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    L'ESPERANCE et LA JOIE

    L'espérance, deuxième vertu théologale, c'est ce don du Seigneur qui nous permet, dans les moments de grande épreuve, de savoir, avec certitude, que notre souffrance passera et qu'un jour, elle se transformera en un bonheur parfait, total, qui ne finira jamais.
    Mais, lorsqu'on ne subit pas d'épreuve particulière, ce bonheur nous semble lointain et nous lui préférons un petit bonheur, même s'il n'est pas ni parfait ni total ni éternel, à condition qu'il soit immédiat.

    Alors, ce bonheur, on le cherche ici-bas, et d'abord dans le bien-être, la satisfaction de nos désirs. Pour l'obtenir, on n'a encore rien trouvé de mieux que l'argent, l'argent qui permet, croit-on, de tout acheter. On va donc à la poursuite de l'argent - certains même le poursuivent toute leur vie ! Ils croient toujours que "demain", lorsqu'ils pourront se payer cette "autre" chose qu'ils n'ont pas encore, ce sera pour eux le bonheur. Ils usent leur vie dans cette recherche : gagner toujours plus, gravir tous les échelons jusqu'à l'obtention de la situation qui leur permettra d'acheter ce qui toujours leur manque. Ils ont les yeux fixés sur ce manque et font fi de ce qu'ils ont.

    D'après les statistiques officielles, c'est dans les pays nordiques, où le niveau de vie est le plus élevé, que l'on dénombre le plus de suicides. On a pu tout s'offrir sur le plan matériel, on ne voit plus ce qu'on peut encore attendre de la vie, et ce qu'elle donne ne vaut pas la peine d'être vécu !

    Il y a aussi, à un niveau un peu plus élevé, ceux qui cherchent leur bonheur dans la réalisation de leurs ambitions : le succès, la notoriété, le pouvoir et la gloire. Et ceux-là sont toujours, eux aussi, insatisfaits, car on s'habitue à tout, et toutes les émotions s'émoussent.

    Les ambitieux cherchent toujours plus que ce qu'ils ont, et ce qu'ils ont leur donne tant de soucis, leur demande tant de sacrifices pour être conservé et pour, tôt ou tard, leur échapper, qu'ils sont constamment déçus.
    Madame de Stall avait déjà dit : "La gloire est le deuil éclatant du bonheur. " Et encore cette charmante personne ne parlait-elle que d'un bonheur humain !
    D'ailleurs, c'est dans les milieux artistiques, où il y a le plus de réussites foudroyantes et spectaculaires, que l'on constate également le plus de suicides. On a tout, à la fois et tout de suite, et l'on se rend compte que ce "tout" n'est, en définitive, "rien", puisqu'il n'apporte pas le bonheur.

    Et puis il y a ceux qui cherchent le bonheur, à un niveau plus élevé encore, dans l'art, l'étude, la science, l'exercice d'un beau métier. Et ils y trouvent des satisfactions, de l'agrément, de l'intérêt, mais pas le bonheur, qui implique quelque chose de plus profond que le simple domaine de la sensibilité ou de l'intellect.

    Il y a enfin ceux qui cherchent le bonheur dans les affections de la vie. S'ils sont possessifs, là aussi, ils seront malheureux, déçus, incompris, et ne trouveront pas le contact avec les autres. Que de suicides par déception amoureuse. Que de divorces, de ruptures, de meurtres passionnels !
    S'ils sont oblatifs, c'est-à-dire s'ils mettent leur bonheur à réaliser celui des autres, ils auront plus de satisfactions profondes, ils seront moins tourmentés, moins déçus, mais, comme ils ne parviendront pas à voir heureux ceux qu'ils aiment, pour les raisons énumérées plus haut, ils ne trouveront pas non plus le bonheur.
    Et puis, que de plaies secrètes, que de déceptions inavouées !
    L'époux, lui, comptait bien épouser une sainte et il se retrouve avec une pauvre femme, qui fait tout ce qu'elle peut, mais qui n'est pas telle qu'il l'a rêvée dans son coeur. Quant à l'épouse, c'est bien pire ! Elle, c'est un dieu qu'elle a imaginé dans les exigences de son idéal de jeune fille. Et quand elle s'aperçoit que son dieu n'est qu'un pauvre homme comme les autres, elle tombe de très haut !

    Et même si l'on continue à s'aimer jusqu'au bout, peut-on dire qu'on est comblé, que cela peut s'appeler le bonheur ?

    V.A.
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