LES OBSTACLES au MIRACLE...
En écoutant, l'autre dimanche, à la messe, le prêtre débiter sur un ton monocorde et ennuyeux un prêche médiocre, je ne cherchais pas, comme je l'aurais dû, l'étincelle de l'Esprit, le mot, l' idée, qui auraient pu se faire le canal de la grâce du Seigneur jusqu'à moi. Non! je me disais, agressive : "Si.l'étais à sa place, Je parlerais autrement mieux. Même sans être orateur, Je communiquerai . s à ces gens ma foi, mon amour du Seigneur. Ah! mon Dieu, pourquoi . ne me donnez-vous pas une tribune semblable, un auditoire tel que celui-là?
Je ferais pour Vous, la conquête des foules "
Et dans le même temps peut-être, comme beaucoup de jeunes, pleins d'amour pour leur prochain, le prêtre demandait à Dieu de lui donner l'occasion de jouer un rôle politique : "Seigneur, pensait-il sans doute, avec ce pouvoir entre les mains, je réformerais les lois, je mettrais plus de justice dans le monde, je supprimerais la pauvreté et la souffrance. "Je connais, par ailleurs, une mère de famille, intelligente et cultivée, épuisée par des maternités nombreuses, accablée de besognes matérielles, qui prie le bon Dieu de ne pas lui faire passer toute sa vie à "torcher des gosses" et de lui permettre de travailler plus utilement pour sa gloire, avec son esprit et son savoir.
Mais sa voisine, rongée du regret de ne pas être mariée, comme elle renoncerait volontiers à son travail "Intelligent" pour avoir un bébé dans les bras, et pouvoir déverser sur son foyer ses trésors de tendresse inemployés.
Sa rancoeur, bien compréhensible pourtant, irrite profondément la malade, qui, clouée sur son lit de souffrances, rêve d'activités sociales, philanthropiques, religieuses.Tous, tant que nous sommes, nous rêvons de contribuer à la gloire du Seigneur, d'une autre façon que celle qu'Il nous a réservée, et, ce faisant, nous oublions l'unique nécessaire, que le Christ nous a indiqué en nous disant : "Quand vous priez, dites : Notre Père ".
Le Pater contient tout ce que nous devons désirer sur terre, tout ce que nous devons demander à Dieu, tout ce dont nous pouvons rêver, tout ce qui devrait nous préoccuper : que Dieu soit connu, aimé, servi; qu'Il nous donne sa grâce (car je pense que le pain du Pater, le "panem supersubstantialem" (Matthieu 6,11) est le Pain vivant, le Christ Lui-même, la grâce qu'Il apporte dans l'Eucharistie), Qu'Il nous pardorme nos fautes et nous délivre du mal.Voilà, tout est là : le reste n'est que vanité; vanité de croire que nous sommes capables de faire quelque chose par nous-mêmes, alors que nous sommes tous des " serviteurs inutiles ", que nous n'avons rien en propre, hormis nos péchés, et que tout le bien que nous pouvons faire sur terre, ce n'est que Dieu qui le fait à travers nous.
Alors, au lieu de rêver à une existence qui n'est pas la nôtre, il nous suffirait de suivre l'exemple de saint Jean-Baptiste ("il,faut qu'Il croisse et que je diminue'), n'aspirer qu'à disparaître, à nous anéantir, à faire grandir le Christ en nous, dans nos paroles, nos pensées, notre coeur et notre vie, pour qu'Il ait, non pas seulement une grande place, une très grande place, la première place, mais toute la place, afin que plus rien ne Lui fasse obstacle.
Car. lorsque le Seigneur pourra enfin agir et parler librement en nous, sans être gêné, dérangé, bousculé et interrompu par notre haïssable "moi", nos stupides exigences et notre insupportable orgueil, alors la face du monde pourra être changée.Car c'est bien nous, en effet, les fidèles du Seigneur, nous, les privilégiés de son amour et de sa grâce, c'est bien nous qui sommes, en définitive, les obstacles à ses miracles.