Je n'arrive pas à prier...
Ces mots, nous les disons souvent lorsque nous prenons conscience de notre impuissance à prier, à nous concentrer, à nous dégager de toutes nos préoccupations. Et nous sommes tentés de nous décourager, d'interrompre notre effort de prière, de penser que nous perdons notre temps, que nous ferions mieux de faire autre chose de plus positif
C'est une tentation et gardons-nous d'y céder.
Je me trouvais exactement dans ces dispositions l'autre jour, lors de mon oraison, et c'est alors que, dans le fond de mon coeur, j'entendis la demande que les apôtres firent un jour à Jésus et je la fis mienne:
Seigneur, apprends-nous à prier." Et j'écoutais la réponse de Jésus:
"Quand vous priez dites: Notre Père"
Etj'évoquais cette petite fille, bergère de son état, à qui son curé demandait:
"Dis-tu bien tes prières?"
"Oui, non ... c'est-à-dire...", la petite fille se troublait, rougissait, balbutiait... Et comme le regard du curé se faisait sévère, elle finit par articuler:
"Je commence toujours le Notre Père et puis je trouve ça si beau queje n'arrive jamais à continuer. "
Je pensais donc à cette petite fille qui, sans le savoir, pratiquait l'oraison et je tentais, à son exemple, de méditer sur le Pater:
"Notre Père", l'amour d'un Père!...
"Et alors même que votre père vous abandonnerait, moi, dit Dieu, je ne vous abandonnerai jamais...
Le Seigneur est le plus aimant des pères. Il nous a aimés jusqu'à sacrifier son propre fils pour l'amour de nous, pour l'amour de moi...
Car comme il s'agit d'un Dieu, il peut, c'est un attribut de sa divinité, s'occuper de chacun de nous en particulier, penser à chacun de nous sans cesse et nous aimer d'un amour infini, comme jamais nous n'avons été aimés, comme jamais nous ne pourrons l'être.
Victor Hugo, dans une de ses poésies, explique un peu ce que peut être l'amour de Dieu pour chacun de nous, en parlant de l'amour d'une mère pour ses enfants: "Chacun en a sa part, et tous l'ont en entier.".
"Qui es aux cieux". Dieu est au paradis, on le sait, mais ce que l'on sait moins, c'est que nous pouvons faire de la terre un petit paradis lorsque, "sur la terre comme au ciel", nous faisons en sorte que son "nom soit sanctifié, que son règne vienne, que sa volonté soitfaite".
Voilà à quoi nous devons nous atteler chaque jour, voilà ce qui doit être notre principale préoccupation: forger sur terre un paradis où le Seigneur viendra faire sa demeure, et où, malgré souffrances, épreuves et contrariétés, nous pourrons connaître la véritable joie et la donner aux autres.
Pensons à ce que le père Kolbe avait fait d'un camp de concentration allemand!. Il fut volontaire pour prendre la place d'un père de famille voué à la chambre à gaz et, tandis que de tous les blockhaus, où ces malheureux étaient parqués, s'échappaient des cris de terreur et d'angoisse, de celle où se trouvait le saint ne provenaient que des prières et des chants. En faisant que "son nom soit sanctifié, que son règne vienne, que sa volonté soit faite", il avait su transformer cette antichambre de la mort en salle d'attente de la vie éternelle.
"Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien": Le pain de l'âme, c'est-à-dire la grâce, et le pain du corps, c'est-à-dire ce qui nous est nécessaire pour refaire nos forces chaque jour et être de bons soldats de Dieu.
"Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés". Pardonne-nous, Seigneur, tout comme nous pardonnons nous-mêmes. (c'est tout un programme). Tu vas donc agir envers nous, exactement comme nous agissons envers les autres! Cela, Seigneur, rappelle-le nous à chaque instant de notre vie. Donne-nous cette grâce de nous souvenir de ces paroles du Pater chaque fois que nous sommes en rapport avec notre prochain pour que nous réformions notre attitude envers lui et que nous arrivions à l'aimer de l'amour même dont Tu nous aimes.
"Et ne nous soumets pas à la tentation", aide-nous, Seigneur, à la fuir, à ne pas commettre d'imprudence, à ne pas jouer avec le feu. Rends-nous forts contre toutes les tentations, puisque, nous le savons, il n'y a qu'un seul vrai malheur au monde, c'est d'être séparé de Toi.
Alors, Seigneur, "délivre-nous du MaL "
J'ai regardé ma montre: il y avait exactement 40 minutes que j'avais commencé cette méditation sur le Pater, 40 minutes que je priais et que je découvrais tous ces points sur lesquels devait porter ma vigilance tout au long de majournée.
Pour une personne qui n'arrivait pas à prier, ce n'était pas si mal !
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Si les apôtres ont connu cette impuissance à prier, tout comme nous, et si le Seigneur leur a répondu, c'est pour que nous sachions tous, jusqu'à la fin des temps, que, quand nous prions, il faut dire
" Notre Père "....V. A.