la doctrine sociale catholique. Sous chaque titre thématique, les citations sont disposées selon un ordre pédagogique-plutôt que chronologique ou magistral-et chaque sujet commence par une citation expliquant la question traitée.

Ces déclarations viennent du coeur de l'Eglise pour un monde ayant un besoin désespéré d'une vision morale afin de construire un ordre social plus humain. Tandis que l'Eglise ne prétend pas offrir des solutions scientifiques aux problèmes économiques ou sociaux sous la forme de recommandations de politiques publiques ou de dispositions légales précises, ce qu'elle offre est bien plus important: un ensemble d'idées et de valeurs morales qui confirment et affirment la dignité de tous. L'application de tels principes aux réalités économiques, politiques et sociales peut aboutir à la justice et à la paix pour tous, à un développement humain sincère et à la libération des peuples de l'oppression, de la pauvreté et de la violence.

Le Conseil Pontifical "Justice et Paix" exprime sa reconnaissance au Révérend Robert A. Sirico et au Révérend Maciej Zieba, O.P., pour avoir supervisé cette collection. Le Conseil Pontifical désire également rendre hommage à l'aide précieuse des personnes suivantes, dans le cadre du rassemblement de la collection de textes: les employés de l'"Acton Institute for the Study of Religion and Liberty" de Grand Rapids, Michigan, en particulier Gregory Gronbacher, Ph.D, Kevin Schmiesing, Ph.D, et Stephen J. Grabill, Th.M.; l'Instytut "Tertio Millennio" de Cracovie, en particulier Slawomir Sowinski et Piotr Kimla; le Ministre Professeur Alvaro Corcuera Martinez de Río, L.C., le Recteur, les étudiants et les employés du Pontificio Ateneo "Regina Apostolorum" de Rome; et le Révérend John-Peter Pham, S.T.D., Rome.

Je suis heureux de recommander ce recueil à tous ceux qui partagent notre vision sur la réunion de la justice et de la paix, et à tous ceux qui cherchent à connaître la doctrine sociale de l'Eglise. Je suis particulièrement satisfait de pouvoir offrir cette ressource aux enseignants, théologiens, catéchistes et à tous ceux qui enseignent aux fidèles les voies de la vérité. Que la doctrine sociale de l'Eglise contribue à l'intérêt commun universel et aide à établir la vision des psalmistes où justice et paix s'embrassent (Ps 85, 9-12), pour inaugurer l'arrivée du Royaume de Dieu.

+ François-Xavier Nguyên Van Thuân, Archevêque titulaire de Vadesi
Président du Conseil Pontifical "Justice et Paix"
Cité du Vatican, 1er mai 2000, Fête de Saint Joseph, travailleur 

Abréviations*

CA?Centesimus Annus (Centenaire de Rerum Novarum); Jean-Paul II

CEC?Catéchisme de l'Église Catholique

GS?Gaudium et Spes (Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps); Concile Vatican II

LG?Lumen Gentium (Constitution dogmatique sur l'Église); Concile Vatican II

MM?Mater et Magistra (Progrès social); Jean XXIII

PP?Populorum Progressio (Développement des peuples); Paul VI

PT ?Pacem in Terris (Paix entre toutes les nations); Jean XXIII

QA ?Quadragesimo Anno (Restauration de l'ordre social); Pie XI

RN ?Rerum Novarum (Condition des ouvriers); Léon XIII

SRS ?Sollicitude Rei Socialis (Question sociale); Jean-Paul II

TMA?Tertio Millennio Adveniente (Préparation du Jubilé de l'an 2000); Jean-Paul II

 

* Seuls les documents paraissant sur cette page ont été cités dans le recueil avec leur abréviation. Les références complètes pour toute autre citation peuvent être obtenues en consultant la bibliographie.

 

Article premier :
Nature de la Doctrine sociale de l’Église

1. L’Église comme Mère et Maîtresse

1. Mère et éducatrice de tous les peuples, l’Église universelle a été instituée par Jésus-Christ pour que tous les hommes au long des siècles trouvent en son sein et dans son amour la plénitude d’une vie plus élevée et la garantie de leur salut. A cette Église, " colonne et fondement de vérité " (cf. 1 Tm 3, 15), son saint fondateur a confié une double tâche : engendrer des fils, les éduquer et les diriger, en veillant avec une providence maternelle sur la vie des individus et des peuples, dont elle a toujours respecté et protégé avec soin la dignité.

(MM 1)

2. Assurément, une question de cette gravité demande encore à d’autres agents leur part d’activité et d’efforts. Nous voulons parler des chefs d’Etat, des patrons et des riches, des ouvriers eux-mêmes dont le sort est ici en jeu. Mais ce que Nous affirmons sans hésitation, c’est l’inanité de leur action en-dehors de celle de l’Église. C’est l’Église, en effet, qui puise dans l’Évangile des doctrines capables, soit de mettre fin au conflit, soit au moins de l’adoucir en lui enlevant tout ce qu’il a d’âpreté et d’aigreur ; l’Église, qui ne se contente pas d’éclairer l’esprit de ses enseignements, mais s’efforce encore de régler en conséquence la vie et les moeurs de chacun ; l’Église qui, par une foule d’institutions éminemment bienfaisantes, tend à améliorer le sort des classes pauvres ; l’Église qui veut et désire ardemment que toutes les classes mettent en commun leurs lumières et leurs forces, pour donner à la question ouvrière la meilleure solution possible ; l’Église enfin qui estime que les lois et l’autorité publique doivent, avec mesure et avec sagesse sans doute, apporter à cette solution leur part de concours.

(RN 16)

3. Le christianisme, en effet, rejoint la terre au ciel, en tant qu’il prend l’homme dans sa réalité concrète, esprit et matière, intelligence et volonté, et l’invite à élever sa pensée des conditions changeantes de la vie terrestre vers les cimes de la vie éternelle, dans un accomplissement sans fin de bonheur et de paix.

(MM 2)

4. Rien d’étonnant donc à ce que l’Église catholique, à l’imitation et au commandement du Christ, pendant deux mille ans, de l’institution des diacres antiques jusqu’à nos jours, ait constamment tenu très haut le flambeau de la charité, par ses commandements, mais aussi par ses innombrables exemples ; cette charité, en harmonisant les préceptes de l’amour mutuel et leur pratique, réalise admirablement le commandement de ce double don, qui résume la doctrine et l’action sociale de l’Église.

(MM 6)

5. Ainsi, à la lumière de la doctrine du Concile Vatican II, l’Église apparaît à nos yeux comme étant socialement sujet de responsabilité à l’égard de la vérité divine. C’est avec une profonde émotion que nous écoutons le Christ lui-même lorsqu’il déclare : " La parole que vous entendez n’est pas la mienne, mais elle est celle du Père qui m’a envoyé " (Jn 14, 24) … C’est pourquoi il est nécessaire que l’Église, lorsqu’elle professe et enseigne la foi, adhère étroitement à la vérité divine (Dei Verbum, nn. 5, 10, 21) et que cela se traduise par une attitude vécue de " soumission conforme à la raison " (cf. Dei Filius, chap. 3).

(RH 19)

6. En particulier, comme l’affirme le Concile, " la charge d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ " (Dei Verbum, n. 10). Ainsi l’Église, dans sa vie et dans son enseignement, se présente comme " colonne et support de la vérité " (1 Tm 3, 15), et aussi de la vérité dans l’agir moral. En effet, " il appartient à l’Église d’annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne l’ordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où l’exigent les droits fondamentaux de la personne humaine ou le salut des âmes " (Code de droit Canonique, 747 n. 2).

? Précisément sur les questions qui font l’objet aujourd’hui du débat moral et autour desquelles se sont développées de nouvelles tendances et de nouvelles théories, le Magistère, dans la fidélité à Jésus Christ et dans la continuité de la Tradition de l’Église, estime qu’il est de son devoir urgent de proposer son discernement et son enseignement, afin d’aider l’homme sur le chemin vers la vérité et vers la liberté.

(VS 27)

II. La Mission de l’Église

7. Née de l’amour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ rédempteur, rassemblée dans l’Esprit-Saint (Cf. Ep 1, 3 ;5,6. 13-14.23), l’Église poursuit une fin salvifique et eschatologique qui ne peut être pleinement atteinte que dans le siècle à venir. Mais, dès maintenant présente sur cette terre, elle se compose d’hommes, de membres de la cité terrestre, qui ont vocation de former, au sein même de l’histoire humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître sans cesse jusqu’à la venue du Seigneur. Unie en vue des biens célestes, riche de ces biens, cette famille " a été constituée et organisée en ce monde comme une société " (LG, n. 8) par le Christ, et elle a été dotée " de moyens capables d’assurer son union visible et sociale " (LG, n. 8). A la fois " assemblée visible et communauté spirituelle ", l’Église fait ainsi route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu.

(GS 40)

8. L’enseignement et la diffusion de la doctrine sociale font partie de la mission d’évangélisation de l’Église. Et, s’agissant d’une doctrine destinée à guider la conduite de la personne, elle a pour conséquence l’ " engagement pour la justice " de chacun suivant son rôle, sa vocation, sa condition.

L’accomplissement du ministère de l’évangélisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de l’Église, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que l’annonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute.

(SRS 41)

9. Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en l’Église du Christ n’est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu’elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l’amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes. Mais c’est ce même amour qui porte l’Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants qu’ils n’ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. (Paul VI, Profession de foi du Peuple de Dieu, n. 27)

(Libertatis Nuntius, Conclusion)

10. L’Église, pour sa part, qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de l’homme, révèle en même temps à l’homme le sens de sa propre existence, c’est-à-dire sa vérité essentielle. L’Église sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond aux plus profonds désirs du coeur humain que jamais ne rassasient pleinement les nourritures terrestres.

(GS 41)

11. Dès lors, l’Église pourvue des dons de son Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit la mission d’annoncer et d’instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement. Dans l’intervalle, à mesure qu’elle grandit, elle aspire à l’accomplissement du Royaume, elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie à son Roi dans la gloire.

(LG 5)

12. L’Église, on le sait, n’est point séparée du monde ; elle vit dans le monde. Les membres de l’Église subissent l’influence du monde ; ils en respirent la culture, en acceptent les lois et en adoptent les mœurs. Ce contact intime avec la société temporelle crée pour l’Église une situation toujours pleine de problèmes ; aujourd’hui ceux ci sont particulièrement aigus.

D’une part la vie chrétienne, que l’Église sauvegarde et développe, doit sans cesse et courageusement se défendre de toute déviation, profanation ou étouffement ; il lui faut comme s’immuniser contre la contagion de l’erreur et du mal. Mais d’autre part la vie chrétienne ne doit pas simplement s’accommoder des manières de penser et d’agir présentées et imposées par le milieu temporel, tant qu’elles sont compatibles avec les impératifs essentiels de son programme religieux et moral ; elle doit de plus tâcher de les rejoindre, de les purifier, de les ennoblir, de les animer et de les sanctifier.

(ES 42)

13. L’Église offre aux hommes l’Évangile, document prophétique qui répond aux exigences et aux aspirations du coeur humain : il est toujours " Bonne Nouvelle ". L’Église ne peut se dispenser de proclamer que Jésus est venu révéler le visage de Dieu et mériter, par la Croix et la Résurrection, le salut pour tous les hommes.

(RM 11)

14. Tout ce qui est humain nous regarde. Nous avons en commun avec toute l’humanité la nature, c’est-à-dire la vie, avec tous ses dons, avec tous ses problèmes. Nous acceptons de partager cette première universalité ; nous sommes tout disposés à accueillir les requêtes profondes de ses besoins fondamentaux, à applaudir aux affirmations nouvelles et parfois sublimes de son génie. Et nous avons des vérités morales, vitales, à mettre en évidence et à consolider dans la conscience humaine, car elles sont bienfaisantes pour tous. Partout où l’homme se met en devoir de se comprendre lui-même et de comprendre le monde, nous pouvons communiquer avec lui.

(ES, n. 97)

III. Le message social de l’Église

15. L’intérêt actif que porte l’Église à la question sociale, c’est-à-dire à ce qui a pour fin un développement authentique de l’homme et de la société, de nature à respecter et à promouvoir la personne humaine dans toutes ses dimensions, s’est toujours manifesté de manières très diverses. L’un des modes d’intervention privilégié ces derniers temps a été le Magistère des Pontifes Romains, qui ont souvent traité la question en se référant à l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, faisant parfois coïncider la date de publication des divers documents sociaux avec les anniversaires de cette première encyclique. Les Souverains Pontifes n’ont pas manqué, par ces interventions, de mettre en relief également des aspects nouveaux de la doctrine sociale de l’Église. Ainsi, en commençant par l’apport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions successives du Magistère, s’est constitué un corps de doctrine actualisé qui s’articule à mesure que l’Église interprète les événements dans leur déroulement au cours de l’histoire à la lumière de l’ensemble de la Parole révélée par le Christ Jésus (Dei Verbum, n. 4) et avec l’assistance de l’Esprit Saint (cf Jn 14, 16 26 ; 16, 13-15). Elle cherche de cette façon à guider les hommes pour qu’ils répondent, en s’appuyant sur la réflexion rationnelle et l’apport des sciences humaines, à leur vocation de bâtisseurs responsables de la société terrestre.

(SRS 1)

16. Dans les perturbations et les incertitudes de l’heure présente, l’Église a un message spécifique à proclamer, un soutien à donner aux hommes dans leurs efforts pour prendre en main et orienter leur avenir. Depuis l’époque où Rerum Novarum dénonçait de manière vive et impérative le scandale de la condition ouvrière dans la société industrielle naissante, l’évolution historique a fait prendre conscience, comme le constataient déjà Quadragesimo anno et Mater et Magistra, d’autres dimensions et d’autres applications de la justice sociale. Le récent Concile s’est employé, pour sa part, à les dégager, en particulier dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes. Nous-même déjà avons prolongé ces orientations par notre encyclique Populorum Progressio : " Aujourd’hui, disions-Nous, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale " (PP, n. 3). " Une prise de conscience renouvelée des exigences du message évangélique fait un devoir à l’Église de se mettre au service des hommes pour les aider à saisir toutes les dimensions de ce grave problème et pour les convaincre de l’urgence d’une action solidaire en ce tournant de l’histoire de l’humanité ".

(OA 5)

17. " La révélation chrétienne conduit à une intelligence plus pénétrante des lois de la vie sociale " (GS 23, § 1). L’Église reçoit de l’Évangile la pleine révélation de la vérité de l’homme. Quand elle accomplit sa mission d’annoncer l’Évangile, elle atteste à l’homme, au nom du Christ, sa dignité propre et sa vocation à la communion des personnes ; elle lui enseigne les exigences de la justice et de la paix, conformes à la sagesse divine.

(CEC 2419)

18. La doctrine sociale de l’Église, qui propose un ensemble de principes de réflexion, de critères pour le jugement et de directives pour l’action, s’adresse tout d’abord aux membres de l’Église. Il est essentiel que les fidèles engagés dans la promotion humaine aient une solide compréhension de ce précieux corpus d’enseignement et le considèrent comme partie intégrante de leur mission évangélisatrice… Les responsables chrétiens dans l’Église et dans la société, spécialement les laïcs hommes et femmes ayant une responsabilité dans la vie publique, ont besoin d’être bien formés à cet enseignement, de sorte qu’ils puissent inspirer et animer la société civile et ses structures avec le levain de l’Évangile.

(Ecclesia in Asia 32)

19. La formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du fait non seulement du dynamisme naturel d’approfondissement de la foi, mais aussi de la nécessité de " rendre raison de l’espérance " qui est en eux en face du monde et de ses problèmes graves et complexes. De là découle l’absolue nécessité d’une action systématique de catéchèse, adaptée à l’âge et aux diverses situations de vie, et d’une promotion chrétienne plus résolue de la culture, afin de répondre aux questions éternelles et aux problèmes nouveaux qui agitent l’homme et la société d’aujourd’hui.

Il est tout à fait indispensable, en particulier, que les fidèles laïcs, surtout ceux qui sont engagés de diverses façons sur le terrain social ou politique, aient une connaissance plus précise de la doctrine sociale de l’Église, comme les Pères synodaux l’ont demandé à plusieurs reprises dans leurs interventions.

(CL 60)

20. Fidèle à l’enseignement et à l’exemple de son divin fondateur qui donnait l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres comme signe de sa mission (Lc 7, 22), l’Église n’a jamais négligé de promouvoir l’élévation humaine des peuples auxquels elle apportait la foi au Christ.

(PP 12)

21. L’Église partage avec les hommes de notre temps ce désir ardent et profond d’une vie juste à tous points de vue, et elle n’omet pas non plus de réfléchir aux divers aspects de la justice, telle que l’exige la vie des hommes et des sociétés. Le développement de la doctrine sociale catholique au cours du dernier siècle le confirme bien. Dans le sillage de cet enseignement se situent aussi bien l’éducation et la formation des consciences humaines dans un esprit de justice, que les initiatives particulières qui se développent dans cet esprit, spécialement dans le cadre de l’apostolat des laïcs.

(DM 12)

22. Si, comme nous l’avons dit, l’Église réalise ce qu’est la volonté de Dieu à cet égard, elle tirera profit pour elle-même d’une grande énergie et concevra en outre le besoin de déverser cette énergie au service de tous les hommes. Elle aura une sensibilisation précise d’une mission reçue de Dieu, d’un message à propager partout. C’est là que repose la source de notre devoir évangélique, de notre mandat à enseigner toutes les nations et de notre effort apostolique afin de poursuivre le salut éternel de tous les hommes.

(ES 64)

23. Certes, il n’y a pas de modèle unique d’organisation politique et économique de la liberté

humaine, puisque les différentes cultures et la diversité des expériences historiques sont à l’origine de différentes formes d’institutions dans une société libre et responsable.

(Discours à la 50e assemblée générale de l’ONU, 1995, n. 3)

24. En outre, la doctrine sociale a une importante dimension interdisciplinaire. Pour mieux incarner l’unique vérité concernant l’homme dans des contextes sociaux, économiques et politiques différents et en continuel changement, cette doctrine entre en dialogue avec les diverses disciplines qui s’occupent de l’homme, elle en assimile les apports et elle les aide à s’orienter, dans une perspective plus vaste, vers le service de la personne, connue et aimée dans la plénitude de sa vocation. A côté de la dimension interdisciplinaire, il faut rappeler aussi la dimension pratique et, en un sens, expérimentale de cette doctrine. Elle se situe à la rencontre de la vie et de la conscience chrétienne avec les situations du monde, et elle se manifeste dans les efforts accomplis par les individus, les familles, les agents culturels et sociaux, les politiciens et les hommes d’État pour lui donner sa forme et son application dans l’histoire.

(CA 59)

IV. La portée de l’enseignement social de l’Église

25. L’Église n’a pas de modèle à proposer. Les modèles véritables et réellement efficaces ne peuvent être conçus que dans le cadre des différentes situations historiques, par l’effort de tous les responsables qui font face aux problèmes concrets sous tous leurs aspects sociaux, économiques, politiques et culturels imbriqués les uns avec les autres (cf. GS, n. 36 ; Octogesima adveniens, nn. 2-5). Face à ces responsabilités, l’Église présente, comme orientation intellectuelle indispensable, sa doctrine sociale qui ainsi qu’il a été dit reconnaît le caractère positif du marché et de l’entreprise, mais qui souligne en même temps la nécessité de leur orientation vers le bien commun.

(CA 43)

26. L’enseignement social de l’Église comporte un corps de doctrine qui s’articule à mesure que l’Église interprète les événements au cours de l’histoire, à la lumière de l’ensemble de la parole révélée par le Christ Jésus avec l’assistance de l’Esprit Saint (cf. SRS 1 ; 41). Cet enseignement devient d’autant plus acceptable pour les hommes de bonne volonté qu’il inspire davantage la conduite des fidèles.

(CEC 2422)

27. A ce stade de l’application concrète des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même entre catholiques droits et sincères. Lorsque cela se produit, que jamais ne fassent défaut la considération réciproque, le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points de contact en vue d’une action opportune et efficace ; que l’on ne s’épuise pas en discussions interminables ; et sous le prétexte du mieux, que l’on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait.

(MM 238)

28. L’Église ne propose pas sa propre philosophie ni ne canonise une quelconque philosophie particulière au détriment des autres. La raison profonde de cette réserve réside dans le fait que la philosophie, même quand elle entre en relation avec la théologie, doit procéder selon ses méthodes et ses règles ; autrement, il n’y aurait pas de garantie qu’elle reste tournée vers la vérité et qu’elle y tende grâce à une démarche rationnellement vérifiable. Une philosophie qui ne procéderait pas à la lumière de la raison selon ses principes propres et ses méthodes spécifiques ne serait pas d’un grand secours. En définitive, la source de l’autonomie dont jouit la philosophie est à rechercher dans le fait que la raison est, de par sa nature, orientée vers la vérité et que, en outre, elle dispose en elle-même des moyens pour y parvenir. Une philosophie consciente de son " statut constitutif " ne peut pas ne pas respecter non plus les exigences et les évidences propres à la vérité révélée.

(FR 49)

29. La doctrine sociale de l’Église s’est développée au dix-neuvième siècle lors de la rencontre de l’Évangile avec la société industrielle moderne, ses nouvelles structures pour la production de biens de consommation, sa nouvelle conception de la société, de l’État et de l’autorité, ses nouvelles formes de travail et de propriété. Le développement de la doctrine de l’Église, en matière économique et sociale, atteste la valeur permanente de l’enseignement de l’Église, en même temps que le sens véritable de sa Tradition toujours vivante et active (cf. CA, n. 3).

(CEC 2421)

30. La doctrine sociale de l’Église n’est pas une " troisième voie " entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. Elle n’est pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats d’une réflexion attentive sur les réalités complexes de l’existence de l’homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal est d’interpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l’enseignement de l’Évangile sur l’homme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante ; elle a donc pour but d’orienter le comportement chrétien. C’est pourquoi elle n’entre pas dans le domaine de l’idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale.

(SRS 41)

31. Sans doute, c’est à l’éternelle félicité, et non pas à une prospérité passagère seulement, que l’Église a reçu la mission de conduire l’humanité ; et même " elle ne se reconnaît point le droit de s’immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles " (Ubi Arcano Dei Consilio, n. 65). À aucun prix toutefois elle ne peut abdiquer la charge que Dieu lui a confiée et qui lui fait une loi d’intervenir, non certes dans le domaine technique à l’égard duquel elle est dépourvue de moyens appropriés et de compétence, mais en tout ce qui touche à la loi morale. En ces matières, en effet, le dépôt de la vérité qui Nous est confié d’En-Haut et la très grave obligation qui Nous incombe de promulguer, d’interpréter et de prêcher, en dépit de tout, la loi morale, soumettent également à Notre suprême autorité l’ordre social et l’ordre économique.

(QA 41)

32. La doctrine sociale, aujourd’hui surtout, s’occupe de l’homme en tant qu’intégré dans le réseau complexe de relations des sociétés modernes. Les sciences humaines et la philosophie aident à bien saisir que l’homme est situé au centre de la société et à le mettre en mesure de mieux se comprendre lui-même en tant qu’ " être social ". Mais seule la foi lui révèle pleinement sa véritable identité, et elle est précisément le point de départ de la doctrine sociale de l’Église

(CA 54)

V. Evangélisation et enseignement social de l’Église

33. La " nouvelle évangélisation ", dont le monde moderne a un urgent besoin et sur laquelle j’ai insisté de nombreuses fois, doit compter parmi ses éléments essentiels l’annonce de la doctrine sociale de l’Église, apte, aujourd’hui comme sous Léon XIII, à indiquer le bon chemin pour répondre aux grands défis du temps présent, dans un contexte de discrédit croissant des idéologies. Comme à cette époque, il faut répéter qu’il n’existe pas de véritable solution de la " question sociale " hors de l’Évangile et que, d’autre part, les " choses nouvelles " peuvent trouver en lui leur espace de vérité et la qualification morale qui convient.

(CA 5)

34. Ce qui compte – ici comme en tout domaine de la vie chrétienne – c’est la confiance qui vient de la foi, c’est-à-dire de la certitude que nous ne sommes pas nous-mêmes les protagonistes de la mission mais que c’est Jésus Christ et son Esprit. Nous ne sommes que des collaborateurs et, quand nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, nous devons dire : " Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire " (Lc 17, 10).

(RM 36)

35. Je voudrais proposer maintenant une " relecture " de l’encyclique de Léon XIII, et inviter à porter un regard " rétrospectif " sur son texte lui-même afin de redécouvrir la richesse des principes fondamentaux qui y sont formulés pour la solution de la question ouvrière. Mais j’invite aussi à porter un regard " actuel " sur les " choses nouvelles " qui nous entourent et dans lesquelles nous nous trouvons immergés, pour ainsi dire, bien différentes des " choses nouvelles " qui caractérisaient l’ultime décennie du siècle dernier. J’invite enfin à porter le regard " vers l’avenir ", alors qu’on entrevoit déjà le troisième millénaire de l’ère chrétienne, lourd d’inconnu mais aussi de promesses. Inconnu et promesses qui font appel à notre imagination et à notre créativité, qui nous stimulent aussi, en tant que disciples du Christ, le " Maître unique " (cf. Mt 23, 8), dans notre responsabilité de montrer la voie, de proclamer la vérité et de communiquer la vie qu’il est lui-même (cf. Jn 14, 6). En agissant ainsi, non seulement on réaffirmera la valeur permanente de cet enseignement, mais on manifestera aussi le vrai sens de la Tradition de l’Église qui, toujours vivante et active, construit sur les fondations posées par nos pères dans la foi et particulièrement sur ce que " les Apôtres ont transmis à l’Église " au nom de Jésus-Christ : il est le fondement et " nul n’en peut poser d’autre " (cf. 1 Co 3,11) .

(CA 3)

36. La présentation du message évangélique n’est pas pour l’Église une contribution facultative : c’est le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur Jésus, afin que les hommes puissent croire et être sauvés. Oui, ce message est nécessaire. Il est unique. Il ne saurait être remplacé.

(EN 5)

37. Nous sommes envoyés : être au service de la vie n’est pas pour nous un motif d’orgueil mais un devoir né de la conscience d’être " le peuple que Dieu s’est acquis pour proclamer ses louanges " (cf. 1 P 2, 9). La loi de l’amour nous guide et nous soutient sur le chemin, l’amour dont le Fils de Dieu fait homme est la source et le modèle, lui qui " par sa mort a donné la vie au monde " (Cf. Missel romain, prière du célébrant avant la communion).

Nous sommes envoyés comme peuple. L’engagement au service de la vie concerne tout un chacun. C’est une responsabilité proprement " ecclésiale ", qui exige l’action concertée et généreuse de tous les membres et de tous les organismes de la communauté chrétienne. Cependant, le devoir commun n’élimine pas et ne diminue pas la responsabilité individuelle, car c’est à chaque personne que s’adresse le commandement du Seigneur de " se faire le prochain " de tout homme : " Va, et toi aussi, fais de même " (Lc 10, 37).

(EV 79)

38. Tous ensemble, nous ressentons le devoir d’annoncer l’Évangile de la vie, de le célébrer dans la liturgie et dans toute l’existence, de le servir par les diverses initiatives et structures destinées à son soutien et à sa promotion.

(EV 79)

Article deuxième :
la personne humaine

I. La dignité de la personne humaine

39. En effet, l’enseignement et la diffusion de la doctrine sociale de l’Église appartiennent à sa mission d’évangélisation ; c’est une partie essentielle du message chrétien, car cette doctrine en propose les conséquences directes dans la vie de la société et elle place le travail quotidien et la lutte pour la justice dans le cadre du témoignage rendu au Christ Sauveur. Elle est également une source d’unité et de paix face aux conflits qui surgissent inévitablement dans le domaine économique et social. Ainsi, il devient possible de vivre les nouvelles situations sans amoindrir la dignité transcendante de la personne humaine ni en soi-même ni chez les adversaires, et de trouver la voie de solutions correctes.

(CA 5)

40. Voilà pourquoi l’Église a une parole à dire aujourd’hui comme il y a vingt ans, et encore à l’avenir, sur la nature, les conditions, les exigences et les fins du développement authentique, et aussi sur les obstacles qui l’entravent. Ce faisant, l’Église accomplit sa mission d’évangélisation, car elle apporte sa première contribution à la solution du problème urgent du développement quand elle proclame la vérité sur le Christ, sur elle-même et sur l’homme, en l’appliquant à une situation concrète (cf. Jean-Paul II, Discours à la 3e Conférence générale des évêques d’Amérique Latine, 1979).

L’instrument que l’Église utilise pour atteindre ce but est sa doctrine sociale. Dans la difficile conjoncture présente, pour favoriser la formulation correcte des problèmes aussi bien que leur meilleure résolution, il pourra être très utile d’avoir une connaissance plus exacte et d’assurer une diffusion plus large de l’ " ensemble de principes de réflexion et de critères de jugement et aussi de directives d’action " proposé dans son enseignement (Libertatis conscientia, n. 72 ; Octogesima adveniens, n. 4).

On se rendra compte ainsi immédiatement que les questions auxquelles on a à faire face sont avant tout morales, et que ni l’analyse du problème du développement en tant que tel, ni les moyens pour surmonter les difficultés actuelles ne peuvent faire abstraction de cette dimension essentielle.

(SRS 41)

41. Dans la vie de l’homme, l’image de Dieu resplendit à nouveau et se manifeste dans toute sa plénitude avec la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine : " Il est l’image du Dieu invisible " (Col 1, 15), " resplendissement de sa gloire et effigie de sa substance " (He 1, 3). Il est l’image parfaite du Père.

(EV 36)

42. La dignité de la personne se manifeste dans tout son éclat quand on en considère l’origine et la destinée : créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, et racheté par le Sang très précieux du Christ, l’homme est appelé à être " fils dans le Fils " et temple vivant de l’Esprit, et destiné à l’éternelle vie de communion béatifiante avec Dieu. Pour ces raisons, toute violation de la dignité personnelle de l’être humain crie vengeance en présence de Dieu et devient une offense au Créateur de l’homme.

(CL 37)

43. Si nous considérons la dignité de la personne humaine à la lumière des vérités révélées par Dieu, nous ne pouvons que la situer bien plus haut encore. Les hommes ont été rachetés par le sang du Christ Jésus, faits par la grâce enfants et amis de Dieu et institués héritiers de la gloire éternelle.

(PT 10)

44. Appuyée sur cette foi, l’Église peut soustraire la dignité de la nature humaine à toutes les fluctuations des opinions qui, par exemple, rabaissent exagérément le corps humain, ou au contraire l’exaltent sans mesure. Aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de l’homme comme le fait l’Évangile du Christ, confié à l’Église (cf. Rm 8, 14). Cet Évangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix, enseigne sans relâche à faire fructifier tous les talents humains au service de Dieu et pour le bien des hommes, enfin confie chacun à l’amour de tous (cf. Mt 22, 39). Tout cela correspond à la loi fondamentale de l’économie chrétienne. Car, si le même Dieu est à la fois Créateur et Sauveur, Seigneur et de l’histoire humaine et de l’histoire du salut, cet ordre divin lui-même, loin de supprimer la juste autonomie de la créature, et en particulier de l’homme, la rétablit et la confirme au contraire dans sa dignité.

C’est pourquoi l’Église, en vertu de l’Évangile qui lui a été confiée, proclame les droits des hommes, reconnaît et tient en grande estime le dynamisme de notre temps qui, partout, donne un nouvel élan à ces droits. Ce mouvement toutefois doit être imprégné de l’esprit de l’Évangile et garanti contre toute idée de fausse autonomie. Nous sommes, en effet, exposés à la tentation d’estimer que nos droits personnels ne sont pleinement maintenus que lorsque nous sommes dégagés de toute norme de la loi divine. Mais, en suivant cette voie, la dignité humaine, loin d’être sauvée, s’évanouit.

(GS 41)

45. Ce qui rentre en ligne de compte, c’est la dignité de la personne humaine dont la défense et la promotion nous ont été confiées par le Créateur et dont sont rigoureusement responsables et débiteurs les hommes et les femmes dans toutes les circonstances de l’histoire.

(SRS 47)

46. La dignité de la personne humaine est une valeur transcendante, toujours reconnue comme telle par ceux qui se sont appliqués à une recherche sincère de la vérité. Toute l’histoire de l’humanité doit en réalité être interprétée à la lumière de cette certitude. Toute personne, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-28) et donc radicalement orientée vers son Créateur, est en relation constante avec ceux qui sont revêtus de la même dignité. La promotion du bien de l’individu s’associe ainsi au service du bien commun, là où les droits et les devoirs se correspondent et se renforcent mutuellement.

(Message pour la journée mondiale de la Paix, 1999, n. 2)

47. En effet, comme l’écrit saint Paul, là " où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté " (2 Co 3, 17). Cette révélation de la liberté et donc de la véritable dignité de l’homme acquiert une particulière éloquence pour les chrétiens et pour l’Église persécutés, soit dans les temps anciens soit actuellement, car les témoins de la Vérité divine deviennent alors une preuve vivante de l’action de l’Esprit de vérité, présent dans le coeur et dans la conscience des fidèles, et il n’est pas rare qu’ils signent de leur martyre l’exaltation suprême de la dignité humaine.

(Dvi 60)

II. Liberté et vérité

48. La question morale, à laquelle le Christ répond, ne peut faire abstraction de la question de la liberté, elle la place même en son centre, car il n’y a pas de morale sans liberté. " C’est toujours librement que l’homme se tourne vers le bien " (GS, n. 11). Mais quelle liberté ? Face à nos contemporains qui " estiment grandement " la liberté et qui la " poursuivent avec ardeur ", mais qui, souvent, " la chérissent d’une manière qui n’est pas droite, comme la licence de faire n’importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal ", le Concile présente la " vraie " liberté : " La vraie liberté est en l’homme un signe privilégié de l’image divine. Car Dieu a voulu le laisser à son propre conseil (Si 15, 14) pour qu’il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à lui, s’achever ainsi dans une bienheureuse plénitude " (GS, n. 17). S’il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l’obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu’elle est connue, d’y adhérer.

(VS 34)

49. La liberté dans son essence est intérieure à l’homme, connaturelle à la personne humaine, signe distinctif de sa nature. La liberté de la personne trouve en effet son fondement dans sa dignité transcendante : une dignité qui lui a été donnée par Dieu, son Créateur, et qui l’oriente vers Dieu. L’homme, parce que créé à l’image de Dieu (cf. Gn 1, 27), est inséparable de la liberté, de cette liberté qu’aucune force ou contrainte extérieure ne pourra jamais enlever et qui constitue son droit fondamental, tant comme individu que comme membre de la société. L’homme est libre parce qu’il possède la faculté de se déterminer en fonction du vrai et du bien.

(Message pour la journée mondiale de la Paix, 1981, n. 5)

50. Jésus-Christ va à la rencontre de l’homme de toute époque, y compris de la nôtre, avec les mêmes paroles : " Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres " (Jn 8, 22). Ces paroles contiennent une exigence fondamentale et en même temps un avertissement : l’exigence d’honnêteté vis-à-vis de la vérité comme condition d’une authentique liberté ; et aussi l’avertissement d’éviter toute liberté apparente, toute liberté superficielle et unilatérale, toute liberté qui n’irait pas jusqu’au fond de la vérité sur l’homme et sur le monde.

(RH 12)

51. Mais la liberté ce n’est pas seulement un droit qu’on réclame pour soi, c’est un devoir qu’on assume à l’égard des autres. Pour vraiment servir la paix, la liberté de chaque être humain et de chaque communauté humaine doit respecter les libertés et les droits des autres, individuels ou collectifs. Elle trouve dans ce respect sa limitation, mais aussi sa logique et sa dignité, car l’homme est par nature un être social.

(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1981, n. 7)

52. L’exercice de la liberté n’implique pas le droit de tout dire et de tout faire. Il est faux de prétendre que " l’homme, sujet de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour fin la satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens terrestres " (Libertatis conscientia, n. 13). Par ailleurs, les conditions d’ordre économique et social, politique et culturel requises pour un juste exercice de la liberté sont trop souvent méconnues et violées. Ces situations d’aveuglement et d’injustice grèvent la vie morale et placent aussi bien les forts que les faibles en tentation de pécher contre la charité. En s’écartant de la loi morale, l’homme porte atteinte à sa propre liberté, il s’enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine.

(CEC 1740)

53. Pourtant le Créateur du monde a inscrit l’ordre au plus intime des hommes : ordre que la conscience leur révèle et leur enjoint de respecter : " Ils montrent gravé dans leur cœur le contenu même de la Loi, tandis que leur conscience y ajoute son témoignage " (Rm 2, 15). Comment n’en irait-il pas ainsi, puisque toutes les œuvres de Dieu reflètent son infinie sagesse, et la reflètent d’autant plus clairement qu’elles sont plus élevées dans l’échelle des êtres (Cf. Ps 18, 8-11).

(PT 5)

54. Dans le dessein de Dieu, chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation. Dès la naissance, est donné à tous en germe un ensemble d’aptitudes et de qualités à faire fructifier : leur épanouissement, fruit de l’éducation reçue du milieu et de l’effort personnel permettra à chacun de s’orienter vers la destinée que lui propose son Créateur. Doué d’intelligence et de liberté, il est responsable de sa croissance, comme de son salut. Aidé, parfois gêné par ceux qui l’éduquent et l’entourent, chacun demeure, quelles que soient les influences qui s’exercent sur lui, l’artisan principal de sa réussite ou de son échec : par le seul effort de son intelligence et de sa volonté, chaque homme peut grandir en humanité, valoir plus, être plus.

(PP 15)

55. Enfin, en achevant sur la croix l’oeuvre de la rédemption qui devait valoir aux hommes le salut et la vraie liberté, il a parachevé sa révélation. Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par l’épée, mais il s’établit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32).

(DH 11)

56. Enfin, la vraie liberté n’est pas promue non plus dans la société permissive qui confond la liberté avec la licence de faire n’importe quel choix et qui proclame au nom de la liberté, une sorte d’amoralisme général. C’est proposer une caricature de la liberté que de prétendre que l’homme est libre d’organiser sa vie sans référence aux valeurs morales et que la société n’a pas à assurer la protection et la promotion des valeurs éthiques. Une telle attitude est destructrice de liberté et de paix.

(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1981, n. 7)

57. Et l’Église n’ignore pas le danger du fanatisme, ou du fondamentalisme, de ceux qui, au nom d’une idéologie qui se prétend scientifique ou religieuse, estiment pouvoir imposer aux autres hommes leur conception de la vérité et du bien. La vérité chrétienne n’est pas de cette nature. N’étant pas une idéologie, la foi chrétienne ne cherche nullement à enfermer dans le cadre d’un modèle rigide la changeante réalité sociale et politique et elle admet que la vie de l’homme se réalise dans l’histoire de manières diverses et imparfaites. Cependant l’Église, en réaffirmant constamment la dignité transcendante de la personne, adopte comme règle d’action le respect de la liberté.

(CA 46)

58. La démocratie ne peut être soutenue sans un engagement partagé à l’égard de certaines vérités morales sur la personne humaine et sur la communauté humaine. La question fondamentale qu’une société démocratique doit se poser est donc : " Comment devrions-nous vivre ensemble " ? En recherchant une réponse à cette question, la société peut-elle exclure la vérité morale et le raisonnement moral ?…

Chaque génération … doit savoir que la liberté ne consiste pas à faire ce qu’il nous plaît, mais à avoir le droit de faire ce qui est notre devoir.

Le Christ nous demande de garder la vérité car, comme il nous l’a promis : " Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libèrera " (Jn 8, 32). Depositum custodi ! Nous devons garder la vérité qui est la condition de la liberté authentique, la vérité qui permet à la liberté d’être réalisée dans la bonté. Nous devons garder le dépôt de la vérité divine qui nous a été transmis dans l’Eglise, particulièrement en vue des défis présentés par une culture matérialiste et par une mentalité permissive qui réduit la liberté à la permission.

(Jean-Paul II, Homélie à Baltimore, nn. 7-8)

59. On ne peut cependant ignorer les innombrables conditionnements au milieu desquels la liberté de l’individu est amenée à agir ; ils affectent, certes, la liberté, mais ils ne la déterminent pas ; ils rendent son exercice plus ou moins facile, mais ils ne peuvent la détruire. Non seulement on n’a pas le droit de méconnaître, du point de vue éthique, la nature de l’homme qui est fait pour la liberté, mais en pratique ce n’est même pas possible. Là où la société s’organise en réduisant arbitrairement ou même en supprimant le champ dans lequel s’exerce légitimement la liberté, il en résulte que la vie sociale se désagrège progressivement et entre en décadence.

(CA 25)

III. La nature sociale de l’homme

60. Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à l’image de Dieu, " qui a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu d’un principe unique " (Ac 17, 26), et tous sont appelés à une seule et même fin, qui est Dieu lui-même. A cause de cela, l’amour de Dieu et du prochain est le premier et le plus grand commandement. L’Ecriture, pour sa part, enseigne que l’amour de Dieu est inséparable de l’amour du prochain : " ... tout autre commandement se résume en cette parole : tu aimeras le prochain comme toi-même ... La charité est donc la loi dans sa plénitude " (Rm 13, 9-10 cf. 1 Jn 4, 20). Il est bien évident que cela est d’une extrême importance pour des hommes de plus en plus dépendants les uns des autres et dans un monde sans cesse plus unifié. Allons plus loin : quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que " tous soient un ... comme nous nous sommes un " (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu’il y a une certaine ressemblance entre l’union des personnes divines et celles des fils de Dieu dans la vérité et dans l’amour. Cette ressemblance montre bien que l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même (cf. Lc 17, 33). Le caractère social de l’homme fait apparaître qu’il y a interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale n’est donc pas pour l’homme quelque chose de surajouté ; aussi c’est par l’échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l’homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation.

(GS 24-25)

61. Suivant le principe de base de cette conception - comme il ressort de tout ce que Nous avons dit jusqu’ici - les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale. Chacun d’entre eux, étant ce qu’il est, doit être considéré selon sa nature intrinsèquement sociale et sur le plan providentiel de son élévation à l’ordre surnaturel.

(MM 219)

62. Certaines sociétés, telles que la famille et la cité, correspondent plus immédiatement à la nature de l’homme. Elles lui sont nécessaires. Afin de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie sociale, il faut encourager la création d’associations et d’institutions d’élection " à buts économiques, culturels, sociaux, sportifs, récréatifs, professionnels, politiques, aussi bien à l’intérieur des communautés politiques que sur le plan mondial " (MM, n. 60). Cette " socialisation " exprime également la tendance naturelle qui pousse les humains à s’associer, en vue d’atteindre des objectifs qui excèdent les capacités individuelles. Elle développe les qualités de la personne, en particulier, son sens de l’initiative et de la responsabilité. Elle aide à garantir ses droits (GS, n. 25 ; CA, n. 12).

(CEC 1882)

63. Mais chaque homme est membre de la société : il appartient à l’humanité tout entière. Ce n’est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier. Les civilisations naissent, croissent et meurent. Mais, comme les vagues à marée montante pénètrent un peu plus avant sur la grève, ainsi l’humanité avance sur le chemin de l’histoire. Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir.

(PP 17)

64. A part la famille, d’autres groupes sociaux intermédiaires remplissent des rôles primaires et mettent en oeuvre des réseaux de solidarité spécifiques. Ces groupes acquièrent la maturité de vraies communautés de personnes et innervent le tissu social, en l’empêchant de tomber dans l’impersonnalité et l’anonymat de la masse, malheureusement trop fréquents dans la société moderne. C’est dans l’entrecroisement des relations multiples que vit la personne et que progresse la " personnalité " de la société. L’individu est souvent écrasé aujourd’hui entre les deux pôles de l’État et du marché. En effet, il semble parfois n’exister que comme producteur et comme consommateur de marchandises, ou comme administré de l’État, alors qu’on oublie que la convivialité n’a pour fin ni l’État ni le marché, car elle possède en elle-même une valeur unique que l’État et le marché doivent servir. L’homme est avant tout un être qui cherche la vérité et qui s’efforce de vivre selon cette vérité, de l’approfondir dans un dialogue constant qui implique les générations passées et à venir.

(CA 49)

65. Au contraire, de la conception chrétienne de la personne résulte nécessairement une vision juste de la société. Selon Rerum Novarum et toute la doctrine sociale de l’Église, le caractère social de l’homme ne s’épuise pas dans l’État, mais il se réalise dans divers groupes intermédiaires, de la famille aux groupes économiques, sociaux, politiques et culturels qui, découlant de la même nature humaine, ont - toujours à l’intérieur du bien commun - leur autonomie propre. C’est ce que j’ai appelé la " personnalité " de la société qui, avec la personnalité de l’individu, a été éliminée par le " socialisme réel ".

(CA 13)

IV. Les droits humains

66. Tout être humain a droit à la vie, à l’intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement, l’habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l’homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu’il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

(PT 11)

67. Après la chute du totalitarisme communiste et de nombreux autres régimes totalitaires et de " sécurité nationale ", on assiste actuellement, non sans conflits, au succès de l’idéal démocratique dans le monde, allant de pair avec une grande attention et une vive sollicitude pour les droits de l’homme. Mais précisément pour aller dans ce sens, il est nécessaire que les peuples qui sont en train de réformer leurs institutions donnent à la démocratie un fondement authentique et solide grâce à la reconnaissance explicite de ces droits (cf. Redemtor Hominis, n. 17).

(CA 47)

68. Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c’est le principe que tout être. humain est une personne, c’est-à-dire une nature douée d’intelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables.

(PT 9)

69. Si les droits de l’homme sont violés en temps de paix, cela devient particulièrement douloureux ; du point de vue du progrès, cela représente un phénomène incompréhensible de lutte contre l’homme, et ce fait ne peut en aucune façon s’accorder avec quelque programme que ce soit qui se définisse " humaniste ".

(RH 17)

70. Autre droit fondamental de la personne, la protection juridique de ses propres droits, protection efficace, égale pour tous et conforme aux normes objectives de la justice. " De l’ordre juridique, voulu par Dieu, découle pour les hommes ce droit inaliénable qui garantit à chacun la sécurité juridique et une sphère concrète de droits défendue contre tout empiétement arbitraire " (Pie XII, Message de Noël 1942).

(PT 27)

71. Le respect de la personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de créature. Ces droits sont antérieurs à la société et s’imposent à elle. Ils fondent la légitimité morale de toute autorité : en les bafouant, ou en refusant de les reconnaître dans sa législation positive, une société mine sa propre légitimité morale (cf. PT 65). Sans un tel respect, une autorité ne peut que s’appuyer sur la force ou la violence pour obtenir l’obéissance de ses sujets. Il revient à l’Église de rappeler ces droits à la mémoire des hommes de bonne volonté, et de les distinguer des revendications abusives ou fausses.

(CEC 1930)

72. Et une fois que les normes de la vie collective se formulent en termes de droits et de devoirs, les hommes s’ouvrent aux valeurs spirituelles et comprennent ce qu’est la vérité, la justice, l’amour, la liberté ; ils se rendent compte qu’ils appartiennent à une société de cet ordre. Davantage : ils sont portés à mieux connaître le Dieu véritable, transcendant et personnel. Alors leurs rapports avec Dieu leur apparaissent comme le fond même de la vie, de la vie intime vécue au secret de l’âme et de celle qu’ils mènent en communauté avec les autres.

(PT 45)

73. Les sociétés privées n’ont d’existence qu’au sein de la société civile dont elles sont comme autant de parties. Il ne s’ensuit pas cependant, à ne parler qu’en général et à ne considérer que leur nature, qu’il soit au pouvoir de l’État de leur dénier l’existence. Le droit à l’existence leur a été octroyé par la nature elle-même, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l’anéantir. C’est pourquoi une société civile qui interdirait les sociétés privées s’attaquerait elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, firent leur origine d’un même principe : la naturelle sociabilité de l’homme.

(RN 72)

74. Dans la vie en société, tout droit conféré à une personne par la nature crée chez les autres un devoir, celui de reconnaître et de respecter ce droit. Tout droit essentiel de l’homme emprunte en effet sa force impérative à la loi naturelle qui le donne et qui impose l’obligation correspondante. Ceux qui, dans la revendication de leurs droits, oublient leurs devoirs ou ne les remplissent qu’imparfaitement risquent de démolir d’une main ce qu’ils construisent de l’autre.

(PT 30)

75. Maintenant, en effet, s’est propagée largement l’idée de l’égalité naturelle de tous les hommes. Aussi, du moins en théorie, ne trouve-t-on plus de justification aux discriminations raciales. Voilà qui représente une étape importante sur la route conduisant à une communauté humaine établie sur la base des principes que Nous avons rappelés. Maintenant, à mesure que l’homme devient conscient de ses droits, germe comme nécessairement en lui la conscience d’obligations correspondantes : ses propres droits, c’est avant tout comme autant d’expressions de sa dignité qu’il devra les faire valoir, et à tous les autres incombera l’obligation de reconnaître ces droits et de les respecter.

(PT 44)

76. Tous les hommes, doués d’une âme raisonnable et créés à l’image de Dieu, ont même nature et même origine ; tous, rachetés par le Christ, jouissent d’une même vocation et d’une même destinée divine : on doit donc, et toujours davantage, reconnaître leur égalité fondamentale. Assurément, tous les hommes ne sont pas égaux quant à leur capacité physique qui est variée, ni quant à leurs forces intellectuelles et morales qui sont diverses. Mais toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit sociale ou culturelle, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu. En vérité, il est affligeant de constater que ces droits fondamentaux de la personne ne sont pas encore partout garantis. Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement son époux ou d’élire son état de vie, ou d’accéder à une éducation et une culture semblables à celles que l’on reconnaît à l’homme. Au surplus, en dépit de légitimes différences entre les hommes, l’égale dignité des personnes exige que l’on parvienne à des conditions de vie justes et plus humaines. En effet, les inégalités économiques et sociales excessives entre les membres ou entre les peuples d’une seule famille humaine font scandale et font obstacle à la justice sociale, à l’équité, à la dignité de la personne humaine ainsi qu’à la paix sociale et internationale. Que les institutions privées ou publiques s’efforcent de se mettre au service de la dignité et de la destinée humaines. Qu’en même temps elles luttent activement contre toute forme d’esclavage, social ou politique ; et qu’elles garantissent les droits fondamentaux des hommes sous tout régime politique. Et même s’il faut un temps passablement long pour parvenir au but souhaité, toutes ces institutions humaines doivent peu à peu répondre aux réalités spirituelles qui, de toutes, sont les plus hautes.

(GS 29)

77. De cette juste libération liée à l’évangélisation, qui cherche précisément à réaliser des structures sauvegardant la liberté humaine, on ne peut séparer la nécessité d’assurer tous les droits fondamentaux de l’homme, parmi lesquels la liberté religieuse tient une place de première importance.

(EN 39)

V. La liberté religieuse

78. Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.

(DH 2)

79. Certes la limitation de la liberté religieuse des personnes et des communautés n’est pas seulement une douloureuse expérience pour elles, mais elle atteint avant tout la dignité même de l’homme, indépendamment de la religion que ces personnes ou ces communautés professent ou de la conception du monde qu’elles ont. La limitation de la liberté religieuse et sa violation sont en contradiction avec la dignité de l’homme et avec ses droits objectifs… sans aucun doute, nous nous trouvons dans ce cas en face d’une injustice radicale affectant ce qui est particulièrement profond dans l’homme, ce qui est authentiquement humain.

(RH 17)

80. Aucune autorité humaine n’a le droit d’intervenir dans la conscience de quiconque. La conscience est le témoin de la transcendance de la personne, même en face de la société, et, comme telle, elle est inviolable. Cependant, elle n’est pas un absolu qui serait placé au-dessus de la vérité et de l’erreur ; et même, sa nature intime suppose un rapport avec la vérité objective, universelle et égale pour tous, que tous peuvent et doivent rechercher. Dans ce rapport avec la vérité objective, la liberté de conscience trouve sa justification, en tant que condition nécessaire de la recherche de la vérité digne de l’homme et de l’adhésion à la vérité une fois qu’on l’a connue de façon appropriée.

(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1991, n. 1)

81. De même si notre mission est annonce de vérités indiscutables et d’un salut nécessaire, elle ne se présentera pas armée de coercition extérieure, mais par les seules voies légitimes de l’éducation humaine, de la persuasion intérieure, de la conversation ordinaire, elle offrira son don de salut, toujours dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés.

(ES 75)

82. En premier lieu, la liberté religieuse, qui est une exigence inaliénable de la dignité de tout homme, est une pierre angulaire dans l’édifice des droits humains ; elle est par conséquent un facteur indispensable pour le bien des personnes et de toute la société, comme aussi pour l’épanouissement personnel de chacun. Il en résulte que, pour les individus et les communautés, la liberté de professer et de pratiquer sa religion est un élément essentiel de la convivialité pacifique des hommes. La paix, qui se construit et se consolide à tous les niveaux de la convivialité, s’appuie fondamentalement sur la liberté et l’ouverture des consciences à la vérité.

(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1988, Introduction)

83. Les problèmes humains qui sont les plus débattus et diversement résolus par la réflexion morale contemporaine se rattachent tous, bien que de manière différente, à un problème crucial, celui de la liberté de l’homme.

Il n’y a pas de doute que notre époque est arrivée à une perception particulièrement vive de la liberté. " La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive ", comme le constatait déjà la déclaration conciliaire Dignitatis humanae sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanae, n. 1). D’où la revendication de la possibilité pour l’homme " d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité, non pas sous la pression d’une contrainte, mais guidé par la conscience de son devoir " (Dignitatis Humanae, n. 1). En particulier, le droit à la liberté religieuse et au respect de la conscience dans sa marche vers la vérité est toujours plus ressenti comme le fondement des droits de la personne considérés dans leur ensemble (cf. Redemptor Hominis, n. 17 ; Libertatis Conscientia, n. 19).

(VS 31)

Article troisième :
la famille

I. L’institution de la famille

84. Puisque " le Créateur a fait de la communauté conjugale l’origine et le fondement de la société humaine ", la famille est devenue la " cellule première et vitale de la société ". (Apostolicam Actuositatem, n. 11)

La famille a des liens organiques et vitaux avec la société parce qu’elle en constitue le fondement et qu’elle la sustente sans cesse en réalisant son service de la vie : c’est au sein de la famille en effet que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la société l’âme de sa vie et de son développement.

Ainsi donc, en raison de sa nature et de sa vocation, la famille, loin de se replier sur elle-même, s’ouvre aux autres familles et à la société, elle remplit son rôle social.

(FC 42)

85. La première structure fondamentale pour une " écologie humaine " est la famille, au sein de laquelle l’homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l’homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l’enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que l’homme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et d’engendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses " choses " que l’on peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec d’autres possibilités. Il faut en revenir à considérer la famille comme le sanctuaire de la vie. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d’une croissance humaine authentique. Contre ce qu’on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie…

(CA 39)

86. Mais l’homme n’est lui-même que dans son milieu social, où la famille joue un rôle primordial. Celui-ci a pu être excessif, selon les temps et les lieux, lorsqu’il s’est exercé au détriment de libertés fondamentales de la personne. Souvent trop rigides et mal organisés, les anciens cadres sociaux des pays en voie de développement sont pourtant nécessaires encore un temps, tout en desserrant progressivement leur emprise exagérée. Mais la famille naturelle, monogamique et stable, telle que le dessein divin l’a conçue et que le christianisme l’a sanctifiée, doit demeurer ce " lieu de rencontres de plusieurs générations qui s’aident mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les droits de la personne avec les autres exigences de la vie sociale " (GS, nn. 50-51).

(PP 36)

87. À l’intérieur du " peuple de la vie et pour la vie ", la responsabilité de la famille est déterminante : c’est une responsabilité qui résulte de sa nature même - qui consiste à être une communauté de vie et d’amour, fondée sur le mariage - et de sa mission de " garder, de révéler et de communiquer l’amour " (Familiaris consortio, n. 17). Il s’agit précisément de l’amour même de Dieu, dont les parents sont faits les coopérateurs et comme les interprètes dans la transmission de la vie et dans l’éducation, suivant le projet du Père (cf. GS, n. 50).

(EV 92)

88. Noyau premier de la société, la famille a droit à tout soutien de l’État pour remplir entièrement sa mission propre. Les lois de l’État doivent donc être conçues de manière à promouvoir de bonnes conditions de vie pour la famille, en l’aidant à accomplir les tâches qui lui re-viennent. Devant la tendance aujourd’hui toujours plus forte à légitimer, comme substitut de l’union conjugale, des formes d’unions qui, en raison de leur nature propre ou de leur caractère transitoire voulu, ne peuvent en aucune manière exprimer le sens de la famille ni assurer son bien, c’est un des premiers devoirs de l’État d’encourager et de protéger l’institution familiale authentique, d’en respecter la physionomie naturelle ainsi que les droits innés et inaliénables.

(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1994, n. 5)

 

II. Le mariage

89. Selon le dessein de Dieu, le mariage est le fondement de cette communauté plus large qu’est la famille, puisque l’institution même du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation des enfants dans lesquels ils trouvent leur couronnement (cf. GS, n. 50).

(FC 14)

90. La sexualité est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme. Dans le mariage l’intimité corporelle des époux devient un signe et un gage de communion spirituelle. Entre les baptisés, les liens du mariage sont sanctifiés par le sacrement.

" La sexualité, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre par les actes propres et exclusifs des époux, n’est pas quelque chose de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu’elle a de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de l’amour dans lequel l’homme et la femme s’engagent entièrement l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort " (Familiaris consortio, n. 11).

" Les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance " (GS, n. 49). La sexualité est source de joie et de plaisir :

" Le Créateur lui-même ... a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les époux doivent savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération " (Pie XII, discours 29 octobre 1951).

Par l’union des époux se réalise la double fin du mariage : le bien des époux eux-mêmes et la transmission de la vie. On ne peut séparer ces deux significations ou valeurs du mariage sans altérer la vie spirituelle du couple ni compromettre les biens du mariage et l’avenir de la famille. L’amour conjugal de l’homme et de la femme est ainsi placé sous la double exigence de la fidélité et de la fécondité.

(CEC 2360-2363)

91. La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur ; elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l’acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l’homme. Car Dieu lui-même est l’auteur du mariage qui possède en propre des valeurs et des fins diverses ; tout cela est d’une extrême importance pour la continuité du genre humain, pour le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière. Et c’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet en en constituent le couronnement. Aussi l’homme et la femme qui, par l’alliance conjugale " ne sont plus deux, mais une seule chair " (Mt 19, 6), s’aident et se soutiennent mutuellement par l’union intime de leurs personnes et de leurs activités ; ils prennent ainsi conscience de leur unité et l’approfondissent sans cesse davantage. Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité.

(GS 48)

92. Une certaine participation de l’homme à la seigneurie de Dieu est aussi manifeste du fait de la responsabilité spécifique qui lui est confiée à l’égard de la vie humaine proprement dite. C’est une responsabilité qui atteint son sommet lorsque l’homme et la femme, dans le mariage, donnent la vie par la génération, comme le rappelle le Concile Vatican II : " Dieu lui-même, qui a dit " Il n’est pas bon que l’homme soit seul " (Gn 2, 18) et qui, dès l’origine, a fait l’être humain homme et femme (Mt 19, 4), a voulu lui donner une participation spéciale dans son oeuvre créatrice ; aussi a-t-il béni l’homme et la femme, disant : " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gn 1, 28)