retour à la page d'accueil               Retour à la page de présentation

Utiliser ses fautes pour accroître sa confiance en la miséricorde de Dieu...


Si notre misère mérite notre amour, parce qu'elle nous force à rendre hommage à la vérité, et  nous facilite l'imitation de l'abaissement du Verbe fait chair, elle nous deviendra bien plus chère encore, quand nous la considérerons dans ses rapports avec la miséricorde infinie de notre Dieu.

Déjà, au chapitre III de la première partie de ce livre, nous avons compris, et saint François de Sales nous a dit et redit que nos fautes ne doivent jamais nous désespérer, ni décourager, et que la douleur de les avoir commises doit toujours être accompagnée d'une invincible confiance en la divine Bonté. Les considérations que nous allons présenter nous démontreront que, bien loin de diminuer cette confiance, nos péchés et nos imperfections en sont l'un des plus féconds éléments.

Ici, surtout, les textes de notre saint sont assez nombreux et assez clairs pour dispenser de tout commentaire. Nous nous bornerons à copier. Mais auparavant, il ne sera pas inutile d'emprunter à d'autres sources quelques réflexions, qui sont la synthèse et les preuves théologiques de cette consolante doctrine.

Et d'abord, laissons Mgr Gay nous exposer et développer, dans une page splendide, le principe fondamental de tout ce nouveau côté de l'art d'utiliser nos fautes : « Dieu, dit-il, en répétant le mot de saint Jean, Dieu est amour (I Jn 4, 8), Dieu aime, Dieu nous aime : il nous aime parce qu'il est l'amour ! Exister, aimer, et, maintenant que nous existons, nous aimer, c'est pour lui une seule et même chose, une seule et même nécessité. L'espérance n'est-elle pas dès lors un devoir pour nous tous ? Pouvons-nous craindre un excès dans l'espérance ? Si la défiance est toujours chez-nous, est-elle excusable ?

« On dira : il y a le péché. Hélas ! c'est trop vrai, le péché est partout, et partout où il est, il pose un problème, il amène une complication, il soulève un obstacle, problème pour nous, complication en nous, obstacle devant nous. Mais pour Dieu, y a-t-il des problèmes ? Est-ce que l'on peut embarrasser ses voies, ou lui opposer des barrières ? Il s'arrête s'il le veut, mais uniquement parce qu'il le veut. Partout où il lui plaît de passer, il passe. Le péché atteint Dieu en ce sens qu'il l'offense. Jamais il ne l'atteint en ce sens qu'il le modifie. Il modifie ses actes ; mais loin de modifier son essence, il ne change rien à sa disposition primordiale et foncière envers nous, c'est-à-dire l'amour qu'il nous porte. Face à notre néant, sa bonté devient l'amour, face au péché son amour devient miséricorde, et avec cela tout est dit. Oui, tout est dit. A une seule condition toutefois, c'est que le pécheur espère. Et à certains égards, nul n'a autant de titres que le pécheur à espérer en Dieu. Sans doute la sainteté divine a tant d'horreur du péché, qu'elle oblige sa justice à le punir de peines effroyables ; mais c'est précisément pourquoi la miséricorde en est incomparablement plus émue que de tous les autres malheurs qui pourraient nous frapper. Car enfin, si l'on regarde du côté de la peine qu'il mérite, le péché est la perte de Dieu ; c'est donc un mal suprême et vraiment la misère absolue. Où ira régulièrement la plus grande compassion, si ce n'est à la plus grande misère ? Telle est donc la raison pour laquelle la miséricorde divine s'excite ici plus que partout ailleurs, afin que le pécheur se repente, ait confiance, obtienne son pardon et se sauve. D'où vous voyez que l'ardeur même de la colère est en Dieu une source nouvelle et plus vive de pitié et de bonté, et devient dès lors, pour nous tous, un fondement nouveau d'espérance. »

Etant prouvé, et d'une façon si claire, que la miséricorde n'est autre chose que la bonté, c'est-à-dire l'essence même de Dieu dans ses rapports avec la misère de sa créature, n'entrevoit-on pas que chacune de nos fautes peut devenir, si nous le voulons, une occasion nouvelle, pour ce divin attribut, de se manifester et de se glorifier.

Ecoutons Mgr Pie : « Beati misericordes ! En prononçant cette béatitude, on peut dire que le Fils de Dieu fait homme nous a révélé sa propre béatitude et celle de son Père qui est dans les cieux. Car si la miséricorde,  telle que peut la pratiquer un simple mortel, est pour lui un principe et une source de félicité, que dire de la miséricorde telle que Dieu et Dieu seul sait l'exercer et quelle source de bonheur ne doit-elle pas entretenir incessamment dans le sein de la Divinité ? Bienheureux les miséricordieux : donc, bienheureux par dessus tous les autres Celui qui seul a droit d'être appelé bon : unus est bonus Deus (Mt 19, 17), Celui dont l'essence est la charité, Celui dont la miséricorde et la bonté n'ont pas plus de limite que l'éternité elle-même : Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in æternum misericordia eius (Ps 135). La rigueur n'est point dans la nature de Dieu. Quand Dieu cède à la colère, quand il exerce la justice, il fait une besogne qui lui est étrangère : irascetur ut faciat alienum opus eius (Is 28, 21). C'est la main gauche qui tient les verges, et Dieu se lasse vite d'agir avec cette main : peregrinum opus eius ab eo (id). La main droite du Seigneur, au contraire, est l'instrument favori de son cur, elle fait les uvres de son amour D'un pécheur aveugle et incorrigible elle sait faire, en un clin d'il, un pénitent résolu : hæc mutatio dexteræ Excelsi (Ps 76, 11). » 

Mais, encore plus, la miséricorde ne peut s'exercer que sur la misère, et quelle plus affreuse misère que le péché ! quel objet plus pitoyable pour une infinie pitié ! Ces fautes dont le poids nous écrase et fait de nous des victimes de la divine colère, il ne tient qu'à nous de les faire valoir auprès de Dieu comme une occasion sans pareille pour qu'il manifeste un attribut qui lui est, ce semble, bien plus cher que la justice, à savoir la bonté, l'amour. Il ne tient qu'à nous de nous adresser à son cur, et de lui dire avec David : Vous me pardonnerez, Seigneur, vous effacerez mes fautes, pour glorifier votre perfection la plus chérie, la miséricorde :  propter bonitatem tuam, Domine ; et comme vous la glorifierez d'autant mieux que mes crimes à effacer seront plus nombreux, la multitude même de mes fautes,  m'en fait davantage espérer le pardon : Propitiaberis peccato meo, multum est enim (Ps 24, 7, 11).

« Dieu, ajoute un ancien auteur trop peu connu 3, Dieu n'est-il pas le Maître qui nous a enseigné à ne pas nous laisser vaincre par le mal, mais à vaincre le mal par le bien (Rm 12, 21) ; à ne pas rendre le mal pour le mal, ni la malédiction pour la malédiction (1 Pierre 3, 9) ; à combler de bienfaits nos ennemis et à accumuler ainsi des charbons ardents sur leurs têtes (Rm 12, 20) ? Or, le disciple n'est point au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur (Mt 10, 24). Si donc nous voyons des disciples de ce divin Maître pratiquer si parfaitement cette leçon que, non seulement ils se sont montrés pleins de bienveillance et de douceur envers leurs iniques persécuteurs et leurs cruels tyrans,  mais qu'ils leur ont rendu le bien pour le mal, jusqu'à donner leur vie pour les sauver, que dirons-nous du Maître dont ces justes ont reçu et pratiqué une si sublime doctrine ?

« La charité de tous les disciples réunis, comparée à celle du Christ, n'atteint pas les proportions d'une goutte d'eau vis-à-vis de l'Océan. Si donc une étincelle de charité a été si puissante chez eux, que fera l'incendie immense, infini de la suréminente charité de Dieu ? »

« Ah ! s'écrie saint Jean Chrysostome, Jésus nous dit : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle sera votre récompense ? Les païens n'en font-ils pas autant ? (Mt 5, 47). Et nous disons de Dieu : S'il n'exauce, s'il ne secourt que les justes ses amis, ne manquera-t-il pas quelque chose à sa bonté ?»

La sainteté infinie de Dieu se joint à sa bonté, pour la pousser à poursuivre le péché de sa haine, et, plus encore, le pécheur de sa miséricorde. « Dieu, dit le Père Segneri, a le péché en si grande horreur, que, afin de l'arracher des curs, non seulement il s'est humilié jusqu'à la mort, revêtu d'une chair mortelle, mais encore aujourd'hui, glorieux dans le ciel, il s'humilie jusqu'à se faire suppliant.
retour à la page d'accueil               Retour à la page de présentation