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C'est en la fête du 1er mai 2000, année jubilaire, que l'Eglise a donné au monde la très grande joie de découvrir cet ouvrage, fruit d'un énorme travail dont chacun mesurera l'ampleur.
La Congrégation pour le Clergé le présente sur son site et nous le diffusons intégralement à nos adhérents, compte tenu de son importance considérable et parce qu'il constitue à l'évidence une base de documentation inestimable pour tous les hommes de bonne volonté.
Nous ne remercierons jamais assez l'Eglise de nous guider vers le bonheur et nous ne chanterons jamais assez ses bienfaits...
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Conseil Pontifical " Justice et Paix " : AGENDA SOCIAL
Une collection de textes du Magistère
Préface de S.E. Mgr François-Xavier Nguen Van Thuan
Président du Conseil Pontifical " Justice et Paix "
Sous la direction de Abbé Robert A. Sirico
Président de l "Action Institute for the Study of Religion and Liberty"
Grand Rapids, Michigan, USA
Père Maciej Zieba, O.P.
Président de lInstitut " Tertio Millenio "
Cracovie, Pologne
Bibliographie?* Index analytique?*
Article premier : Nature de la Doctrine sociale de lÉglise?*
1. LÉglise comme Mère et Maîtresse?*
II. La Mission de lÉglise?*
III. Le message social de lÉglise?*
IV. La portée de lenseignement social de lÉglise?*
V. Evangélisation et enseignement social de lÉglise?*
Article troisième : la famille?*
I. Linstitution de la famille?*
II. Le mariage?*
III. Les enfants et les parents?*
IV. La famille, léducation et la culture?*
V. Le caractère sacré de la vie humaine?*
VI. La plaie de lavortement et de leuthanasie?*
VII. La peine capitale?*
VIII. La dignité de la femme?*
I. La place centrale de la personne humaine?*
II. Une société fondée sur la vérité?*
III. La solidarité?*
IV. Subsidiarité?*
V. Participation?*
VI. Aliénation et marginalisation?*
VII. Liberté sociale?*
VIII. Culture?*
IX. Le développement humain authentique?*
X. Le bien commun?*
XI. " Le péché social "?*
Article cinquième : Le rôle de lÉtat?*
I. Lautorité temporelle?*
II. Le rôle de la loi?*
III. Le rôle du gouvernement?*
IV. Église et État?*
V. Formes de gouvernement?*
VI. La démocratie?*
I. La destination universelle des biens matériels?*
II. Propriété privée?*
III. Le système économique?*
IV. Moralité, justice et ordre économique?*
V. Une vraie théologie de la libération?*
VI. Lintervention de lÉtat et léconomie?*
VII. Lentreprise?*
VIII. Économie et consumérisme?*
Article septième : Travail et salaires?*
I. La nature du travail?*
II. Justes salaires et justes rétributions?*
III. Le lieu de travail?*
IV. Le chômage?*
V. Les syndicats?*
VI. Les grèves?*
Article neuvième : Lenvironnement?*
I. La qualité de lordre de la création?*
II. Les problèmes liés à lenvironnement?*
III. Tutelle écologique?*
IV. Technologie?*
I. La famille?*
II. Le libre échange?*
III. La paix et la guerre?*
IV. Armement?*
V. Le bien commun universel?*
VI. Les organisations transnationales et internationales?*
VII. Limmigration?*
VIII. La dette extérieure?*
IX. Nationalisme et tensions ethniques?*
X. Léconomie globale?*
Article onzième : Conclusion?*
I. Le défi de lenseignement social catholique?*
J'étais un jeune membre d'un petit groupe de catholiques dans la Cité Impériale de Hué. Nous avions la chance de posséder les textes de quelques encycliques sociales, telles que Rerum Novarum, Quadragesimo Anno et Divini Redemptoris. En ces moments de grandes difficultés, nous les reproduisions le mieux que nous pouvions.
L'un de nos membres-son nom était Alexis-allait de province en province pour apporter les textes aux familles et aux communautés. Il le faisait en prenant des risques énormes pour lui-même et sa famille nombreuse. Parfois, il cachait les textes en les attachant à ses jambes alors qu'il passait secrètement de village en village. Il a fini par être arrêté et, par la suite, il est mort en prison.
Mais son travail a constitué un legs formidable. De nombreux jeunes femmes et jeunes hommes ont trouvé un nouveau sens d'espoir en prenant connaissance des documents de la doctrine sociale de l'Eglise. En fait, cette connaissance leur a ouvert un nouveau chemin de lumière et d'espoir qui leur a servi durant les jours terribles qui allaient suivre. Le Seigneur Jésus ne les a pas abandonnés.
La doctrine sociale de l'Eglise peut avoir le même effet aujourd'hui dans notre situation que le Pape Paul VI, dans son dernier testament, a appelée "dramatique et triste mais toutefois magnifique". La doctrine sociale de cette série remarquable de Papes depuis Léon XIII peut être, pour le chrétien de notre temps, une grande source d'orientation et un véritable instrument d'évangélisation. Nous en avons tous besoin.
Dans cette Année du Jubilé, de nombreuses publications ont rassemblé divers éléments de doctrine sociale catholique. Le Catéchisme de l'Eglise Catholique contient de nombreux éléments et constitue une source des plus officielles. Le Saint-Siège prépare également une synthèse officielle de la doctrine sociale de l'Eglise, mettant en valeur sa relation avec la "nouvelle évangélisation". D'autres publications ont récemment fait leur apparition au Mexique et en Espagne.
Nous célébrons l'Année du Jubilé comme l'anniversaire du Mystère de l'Incarnation de Jésus-Christ - Dieu et homme - qui est passé par le genre humain pour y arriver. Dans un esprit de service envers la célébration du Grand Jubilé de l'An 2000, les éditeurs de ce volume ont rassemblé un recueil utile de textes en rapport avec la doctrine sociale de l'Eglise. Il sera publié en sept langues et sera fort utile aux responsables académiques et pastoraux, aux responsables politiques et des affaires, et, bien entendu, aux travailleurs et aux pauvres. Je prie en particulier pour que ceux qui, aujourd'hui, représentent les souffrances du genre humain trouvent, par le biais de ces textes, le chemin menant à Jésus, notre Sauveur, le seul nouveau chemin de lumière et d'espoir de notre temps.
Comme toute recueil, cette publication ne prétend pas être complète. Les textes individuels ont été choisis en raison de leur signification mais nous espérons que le lecteur les relira dans leur contexte d'origine et deviendra ainsi plus familier avec l'ampleur de la doctrine sociale catholique.
Les étudiants, les enseignants et tous ceux qui recherchent une meilleure connaissance de la doctrine sociale de l'Eglise trouveront dans cette collection les déclarations centrales des Souverains Pontifes issues d'une variété de textes, y compris encycliques pontificales, lettres apostoliques et documents conciliaires sur des sujets en rapport avec la politique, l'économie et la culture. Les sélections sont classées de manière thématique selon les divers sujets de la doctrine sociale catholique. Sous chaque titre thématique, les citations sont disposées selon un ordre pédagogique-plutôt que chronologique ou magistral-et chaque sujet commence par une citation expliquant la question traitée.
Ces déclarations viennent du coeur de l'Eglise pour un monde ayant un besoin désespéré d'une vision morale afin de construire un ordre social plus humain. Tandis que l'Eglise ne prétend pas offrir des solutions scientifiques aux problèmes économiques ou sociaux sous la forme de recommandations de politiques publiques ou de dispositions légales précises, ce qu'elle offre est bien plus important: un ensemble d'idées et de valeurs morales qui confirment et affirment la dignité de tous. L'application de tels principes aux réalités économiques, politiques et sociales peut aboutir à la justice et à la paix pour tous, à un développement humain sincère et à la libération des peuples de l'oppression, de la pauvreté et de la violence.
Le Conseil Pontifical "Justice et Paix" exprime sa reconnaissance au Révérend Robert A. Sirico et au Révérend Maciej Zieba, O.P., pour avoir supervisé cette collection. Le Conseil Pontifical désire également rendre hommage à l'aide précieuse des personnes suivantes, dans le cadre du rassemblement de la collection de textes: les employés de l'"Acton Institute for the Study of Religion and Liberty" de Grand Rapids, Michigan, en particulier Gregory Gronbacher, Ph.D, Kevin Schmiesing, Ph.D, et Stephen J. Grabill, Th.M.; l'Instytut "Tertio Millennio" de Cracovie, en particulier Slawomir Sowinski et Piotr Kimla; le Ministre Professeur Alvaro Corcuera Martinez de Río, L.C., le Recteur, les étudiants et les employés du Pontificio Ateneo "Regina Apostolorum" de Rome; et le Révérend John-Peter Pham, S.T.D., Rome.
Je suis heureux de recommander ce recueil à tous ceux qui partagent notre vision sur la réunion de la justice et de la paix, et à tous ceux qui cherchent à connaître la doctrine sociale de l'Eglise. Je suis particulièrement satisfait de pouvoir offrir cette ressource aux enseignants, théologiens, catéchistes et à tous ceux qui enseignent aux fidèles les voies de la vérité. Que la doctrine sociale de l'Eglise contribue à l'intérêt commun universel et aide à établir la vision des psalmistes où justice et paix s'embrassent (Ps 85, 9-12), pour inaugurer l'arrivée du Royaume de Dieu.
+ François-Xavier Nguyên Van Thuân, Archevêque titulaire de Vadesi
Président du Conseil Pontifical "Justice et Paix"
Cité du Vatican, 1er mai 2000, Fête de Saint Joseph, travailleur
CA?Centesimus Annus (Centenaire de Rerum Novarum); Jean-Paul II
CEC?Catéchisme de l'Église Catholique
GS?Gaudium et Spes (Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps); Concile Vatican II
LG?Lumen Gentium (Constitution dogmatique sur l'Église); Concile Vatican II
MM?Mater et Magistra (Progrès social); Jean XXIII
PP?Populorum Progressio (Développement des peuples); Paul VI
PT ?Pacem in Terris (Paix entre toutes les nations); Jean XXIII
QA ?Quadragesimo Anno (Restauration de l'ordre social); Pie XI
RN ?Rerum Novarum (Condition des ouvriers); Léon XIII
SRS ?Sollicitude Rei Socialis (Question sociale); Jean-Paul II
TMA?Tertio Millennio Adveniente (Préparation du Jubilé de l'an 2000); Jean-Paul II
* Seuls les documents paraissant sur cette page ont été cités dans le recueil avec leur abréviation. Les références complètes pour toute autre citation peuvent être obtenues en consultant la bibliographie.
1. Mère et éducatrice de tous les peuples, lÉglise universelle a été instituée par Jésus-Christ pour que tous les hommes au long des siècles trouvent en son sein et dans son amour la plénitude dune vie plus élevée et la garantie de leur salut. A cette Église, " colonne et fondement de vérité " (cf. 1 Tm 3, 15), son saint fondateur a confié une double tâche : engendrer des fils, les éduquer et les diriger, en veillant avec une providence maternelle sur la vie des individus et des peuples, dont elle a toujours respecté et protégé avec soin la dignité.
(MM 1)
2. Assurément, une question de cette gravité demande encore à dautres agents leur part dactivité et defforts. Nous voulons parler des chefs dEtat, des patrons et des riches, des ouvriers eux-mêmes dont le sort est ici en jeu. Mais ce que Nous affirmons sans hésitation, cest linanité de leur action en-dehors de celle de lÉglise. Cest lÉglise, en effet, qui puise dans lÉvangile des doctrines capables, soit de mettre fin au conflit, soit au moins de ladoucir en lui enlevant tout ce quil a dâpreté et daigreur ; lÉglise, qui ne se contente pas déclairer lesprit de ses enseignements, mais sefforce encore de régler en conséquence la vie et les moeurs de chacun ; lÉglise qui, par une foule dinstitutions éminemment bienfaisantes, tend à améliorer le sort des classes pauvres ; lÉglise qui veut et désire ardemment que toutes les classes mettent en commun leurs lumières et leurs forces, pour donner à la question ouvrière la meilleure solution possible ; lÉglise enfin qui estime que les lois et lautorité publique doivent, avec mesure et avec sagesse sans doute, apporter à cette solution leur part de concours.
(RN 16)
3. Le christianisme, en effet, rejoint la terre au ciel, en tant quil prend lhomme dans sa réalité concrète, esprit et matière, intelligence et volonté, et linvite à élever sa pensée des conditions changeantes de la vie terrestre vers les cimes de la vie éternelle, dans un accomplissement sans fin de bonheur et de paix.
(MM 2)
4. Rien détonnant donc à ce que lÉglise catholique, à limitation et au commandement du Christ, pendant deux mille ans, de linstitution des diacres antiques jusquà nos jours, ait constamment tenu très haut le flambeau de la charité, par ses commandements, mais aussi par ses innombrables exemples ; cette charité, en harmonisant les préceptes de lamour mutuel et leur pratique, réalise admirablement le commandement de ce double don, qui résume la doctrine et laction sociale de lÉglise.
(MM 6)
5. Ainsi, à la lumière de la doctrine du Concile Vatican II, lÉglise apparaît à nos yeux comme étant socialement sujet de responsabilité à légard de la vérité divine. Cest avec une profonde émotion que nous écoutons le Christ lui-même lorsquil déclare : " La parole que vous entendez nest pas la mienne, mais elle est celle du Père qui ma envoyé " (Jn 14, 24) Cest pourquoi il est nécessaire que lÉglise, lorsquelle professe et enseigne la foi, adhère étroitement à la vérité divine (Dei Verbum, nn. 5, 10, 21) et que cela se traduise par une attitude vécue de " soumission conforme à la raison " (cf. Dei Filius, chap. 3).
(RH 19)
6. En particulier, comme laffirme le Concile, " la charge dinterpréter de façon authentique la parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de lÉglise dont lautorité sexerce au nom de Jésus Christ " (Dei Verbum, n. 10). Ainsi lÉglise, dans sa vie et dans son enseignement, se présente comme " colonne et support de la vérité " (1 Tm 3, 15), et aussi de la vérité dans lagir moral. En effet, " il appartient à lÉglise dannoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne lordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où lexigent les droits fondamentaux de la personne humaine ou le salut des âmes " (Code de droit Canonique, 747 n. 2).
? Précisément sur les questions qui font lobjet aujourdhui du débat moral et autour desquelles se sont développées de nouvelles tendances et de nouvelles théories, le Magistère, dans la fidélité à Jésus Christ et dans la continuité de la Tradition de lÉglise, estime quil est de son devoir urgent de proposer son discernement et son enseignement, afin daider lhomme sur le chemin vers la vérité et vers la liberté.
(VS 27)
7. Née de lamour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ rédempteur, rassemblée dans lEsprit-Saint (Cf. Ep 1, 3 ;5,6. 13-14.23), lÉglise poursuit une fin salvifique et eschatologique qui ne peut être pleinement atteinte que dans le siècle à venir. Mais, dès maintenant présente sur cette terre, elle se compose dhommes, de membres de la cité terrestre, qui ont vocation de former, au sein même de lhistoire humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître sans cesse jusquà la venue du Seigneur. Unie en vue des biens célestes, riche de ces biens, cette famille " a été constituée et organisée en ce monde comme une société " (LG, n. 8) par le Christ, et elle a été dotée " de moyens capables dassurer son union visible et sociale " (LG, n. 8). A la fois " assemblée visible et communauté spirituelle ", lÉglise fait ainsi route avec toute lhumanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, lâme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu.
(GS 40)
8. Lenseignement et la diffusion de la doctrine sociale font partie de la mission dévangélisation de lÉglise. Et, sagissant dune doctrine destinée à guider la conduite de la personne, elle a pour conséquence l " engagement pour la justice " de chacun suivant son rôle, sa vocation, sa condition.
Laccomplissement du ministère de lévangélisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de lÉglise, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que lannonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute.
(SRS 41)
9. Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en lÉglise du Christ nest pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais quelle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à lamour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes. Mais cest ce même amour qui porte lÉglise à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants quils nont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. (Paul VI, Profession de foi du Peuple de Dieu, n. 27)
(Libertatis Nuntius, Conclusion)
10. LÉglise, pour sa part, qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de lhomme, révèle en même temps à lhomme le sens de sa propre existence, cest-à-dire sa vérité essentielle. LÉglise sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond aux plus profonds désirs du coeur humain que jamais ne rassasient pleinement les nourritures terrestres.
(GS 41)
11. Dès lors, lÉglise pourvue des dons de son Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, dhumilité et dabnégation, reçoit la mission dannoncer et dinstaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement. Dans lintervalle, à mesure quelle grandit, elle aspire à laccomplissement du Royaume, elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie à son Roi dans la gloire.
(LG 5)
12. LÉglise, on le sait, nest point séparée du monde ; elle vit dans le monde. Les membres de lÉglise subissent linfluence du monde ; ils en respirent la culture, en acceptent les lois et en adoptent les murs. Ce contact intime avec la société temporelle crée pour lÉglise une situation toujours pleine de problèmes ; aujourdhui ceux ci sont particulièrement aigus.
Dune part la vie chrétienne, que lÉglise sauvegarde et développe, doit sans cesse et courageusement se défendre de toute déviation, profanation ou étouffement ; il lui faut comme simmuniser contre la contagion de lerreur et du mal. Mais dautre part la vie chrétienne ne doit pas simplement saccommoder des manières de penser et dagir présentées et imposées par le milieu temporel, tant quelles sont compatibles avec les impératifs essentiels de son programme religieux et moral ; elle doit de plus tâcher de les rejoindre, de les purifier, de les ennoblir, de les animer et de les sanctifier.
(ES 42)
13. LÉglise offre aux hommes lÉvangile, document prophétique qui répond aux exigences et aux aspirations du coeur humain : il est toujours " Bonne Nouvelle ". LÉglise ne peut se dispenser de proclamer que Jésus est venu révéler le visage de Dieu et mériter, par la Croix et la Résurrection, le salut pour tous les hommes.
(RM 11)
14. Tout ce qui est humain nous regarde. Nous avons en commun avec toute lhumanité la nature, cest-à-dire la vie, avec tous ses dons, avec tous ses problèmes. Nous acceptons de partager cette première universalité ; nous sommes tout disposés à accueillir les requêtes profondes de ses besoins fondamentaux, à applaudir aux affirmations nouvelles et parfois sublimes de son génie. Et nous avons des vérités morales, vitales, à mettre en évidence et à consolider dans la conscience humaine, car elles sont bienfaisantes pour tous. Partout où lhomme se met en devoir de se comprendre lui-même et de comprendre le monde, nous pouvons communiquer avec lui.
(ES, n. 97)
15. Lintérêt actif que porte lÉglise à la question sociale, cest-à-dire à ce qui a pour fin un développement authentique de lhomme et de la société, de nature à respecter et à promouvoir la personne humaine dans toutes ses dimensions, sest toujours manifesté de manières très diverses. Lun des modes dintervention privilégié ces derniers temps a été le Magistère des Pontifes Romains, qui ont souvent traité la question en se référant à lencyclique Rerum novarum de Léon XIII, faisant parfois coïncider la date de publication des divers documents sociaux avec les anniversaires de cette première encyclique. Les Souverains Pontifes nont pas manqué, par ces interventions, de mettre en relief également des aspects nouveaux de la doctrine sociale de lÉglise. Ainsi, en commençant par lapport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions successives du Magistère, sest constitué un corps de doctrine actualisé qui sarticule à mesure que lÉglise interprète les événements dans leur déroulement au cours de lhistoire à la lumière de lensemble de la Parole révélée par le Christ Jésus (Dei Verbum, n. 4) et avec lassistance de lEsprit Saint (cf Jn 14, 16 26 ; 16, 13-15). Elle cherche de cette façon à guider les hommes pour quils répondent, en sappuyant sur la réflexion rationnelle et lapport des sciences humaines, à leur vocation de bâtisseurs responsables de la société terrestre.
(SRS 1)
16. Dans les perturbations et les incertitudes de lheure présente, lÉglise a un message spécifique à proclamer, un soutien à donner aux hommes dans leurs efforts pour prendre en main et orienter leur avenir. Depuis lépoque où Rerum Novarum dénonçait de manière vive et impérative le scandale de la condition ouvrière dans la société industrielle naissante, lévolution historique a fait prendre conscience, comme le constataient déjà Quadragesimo anno et Mater et Magistra, dautres dimensions et dautres applications de la justice sociale. Le récent Concile sest employé, pour sa part, à les dégager, en particulier dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes. Nous-même déjà avons prolongé ces orientations par notre encyclique Populorum Progressio : " Aujourdhui, disions-Nous, le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale " (PP, n. 3). " Une prise de conscience renouvelée des exigences du message évangélique fait un devoir à lÉglise de se mettre au service des hommes pour les aider à saisir toutes les dimensions de ce grave problème et pour les convaincre de lurgence dune action solidaire en ce tournant de lhistoire de lhumanité ".
(OA 5)
17. " La révélation chrétienne conduit à une intelligence plus pénétrante des lois de la vie sociale " (GS 23, § 1). LÉglise reçoit de lÉvangile la pleine révélation de la vérité de lhomme. Quand elle accomplit sa mission dannoncer lÉvangile, elle atteste à lhomme, au nom du Christ, sa dignité propre et sa vocation à la communion des personnes ; elle lui enseigne les exigences de la justice et de la paix, conformes à la sagesse divine.
(CEC 2419)
18. La doctrine sociale de lÉglise, qui propose un ensemble de principes de réflexion, de critères pour le jugement et de directives pour laction, sadresse tout dabord aux membres de lÉglise. Il est essentiel que les fidèles engagés dans la promotion humaine aient une solide compréhension de ce précieux corpus denseignement et le considèrent comme partie intégrante de leur mission évangélisatrice Les responsables chrétiens dans lÉglise et dans la société, spécialement les laïcs hommes et femmes ayant une responsabilité dans la vie publique, ont besoin dêtre bien formés à cet enseignement, de sorte quils puissent inspirer et animer la société civile et ses structures avec le levain de lÉvangile.
(Ecclesia in Asia 32)
19. La formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente, du fait non seulement du dynamisme naturel dapprofondissement de la foi, mais aussi de la nécessité de " rendre raison de lespérance " qui est en eux en face du monde et de ses problèmes graves et complexes. De là découle labsolue nécessité dune action systématique de catéchèse, adaptée à lâge et aux diverses situations de vie, et dune promotion chrétienne plus résolue de la culture, afin de répondre aux questions éternelles et aux problèmes nouveaux qui agitent lhomme et la société daujourdhui.
Il est tout à fait indispensable, en particulier, que les fidèles laïcs, surtout ceux qui sont engagés de diverses façons sur le terrain social ou politique, aient une connaissance plus précise de la doctrine sociale de lÉglise, comme les Pères synodaux lont demandé à plusieurs reprises dans leurs interventions.
(CL 60)
20. Fidèle à lenseignement et à lexemple de son divin fondateur qui donnait lannonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres comme signe de sa mission (Lc 7, 22), lÉglise na jamais négligé de promouvoir lélévation humaine des peuples auxquels elle apportait la foi au Christ.
(PP 12)
21. LÉglise partage avec les hommes de notre temps ce désir ardent et profond dune vie juste à tous points de vue, et elle nomet pas non plus de réfléchir aux divers aspects de la justice, telle que lexige la vie des hommes et des sociétés. Le développement de la doctrine sociale catholique au cours du dernier siècle le confirme bien. Dans le sillage de cet enseignement se situent aussi bien léducation et la formation des consciences humaines dans un esprit de justice, que les initiatives particulières qui se développent dans cet esprit, spécialement dans le cadre de lapostolat des laïcs.
(DM 12)
22. Si, comme nous lavons dit, lÉglise réalise ce quest la volonté de Dieu à cet égard, elle tirera profit pour elle-même dune grande énergie et concevra en outre le besoin de déverser cette énergie au service de tous les hommes. Elle aura une sensibilisation précise dune mission reçue de Dieu, dun message à propager partout. Cest là que repose la source de notre devoir évangélique, de notre mandat à enseigner toutes les nations et de notre effort apostolique afin de poursuivre le salut éternel de tous les hommes.
(ES 64)
23. Certes, il ny a pas de modèle unique dorganisation politique et économique de la liberté
humaine, puisque les différentes cultures et la diversité des expériences historiques sont à lorigine de différentes formes dinstitutions dans une société libre et responsable.
(Discours à la 50e assemblée générale de lONU, 1995, n. 3)
24. En outre, la doctrine sociale a une importante dimension interdisciplinaire. Pour mieux incarner lunique vérité concernant lhomme dans des contextes sociaux, économiques et politiques différents et en continuel changement, cette doctrine entre en dialogue avec les diverses disciplines qui soccupent de lhomme, elle en assimile les apports et elle les aide à sorienter, dans une perspective plus vaste, vers le service de la personne, connue et aimée dans la plénitude de sa vocation. A côté de la dimension interdisciplinaire, il faut rappeler aussi la dimension pratique et, en un sens, expérimentale de cette doctrine. Elle se situe à la rencontre de la vie et de la conscience chrétienne avec les situations du monde, et elle se manifeste dans les efforts accomplis par les individus, les familles, les agents culturels et sociaux, les politiciens et les hommes dÉtat pour lui donner sa forme et son application dans lhistoire.
(CA 59)
25. LÉglise na pas de modèle à proposer. Les modèles véritables et réellement efficaces ne peuvent être conçus que dans le cadre des différentes situations historiques, par leffort de tous les responsables qui font face aux problèmes concrets sous tous leurs aspects sociaux, économiques, politiques et culturels imbriqués les uns avec les autres (cf. GS, n. 36 ; Octogesima adveniens, nn. 2-5). Face à ces responsabilités, lÉglise présente, comme orientation intellectuelle indispensable, sa doctrine sociale qui ainsi quil a été dit reconnaît le caractère positif du marché et de lentreprise, mais qui souligne en même temps la nécessité de leur orientation vers le bien commun.
(CA 43)
26. Lenseignement social de lÉglise comporte un corps de doctrine qui sarticule à mesure que lÉglise interprète les événements au cours de lhistoire, à la lumière de lensemble de la parole révélée par le Christ Jésus avec lassistance de lEsprit Saint (cf. SRS 1 ; 41). Cet enseignement devient dautant plus acceptable pour les hommes de bonne volonté quil inspire davantage la conduite des fidèles.
(CEC 2422)
27. A ce stade de lapplication concrète des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même entre catholiques droits et sincères. Lorsque cela se produit, que jamais ne fassent défaut la considération réciproque, le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points de contact en vue dune action opportune et efficace ; que lon ne sépuise pas en discussions interminables ; et sous le prétexte du mieux, que lon ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait.
(MM 238)
28. LÉglise ne propose pas sa propre philosophie ni ne canonise une quelconque philosophie particulière au détriment des autres. La raison profonde de cette réserve réside dans le fait que la philosophie, même quand elle entre en relation avec la théologie, doit procéder selon ses méthodes et ses règles ; autrement, il ny aurait pas de garantie quelle reste tournée vers la vérité et quelle y tende grâce à une démarche rationnellement vérifiable. Une philosophie qui ne procéderait pas à la lumière de la raison selon ses principes propres et ses méthodes spécifiques ne serait pas dun grand secours. En définitive, la source de lautonomie dont jouit la philosophie est à rechercher dans le fait que la raison est, de par sa nature, orientée vers la vérité et que, en outre, elle dispose en elle-même des moyens pour y parvenir. Une philosophie consciente de son " statut constitutif " ne peut pas ne pas respecter non plus les exigences et les évidences propres à la vérité révélée.
(FR 49)
29. La doctrine sociale de lÉglise sest développée au dix-neuvième siècle lors de la rencontre de lÉvangile avec la société industrielle moderne, ses nouvelles structures pour la production de biens de consommation, sa nouvelle conception de la société, de lÉtat et de lautorité, ses nouvelles formes de travail et de propriété. Le développement de la doctrine de lÉglise, en matière économique et sociale, atteste la valeur permanente de lenseignement de lÉglise, en même temps que le sens véritable de sa Tradition toujours vivante et active (cf. CA, n. 3).
(CEC 2421)
30. La doctrine sociale de lÉglise nest pas une " troisième voie " entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. Elle nest pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats dune réflexion attentive sur les réalités complexes de lexistence de lhomme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal est dinterpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de lenseignement de lÉvangile sur lhomme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante ; elle a donc pour but dorienter le comportement chrétien. Cest pourquoi elle nentre pas dans le domaine de lidéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale.
(SRS 41)
31. Sans doute, cest à léternelle félicité, et non pas à une prospérité passagère seulement, que lÉglise a reçu la mission de conduire lhumanité ; et même " elle ne se reconnaît point le droit de simmiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles " (Ubi Arcano Dei Consilio, n. 65). À aucun prix toutefois elle ne peut abdiquer la charge que Dieu lui a confiée et qui lui fait une loi dintervenir, non certes dans le domaine technique à légard duquel elle est dépourvue de moyens appropriés et de compétence, mais en tout ce qui touche à la loi morale. En ces matières, en effet, le dépôt de la vérité qui Nous est confié dEn-Haut et la très grave obligation qui Nous incombe de promulguer, dinterpréter et de prêcher, en dépit de tout, la loi morale, soumettent également à Notre suprême autorité lordre social et lordre économique.
(QA 41)
32. La doctrine sociale, aujourdhui surtout, soccupe de lhomme en tant quintégré dans le réseau complexe de relations des sociétés modernes. Les sciences humaines et la philosophie aident à bien saisir que lhomme est situé au centre de la société et à le mettre en mesure de mieux se comprendre lui-même en tant qu " être social ". Mais seule la foi lui révèle pleinement sa véritable identité, et elle est précisément le point de départ de la doctrine sociale de lÉglise
(CA 54)
33. La " nouvelle évangélisation ", dont le monde moderne a un urgent besoin et sur laquelle jai insisté de nombreuses fois, doit compter parmi ses éléments essentiels lannonce de la doctrine sociale de lÉglise, apte, aujourdhui comme sous Léon XIII, à indiquer le bon chemin pour répondre aux grands défis du temps présent, dans un contexte de discrédit croissant des idéologies. Comme à cette époque, il faut répéter quil nexiste pas de véritable solution de la " question sociale " hors de lÉvangile et que, dautre part, les " choses nouvelles " peuvent trouver en lui leur espace de vérité et la qualification morale qui convient.
(CA 5)
34. Ce qui compte ici comme en tout domaine de la vie chrétienne cest la confiance qui vient de la foi, cest-à-dire de la certitude que nous ne sommes pas nous-mêmes les protagonistes de la mission mais que cest Jésus Christ et son Esprit. Nous ne sommes que des collaborateurs et, quand nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, nous devons dire : " Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire " (Lc 17, 10).
(RM 36)
35. Je voudrais proposer maintenant une " relecture " de lencyclique de Léon XIII, et inviter à porter un regard " rétrospectif " sur son texte lui-même afin de redécouvrir la richesse des principes fondamentaux qui y sont formulés pour la solution de la question ouvrière. Mais jinvite aussi à porter un regard " actuel " sur les " choses nouvelles " qui nous entourent et dans lesquelles nous nous trouvons immergés, pour ainsi dire, bien différentes des " choses nouvelles " qui caractérisaient lultime décennie du siècle dernier. Jinvite enfin à porter le regard " vers lavenir ", alors quon entrevoit déjà le troisième millénaire de lère chrétienne, lourd dinconnu mais aussi de promesses. Inconnu et promesses qui font appel à notre imagination et à notre créativité, qui nous stimulent aussi, en tant que disciples du Christ, le " Maître unique " (cf. Mt 23, 8), dans notre responsabilité de montrer la voie, de proclamer la vérité et de communiquer la vie quil est lui-même (cf. Jn 14, 6). En agissant ainsi, non seulement on réaffirmera la valeur permanente de cet enseignement, mais on manifestera aussi le vrai sens de la Tradition de lÉglise qui, toujours vivante et active, construit sur les fondations posées par nos pères dans la foi et particulièrement sur ce que " les Apôtres ont transmis à lÉglise " au nom de Jésus-Christ : il est le fondement et " nul nen peut poser dautre " (cf. 1 Co 3,11) .
(CA 3)
36. La présentation du message évangélique nest pas pour lÉglise une contribution facultative : cest le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur Jésus, afin que les hommes puissent croire et être sauvés. Oui, ce message est nécessaire. Il est unique. Il ne saurait être remplacé.
(EN 5)
37. Nous sommes envoyés : être au service de la vie nest pas pour nous un motif dorgueil mais un devoir né de la conscience dêtre " le peuple que Dieu sest acquis pour proclamer ses louanges " (cf. 1 P 2, 9). La loi de lamour nous guide et nous soutient sur le chemin, lamour dont le Fils de Dieu fait homme est la source et le modèle, lui qui " par sa mort a donné la vie au monde " (Cf. Missel romain, prière du célébrant avant la communion).
Nous sommes envoyés comme peuple. Lengagement au service de la vie concerne tout un chacun. Cest une responsabilité proprement " ecclésiale ", qui exige laction concertée et généreuse de tous les membres et de tous les organismes de la communauté chrétienne. Cependant, le devoir commun nélimine pas et ne diminue pas la responsabilité individuelle, car cest à chaque personne que sadresse le commandement du Seigneur de " se faire le prochain " de tout homme : " Va, et toi aussi, fais de même " (Lc 10, 37).
(EV 79)
38. Tous ensemble, nous ressentons le devoir dannoncer lÉvangile de la vie, de le célébrer dans la liturgie et dans toute lexistence, de le servir par les diverses initiatives et structures destinées à son soutien et à sa promotion.
(EV 79)
39. En effet, lenseignement et la diffusion de la doctrine sociale de lÉglise appartiennent à sa mission dévangélisation ; cest une partie essentielle du message chrétien, car cette doctrine en propose les conséquences directes dans la vie de la société et elle place le travail quotidien et la lutte pour la justice dans le cadre du témoignage rendu au Christ Sauveur. Elle est également une source dunité et de paix face aux conflits qui surgissent inévitablement dans le domaine économique et social. Ainsi, il devient possible de vivre les nouvelles situations sans amoindrir la dignité transcendante de la personne humaine ni en soi-même ni chez les adversaires, et de trouver la voie de solutions correctes.
(CA 5)
40. Voilà pourquoi lÉglise a une parole à dire aujourdhui comme il y a vingt ans, et encore à lavenir, sur la nature, les conditions, les exigences et les fins du développement authentique, et aussi sur les obstacles qui lentravent. Ce faisant, lÉglise accomplit sa mission dévangélisation, car elle apporte sa première contribution à la solution du problème urgent du développement quand elle proclame la vérité sur le Christ, sur elle-même et sur lhomme, en lappliquant à une situation concrète (cf. Jean-Paul II, Discours à la 3e Conférence générale des évêques dAmérique Latine, 1979).
Linstrument que lÉglise utilise pour atteindre ce but est sa doctrine sociale. Dans la difficile conjoncture présente, pour favoriser la formulation correcte des problèmes aussi bien que leur meilleure résolution, il pourra être très utile davoir une connaissance plus exacte et dassurer une diffusion plus large de l " ensemble de principes de réflexion et de critères de jugement et aussi de directives daction " proposé dans son enseignement (Libertatis conscientia, n. 72 ; Octogesima adveniens, n. 4).
On se rendra compte ainsi immédiatement que les questions auxquelles on a à faire face sont avant tout morales, et que ni lanalyse du problème du développement en tant que tel, ni les moyens pour surmonter les difficultés actuelles ne peuvent faire abstraction de cette dimension essentielle.
(SRS 41)
41. Dans la vie de lhomme, limage de Dieu resplendit à nouveau et se manifeste dans toute sa plénitude avec la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine : " Il est limage du Dieu invisible " (Col 1, 15), " resplendissement de sa gloire et effigie de sa substance " (He 1, 3). Il est limage parfaite du Père.
(EV 36)
42. La dignité de la personne se manifeste dans tout son éclat quand on en considère lorigine et la destinée : créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, et racheté par le Sang très précieux du Christ, lhomme est appelé à être " fils dans le Fils " et temple vivant de lEsprit, et destiné à léternelle vie de communion béatifiante avec Dieu. Pour ces raisons, toute violation de la dignité personnelle de lêtre humain crie vengeance en présence de Dieu et devient une offense au Créateur de lhomme.
(CL 37)
43. Si nous considérons la dignité de la personne humaine à la lumière des vérités révélées par Dieu, nous ne pouvons que la situer bien plus haut encore. Les hommes ont été rachetés par le sang du Christ Jésus, faits par la grâce enfants et amis de Dieu et institués héritiers de la gloire éternelle.
(PT 10)
44. Appuyée sur cette foi, lÉglise peut soustraire la dignité de la nature humaine à toutes les fluctuations des opinions qui, par exemple, rabaissent exagérément le corps humain, ou au contraire lexaltent sans mesure. Aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de lhomme comme le fait lÉvangile du Christ, confié à lÉglise (cf. Rm 8, 14). Cet Évangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix, enseigne sans relâche à faire fructifier tous les talents humains au service de Dieu et pour le bien des hommes, enfin confie chacun à lamour de tous (cf. Mt 22, 39). Tout cela correspond à la loi fondamentale de léconomie chrétienne. Car, si le même Dieu est à la fois Créateur et Sauveur, Seigneur et de lhistoire humaine et de lhistoire du salut, cet ordre divin lui-même, loin de supprimer la juste autonomie de la créature, et en particulier de lhomme, la rétablit et la confirme au contraire dans sa dignité.
Cest pourquoi lÉglise, en vertu de lÉvangile qui lui a été confiée, proclame les droits des hommes, reconnaît et tient en grande estime le dynamisme de notre temps qui, partout, donne un nouvel élan à ces droits. Ce mouvement toutefois doit être imprégné de lesprit de lÉvangile et garanti contre toute idée de fausse autonomie. Nous sommes, en effet, exposés à la tentation destimer que nos droits personnels ne sont pleinement maintenus que lorsque nous sommes dégagés de toute norme de la loi divine. Mais, en suivant cette voie, la dignité humaine, loin dêtre sauvée, sévanouit.
(GS 41)
45. Ce qui rentre en ligne de compte, cest la dignité de la personne humaine dont la défense et la promotion nous ont été confiées par le Créateur et dont sont rigoureusement responsables et débiteurs les hommes et les femmes dans toutes les circonstances de lhistoire.
(SRS 47)
46. La dignité de la personne humaine est une valeur transcendante, toujours reconnue comme telle par ceux qui se sont appliqués à une recherche sincère de la vérité. Toute lhistoire de lhumanité doit en réalité être interprétée à la lumière de cette certitude. Toute personne, créée à limage et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-28) et donc radicalement orientée vers son Créateur, est en relation constante avec ceux qui sont revêtus de la même dignité. La promotion du bien de lindividu sassocie ainsi au service du bien commun, là où les droits et les devoirs se correspondent et se renforcent mutuellement.
(Message pour la journée mondiale de la Paix, 1999, n. 2)
47. En effet, comme lécrit saint Paul, là " où est lEsprit du Seigneur, là est la liberté " (2 Co 3, 17). Cette révélation de la liberté et donc de la véritable dignité de lhomme acquiert une particulière éloquence pour les chrétiens et pour lÉglise persécutés, soit dans les temps anciens soit actuellement, car les témoins de la Vérité divine deviennent alors une preuve vivante de laction de lEsprit de vérité, présent dans le coeur et dans la conscience des fidèles, et il nest pas rare quils signent de leur martyre lexaltation suprême de la dignité humaine.
(Dvi 60)
48. La question morale, à laquelle le Christ répond, ne peut faire abstraction de la question de la liberté, elle la place même en son centre, car il ny a pas de morale sans liberté. " Cest toujours librement que lhomme se tourne vers le bien " (GS, n. 11). Mais quelle liberté ? Face à nos contemporains qui " estiment grandement " la liberté et qui la " poursuivent avec ardeur ", mais qui, souvent, " la chérissent dune manière qui nest pas droite, comme la licence de faire nimporte quoi, pourvu que cela plaise, même le mal ", le Concile présente la " vraie " liberté : " La vraie liberté est en lhomme un signe privilégié de limage divine. Car Dieu a voulu le laisser à son propre conseil (Si 15, 14) pour quil puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à lui, sachever ainsi dans une bienheureuse plénitude " (GS, n. 17). Sil existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement lobligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois quelle est connue, dy adhérer.
(VS 34)
49. La liberté dans son essence est intérieure à lhomme, connaturelle à la personne humaine, signe distinctif de sa nature. La liberté de la personne trouve en effet son fondement dans sa dignité transcendante : une dignité qui lui a été donnée par Dieu, son Créateur, et qui loriente vers Dieu. Lhomme, parce que créé à limage de Dieu (cf. Gn 1, 27), est inséparable de la liberté, de cette liberté quaucune force ou contrainte extérieure ne pourra jamais enlever et qui constitue son droit fondamental, tant comme individu que comme membre de la société. Lhomme est libre parce quil possède la faculté de se déterminer en fonction du vrai et du bien.
(Message pour la journée mondiale de la Paix, 1981, n. 5)
50. Jésus-Christ va à la rencontre de lhomme de toute époque, y compris de la nôtre, avec les mêmes paroles : " Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres " (Jn 8, 22). Ces paroles contiennent une exigence fondamentale et en même temps un avertissement : lexigence dhonnêteté vis-à-vis de la vérité comme condition dune authentique liberté ; et aussi lavertissement déviter toute liberté apparente, toute liberté superficielle et unilatérale, toute liberté qui nirait pas jusquau fond de la vérité sur lhomme et sur le monde.
(RH 12)
51. Mais la liberté ce nest pas seulement un droit quon réclame pour soi, cest un devoir quon assume à légard des autres. Pour vraiment servir la paix, la liberté de chaque être humain et de chaque communauté humaine doit respecter les libertés et les droits des autres, individuels ou collectifs. Elle trouve dans ce respect sa limitation, mais aussi sa logique et sa dignité, car lhomme est par nature un être social.
(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1981, n. 7)
52. Lexercice de la liberté nimplique pas le droit de tout dire et de tout faire. Il est faux de prétendre que " lhomme, sujet de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour fin la satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens terrestres " (Libertatis conscientia, n. 13). Par ailleurs, les conditions dordre économique et social, politique et culturel requises pour un juste exercice de la liberté sont trop souvent méconnues et violées. Ces situations daveuglement et dinjustice grèvent la vie morale et placent aussi bien les forts que les faibles en tentation de pécher contre la charité. En sécartant de la loi morale, lhomme porte atteinte à sa propre liberté, il senchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine.
(CEC 1740)
53. Pourtant le Créateur du monde a inscrit lordre au plus intime des hommes : ordre que la conscience leur révèle et leur enjoint de respecter : " Ils montrent gravé dans leur cur le contenu même de la Loi, tandis que leur conscience y ajoute son témoignage " (Rm 2, 15). Comment nen irait-il pas ainsi, puisque toutes les uvres de Dieu reflètent son infinie sagesse, et la reflètent dautant plus clairement quelles sont plus élevées dans léchelle des êtres (Cf. Ps 18, 8-11).
(PT 5)
54. Dans le dessein de Dieu, chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation. Dès la naissance, est donné à tous en germe un ensemble daptitudes et de qualités à faire fructifier : leur épanouissement, fruit de léducation reçue du milieu et de leffort personnel permettra à chacun de sorienter vers la destinée que lui propose son Créateur. Doué dintelligence et de liberté, il est responsable de sa croissance, comme de son salut. Aidé, parfois gêné par ceux qui léduquent et lentourent, chacun demeure, quelles que soient les influences qui sexercent sur lui, lartisan principal de sa réussite ou de son échec : par le seul effort de son intelligence et de sa volonté, chaque homme peut grandir en humanité, valoir plus, être plus.
(PP 15)
55. Enfin, en achevant sur la croix loeuvre de la rédemption qui devait valoir aux hommes le salut et la vraie liberté, il a parachevé sa révélation. Il a rendu témoignage à la vérité, mais il na pas voulu limposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par lépée, mais il sétablit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il sétend grâce à lamour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32).
(DH 11)
56. Enfin, la vraie liberté nest pas promue non plus dans la société permissive qui confond la liberté avec la licence de faire nimporte quel choix et qui proclame au nom de la liberté, une sorte damoralisme général. Cest proposer une caricature de la liberté que de prétendre que lhomme est libre dorganiser sa vie sans référence aux valeurs morales et que la société na pas à assurer la protection et la promotion des valeurs éthiques. Une telle attitude est destructrice de liberté et de paix.
(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1981, n. 7)
57. Et lÉglise nignore pas le danger du fanatisme, ou du fondamentalisme, de ceux qui, au nom dune idéologie qui se prétend scientifique ou religieuse, estiment pouvoir imposer aux autres hommes leur conception de la vérité et du bien. La vérité chrétienne nest pas de cette nature. Nétant pas une idéologie, la foi chrétienne ne cherche nullement à enfermer dans le cadre dun modèle rigide la changeante réalité sociale et politique et elle admet que la vie de lhomme se réalise dans lhistoire de manières diverses et imparfaites. Cependant lÉglise, en réaffirmant constamment la dignité transcendante de la personne, adopte comme règle daction le respect de la liberté.
(CA 46)
58. La démocratie ne peut être soutenue sans un engagement partagé à légard de certaines vérités morales sur la personne humaine et sur la communauté humaine. La question fondamentale quune société démocratique doit se poser est donc : " Comment devrions-nous vivre ensemble " ? En recherchant une réponse à cette question, la société peut-elle exclure la vérité morale et le raisonnement moral ?
Chaque génération doit savoir que la liberté ne consiste pas à faire ce quil nous plaît, mais à avoir le droit de faire ce qui est notre devoir.
Le Christ nous demande de garder la vérité car, comme il nous la promis : " Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libèrera " (Jn 8, 32). Depositum custodi ! Nous devons garder la vérité qui est la condition de la liberté authentique, la vérité qui permet à la liberté dêtre réalisée dans la bonté. Nous devons garder le dépôt de la vérité divine qui nous a été transmis dans lEglise, particulièrement en vue des défis présentés par une culture matérialiste et par une mentalité permissive qui réduit la liberté à la permission.
(Jean-Paul II, Homélie à Baltimore, nn. 7-8)
59. On ne peut cependant ignorer les innombrables conditionnements au milieu desquels la liberté de lindividu est amenée à agir ; ils affectent, certes, la liberté, mais ils ne la déterminent pas ; ils rendent son exercice plus ou moins facile, mais ils ne peuvent la détruire. Non seulement on na pas le droit de méconnaître, du point de vue éthique, la nature de lhomme qui est fait pour la liberté, mais en pratique ce nest même pas possible. Là où la société sorganise en réduisant arbitrairement ou même en supprimant le champ dans lequel sexerce légitimement la liberté, il en résulte que la vie sociale se désagrège progressivement et entre en décadence.
(CA 25)
60. Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à limage de Dieu, " qui a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu dun principe unique " (Ac 17, 26), et tous sont appelés à une seule et même fin, qui est Dieu lui-même. A cause de cela, lamour de Dieu et du prochain est le premier et le plus grand commandement. LEcriture, pour sa part, enseigne que lamour de Dieu est inséparable de lamour du prochain : " ... tout autre commandement se résume en cette parole : tu aimeras le prochain comme toi-même ... La charité est donc la loi dans sa plénitude " (Rm 13, 9-10 cf. 1 Jn 4, 20). Il est bien évident que cela est dune extrême importance pour des hommes de plus en plus dépendants les uns des autres et dans un monde sans cesse plus unifié. Allons plus loin : quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que " tous soient un ... comme nous nous sommes un " (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère quil y a une certaine ressemblance entre lunion des personnes divines et celles des fils de Dieu dans la vérité et dans lamour. Cette ressemblance montre bien que lhomme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même (cf. Lc 17, 33). Le caractère social de lhomme fait apparaître quil y a interdépendance entre lessor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin dune vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale nest donc pas pour lhomme quelque chose de surajouté ; aussi cest par léchange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que lhomme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation.
(GS 24-25)
61. Suivant le principe de base de cette conception - comme il ressort de tout ce que Nous avons dit jusquici - les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale. Chacun dentre eux, étant ce quil est, doit être considéré selon sa nature intrinsèquement sociale et sur le plan providentiel de son élévation à lordre surnaturel.
(MM 219)
62. Certaines sociétés, telles que la famille et la cité, correspondent plus immédiatement à la nature de lhomme. Elles lui sont nécessaires. Afin de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie sociale, il faut encourager la création dassociations et dinstitutions délection " à buts économiques, culturels, sociaux, sportifs, récréatifs, professionnels, politiques, aussi bien à lintérieur des communautés politiques que sur le plan mondial " (MM, n. 60). Cette " socialisation " exprime également la tendance naturelle qui pousse les humains à sassocier, en vue datteindre des objectifs qui excèdent les capacités individuelles. Elle développe les qualités de la personne, en particulier, son sens de linitiative et de la responsabilité. Elle aide à garantir ses droits (GS, n. 25 ; CA, n. 12).
(CEC 1882)
63. Mais chaque homme est membre de la société : il appartient à lhumanité tout entière. Ce nest pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier. Les civilisations naissent, croissent et meurent. Mais, comme les vagues à marée montante pénètrent un peu plus avant sur la grève, ainsi lhumanité avance sur le chemin de lhistoire. Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir.
(PP 17)
64. A part la famille, dautres groupes sociaux intermédiaires remplissent des rôles primaires et mettent en oeuvre des réseaux de solidarité spécifiques. Ces groupes acquièrent la maturité de vraies communautés de personnes et innervent le tissu social, en lempêchant de tomber dans limpersonnalité et lanonymat de la masse, malheureusement trop fréquents dans la société moderne. Cest dans lentrecroisement des relations multiples que vit la personne et que progresse la " personnalité " de la société. Lindividu est souvent écrasé aujourdhui entre les deux pôles de lÉtat et du marché. En effet, il semble parfois nexister que comme producteur et comme consommateur de marchandises, ou comme administré de lÉtat, alors quon oublie que la convivialité na pour fin ni lÉtat ni le marché, car elle possède en elle-même une valeur unique que lÉtat et le marché doivent servir. Lhomme est avant tout un être qui cherche la vérité et qui sefforce de vivre selon cette vérité, de lapprofondir dans un dialogue constant qui implique les générations passées et à venir.
(CA 49)
65. Au contraire, de la conception chrétienne de la personne résulte nécessairement une vision juste de la société. Selon Rerum Novarum et toute la doctrine sociale de lÉglise, le caractère social de lhomme ne sépuise pas dans lÉtat, mais il se réalise dans divers groupes intermédiaires, de la famille aux groupes économiques, sociaux, politiques et culturels qui, découlant de la même nature humaine, ont - toujours à lintérieur du bien commun - leur autonomie propre. Cest ce que jai appelé la " personnalité " de la société qui, avec la personnalité de lindividu, a été éliminée par le " socialisme réel ".
(CA 13)
66. Tout être humain a droit à la vie, à lintégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne lalimentation, le vêtement, lhabitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, lhomme a droit à la sécurité en cas de maladie, dinvalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois quil est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
(PT 11)
67. Après la chute du totalitarisme communiste et de nombreux autres régimes totalitaires et de " sécurité nationale ", on assiste actuellement, non sans conflits, au succès de lidéal démocratique dans le monde, allant de pair avec une grande attention et une vive sollicitude pour les droits de lhomme. Mais précisément pour aller dans ce sens, il est nécessaire que les peuples qui sont en train de réformer leurs institutions donnent à la démocratie un fondement authentique et solide grâce à la reconnaissance explicite de ces droits (cf. Redemtor Hominis, n. 17).
(CA 47)
68. Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, cest le principe que tout être. humain est une personne, cest-à-dire une nature douée dintelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables.
(PT 9)
69. Si les droits de lhomme sont violés en temps de paix, cela devient particulièrement douloureux ; du point de vue du progrès, cela représente un phénomène incompréhensible de lutte contre lhomme, et ce fait ne peut en aucune façon saccorder avec quelque programme que ce soit qui se définisse " humaniste ".
(RH 17)
70. Autre droit fondamental de la personne, la protection juridique de ses propres droits, protection efficace, égale pour tous et conforme aux normes objectives de la justice. " De lordre juridique, voulu par Dieu, découle pour les hommes ce droit inaliénable qui garantit à chacun la sécurité juridique et une sphère concrète de droits défendue contre tout empiétement arbitraire " (Pie XII, Message de Noël 1942).
(PT 27)
71. Le respect de la personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de créature. Ces droits sont antérieurs à la société et simposent à elle. Ils fondent la légitimité morale de toute autorité : en les bafouant, ou en refusant de les reconnaître dans sa législation positive, une société mine sa propre légitimité morale (cf. PT 65). Sans un tel respect, une autorité ne peut que sappuyer sur la force ou la violence pour obtenir lobéissance de ses sujets. Il revient à lÉglise de rappeler ces droits à la mémoire des hommes de bonne volonté, et de les distinguer des revendications abusives ou fausses.
(CEC 1930)
72. Et une fois que les normes de la vie collective se formulent en termes de droits et de devoirs, les hommes souvrent aux valeurs spirituelles et comprennent ce quest la vérité, la justice, lamour, la liberté ; ils se rendent compte quils appartiennent à une société de cet ordre. Davantage : ils sont portés à mieux connaître le Dieu véritable, transcendant et personnel. Alors leurs rapports avec Dieu leur apparaissent comme le fond même de la vie, de la vie intime vécue au secret de lâme et de celle quils mènent en communauté avec les autres.
(PT 45)
73. Les sociétés privées nont dexistence quau sein de la société civile dont elles sont comme autant de parties. Il ne sensuit pas cependant, à ne parler quen général et à ne considérer que leur nature, quil soit au pouvoir de lÉtat de leur dénier lexistence. Le droit à lexistence leur a été octroyé par la nature elle-même, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour lanéantir. Cest pourquoi une société civile qui interdirait les sociétés privées sattaquerait elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, firent leur origine dun même principe : la naturelle sociabilité de lhomme.
(RN 72)
74. Dans la vie en société, tout droit conféré à une personne par la nature crée chez les autres un devoir, celui de reconnaître et de respecter ce droit. Tout droit essentiel de lhomme emprunte en effet sa force impérative à la loi naturelle qui le donne et qui impose lobligation correspondante. Ceux qui, dans la revendication de leurs droits, oublient leurs devoirs ou ne les remplissent quimparfaitement risquent de démolir dune main ce quils construisent de lautre.
(PT 30)
75. Maintenant, en effet, sest propagée largement lidée de légalité naturelle de tous les hommes. Aussi, du moins en théorie, ne trouve-t-on plus de justification aux discriminations raciales. Voilà qui représente une étape importante sur la route conduisant à une communauté humaine établie sur la base des principes que Nous avons rappelés. Maintenant, à mesure que lhomme devient conscient de ses droits, germe comme nécessairement en lui la conscience dobligations correspondantes : ses propres droits, cest avant tout comme autant dexpressions de sa dignité quil devra les faire valoir, et à tous les autres incombera lobligation de reconnaître ces droits et de les respecter.
(PT 44)
76. Tous les hommes, doués dune âme raisonnable et créés à limage de Dieu, ont même nature et même origine ; tous, rachetés par le Christ, jouissent dune même vocation et dune même destinée divine : on doit donc, et toujours davantage, reconnaître leur égalité fondamentale. Assurément, tous les hommes ne sont pas égaux quant à leur capacité physique qui est variée, ni quant à leurs forces intellectuelles et morales qui sont diverses. Mais toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, quelle soit sociale ou culturelle, quelle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu. En vérité, il est affligeant de constater que ces droits fondamentaux de la personne ne sont pas encore partout garantis. Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement son époux ou délire son état de vie, ou daccéder à une éducation et une culture semblables à celles que lon reconnaît à lhomme. Au surplus, en dépit de légitimes différences entre les hommes, légale dignité des personnes exige que lon parvienne à des conditions de vie justes et plus humaines. En effet, les inégalités économiques et sociales excessives entre les membres ou entre les peuples dune seule famille humaine font scandale et font obstacle à la justice sociale, à léquité, à la dignité de la personne humaine ainsi quà la paix sociale et internationale. Que les institutions privées ou publiques sefforcent de se mettre au service de la dignité et de la destinée humaines. Quen même temps elles luttent activement contre toute forme desclavage, social ou politique ; et quelles garantissent les droits fondamentaux des hommes sous tout régime politique. Et même sil faut un temps passablement long pour parvenir au but souhaité, toutes ces institutions humaines doivent peu à peu répondre aux réalités spirituelles qui, de toutes, sont les plus hautes.
(GS 29)
77. De cette juste libération liée à lévangélisation, qui cherche précisément à réaliser des structures sauvegardant la liberté humaine, on ne peut séparer la nécessité dassurer tous les droits fondamentaux de lhomme, parmi lesquels la liberté religieuse tient une place de première importance.
(EN 39)
78. Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte quen matière religieuse nul ne soit forcé dagir contre sa conscience ni empêché dagir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à dautres.
(DH 2)
79. Certes la limitation de la liberté religieuse des personnes et des communautés nest pas seulement une douloureuse expérience pour elles, mais elle atteint avant tout la dignité même de lhomme, indépendamment de la religion que ces personnes ou ces communautés professent ou de la conception du monde quelles ont. La limitation de la liberté religieuse et sa violation sont en contradiction avec la dignité de lhomme et avec ses droits objectifs sans aucun doute, nous nous trouvons dans ce cas en face dune injustice radicale affectant ce qui est particulièrement profond dans lhomme, ce qui est authentiquement humain.
(RH 17)
80. Aucune autorité humaine na le droit dintervenir dans la conscience de quiconque. La conscience est le témoin de la transcendance de la personne, même en face de la société, et, comme telle, elle est inviolable. Cependant, elle nest pas un absolu qui serait placé au-dessus de la vérité et de lerreur ; et même, sa nature intime suppose un rapport avec la vérité objective, universelle et égale pour tous, que tous peuvent et doivent rechercher. Dans ce rapport avec la vérité objective, la liberté de conscience trouve sa justification, en tant que condition nécessaire de la recherche de la vérité digne de lhomme et de ladhésion à la vérité une fois quon la connue de façon appropriée.
(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1991, n. 1)
81. De même si notre mission est annonce de vérités indiscutables et dun salut nécessaire, elle ne se présentera pas armée de coercition extérieure, mais par les seules voies légitimes de léducation humaine, de la persuasion intérieure, de la conversation ordinaire, elle offrira son don de salut, toujours dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés.
(ES 75)
82. En premier lieu, la liberté religieuse, qui est une exigence inaliénable de la dignité de tout homme, est une pierre angulaire dans lédifice des droits humains ; elle est par conséquent un facteur indispensable pour le bien des personnes et de toute la société, comme aussi pour lépanouissement personnel de chacun. Il en résulte que, pour les individus et les communautés, la liberté de professer et de pratiquer sa religion est un élément essentiel de la convivialité pacifique des hommes. La paix, qui se construit et se consolide à tous les niveaux de la convivialité, sappuie fondamentalement sur la liberté et louverture des consciences à la vérité.
(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1988, Introduction)
83. Les problèmes humains qui sont les plus débattus et diversement résolus par la réflexion morale contemporaine se rattachent tous, bien que de manière différente, à un problème crucial, celui de la liberté de lhomme.
Il ny a pas de doute que notre époque est arrivée à une perception particulièrement vive de la liberté. " La dignité de la personne humaine est, en notre temps, lobjet dune conscience toujours plus vive ", comme le constatait déjà la déclaration conciliaire Dignitatis humanae sur la liberté religieuse (Dignitatis Humanae, n. 1). Doù la revendication de la possibilité pour lhomme " dagir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité, non pas sous la pression dune contrainte, mais guidé par la conscience de son devoir " (Dignitatis Humanae, n. 1). En particulier, le droit à la liberté religieuse et au respect de la conscience dans sa marche vers la vérité est toujours plus ressenti comme le fondement des droits de la personne considérés dans leur ensemble (cf. Redemptor Hominis, n. 17 ; Libertatis Conscientia, n. 19).
(VS 31)
84. Puisque " le Créateur a fait de la communauté conjugale lorigine et le fondement de la société humaine ", la famille est devenue la " cellule première et vitale de la société ". (Apostolicam Actuositatem, n. 11)
La famille a des liens organiques et vitaux avec la société parce quelle en constitue le fondement et quelle la sustente sans cesse en réalisant son service de la vie : cest au sein de la famille en effet que naissent les citoyens et dans la famille quils font le premier apprentissage des vertus sociales, qui sont pour la société lâme de sa vie et de son développement.
Ainsi donc, en raison de sa nature et de sa vocation, la famille, loin de se replier sur elle-même, souvre aux autres familles et à la société, elle remplit son rôle social.
(FC 42)
85. La première structure fondamentale pour une " écologie humaine " est la famille, au sein de laquelle lhomme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de lhomme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel lenfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que lhomme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et dengendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses " choses " que lon peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec dautres possibilités. Il faut en revenir à considérer la famille comme le sanctuaire de la vie. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences dune croissance humaine authentique. Contre ce quon appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie
(CA 39)
86. Mais lhomme nest lui-même que dans son milieu social, où la famille joue un rôle primordial. Celui-ci a pu être excessif, selon les temps et les lieux, lorsquil sest exercé au détriment de libertés fondamentales de la personne. Souvent trop rigides et mal organisés, les anciens cadres sociaux des pays en voie de développement sont pourtant nécessaires encore un temps, tout en desserrant progressivement leur emprise exagérée. Mais la famille naturelle, monogamique et stable, telle que le dessein divin la conçue et que le christianisme la sanctifiée, doit demeurer ce " lieu de rencontres de plusieurs générations qui saident mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les droits de la personne avec les autres exigences de la vie sociale " (GS, nn. 50-51).
(PP 36)
87. À lintérieur du " peuple de la vie et pour la vie ", la responsabilité de la famille est déterminante : cest une responsabilité qui résulte de sa nature même - qui consiste à être une communauté de vie et damour, fondée sur le mariage - et de sa mission de " garder, de révéler et de communiquer lamour " (Familiaris consortio, n. 17). Il sagit précisément de lamour même de Dieu, dont les parents sont faits les coopérateurs et comme les interprètes dans la transmission de la vie et dans léducation, suivant le projet du Père (cf. GS, n. 50).
(EV 92)
88. Noyau premier de la société, la famille a droit à tout soutien de lÉtat pour remplir entièrement sa mission propre. Les lois de lÉtat doivent donc être conçues de manière à promouvoir de bonnes conditions de vie pour la famille, en laidant à accomplir les tâches qui lui re-viennent. Devant la tendance aujourdhui toujours plus forte à légitimer, comme substitut de lunion conjugale, des formes dunions qui, en raison de leur nature propre ou de leur caractère transitoire voulu, ne peuvent en aucune manière exprimer le sens de la famille ni assurer son bien, cest un des premiers devoirs de lÉtat dencourager et de protéger linstitution familiale authentique, den respecter la physionomie naturelle ainsi que les droits innés et inaliénables.
(Message pour la Journée mondiale de la paix, 1994, n. 5)
89. Selon le dessein de Dieu, le mariage est le fondement de cette communauté plus large quest la famille, puisque linstitution même du mariage et lamour conjugal sont ordonnés à la procréation et à léducation des enfants dans lesquels ils trouvent leur couronnement (cf. GS, n. 50).
(FC 14)
90. La sexualité est ordonnée à lamour conjugal de lhomme et de la femme. Dans le mariage lintimité corporelle des époux devient un signe et un gage de communion spirituelle. Entre les baptisés, les liens du mariage sont sanctifiés par le sacrement.
" La sexualité, par laquelle lhomme et la femme se donnent lun à lautre par les actes propres et exclusifs des époux, nest pas quelque chose de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce quelle a de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de lamour dans lequel lhomme et la femme sengagent entièrement lun vis-à-vis de lautre jusquà la mort " (Familiaris consortio, n. 11).
" Les actes qui réalisent lunion intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécue dune manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux senrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance " (GS, n. 49). La sexualité est source de joie et de plaisir :
" Le Créateur lui-même ... a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de lesprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les époux doivent savoir se maintenir dans les limites dune juste modération " (Pie XII, discours 29 octobre 1951).
Par lunion des époux se réalise la double fin du mariage : le bien des époux eux-mêmes et la transmission de la vie. On ne peut séparer ces deux significations ou valeurs du mariage sans altérer la vie spirituelle du couple ni compromettre les biens du mariage et lavenir de la famille. Lamour conjugal de lhomme et de la femme est ainsi placé sous la double exigence de la fidélité et de la fécondité.
(CEC 2360-2363)
91. La communauté profonde de vie et damour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur ; elle est établie sur lalliance des conjoints, cest-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de lacte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de lhomme. Car Dieu lui-même est lauteur du mariage qui possède en propre des valeurs et des fins diverses ; tout cela est dune extrême importance pour la continuité du genre humain, pour le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière. Et cest par sa nature même que linstitution du mariage et lamour conjugal sont ordonnés à la procréation et à léducation qui, tel un sommet en en constituent le couronnement. Aussi lhomme et la femme qui, par lalliance conjugale " ne sont plus deux, mais une seule chair " (Mt 19, 6), saident et se soutiennent mutuellement par lunion intime de leurs personnes et de leurs activités ; ils prennent ainsi conscience de leur unité et lapprofondissent sans cesse davantage. Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent lentière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité.
(GS 48)
92. Une certaine participation de lhomme à la seigneurie de Dieu est aussi manifeste du fait de la responsabilité spécifique qui lui est confiée à légard de la vie humaine proprement dite. Cest une responsabilité qui atteint son sommet lorsque lhomme et la femme, dans le mariage, donnent la vie par la génération, comme le rappelle le Concile Vatican II : " Dieu lui-même, qui a dit " Il nest pas bon que lhomme soit seul " (Gn 2, 18) et qui, dès lorigine, a fait lêtre humain homme et femme (Mt 19, 4), a voulu lui donner une participation spéciale dans son oeuvre créatrice ; aussi a-t-il béni lhomme et la femme, disant : " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gn 1, 28)