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    Notre Croix...

    C
    ertes, il n'est pas un seul d'entre nous qui ne pense suivre le Christ.
    Mais pratiquement, nous ne Le suivons qu'à certaines conditions :

    Nous Le suivons ... et encore de loin... quand Il fait des miracles, quand Il exauce nos prières, quand tout va bien pour nous.
    Nous Le suivons comme Pierre, Jacques et Jean, quand Il nous conduit au mont Thabor et qu'Il se transfigure sous nos yeux. Là, nous sommes satisfaits de Lui et nous proposons, comme Simon Pierre, de dresser nos tentes et de nous installer !

    Mais que le Christ veuille nous conduire au Calvaire et alors, comme ses apôtres, nous nous enfuyons épouvantés, heureux si, comme Pierre, nous ne Le renions pas ou si, comme Judas, nous ne Le trahissons pas.

    Oui, nous nous berçons de l'illusion que nous suivons le Christ, alors qu'en tout état de cause, nous le faisons au volant de nos voitures, en emportant nos bagages, notre suite et nos carnets de chèques.

    Or le Christ nous enjoint de ne prendre avec nous que notre croix : nos souffrances, nos difficultés, nos épreuves, et pas d'autres bagages, notre croix, que nous devons saisir à bras le corps et non pas traîner, ni faire transporter par les autres, notre croix, la nôtre et pas celle du voisin : "J'aimerais mieux être sourde qu'aveugle... - Vous, au moins, vous avez un mari, ou des enfants, ou une bonne santé, ou de l'argent... alors que moi..."

    Nous, nous avons la croix que Dieu nous a remise et ce doit être notre seule compagne. Notre croix , notre solitude, notre pauvreté, nos infirmités, nos souffrances, notre aridité spirituelle.

    Notre croix : notre mari infidèle, nos démêlés avec notre belle-mère ou notre belle-fille, notre vaurien de fils, notre révolutionnaire de fille et tous les êtres chers que nous avons perdus.

    Notre croix : celle que Dieu a posée sur nos épaules et que nous devons chérir, puisque c'est sa volonté, c'est son amour.

    Notre croix : Dès l'aube, elle se profile au-dessus de notre lit, alors que nous voudrions dormir encore et que nous devons faire l'effort de nous lever.

    Notre croix : Elle se dressera devant nous, tout au long de nos journées, et nous devrons la saisir, la porter, l'embrasser.

    Notre croix : même s'il ne s'agit pas de choses essentielles au salut de notre âme, même s'il ne s'agit pas de fautes à éviter, de devoirs formels à accomplir, notre croix se présentera sous fonne de mille petits sacrifices qui nous solliciteront.

    Je sens que là, vous ne me suivez plus, vous protestez :

    - C'est déjà bien d'accepter les croix que Dieu nous envoie, pourquoi voulez-vous encore que nous nous en imposions d'autres, pour le plaisir ?

    - Non, pour l'amour !

    - Mais, c'est inhumain!

    - Non, surhumain !

    - Ah ! Vous voyez, vous reconnaissez vous-même que vous nous proposez quelque chose d'impossible.

    - Impossible pour l'homme, mais pas pour Dieu. Car, c'est maintenant précisément que vous allez trouver le vrai bonheur : "Ceux qui auront, pour l'amour de moi, quitté ou leur père ou leur mère, ou leur frère, ou leur soeur, ou leur maison, ou leur champ, recevront le centuple en ce monde et le bonheur éternel dans l'autre. "

    Tous les renoncements, toutes les croix, que vous aurez prises pour l'amour du Seigneur, se changeront en joie !

    Et si, aujourd'hui, l'Eglise risque de perdre, auprès de certains, son prestige, son impact et son influence. c'est parce que précisément certains prédicateurs n'osent plus prêcher la pénitence, le renoncement, l'ascèse, parce que tout est édulcoré, adouci, gommé : on a peur de parler pénitence, on glisse, on atténue, on laisse de côté, au profit de l'amour : c'est plus parlant, l'amour, c'est plus attrayant, c'est plus entraînant.

    Mais le véritable amour suppose l'effort, et, si nous rejetons celui-ci, si nous voulons avoir le beurre et l'argent du beurre et conquérir le paradis sans coup férir, alors lorsque l'épreuve ou la tentation se feront graves, nous sombrerons : nous n'aurons plus, en effet, l'habitude de nous vaincre.

    Alors que le Christ a été formel : avant toute autre chose, "Celui qui veut être mon disciple, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix. "

    Et ce n'est que, ce premier postulat admis, que le Seigneur ajoute: "Et qu'il me suive.".

    Et c'est alors qu'Il nous entraîne dans une ineffable aventure et qu'Il nous dit :

    "Que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. ".

    V.A.

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