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NOTRE ESPERANCE et NOTRE JOIE Les Anciens avaient déjà décelé "cette mélancolie qui fait le fond de la vie humaine"... Ce fond de la vie, comme ce fond de l'être que, précisément, on cherche à atteindre avec le bonheur, ce tréfonds de notre coeur qui reste toujours insatisfait.
On n'y fait pas trop attention; on ne veut pas trop s'écouter, on risquerait de faire une dépression nerveuse ! Alors, on travaille, on se distrait. Parfois on boit, parfois on se drogue, parfois on rêve sa vie au cinéma ou dans les romans, au lieu de la vivre. Mais on n'arrive jamais à combler cette partie secrète de soi-même. Quelle est-elle donc cette partie secrète de nous-mêmes qui ne se situe ni dans les sens ni dans la sensibilité ni dans l'intelligence ni dans le coeur ? Ne serait-ce pas l'âme ? Mais combien de gens savent qu'ils ont une âme ? Et parmi ceux qui le savent, combien y pensent ? Alors, rien d'étonnant s'ils cherchent, les malheureux, dans les seuls domaines qu'ils connaissent ! Mais, nous, chrétiens, qui croyons à l'existence de notre âme, quelle "vie" lui donnons-nous ? Nous cherchons, tout comme les païens, le bonheur dans les plaisirs de la terre, nous ne pensons guère à la vie de notre âme atrophiée, anémiée, chétive, que ni les activités charitables, ni les prières récitées par routine, ni l'assistance purement physique aux cérémonies religieuses, ni même le devoir accompli avec la plus stricte vigueur, ne peuvent empêcher de languir et de s'étioler, car à l'âme, il faut une "vie" propre. Mais revenons à l'espérance : nous avons appris, dans notre catéchisme, les trois actes correspondant aux trois vertus théologales de foi, d'espérance et de charité. Or, que dit l'acte d'espérance ? "Mon Dieu, j'espère, avec une ferme confiance, que Vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j'observe vos commandements, le bonheur éternel dans l'autre". Ainsi, la vertu d'espérance nous fait attendre "quelque chose" dès ici-bas, et ce "quelque chose", c'est la grâce de Dieu, sa présence en nous, sa vie en nous, ses dons pour nous et, parmi eux, sa joie. "Que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. " : cette joie du Christ, qui ne dépend pas des circonstances extérieures, qui peut se goûter au milieu des contrariétés, des soucis, des souffrances, quelle formidable espérance dès maintenant ! Mais voilà, cette joie, qui nous vient de la grâce, elle peut se perdre ! Et pas seulement quand on perd "l'état de grâce". Rappelons-nous le jeune homme riche de l'Evangile : c'était un pratiquant de sa religion, et pourtant le Seigneur lui demande quelque chose : "Si tu veux..." Mais lui ne veut pas, et il s'en va. Seulement, il s'en va "tout triste", nous dit l'Evangile. "La seule vraie tristesse en ce monde, a dit Bernanos, c'est de n'être pas des saints.". Mais la plupart des chrétiens, et même quelques prêtres, croient que la sainteté est réservée à un petit nombre d'élus. Or le Seigneur nous a dit à tous : "Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait." Et, pour cela, précisément, Dieu nous donne sa grâce. Et ne nous aurait-il donné que la seule grâce de notre baptême qu'elle eût été suffisante pour faire de nous des saints ! Alors donc, cette grâce, essentielle à notre bonheur, en ce monde et dans l'autre, comment la faire fructifier en nous ? Il y a plusieurs moyens Et d'abord, l'Eucharistie : manger le Christ, le tenir en nous avec son corps, son âme et sa divinité, c'est évidemment le moyen par excellence, celui où l'on a qu'à se déranger pour recevoir un summum de grâce ! Plus de grâces que tous les saints depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des temps n'ont pu acquérir par leurs propres mérites, une seule communion nous l'apporte. Alors, si nous y sommes fidèles tous les jours de notre vie, quels trésors de grâces nous emmagasinons !. D'autant plus, que, hors le cas de péché grave non confessé, l'Eucharistie nous lave de toutes nos fautes, si nous en avons le simple regret : la grâce du sacrement opère par elle-même, et nous n'y avons d'autre tâche que de venir ramasser tous les trésors qu'on nous offre avec tant de largesse. Le deuxième moyen, c'est la retraite spirituelle; il est bon d'en faire une par an, et de préférence les exercices de saint Ignace de Loyola (qui furent comme donnés au saint par la Vierge elle-même) pour bien asseoir notre vie spirituelle, faire le point, apprendre à prier et à méditer, nous assurer d'être toujours dans la bonne direction. Le troisième moyen, qui complète le deuxième, c'est l'examen de conscience journalier, pour ne pas nous leurrer sur nous-mêmes, ne pas nous endormir, faire de réels progrès dans la vie de la grâce. Un quatrième moyen, c'est la lecture spirituelle : vingt minutes ou une demi-heure tous les jours, pour nous imprégner de la vie d'un saint ou des écrits d'un homme de Dieu : c'est un exemple, une aide et un encouragement précieux. Un cinquième moyen est l'étude des Evangiles. Pour aimer le Christ, il faut Le connaître, et, pour Le connaître, il faut apprendre sa vie, ses paroles, ses paraboles, les lire et les relire pour les savoir sur le bout du doigt, et que tous leurs détails chantent à tout moment dans nos pensées et dans nos coeurs, pour nous apporter les solutions à nos différents problèmes. On peut aussi se réunir à plusieurs pour méditer l'Evangile, pour essayer de dégager et de préciser la doctrine du Christ, à travers les inspirations de chacun. Il y a aussi le rosaire, si négligé de nos jours, que la Vierge, à La Salette-Fallavaux et à Fatima, a pourtant recommandé de dire tous les jours. Mais, bien sûr, il ne s'agit pas d'ânonner des Avé à la suite les uns des autres ou de penser fortement chacune du paroles prononcées : les Avé ne servent que de toiles de fond pour méditer les mystères (l'étude des Evangiles nous aidera bien pour cela). Les cinq mystères joyeux sont l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation, le Recouvrement; les cinq mystères douloureux sont l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines. le Portement de croix, la Crucifixion; les cinq mystères glorieux sont la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption, le Couronnement de la Vierge. Enfin, le moyen privilégié pour prolonger l'action de grâce eucharistique, c'est l'oraison. L'oraison, c'est se tenir devant Dieu chaque jour ("Pas de vie spirituelle possible, a dit le chanoine Caffarel, sans au moins une demi-heure d'oraison par jour. "), pour faire le vide en nous, être disponibles à la grâce, ouverts, accueillants, à l'écoute du Seigneur, qui peut nous parler directement ou par la prière qui monte en nos coeurs. Car, sans la grâce du Seigneur, nous ne pourrions même pas prononcer le nom de Dieu. Sa grâce est dans notre recherche de Lui, notre désir de Lui, notre faim de Lui, notre courage à rester à ses pieds, même si nous sommes fatigués, si nous avons autre chose à faire, si nous ne trouvons rien à Lui dire, si Lui-même ne nous dit rien, si "ça ne nous dit rien". Qu'importe ! L'essentiel est de tenir. L'essentiel est de rester, par ces différentes pratiques, dans la grâce du Seigneur. Nous aurons alors sa joie, et nul ne pourra nous la ravir. . V.A. Retour à la page de présentation |