LE DON des LANGUES...

Il y a des êtres prodigieux qui savent parler aux plantes: ils leur disent des choses merveilleuses, et les plantes, sous la caresse de ces mots extraordinaires, d'abord chétives, grandissent, se développent, s'épanouissent.

Il y en a d'autres, plus nombreux, qui savent parler aux animaux. On dit même que si les chiens deviennent méchants, c'est parce qu'on ne leur parle pas.

Et puis, il y a ceux qui savent parler aux hommes: pour les enfants, ils emploient des mots que ceux-ci comprennent; avec les gens simples. ils s'expriment simplement; enfin, ils savent se hausser au niveau des techniciens et des savants. Ils se mettent à la portée de chacun, et peut-être est-ce cela le don des langues!

Ah! certes, je souhaiterais ardemment avoir ce don des langues, non pas, bien sûr, pour parler de la pluie et du beau temps, mais pour pouvoir annoncer à tous les hommes la bonne nouvelle du salut. Je souhaiterais même ne pas avoir d'autre occupation sur terre, ne faire que cela dans toute ma vie.

Mais je craindrais aussi, en demandant ce don des langues, une subtile tentation d'orgueil : c'est si grisant de'faire du bien aux autres, alors que le Seigneur peut aussi facilement le faire sans nous: nous sommes des serviteurs inutiles et souvent tentés de l'oublier.

Alors je préfère lui demander le don de savoir Lui parler. C'est si difficile dans cette nuit des sens qu'est notre vie spirituelle, où l'on écoute sans entendre, regarde sans voir, touche sans rien sentir. C'est si difficile de toujours garder le contact avec Dieu !

Oh! je sais, le Verbe, s'étant fait chair, est précisément venu traduire le langage de Dieu en mots humains, je sais.
Nous avons les Evangiles. Mais on ne peut les lires à longueur de journées, et tout le long de la journée, précisément, comme il est malaisé de déchiffrer les hiéroglyphes du langage divin!

Personnellement, Seigneur, je ne me soucie pas de savoir parler aux animaux et aux plantes, je souhaiterais avoir le don des langues pour pouvoir parler aux hommes de vos merveilles.

Mais ce que je veux, par-dessus tout et au plus intime de mon âme, c'est que le monde et le bruit qu'il fait en moi et autour de moi, ne m'empêchent pas de Vous entendre, Vous, et de Vous parler, ne m'empêchent pas, à chaque seconde qui passe, de poursuivre avec Vous mon colloque intérieur, sans jamais cesser.

Faites-moi connaître, Seigneur, votre langage divin.

V. A.
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