Le combat contre l'ange...
On passe toute son existence à se battre pour vivre, pour survivre, pour sauvegarder ses droits : à se battre contre les autres, contre les événements, contre la destinée.
Et l'on pense bien peu à se battre contre soi-même.
Or, quel est le plus grand obstacle ici-bas, aussi bien pour notre réussite humaine que pour notre ascension vers Dieu, pour notre sainteté, pour notre bonheur ? C'est nousmêmes.
Mon propos n'est pas, dans cette chronique, de sortir du domaine spirituel. Aussi est-ce sur ce point seul que je compte m'arrêter :
C'est parce que nous sommes remplis de nous-mêmes qu'il n'y a plus de place en nous pour le bon Dieu; c'est parce que nous pensons trop à nous, à nos rêves, à nos ambitions, à nos projets, à nos amours que nous ne pensons pas assez à vivre pour Lui et pour Lui plaire. C'est parce que nous sommes trop occupés de nous que le message du Seigneur ne passe pas, à travers nous, jusqu'aux autres.
Dans le "Cantique des cantiques" le bien-aimé appelle. Mais l'épouse, paresseusement allongée sur son lit, ne veut pas faire l'effort d'ouvrir, et quand enfin elle prend conscience de sa folie et se précipite à la porte, lui n'y est plus...
Ainsi en est-il souvent de nous : nous nous sommes préférés au Seigneur, nous avons choisi notre voie plutôt que la sienne, nous nous sommes égarés dans un chemin de traverse et, dans notre désarroi, nous nous sommes aperçus qu'Il n'était plus à nos côtés. Nous avons frissonné de froid et de peur, nous avons senti un goût de cendre dans la bouche, nous avons mesuré le vide de toutes choses.
Nous avons alors rebroussé chemin, nous avons refait la route en sens inverse, nous avons demandé à l'Evangile, aux saints, à la Vierge de nous ramener à Jésus.
Et notre fugue parfois n'a même pas duré quelques heures ! Mais cela a suffi pourtant pour que toute la lumière du monde disparaisse de nos vies.
Quelques heures, quelques minutes même, et nous avons sombré !
Oh ! cela n'a pas été une chute spectaculaire, personne ne s'en est aperçu. Mais au fond de nous-mêmes, il y avait une immense tristesse : nous avions perdu le Seigneur.
Jacob, toute la nuit, a lutté contre l'ange. Nous, c'est toute notre vie que nous devons lutter contre nous-mêmes, sans jamais nous arrêter, car, dès que nous fléchissons, dès que notre moi. cet ange des ténèbres, reprend le dessus, le Seigneur disparait.
Quand nous sommes en prière, la paresse nous guette, comme elle guette la jeune femme précitée, et nous nous donnons toutes sortes de bonnes raisons pour remettre ou écourter notre tête-à-tête avec Dieu.
Mais quand nous sommes avec les hommes, dans les moments de détente., un autre danger se présente : parler, nous écouter parler, accaparer l'attention, susciter l'intérêt, les rires, l'admiration, la sympathie. Notre moi se donne libre cours et, au lieu d'entrainer les autres vers le Seigneur, nous tentons de les capter pour notre propre compte.
Et ce danger subtil n'épargne pas les hommes de Dieu, les religieuses, les prêtres. Ils viennent avec les meilleures intentions du monde; ils sont pleins d'amour pour le Seigneur et brûlent du désir de faire connaître aux autres cet amour.
Et puis, sournois, le poison s'infiltre, et ils s'aperçoivent qu'ils sont tristes à l'idée qu'un autre réussit mieux qu'eux ce travail... preuve que leur moi avait pris le dessus et que c'était moins la gloire du Seigneur que la leur qu'ils recherchaient.
Nous ne devons jamais nous arrêter dans notre "combat contre l'ange".
V. A.