LE PECHE des ANGES

Assise devant une assiette de petits fours, cette dame plantureuse engloutissait à un rythme accéléré. Je la regardais faire avec indignation et dégoût.

Quand j'en pris conscience, j'évoquai le pharisien de l'Evangile. et je me dis que si la dame me faisait tellement horreur., c'est que je me savais incapable, moi, de tomber dans un tel travers, tout comme le pharisien : "Je Vous rends grâces. Seigneur, de ce que je ne suis pas comme les autres hommes Et, ce faisant, je me ravalais, par mon orgueil, bien au-dessous de la dame aux petits fours.

"Le publicain s'en alla justifié J'ignore, bien sûr, ce que pouvait penser la dame, mais qui sait si le soir même, devant son miroir, elle n'a pas fait un acte d'humilité qui lui a valu aussitôt le pardon du Seigneur ? Tandis que moi... - "Celui-ci s'en alla plusjustifié que l'autre."- Moi, j'étais mûre pour le péché des anges.

Ce n'est pas pour rien que l'adage populaire dit: "Qui veut,faire l'ange.fait la bête." On veut se surpasser, s'élever au-dessus du commun, entreprendre une ascension spirituelle. ce qui est évidemment fort bien. Mais de là, tout naturellement, on se laisse aller insensiblement à mépriser ceux qui sont restés en rade. Comme si notre élévation était due à nos seuls mérites, et non pas un pur don de Dieu.

On veut faire l'ange et l'on fait la bête. Et, comme par hasard, l'Apocalypse appelle le démon "la bête".

C'était pourtant "l'Ange de lumière", le plus beau des anges. Et ça l'a grisé, ça lui a tourné la tête; il s'est complu dans sa splendeur, il s'est dressé contre Dieu, il L'a bravé : "Non serviam", a-t-il dit : "Je refuse d'obéir, ce n'est pas digne d'un être tel que moi. Je suis l'Ange de lumière, j'ai des partisans, je n'ai pas besoin de Dieu, je puis me fabriquer mon propre royaume."

Et Dieu, à cet insensé (car l'orgueil nous aveugle et nous rend fous), Dieu lui a donné ce qu'il voulait : il voulait un royaume sans Dieu, il a eu son enfer !

Et de même, nous autres, si nous voulons, comme Lucifer, vivre sans Dieu, sans son amour et sans ses préceptes, Il nous abandonnera aussi pour l'éternité. Il nous a créés libres, libres de choisir l'enfer de nos caprices, l'enfer de notre volonté de puissance, l'enfer de l'amour de nous mêmes.

Le péché nous fait horreur ! Cela est bien, juste et bon mais le pécheur, nous n'avons pas le droit de le considérer avec dédain et mépris. Nous devons au contraire nous appliquer à éprouver pour lui bienveillance et mansuétude, à fermer les yeux sur ses défauts, pour nous tourner plutôt vers les splendeurs de Dieu et nos propres faiblesses.

Il nous sera alors plus facile de comprendre le mot du Christ : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur."; doux parce que humble. Et, en apprenant ainsi la douceur et l'humilité, nous risquons moins de tomber dans le péché des anges !

" Notre Père "....

V. A.

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