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Ne pas s'étonner de ses fautes

C'est à la fois l'honneur et le tourment de l'homme déchu, de ne pouvoir s'habituer à sa misère. Prince dépossédé, déclassé par la faute de ses premiers parents, il conserve toujours au fond du coeur le sentiment de la noblesse de son origine, et de l'innocence qui devait être son apanage. A chacune de ses chutes, il a peine à retenir une exclamation de surprise, comme si un accident extraordinaire lui était arrivé.

On dirait Samson privé de sa force par la main perfide qui avait rasé ses cheveux : " Debout ! lui criait-on, les Philistins sont là ! " Et il se dressait, s'imaginant, comme par le passé, terrasser ses ennemis, oubliant que sa vigueur d'autrefois l'avait abandonné.

Si nobles que soient en nous les racines de cette disposition, les fruits en sont trop funestes pour qu'on ne lui fasse pas la guerre. Le découragement, nous le verrons bientôt, est la perte des âmes ; mais il ne les envahit qu'en s'y ouvrant d'abord un accès par l'étonnement qui suit la chute. C'est donc contre ce danger que saint François de Sales va tout d'abord nous prémunir.

A l'exemple des plus éminents docteurs et des savants les mieux éclairés, le bienheureux évêque professa toujours une extrême compassion pour la faiblesse de l'homme. ´" O misère humaine ! misère humaine ! " répétait-il ; oh ! que nous sommes environnés d'infirmités ! Et que pouvons nous, de nous-mêmes, faire autre chose que des chutes ? "
On sent, dans toutes ses paroles et dans tous ses écrits, que les hauteurs de la perfection où il était parvenu l'avaient mis à même de plonger un regard plus profond dans les abîmes de misères et d'infirmités creusés en nous par le péché originel.
l en tenait compte, dans une très large mesure, avec toutes les âmes qu'il dirigeait, et il ne cessait de leur rappeler les tristes réalités de leur condition déchue : ´" Vous vivez, écrivait-il à une dame, avec mille imperfections. Il est vrai, ma bonne soeur ; mais ne tâchez-vous pas d'heure à autre de les faire mourir en vous ? C'est chose certaine que tandis que nous sommes ici, environnés de ce corps si pesant et corruptible, il y a toujours en nous je ne sais quoi qui manque. "

´" Vous vous plaignez, disait-il ailleurs, de ce que plusieurs imperfections et défauts se mêlent en votre vie, contre le désir que vous avez de la perfection et de la pureté de l'amour de notre Dieu. Je vous réponds qu'il n'est pas possible de nous détacher complètement de nous-mêmes. Pendant que nous sommes ici-bas, il faut que nous nous portions toujours nous-mêmes, jusqu'à ce que Dieu nous porte au Ciel ; et pendant que nous nous porterons, nous ne porterons rien qui vaille... La règle étant générale que nul ne sera si saint en cette vie, qu'il ne soit sujet à commettre toujours quelque imperfection. "

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