Si vous avez le malheur d'être vu entrant dans une église un dimanche ou, à plus forte raison, en semaine, on ne vous passera désormais plus rien : " Il va à la messe, dira-t-on, et il fait ceci ou cela ! "
Et les gens seront profondément scandalisés de voir que, malgré votre foi, il vous arrive, comme à tout un chacun, de rester un pauvre être bourré de défauts.

Et si ce jugement erroné était seulement celui des gens peu informés ou des incroyants, on comprendrait à la rigueur cette méprise.
Mais votre entourage proche aura la même façon implacable de juger, dès que vous faites un peu plus que les autres, dès que vous avez une vie spirituelle profonde, dès que vous vous permettez de parler de Dieu et de son ainour.

Certes, selon le mot de l'abbé Vautherin, "Il vaut mieux vivre une réalité spirituelle sans en parler, que d'en parler sans la vivre : mais il vaut mieux en parler pour en mieux vivre, et en vivre pour mieux en parler ! "

Il n'en demeure pas moins, pour la plupart des gens, que le chrétien se doit d'être un saint et de connaître toute la doctrine et toute la science.

Je me souviens qu'un jour, lors d'une discussion, une dame agressive demanda sur un ton péremptoire " Monsieur , pourquoi l'Eglise a-t-elle fait telle chose ? "

Je jetai un regard sur mon époux et je le vis interdit devant l'incongruité de cette attaque. Alors j'intervins pour dire :
"Mais, Madame, il n'est quand même pas un Père de l'Eglise !"

Pour cette dame, en effet, mon époux, étant donné qu'il se proclamait catholique pratiquant et étant donné toutes ses activités apostoliques, se devait, non seulement d'avoir toutes les vertus, mais aussi de connaître toute la théologie et toute l'histoire de l'Eglise.

Il y a aussi le mot de ce colonel de l'armée française qui était affligé d'un épouvantable caractère. Or un jour, au mess des officiers, l'un d'eux, parlant de son supérieur, fit cette réflexion à voix haute :
"Ce n'est vraiment pas la peine d'aller à la messe tous les jours pour être aussi désagréable ! " Mais le jeune officier pâlit, car le colonel venait d'entrer et se dirigeait droit sur lui. "Monsieur, dit le colonel, ce que vous ne pouvez imaginer c'est ce que je serais si précisément je n'allais pas à la messe tous lesjours !"

Certes "noblesse oblige" et l'honneur d'être chrétien "oblige" à des efforts qu'on ne songerait pas à demander à des non-chrétiens, mais il ne faut pas exiger l'impossible, et si nous devons tous aspirer à la sainteté, nous ne pouvons y atteindre tous ni du jour au lendemain !

La vertu est par définition "l'habitude du bien". Or les habitudes ne se prennent que lentement, à force de faire et de refaire inlassablement les mêmes gestes, de redire les mêmes mots et de se mettre à tous moments dans les conditions favorables... C'est toujours long, un apprentissage, et les signes extérieurs de la vertu (car nul, je suppose, ne se prétend capable de "sonder les reins et les coeurs", les gens ne pouvant juger que ce qu'ils voient) et les "signes extérieurs "de la vertu, dis-je, sont des dons de Dieu, qui ne sont sans doute pas dispensés à ceux que l'orgueil pourrait guetter et qui risqueraient de se croire " saints " parce qu'ils ne font que tenter d'être justes.

Jeanne d'Arc disait : "Les hommes d'armes batailleront, Dieu donnera la victoire.

Or, dans la bataille pour la sainteté, il en est de même : on lutte tant bien que mal, mais la victoire, elle, n'appartient qu'à Dieu : Il ne nous rendra "saints", de cette sainteté extérieure qui subjugue les foules, que si telle est sa volonté.

Aussi, quels que soient les ambitions spirituelles que nous pourrions entretenir, notre idéal de sainteté et notre volonté éperdue d'y atteindre, ne demandons pas l'impossible : l'Eglise, attend bien, après la mort d'un supposé saint, pendant des années d'enquête et elle exige au moins un miracle pour le déclarer "bienheureux". C'est bien la preuve qu'il s'agit d'une faveur et que celle-ci n'est pas accordée à tous !

Alors acceptons patiemment, tant pour nous mêmes que pour notre entourage, d'être des "hommes", avant de devenir, si nous avons bien bataillé contre nous mêmes et si Dieu le permet, des saints, un jour !

V. A.

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