Il y a des gens auxquels nous nous croyons dispensés de témoigner amour ou pitié.
Certes, il est de bon ton, aujourd'hui, de réserver toutes nos indulgences aux agresseurs, aux bandits, aux assassins, et toutes nos sévérités aux agressés qui tentent de se défendre. Mais de là à considérer qu'un homme, parce qu'il a commis un forfait, ne mérite que notre mépris, n'est pas chrétien non plus.
Nous sommes tous pécheurs et ce sont souvent les hasards de notre naissance et de notre éducation qui ont fait que nos erreurs ne se sont pas transformées en délits. Et puis, le criminel, qui mérite un juste châtiment et qui doit, de toutes les façons, être empêché de nuire à nouveau, reste un être humain, et plus sa faute est grande, plus lui-même est malheureux.Nous devons donc lui témoigner tout l'amour dont nous sommes capables, le Christ étant mort pour lui tout autant que pour nous.
D'ailleurs, dans ses terribles anathèmes "Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel le Christ a ajouté : "Car j'étais en prison et vous ne m'avez pas visité." "J'étais en prison", donc peut-être condamné pour avoir commis un quelconque forfait... Et quand même ce forfait eut été le plus abominable des crimes, j'avais droit à votre pitié, à votre amour.
Une autre catégorie de gens pour lesquels nous sommes impitoyables, ce sont, à l'autre bout de l'échelle sociale, les riches, les nantis, ceux que la vie a comblés. Pour eux, nous nous montrons étrangement durs, sans doute parce qu'ils ont ce que nous n'avons pas et qu'il y a, en nous, une secrète rancoeur à leur égard. : -"Ah! je ne le plains pas, avec tout l'argent qu'il a - Mais l'argent ne fait pas le bonheur ! - "Il y contribue, et celui-là, il a eu des compensations
Or, on peut très bien avoir extérieurement une vie privilégiée et souffrir au plus intime de soi-même jusqu'à appeler la mort de ses voeux !
Max Linder était un acteur de grand renom. il était riche, il avait une femme qu'il aimait, une petite fille... et il s'est suicidé en pleine gloire, prouvant ainsi que tous les biens de ce monde ne sont pas capables de combler les êtres, puisqu'ils peuvent en arriver à ne plus pouvoir supporter de vivre !
Enfin il y a les méchants, les jaloux, les agressifs nous nous fermons à leur approche, nous les jugeons sévèrement, nous nous en écartons, alors que ce sont eux qui auraient le plus besoin de notre amour. Ils sont les premiers malheureux de ne pouvoir établir le contact avec autrui, car nous, nous prenons notre parti de ne pouvoir nous entendre avec eux, parce que nous avons des compensations ailleurs, alors qu'eux, ils en sont incapables : ils ont cette misère, cette infirmité et ils en souffrent, peut-être plus que d'une infirmité corporelle...
Lorsqu'on a des raisons de s'irriter contre quelqu'un, pensons à ses misères (nous en avons tous), pensons à ses souffrances, à ses malheurs et tentons de transformer notre irritation en pitié. Ne sommes-nous pas les privilégiés de ce monde, nous qui connaissons "le don de Dieu" !
Alors soyons bienveillants envers ceux qui n'ont que les biens de ce monde en guise de bonheur et portons-leur, à tous, une fraternelle pitié.
V.A.