Bienheureux les coeurs purs car ils verront Dieu
Et d'abord, que signifie "coeurs purs" ?
N'étant pas un "Père de l'Eglise", je ne garantis nullement que mon interprétation soit la bonne, mais elle me parait simple et claire et je pense qu'elle vaut la peine d'être exprimée.
Les "coeurs purs", pour moi, ce sont les êtres qui savent aimer avec désintéressement , sans retour sur euxmêmes. Ainsi la jeune fille, qui renonce à tout espoir de bonheur humain, pour élever ses frères et soeurs orphelins ou soigner ses vieux parents infirines ; le jeune homme qui renonce à épouser la femme qu'il aime, parce qu'il a deviné que son ami l'aime aussi et pourrait la rendre plus heureuse, la femme (et l'histoire a défrayé les chroniques de tous les joumaux) que son époux a tenté d'empoisonner , qui lui a pardonné, et qui est résolue à l'attendre jusqu'à ce qu'il purge ses vingt ans de prison bien mérités...
Tous ces êtres sont des "coeurs purs". Leur amour est oblatif . Ils comptent pour rien leur sacrifice, puisqu'il a pour fin le seul bonheur de l'autre.
Or, le Seigneur leur promet qu'ils " verront Dieu " et ces mots peuvent être interprétés dans deux sens différents :
"Ils verront Dieu", fussent-ils païens ou athées, parce que (et cela est prodigieux), le Seigneur ouvre son Paradis à des êtres qui ne L'ont pas connu sur terre, qui ont ignoré son existence, mais qui, en pratiquant le renoncement et en portant leur croix, ont vécu "comme s'ils L'avaient connu.
Mais il y a une autre interprétation à ces mots, et c'est plus merveilleux encore :
Pourquoi, en effet, le Seigneur aurait-Il dit : "Ils verront Dieu", au lieu de dire tout bonnement : ils entreront un jour au Paradis ?...
Le Seigneur " ne parle pas pour ne rien dire " et Il n'allait pas, dans "les Béatitudes", exprimer plusieurs fois la meme idée sous des formes différentes. En disant ;"Ils verront Dieu", Il a dû employer à dessein une formule qui pouvait s'entendre dans les deux sens "Ils verront Dieu", suivant le cas, au Paradis ou dès ici-bas.
Sans doute vous étonnerez-vous de mes propos : il n'est quand même pas courant de voir Dieu face à face et si cela devait arriver couramment, cela se saurait !
Mais "les coeurs purs" ne voient pas nécessairement Dieu avec leurs yeux de chair, le texte précité précise d'ailleurs que ce sont leurs "coeurs" qui Le verront.
Or le coeur, qui "a ses raisons que la raison ne connaît pas", peut "voir" ce qui est invisible. et notamment Dieu Lui-même. C'est d'ailleurs une approche plus complète et plus profonde que celle de la vue. Mais il y a quand même pour cela une condition à remplir, c'est de le vouloir : Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" (Matt. XVI.24)
"Les coeurs purs" ont fait une partie du chemin, le plus difficile, ils ont renoncé à eux-mêmes et ils ont pris leur croix ... Il leur reste à écouter le Christ en méditant l'Evangile. Il leur faudra faire silence pour L'écouter, autrement dit "faire oraison" et ils Le verront avec les yeux du coeur.
Il y en a qui peinent toute leur vie et ne "voient" pas Dieu, parce qu'ils ont mis "la charrue avant les boeufs" : ils ont suivi le Christ , ils ont médité, ils ont fait oraison, mais ils ne se sont pas renoncé eux-mêmes. Ils ont voulu servir deux maîtres à la fois, un peu le Seigneur, un peu eux-mêmes. Et ils ont perdu du temps à piétiner sur place.
Alors que "les coeurs purs", eux, ils entrent d'emblée dans la béatitude, ils sautent à pieds joints le pas de la vie le plus difficile à franchir. Ils n'ont plus ensuite qu'à gagner leur récompense, à "Le voir", à faire "de leur dure et ingrate existence", un Paradis sur terre.
Si "les coeurs purs" peuvent nous apprendre la grande leçon du renoncement et du don de soi, nous pouvons, à notre tour, leur donner en échange le paradis, qu'ils ont à portée de main, et qu'ils peuvent prendre dès ici-bas, s'ils le veulent et s'ils le savent. A nous de les éclairer !
V. A.