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JOIE INTERIEURE
Pourquoi certaines réunions mondaines ou même familiales nous laissent-elles un goût de cendre dans la bouche, une déception, une tristesse, un malaise ? J'ai essayé d'approfondir le problème, j'ai longtemps cherché et j'étais arrivée à la conclusion que c'étaient les réunions elles-mêmes qui portaient en elles leur principe de mort. D'ailleurs l' "Imitation de Jésus-Christ" ne dit-elle-pas :"Je ne me suis jamais trouvé avec d'autres hommes sans me sentir moins homme. " Alors, est-ce à dire qu'il faut, pour garder sa paix et sa joie intérieure, s'enfermer dans le silence et se retirer du monde ? J'étais tentée de le croire et j'avais commencé à supprimer de ma vie certaines réunions qui, ne m'apportant rien sur le plan professionnel, me paraissaient donc inutiles voire nuisibles pour mon âme. Et voilà que, dernièrement, je me trouve acculée à accepter une sortie. Une amie qui voulait donner un cocktail, me téléphona pour me proposer plusieurs dates, avant de fixer définitivement la sienne. J'étais donc obligée d'y aller, mais je me proposais d'y rester quelques instants et de m'éclipser. Mais l'amie ne l'entendait pas ainsi : elle insista pour que je reste et, comme je lui disais que, vraiment, je me sentais fatiguée, elle me fit asseoir dans un fauteuil et pendant tout le reste de la soirée, les uns et les autres vinrent s'installer autour de moi pour m'entretenir de ... spiritualité. Puis, providentiellement, ils s'éloignèrent et je restai seule avec une amie qui, je l'ai compris après, se lançait dans toutes sortes d'activités diverses pour oublier la grande détresse de sa vie conjugale. Nous parlâmes longuement et elle m'écrivit quelques jours après, en termes bouleversants, que je lui avais redonné le courage de vivre. Eh bien, il est évident que, ce soir-là, je n'ai pas eu l'impression habituelle de vide et de tristesse. Je me sentais heureuse et sereine : le bon Dieu m'avait visiblement voulue en ce lieu et en ce jour pour une mission bien précise. Alors, en comparant cette sortie avec tant et tant d'autres où j'avais eu l'impression de perdre mon temps, je me dis que c'est précisément parce que, dans ces cas-là, on ne parlait pas de Dieu. Il parait que, si Dieu cessait un instant de penser à nous, nous cesserions dans ce même instant d'exister. Alors, quand, à notre tour, nous cessons nous-même de penser à Dieu, ne perdons-nous pas, du même coup, notre véritable raison d'exister ? N'est-ce pas parce que nous avons oublié Dieu, en nous plongeant dans les conversations profanes, n'est-ce pas cela même qui nous a plongés dans la tristesse et le désarroi ? "Notre coeur est dans l'inquiétude, Seigneur, a dit saint Augustin, tant qu'il ne repose pas en Toi". Créés par Dieu, faits à son image et à sa ressemblance, pouvons-nous, même pendant quelques instants, nous éloigner de Lui sans perdre du même coup notre joie de vivre ? N'est-ce pas dans cet éloignement, en définitive, que réside l'immense tristesse des hommes, dont ils essaient de sortir de façon factice, en s'inventant toutes sortes de raisons de vivre, toutes sortes d'occupations, toutes sortes de distractions, toutes sortes d'évasions ? Alors, si nous éprouvons l'inanité de toutes choses, si nous ressentons l'aspect factice des rapports humains, si nous réalisons que Dieu seul peut nous combler, demandons-Lui la grâce qu'Il ne quitte plus notre pensée et notre coeur. Et peut-être, alors, garderons-nous toujours notre joie intérieure. V.A. Retour à la page de présentation |