Être habité...

Tout le monde sait ce qu'est une maison abandonnée, qui n'est pas entretenue: les mauvaises herbes envahissent le jardin, rendant ses allées impraticables, la pluie s'infiltre à travers la toiture défectueuse, l'humidité attaque les murs, la rouille ronge le métal, la façade se détériore.

Quand ce sont les coeurs ou les âmes qui ne sont plus "habités", la dégradation est la même: tout tombe en ruines, le corps, l'esprit, la vie.
Mais il y a des enceintes qui ne sont pas "habitées" et que l'on remplit de toutes sortes de choses: les gens viennent y visiter des expositions variées, ils n'y "habitent" pas, ils y viennent seulement en touristes.
De même, il y a des êtres qui "exposent", qui sont en représentation: pour les uns, c'est leur élégance, leur fortune, leurs relations, Pour les autres, ce sont les bons mots, les bonnes histoires, les petits succès mondains. Comme les musées, on vient les "visiter", on n'y "séjoume" pas.

Il y a aussi des maisons qui sont tristes, froides, vides, au point que meme ceux qui y "logent" n'ont aucun plaisir à y vivre... Alors ils quittent ces lieux peu hospitaliers, ils sortent, ils bridgent, ils voyagent, plutôt que de se retrouver chez eux, tout seuls.
Je me souviendrai toujours de cette femme qui, lors d'une soirée, dormait à moitié, affalée sur une chaise. Je m'approchai d'elle et lui dis: "Vous semblez bien fatiguée; pourquoi ne rentrez-vous pas vous coucher ?" - "Parce que j'essaie de retarder le plus possible le moment où je vais me retrouver seule chez moi ".

C'est que les coeurs et les âmes aussi sont parfois vides, inhabités. Alors, quand la représentation est terminée, quand les festivités sont finies, quand l'agitation extérieure a cessé, on se trouve seul en face de ce vide, et c'est affreux !

Mais il y a aussi des maisons où les rires d'enfants fusent de tous les côtés. Ces maisons-là sont "habitées". La maman, fatiguée, débordée de travail, se hâte de faire ses courses sans perdre de temps en route, sans s'arrêter pour bavarder avec ses voisines; elle presse le pas, elle est impatiente de retrouver les "têtes blondes" de ses chéris qui l'attendent et qui l'aiment.

Il n'y a pas que sa maison qui soit "habitée", son coeur l'est aussi, et son regard, comme son sourire, trahissent quelque chose de l'amour qui remplit sa vie. Il ne tient qu'à nous, même si nous n'avons pas d'enfants, de savoir remplir nos maisons. Rendons-les accueillantes, en les vidant de nous-mêmes, ouvrons-les aux autres, en ayant l'invitation facile, même si nous ne pouvons recevoir que simplement. Nous ne nous sentirons plus seuls.

Et puis surtout, surtout, nous sommes faits pour aimer: meublons donc notre coeur!
Mais attention à l'écueil: ne nous lançons pas exclusivement, à corps perdu, dans la politique ou le social, la libération de la femme, l'antiracisme ou la campagne contre la faim. Non! commençons par mettre au fond de notre coeur le seul être au monde qui soit digne d'être aimé pour lui-même: Dieu, les autres n'étant "aimables" que parce que, créés à son image, ils en ont plus ou moins conservé le reflet.

Apprenons donc à Le connaître, Lui seul, en méditant les Ecritures. Faisons-Le entrer dans l'intimité de notre vie par l'oraison quotidienne; vivons sans cesse en sa présence. C'est Lui alors qui nous dira, dans le secret de notre coeur, le sens qu'il faut donner à notre vie.

L'essentiel, pour les maisons comme pour les coeurs, c'est en fin de compte d'être habité.

" Notre Père "....

V. A.

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