LE PHARISIEN
Il se tient debout, face à Dieu.
C'est que lui n'est pas un pécheur comme ce publicain là-bas, lui c'est un juste. Et il rend grâce à Dieu de ne pas être "comme les autres hommes, qui sont rapaces, voleurs et adultères".On a traduit par : "Je vous rends grâce, Seigneur ".
N'auralt-on pu, aussi bien, écrire: "Grâce à Dieu, je ne suis pas..."
Dieu n'interviendrait plus alors que comme une expression, une exclamation, et le portrait du pharisien serait ainsi complet. Sa prière ne serait plus qu'un simple témoignage d'autosatisfaction et justifierait davantage, à mon sens, la rigueur du Seigneur à son égard. ("Il ne s'en alla pas justifié. ")"Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs", a dit le Christ.
Ceux qui, comme le pharisien, s'estiment justes et sans péché, n'ont pas besoin de la grâce du Seigneur, qu'aussi bien ils ne réclament pas. Ils sont satisfaits d'eux-mêmes. Si nous autres, nous jouons tant soit peu au pharisien, Dieu se retire de nous et tout ce que nous faisons de bien ne nous sert de rien.D'ailleurs, si Dieu ne peut supporter les orgueilleux, rien d'étonnant à cela. Nous-mêmes, sur ce point, ne sommes-nous pas pareils ? Nous les trouvons insupportables. Nous les trouvons, eux, insupportables, car nous ne nous voyons pas nous-mêmes. Mais si nous prenions le temps de faire chaque jour notre examen de conscience, nous verrions vite que ce n'est pas réjouissant:
"Je ne sais ce qu'est la conscience d'un bandit, disait Joseph de Maistre, mais je sais ce qu'est celle d'un honnête homme, et c'est affreux." Et peut-être même plus affreux encore, parce que, chez l'honnête homme, il y a précisément l'orgueil d'être un honnête homme. Il n'y a pas que ses rapports avec Dieu qui sont empoisonnés chez l'orgueilleux, il y a aussi ses rapports avec les autres hommes et ses rapports avec lui-même. L'orgueilleux est dur pour les autres, dans la mesure où il s'estime supérieur à eux. Il est implacable pour leurs faiblesses, leurs insuffisances, leurs maladresses, alors qu'il croit ne pas en avoir.
Par suite de son complexe de supériorité, il croit mériter les égards, les honneurs, les récompenses et s'irrite de ne pas les recevoir. Son ambition est dévorante, rien n'est jamais assez bien pour lui. Il est donc toujours insatisfait, toujours mécontent, toujours agressif, amer, malheureux, toujours antipathique et odieux aux autres.Une seule solution donc pour le pharisien : la parole du Christ "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos de vos coeurs.
Une seule solution ! qu'il se convertisse, qu'il suive le Christ, qu'il apprenne l'humilité et la douceur.Après quoi, il pourra trouver le bonheur et la paix : la paix avec Dieu, la paix avec lui-même, la paix avec les hommes.