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    DES RAMEAUX à la PASSION
    Les foules portent le Christ en triomphe, l'enthousiasme est indescriptible, les hommes se dépouillent de leur tunique afin d'en faire un tapis pour sa monture, ils arrachent des branches de buis, et, en les brandissant, ils acclament le Fils de David
    Et quelques jours plus tard, cette même foule hurle devant Jésus enchaîné, à l'intention de Pilate, qui hésite à le condamner: "Crucifie-Le, crucifie-Le " .

    Que s'est-il passé ?
    Bien sûr, il y a le phénomène du revirement des foules. Celles-ci sont versatiles et, dans toutes les révolutions, on assiste à des retournements spectaculaires des masses aveugles.

    Cela n'explique pas tout, non plus que, sur les douze apôtres, les soixante-douze disciples et les milliers d'admirateurs, qui suivaient Jésus dans tous ses déplacements, il s'en soit trouvé un seul au pied de la croix. Ce n'est pas croyable.

    La vérité, c'est que tous les partisans du Christ croyaient qu'Il rétablirait le royaume d'Israël, qu'Il chasserait les Romains haïs et qu'Il rendrait à son peuple sa souveraineté et son indépendance . Alors on comptait bien, en le suivant, avoir les places, les honneurs, les miettes du pouvoir.

    Et voilà qu'au soir des Rameaux, au lieu d'investir le palais du gouverneur, le Christ rentre chez lui et que le lendemain et le surlendemain, Il poursuit sa prédication : "Aimez vos ennemis, faîtes du bien à ceux qui vous haîssent. "
    Il est clair qu'Il ne veut pas chasser les Romains, qu'Il ne veut pas prendre la tête de la résistance, qu'Il continue à prêcher l'obéissance à l'ordre établi : c'est donc un imposteur, qui s'est fait passer pour le Messie. alors qu'Il n'est qu'un illuminé : Il mérite la mort.
    Encore s'Il se contentait de décevoir les rêves, d'anéantir les ambitions, mais Il se dresse en maître et cette violence qu'il n'a pas vis-à-vis de l'occupant, Il a la prétention, en s'adressant à chacun des juifs en particulier, de la tourner contre eux-mêmes.
    Il faudrait, à l'entendre, se dominer, se renoncer, être sans cesse en lutte contre soi-même.
    A mort le gêneur
    A mort ! A mort...

    Dans les moments heureux de notre vie, quand tout va bien pour nous, quand nous réussissons dans nos affaires. quand nos amours sont partagées, quand Dieu nous "bénit" dans nos enfants, quand il exauce nos prières, alors nous ne demandons pas mieux que de Le reconnaître comme notre roi, de Le prier, de Lui rendre grâces.
    Mais que viennent l'épreuve, l'adversité, la ruine, les deuils, et nous devenons amers : "Il n'aurait pas dû nous faire ça."

    On Lui en veut, on se ferme, on Le rejette.
    Et même il n'est point besoin de grandes calamités. A longueur de journée, devant les exigences de notre conscience, comme nous savons fermer notre porte, écarter les sollicitations divines et fuir l'appel à de trop grands sacrifices !
    Oh ! bien sûr, nous ne disons pas explicitement "Crucifie Le. " Nous ne rejetons pas toujours formellement Dieu de notre vie, nous adoptons plutôt l'attitude de ses disciples, qui "tous l'abandonnèrent et prirent la fuite ".

    D'ailleurs, c'est bien simple, par la seule grâce de notre baptême, nous pourrions être des saints. Or, nous n'avons pas eu que la grâce de notre baptême, nous avons été couverts, inondés, submergés de grâces depuis notre enfance et nous sommes toujours très loin de la sainteté.
    C'est bien la preuve qu'à longueur de journées nous étouffons la voix de Dieu en nous, nous L'écartons de nos vies, nous Le rejetons.
    Et si nous avions été juifs au temps du Christ, peut-être n'aurions-nous pas été jusqu'à exiger sa crucifixion, je veux bien, mais, comme les apôtres, nous L'aurions sans doute abandonné, et, comme Pierre, par peur ou par lâcheté, nous aurions pu Le renier.
    Nous aussi nous suivons le Christ tant que nous espérons pouvoir concilier sa doctrine avec notre confort, nos rêves, nos ambitions, nous aussi nous pouvons passer des Rameaux à la Passion, dès que cet équilibre précaire est compromis.

    Alors pourquoi tant nous indigner contre les Juifs ? Nous ne valons pas mieux qu'eux.
    Tâchons plutôt, comme les apôtres, d'expier la part que nous avons prise aux souffrances et à la mort du Christ, en devenant comme eux des saints.

    V.A.
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